MONS
M. G. GOURBBT
de lui faire l'honn
tinn r\a Poinl
PKIFfTURB, SCULPTURE. 155
frisson nerveux et t'abattoment de celle qui la reçoit et la tient encore d'une nain tremblante, affaissée sur une chaise; mais le tableau est bien nommé la Triste Nouvelle, Certes, rien ne ressemble moins à la Sarah du poëte que celle de M. O. Tassaërt; cette fillette blonde est essentiellement Parisienne; elle a dû se baigner plus d'une fois à File Saînt-Denis ou à Saint-Ouen, apportée par quelque canot de flambards; mais, elle n'a jamais trempé dans Teau de Tllissus son pied débarrassé du brodequin en peau de chèvre, ce qui ne Tempéclie pas d'être très-blanche, très-souple et trèsgracieuse sur son escarpolette.
La Tête éTétade est bien modelée dans la pâte, et a cette tendre harmonie de couleur qui caractérise l'artiste.
Au lieu d'installer le réalisme dans une baraque à côté
de l'Exposition, M. Courbet ferait mieux de cultiver le grand
paysagiste qui est en lui : la Roche de dix heitreSy vallée de
la Loue, mérite qu'on s'y arrête. Une énorme masse de grès,
d'un ton argenté, projette sur un gazon d'un vert vif une
ombre noire découpée crûment. Au-dessus de la roche brille,
à travers les broussailles, un petit bout de ciel bleu : il y a
là un bel accent de vérité et une puissance de couleur rare.
Nous ne discuterons pas les doctrines de Bf. Courbet; nous
^ regardons que les résultats, et nous trouvons qu'il gâte
systématiquement un vrai talent de peintre : les Demoiselles
de campagne, les Casseurs de pierre, la Pileuse, sont de
Veilles connaissances que nous avons appréciées lors de leur
apparition; nous n'y reviendrons pas : elles nous ont peu
Aarmé; et maintenant, comme autrefois, nous persistons à
i50 LES BEAUX-ARTS EN EUROPE.
croire que H. Courbet, sous prétexte de réalisme, calomnie affreusement la nature. La nature, même la moins choisie, n'est ni si laide, ni si disgracieuse, ni si barbouillée. Et pourtant M. Courbet a parfois de belles localités bien simples, bien larges, bien soutenues d'un bout à Tautre. Mal* heureusement il annihile ses qualités par un parti pris funeste; les Cribleuses de blé, cependant, nous semblent indiquer quelque amélioration : la petite fille en jupon rouge qui soulève le van a une certaine grâce rustique; elle est vraie comme un portrait, et non comme une caricature. La Rencontre représente M. Courbet salué sur une route par un monsieur vêtu d'un paletot et suivi d'un domestique. M. Courbet a une fort belle tète qu'il aime à reproduire dans ses tableaux, en ayant soin de ne pas s'appliquer les procédés du réalisme ; il réserve pour lui les tons frais et purs, et caresse sa barbe frisée d'un pinceau délicat. Par exemple, il a été bien cruel pour la Dame espagnole dont il a exposé le portrait. Nous avons vu les gitanas sur le seuil de leurs antres creuses dans les flancs du Honte Sagrado, à Grenade, au Barrio de Triana, à Séville, hâves, maigres, brûlées du soleil; mais aucune d'elles n'était si noire, si sèche, si étrangement hagarde que la tète peinte par H. Courbet. Nous ne demandons pas des tons roses, une fleur de pastel, mais encore faut-il peindre de la chair vivante : Juan Valdès Leal, le peintre de cadavres, dont les tableaux font boucher le nez aux visiteurs de l'hôpital de la Charité, à Séville, n'a pas une palette plus faisandée, plus chargée de nuances vertes et putrides. Le courageux modèle
FEIIfTURS, SCULPTURE. 157
qui a posé pour cette buarre peinture doit avoir été prodigieusement flatté en laid.
