‹ Les beaux-arts en Belgique de 1848 a 1857Chapitre 47 sur 49 · PAR M. DUBOIS (LOUIS · texte numérisé non relu

PAR M. DUBOIS (LOUIS

Nous avons déjà eu l'occasion de ci 1er le nom de M. Dubois. Dans le tableau dont nous donnons ci-dessus le sujet, M. Dubois se montre coloriste vigoureux. Sa touche est large et décidée, son modelé énergique et accentué. Un peu plus de charme dans le coloris et plus de fidélité aux lois de la pers[)ective, et ce petit tableau de M. Dubois pourrait compter parmi les œuvres vraiment sérieuses et fortes du Salon.

Paysages.

PAR M. HUBERTl.

On nous assure que M. Huberli est un tout jeune arlisle dont le nom apparaît pour la première fois sur nos catalogues. Il y a dans l'un des tableaux exposés par ce jeune artiste, de la fraîcheur et de la simplicité; on sent que l'artiste n'a pas encore compris que le beau de la nature est dans l'âme de l'artiste, et que la nature s'agrandit et se transfigure par ce qu'elle emprunte à l'âme humaine et aux émotions du cœur. Il y a de Pinexpérience de pinceau dans le Souvenir du fond de Fologne : la touche 'est dure, les masses sont lourdes et confuses; mais il règne dans cette œuvre je ne sais quel parfum de jeunesse qui promet des œuvres plus complètes comme conception artistique et comme réalisation matérielle.

DE. 1848 A lHu7.

.Portrait du Chien Loup-Loup.

PAU >1. NOTKRMAN.

Sous le litre : Portrait du chien Loup-Loup, M. Nolei rnan a peint un chien blanc médilant devant un balai derrière lequel se trouve une souris. Le chien semble considérer le manche à balai comme un ennemi dîins l'avenir, et paraît se demander avec mélancolie à propos de quel méfait ils se trouveront désormais en contact ensemble. Peinture honnête, constitutionnelle et moderne. La mère en pei'metti'a le spectacle à sa fille.

Peinture de Fleurs.

PAR MM. SAlNi-JEAN, H. DE SAINT-ALIUN ET KOBIE.

Le Raphaël de la nature végétale est toujours M. Saint- Jean. Son lableau de cette année est un chef d œuvre de

m LES BEAÙX-ARTS EN BELGIQUE

fraîcheur, d'harmonie et de richesse de coloris. Ses framboises qui ont conservé cette fleur pourprée que le contact delà main souille et flétrit, ses choux couverts de rosée, ses feuilles de vigne dorées et ambrées par le soleil d'automne, sont admirables de vérité et dénotent une richesse et une morbidezze de pinceau trop rares, hélas!

Il y a de belles qualités dans les tableaux deM. De Saint- Albin, et nous ne nous étonnons pas du grand succès qu'ils ont obtenu à Paris lors de la dernière exposition. — Quant à M. Robie, sa peinture sent, hélas! le décor de restaurant et de café; cela est brillant, propre, bien brossé, bien peigné; il n'y a chez M. Robie ni un grain de poussière, ni une rugosité, ni un de ces mille petits accidents qui donnent aux choses leur cachet spécial. La peinture de M. Robie est endimanchée, pommadée, tirée à quatre épingles, mais hélas! ennuyeuse comme un salon bourgeois ou un notaire en tenue de gala!

Marché aux Chevaux,

PAR M. VANHERVIN.

Les deux tableaux exposés celle année par M. V'an- (lei vin se recommandent par une ordonnance savante et pittoresque, une belle inlelligence des groupes, un vif

DE mS A 1857.

sentiment de l'espace, un dessin vigoureux et plein de caractère! Ses chevaux sont de nobles créatures, pleines de feu et de vie. Les raccourcis sont traités avec une heureuse audace; le cheval noir du n*' H 12 est digne d'un maître.

Les épisodes pittoresques et caractéristiques dont l'artiste a su enrichir ses deux tableaux, en font des œuvres remarquables comme conception artistique. Coloris un peu lourd, touche timide, sentiment de l'harmonie, dessin franc et quelquefois hardi, voilà les qualités qui distinguent les deux toiles de M. Vandervin.

