‹ Les beaux-arts en EuropeChapitre 9 sur 16 · XL · texte numérisé non relu

XL

Mil. GiYEUER — DURET — DUlIQflT — filEX — AEBàY —

LEQUBSKB — OTTIK

— POiLET — MAIlCELLUf — MAIHVRON

Avec sa PénéUfpeenékfrmie, M. Gavelimr s'est placé au premier rang parmi les sculpteurs modernes. Cette figure, affaissée dans ses chastes draperies, sous la fatigue du trarail, avait une grâce pudique et sévère digne des beaux temps de Fantiquité; aussi le succès de Fœnvre fut-il eomplet; pas' une critique discordante ne troubla le concert d*éloges : les artistes et les gens dumondefurent Clément charmés. M. de Luynes acheta cette belle statue, et en donna un prix que n'eût pas osé fixer la modestie de l'auteur. La Vérité montre que M. Cavelier persiste dans Fexcellente voie où il a mis le pied dés ses débuts; par une bonne fortune favorable à la sculpture, la Vérité est nue, et l'artiste en a profité pour nous faire voir une grande femme d'une beauté saine et robuste, dont les formes n'auraient aucun besoin du mensonge des vêtements. Rien de voluptueux d'ailleurs dans

Digiti:

FBINTURE, SCULPTURE. 165

eette ondîté austèra : la Vérité n'est pas eoquette ; elle offre avee candeur à la pure lumière do Jour sa beauté froide, lavée dans Teao erue du puits, son séjour habituel, et se présente aux hommes sans intention de les séduire; sa tranquille fierté, sûre de vaincre avec le temps, ne cherche pas de molles poses, de provocantes attitudes ; sur son front serein scmtille une étoile d*or; sa main élève le miroir où tous 8e voient tels qu'ils sont, beaux ou laids, pors ou infâmes; et derrière elle son dédain superbe rejette le voile dont on cherche souvent à l'envelopper. En modelant cette figure, M. Caveiier parait s'être souvenu de la célèbre définition de Platon : « Le beau est la splendeur du vrai ; » car il a fait entrer dans l'idéal indispensable au marbre une plus forte proportion de nature que la statuaire ne le comporte ordinairement.

Conçue dans des conditions moins rigoureuses, la Bacchante charme par un mouvement assez rare en sculpture : la bacchante tourne autour d'une colonne, en jouant avec une panthère privée qu'elle agace et dont elle se fait suivre; les draperies légères que soulève la rapidité de la course tourbillonnent autour d'elle comme une blanche écume, ne dérobant qu'à demi ses formes jeunes et charmantes; la tète a le sourire mystérieux et les yeux moqueurs de l'ivresse sacrée. La panthère, fascinée, s'élance après la tunique flottante» mais elle rentre ses griffes et fait patte de velours comme un chat familier qu'excite sa maîtresse.

ComAie, assise dans une chaise antique, présente avec UQe &mé romaine les deux beaux enfants qui lui servent de

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joyaux. Le trait, sans doute, est admirable; mais, diroDtles femmes^ n'est-ii pas possiMe d'avoir des enfants bien élevés et des boucles d'oreilles? La Comélie de H. Gavelier est drapée largement et noblement; sa tête a du caractère, elles enfants, sérieux et dignes, semblent comprendre la réponse maternelle. Ce groupe en plâtre gagnera au marbre en finesse et en pureté; nous le reverrons avec plaisir à une des prochaines expositions. Le portrait de madame J. G., buste en marbre ; le Dante, buste en bronze; le buste tragique, aussi en bronze, sont d'excellentes choses.

M. Duret — chose rare dans la statuaire, cet art abstrait dont la sérénité blanche et froide n'émeut guère le public, épris de drame, de mouvement et de couleur— a obtenu un succès tout à fait populaire. Son Pêclieur napolitain dansant la tarentelle, qui est un chef-d'œuvre, a été reproduit de toutes les manières, et les personnes les plus étrangères aux arts le connaissent et l'admirent. En effet, ce bronze charmant, qui ne tient au socle que par le bout de Forteil, a une élégance, une légèreté, une fougue, une jeunesse, une vie incroyables; il ne pose pas, il danse vraiment; il rit, il est heureux de ce bonheur sans arrière-pensée que verse Tazur du ciel napolitain. La cx)uleur blonde et fauve du métal fait illusion : elle simule le haie du soleil sur ce corps jeune et frêle que lustre la vague marine.

