‹ Les beaux-arts en Belgique de 1848 a 1857Chapitre 6 sur 49 · PAR M. DE NOTER · texte numérisé non relu

PAR M. DE NOTER

Il est fâcheux pour les peintres aussi richement doués de moyens d'exécution matérielle que M. De Noter, que leur conception artistique ne soit pas plus riche et ne sache pas enchâsser dans le cadre d'un petit drame intérieur tous ces accessoires et ces détails de nature morte qu'ils leproduisent avec tant de supériorité. Ainsi M. De Noter a cru faire merveille en appelant son assemblage de choux, de légumes, de gibier et de vaisselle : Préparatifs (Tun grand repas ; mais un artiste qui eût joint à l'habileté pratique de M. De Noter une conception artistique un peu originale, eût jeté dans son œuvre un sentiment, une pensée qui eut rattaché tous ces harnais de gueule^ comme les appelle Rabelais, à une action quelconque, et au lieu d'une fidèle et consciencieuse élude de choux, de poireaux et de comestibles, nous aurions eu un excellent tableau de plus à enregistrer.

Les Cinq Sens.

PAR M. DILLENS.

M. Dillens prend ses personnages dans le Journal des Modes, qni, d'après un procédé traditionnel, a riiabiliide de faire à ses bonshommes les yeux plus grands que la bouche et prend pour étalon du pied des femmes la longueur de leur petit doigt. Dans le tableau de M. Dillens, appelé les Cinq Sens, et qu'on aurait pu appeler une scène du Décameron, ou un déjeuner sur Therbe, un monsieur qui nous rappelle les vignettes du Follet ou du Journal des Tailleurs par la pose, le dessin et la niaiserie sentimentale qui se lit sur ses traits, est assis auprès de trois dames qui toutes semblent poser pour le spectateur. Un enfant, qui est déjà une très-forte tête pour son âge, s'amuse à tirer les oreilles d'un épagneul. Cette partie de l'œuvre de M. Dillens représente l'ami. A côté de cet intéressant enfant se voit un pâté qui semble cuit depuis la prise de la Bastille. La dame qui écoute lemonsieur, lequel rappelle les têtes deciredusalon de Curlius, montre sous sa guimpe des chairs qu'on dii ait rougies par un coup de soleil. Nous croyons devoir

avertir M. Dillens que toute Tliabilelé mnnuelle du monde ne dispense pas un artiste de la pensée, du senliment ou de la passion. Or, à part le ehien à qui on tire les oreilles, il n'y a rien qui vive dans celle toile qui pourra cependant faire les délices d'un ténor retiré, ou d'un droguiste millionnaire.

André Vésale — La Lecture pantagruélique.

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