LU

Scuipture^

Nous n'avons que peu de mots à dire de la sculpture qui, hélas! ne compte aucune œuvre d'élite. L'industrialisme a envahi la sculpture comme la peinture, et n'a respecté aucun sanctuaire. — M. Fraikin est toujours l'artiste aux compositions poétiques et gracieuses, mais un peu mignardes. — La statue le Sommeil est un marbre charmant, plein de jeunesse et de grâce; mais le modelé est maigre et incertain, et toute l'œuvre inspire un maniérisme que nous voudrions voir remplacer par un style plus large et plus accentué.

Le Lion amoureux de M. Guillaume Geefs est un

myllie profond traduit sur le marbre avec infiniment de malice et d'esprit. Le Lion qui se laisse désarmer a, malgré son mufle puissant, quelque chose de bonhomme et de confiant, qui montre que la passion peut ravaler quelquefois un lion jusqu'au niveau de l'homme. Le modelé de cette œuvre est tout à la fois sa'vant et gracieux. Les lignes sont d une harmonie ravissante, et la téle de la jeune femme qui réduit le lion à l etat de caniche d'invalide, est remarquable comme expression, sentiment et caractère.

Le Premier A mour de M. Frias est une œuvre d'avenir. Le groupe est charmant comme lignes; malheureusement, l'Amour a un bras droit qui laisse à désirer comme fidélité analomique.

Le Saint Corneille de M. Tuerlinckx est une œuvre malheureuse comme style et comme exécution. La physionomie du saint est stupide et pataude; les mains sont mal modelées, les draperies lourdes et sottes.

VUsure de M. Van Hove est une rude et puissante conception qui fait reculer d'épouvante et d'effroi les amants du joli, du coquet, des vieux petits culs nuds d'amour du siècle de Louis XV. M. Van Hove est un penseur, un analyste sérieux, et sa statue de V Avarice, qui fait peur aux bourgeois, est tout simplement une création shakspearienne qui rappelle à notre esprit ces sorcières hideuses et décharnées qui se dressèrent dans la bruyère de Glaiiis, pour dire à Macbeth : Tu seras roi !

Que M. Van Hove laisse crier les buissons et qu'il continue à oser être un chêne!

M. Sussman, sculpteur berlinois,, nous a envoyé deux statues devant lesquelles pâlissent les œuvres de tous ses rivaux. Jeune Faune esl une création ravissante comme sentiment et forme. Le modelé élégant et accentué tout à la fois, rappelle par la distinction de son style les belles œuvres de l'antiquité. Les vapeurs du vin ont incliné la tête du jeune Faune sur son épaule; sa main languissante tient à peine la coupe qui va s'écli.apper de ses mains, tout dans son attitude respire ce laisseraller que l'ambroisie devait donner aux immortels lorsqu'ils avaient trop haussé le coude. Le jeune dieu est affaissé sous l'influence de la dive bouteille, son bras tenant la coupe tombe le long de son flanc comme un sarment détaché de son cep, l'autre bras s'arrondit avec une grâce et une nonchalance charmante autour du tronc d'un arbre auquel le Faune a demandé un appui.

Nos artistes feront bien d'étudier \e Faune de Sussman ; ils y verront comment on peut être gracieux et élégant sans tomber dans le maniéié et le désossé.

Nous croyons rendre un service aux amateurs des beaux-arts et à ceux qui veulent juger l'école belge sous toutes ses faces de visiter l'exposition permanente qui se trouve chez MM. Bonnefoi, rue de la Bergère, 10, je ne sais par quelle heureuse fortune, quel concours de circonstances, il se fait que les meilleurs tableaux de nos artistes se trouvent toujours dans cette collection

r)!)8 LES BEAUX-ARTS EN BELGIQUE DE 1848 A 1857.

et nous connaissons, pour notre part, bon nombre d artistes qui auraient eu à s'applaudir de voir figurer à rexposition les tableaux ([ui à Theure qu'il est figurent dans cette galerie.

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