L'exposition de H. Hillemacher est nombreuse; il a sept taUeaux tant modernes qu'anciens. Un Confessionnal de SmtrPierre de Rome le jour de Pâques donne une idée exacte des mœurs italiennes. On sait que dans Saint-Pierre il y a des confessionnaux pour tous les idiomes de la chrétienté. Chacun peut y faire l'aveu de ses fautes dans sa propre langue. Le confessionnal de H. Hillemacher porte rinscription prolingud italicâ^ et le prêtre, armé d'une longue baguette, touche le front de celui dont le tour est venu; des Transteverins, des paysans de la campagne de Rome, des chevriers de la Sabine, des femmes d'Âlbano et de Nettuno revêtues de leurs costumes pittoresques, attendent, agenouillés ou groupés dans des poses d'une foi naïve. Le Dimanche des Rameaux encadre d'un portail d'église de charmantes, femmes sortant de la messe et faisant emplette de buis bénit. Vert-Verty en fort mauvaise compagnie sur le coche de la Loire, enrichit son vocabulaire de perroquet dévot d'expressions plus que mondaines :
Les f... et les b... ToUigent sur son bec.
Le Satyre et le Passant nous montrent le chèvre-pied surpris de voir son hôte souffler le froid et le chaud; il y a d^ns ce tableau une spirituelle compréhension de l'antiquité rendue familièrement, et c'est un de ceux du peintre que nous préférons. La Mort du Tiouave, la Leçon de tambour.
RtAens fmmt le portrait de sa femme Etténa Fermemr ont les qualités de finesse et de préeisîoii qui dîstÎBgiieiit Tartiste.
M. Herbstboffer, Taulenr de la RéewrrettUm de Lnare. d'on Épisode de Vlamadne el du Gmet^Apene, rappelle, par son dessin un peu loamenté, la manière de Golliius ou de Romain de Hooge; ef sea trois taMeanx, plus germaniques que français, ont on aspeet asses original; ils sont, en outre, librement et spirituellement peints.
N'allons pas oublier le Christ au tombeau et le CompUwr d'or de M. Jolîn, deux toiles d'un dessin pur et d^une bonne
couleur; ni la belFe composition de M. Gariot, la Franee \ inaugwrant V Exposition universelle. M. Gariot a lait antrefois une Titania, trôs-poétique, que nous aurions été bien aise de revoir, dans un sentiment demi^ee, demi-sbakspearien, tout à fait eonvenable à ee rêre fëerique qui se passe dans un bois sacré prds d*Atbènes.
Il y a eomme un reflet de Claude Lorrain sur la Vus de la Neva, prise du quai de la Cour, à Saint-Pétersbourg, de M. Lanoue ; un chaud soleil eouebant dore les eolonnes de granit, les lions de bronze et les eaux scintillantes du fleuve. La Vue prise à Pont^Rousseau, près Nantes, est étudiée avec beaucoup de soin et parfaitement rendue.
Kous sommes étonné de ne pas voir H. Hervier plus connu; il a cependant tout ce qu*t! faut pour cela : une couleur vive et bizarre, une exécution| originale et le don de saisir Ta nature sous un angle particulier; il approche souvent de Rousseau, et remporte quelquefois sur fui par le
MINTUIE, SGOLPTURE. 159
mordant et le pétillant de la touche. Le Viltage de Quemlly^ effet d*aiitoinne, est un exeellent paysage, très-vrai et à la fois trés-étrange d'aspect. Nous aimons aussi beaucoup la Rmtréeaupart.
M. Galetti semble avoir dérobé à Decamps le rayon de soleil dont il plaque ses murailles blanches. On se souvient de cette Vue prise à Ténériffe, qui faisait presque baisser les yeax à force de lumière, et qu'on ne pouvait regarder qu*âvec des lunettes bleues. M. Galetti a exposé une Vue de Santiago, île du cap Vert, et la Mare aux Fées de FontainMeau, qui montrent son talent exotique et son talent indigène.
Plaçons ici un petit groupe d'orientaux : MM. Théodore Frère, Flandin, Laurens. M. Théodore Frère est un peintre voyageur; nous Tavons rencontré à Gonstantinople, et nous pouvons certifier l'exactitude de sa Vue de Stamboul; V Entrée de mosquée à Beyrouth, le Bamr à Damas, la Conr à Tatetoft, prouvent chez Tartiste une longue familiarité avec ces pays d'or, d'argent et d'azur, qui laissent à ceux qui les ont visités do si persistantes nostalgies. M. Flandin a représenté Gonstantmopie avec amour et sous ses plus beaux aspects : il Ta prise le matin, quand elle écarte aux rayons roses du soleil levant ses rideaux de gaze argentée, et plus tard lorsque les minarets de la Sulymaniefa et de la Sultane- Validé élèvent au-dessus des maisons peintes leurs coupoles blanches et leurs flèches d'ivoire dans un ciel d'un bleu plus intense. Il a peint aussi l'entrée du Bosphore, en se plaçant à Scutari ou à Kadi-Kioi, un panorama merveîBcux
160 LES BEâUK.ARTS BN EUROPE.
et sans rival au monde; mats qui est-ce qui n'est pas ailé à Constantinople aujourd'hui? Pour Ispafaan, c'est plus difficile, et nous devons avoir une vive obligation à M. Flandin de nous avoir rapporté cette splendide mosquée de la place Chah-Abbas, avec son porche immense et ses murs plaqués de mosaïques. M. Laurens nous met sur la R(mte de Téhéran à Ispalian, et nous ne lui ferons qu'un reproche, c'est de puiser si rarement dans son riche portefeuille, et de ne pas faire plus de tableaux.
H. Coionua d'Istria a fait un beau portrait de Son Excellence H. Abbatucci, garde des sceaux, d'une grande ressemblance et d'un style très-pur.
Quant à M. Guillemin, il continue à traiter avec beaucoup d'esprit et une couleur vive et fraîche une foule de petits sujets naïfs ou familiers : la Lecture de la Bible, Pâques fleuries, le Thésaui^iseury la Petite Frileuse, ont les qualités ordinaires de cet agréable peintre.
L'auteur du Déménagement des boMmiens et de la Bataille du lutrin, M. Pluyette, a fait la Vieille et les deux Servantes, une composition ingénieuse, très-bien peinte.
L'invention du daguerréotype a fort diminué le nombre des peintres d'architecture; mais, ce que la photographie ne peut faire, et ce que M. Dauzats fait très-bien, c'est de mettre sur les lignes les plus exactes une couleur vraie, lumineuse et chaude; nous nous sommes promené dans sa toile représentant San Juan de los Reyes, comme nous l'avons fait à Tolède en 1840; — V Église de SaintrGérém, à Cologne, a toute Tillusion d'un diorama.
PEINTURE, »GDLPTOaE. 161
Parmi les plus beaux pastels qui se soient faits, il faut placer le PrintempSy de H. Faivre-Duffer, une svelte figure rose voltigeant sur un fond d'azur, et dessinée avec une pureté digne d'Âmaury-Duval. Citons aussi les aquarelles fashionables d'Eugène Lami, un des rares peintres qui aient su rendre les élégances modernes : le Drawing Room, ou le lever de la reine à Saint-James, est une chose charmante; le RendejM)oits de chasse, YOrgie, ont un esprit, une finesse, une transparence incroyables. — Les deux sujets tirés des Amours des Anges de Thomas Hoore, par M. Vidal, ont cette grâce tenue, cette délicatesse aérienne que Tartiste donne aux femmes et aux enfants comme aux anges : c'est un défi porté aux graveurs anglais de faire passer du vélin sur Tacier ces ombres charmantes et diaphanes.
M. Saint-Jean règne toujours en maître sur Tempire de Flore, si Ton peut se servir d'une locution si surannée. Ses roses, ses raisins, sont superbes. Cependant voici H. Chabal- Dessurgey qui le serre de près. La Sainte Vierge entourée de fleurs, un Coin de vigne à VaMiomne, sont, dans leur genre, de véritables chefs-d'œuvre.
16S LES BBAUX-ARTS BIf BOROFE.