Le Vendangeur improvisant sur un sujet comique, le pendant du danseur, a tous les mérites de son aîné : c'est la môme verve enjouée, la môme façon vive et légère, la même pureté classique, assouplie par Tétade de la nature. Ces

deux statues, où Tart grec ennoblit le type italien, nous ont fait songer aux vers du comte Auguste de Platen sur Naples, ces vers si lumineux, si rayonnants d'une joie sereine, si antiques et si modernes h la fois !

Représenter un grand homme avec des bottes, un pantalon et une redingote, est une des plus dures nécessités où un statuaire puisse se trouver réduit. H. Duret a surmonté avec bonheur cette difGculté presque invincible. Son Chateaubriand est assis dans une pose pleine de noblesse, d'aisance et de simplicité ; le masque porte bien ce cachet de mélancolie profonde et d'incurable ennui qui caractérisait Tauteur de René. Cette tristesse n'empêche cependant pas Véclair du génie de percer le nuage. Ce marbre, digne du grand écrivain qu'il gloriQe, est destiné aux galeries de Versailles.

LÉtude de jeune femme en marbre, de M. Dumont, renferme des détails charmants : Toèil caresse avec plaisir ces formes pures, polies par un ciseau soigneux, auxquelles on ne saurait trouver d'autre défaut qu'une perfection un peu froide. Leucothoé et Baœhus enfant sont agencés habilement, et présentent de tous côtés d'heureux profils; on y sent le maître nourri des chef^-d'œuvre de Fart antique, et qai a plus regardé le marbre que la chair : de faute, il n'y en a pas; il ne manque qu'un accent de nature, une étincelle de vie, une négligence peut-être,

Et la grâce, plus belle encor que la beauté,

166 LES BBAUX-AftTS EN EBROPE.

eomme dit la Fonuiae dans un vers délicieusem«it abandonné, en même temps précepte et modèie.

Outre ces deux figures, M. Dumont a exposé une statijeen bronze de Buffon, pour la ville de Montbard, et un modèle en plâtre de la statue du maréchal Bugeaud, élevée à Alger par souscription nationale.

C'est au Salon de 1853 que parut le groupe de (kin H sa race maudits de Dieu, de M. Êtex, et il y fit une grande sensation. Bans un colossal bloc de marbre, Faniste avait taillé, avec une rare hardiesse et une farouche poésie, la figure du premier meurtrier entouré de sa famille en pleurs: son front bas et stupide ployait sous la réprobation sans Taccepter; morne, impassible, il ne sentait pa$ sur sa main sanglante les larmes tiédes de sa femme agenouillée, et n'avait pas un regard pour ses enfants éperdus; il fiemblait se dire ; Pourquoi l'offrande d'Abel était-elle acceptée. quand la fumée de mon sacrifice rampait rabattue vers la terre? Le fratricide trouvait Dieu injuste. Ce groupe, qui a fait la réputation de H. Étex, n'a pas vieilli ; il paraît aussi beau, après vingt-deux ans écoulés, que le premier jour. Dans ce marbre puissant bout toujours la sève généreuse de cette époque où Tart se renouvelait et s'élançait impatient vers la vie.

11 y a beaucoup de grâce et de charme dans ÏHiacùUhe mourant. Le corps du jeune ami d'Apollon s affaisse avec an mouvement d^une souplesse languissante très-bien rendu.

Le buste en marbre de M. Alfred de Vigny reproduit d'une façon intelligente la physionomie délicatement noble et aris-

PRINTDRE. SCULPTURE. 167

toeratiquement poétique da modèle : ce sent bien là ses traits purs et fins, son regard rêveur, son sourire mélancolique, et Ton y retrouve l'élégance discrète et l'air grand seigneur de ce champion du romantisme,

Qai dans sa tour d*ivoire avant midi rentrait.

Le portrait de Cbarlet a ces lignes tristes et sévères qui font prendre au premier coup d'œil Tartiste spirituel pour un de ces grognards de la grande armée dont il a écrit la légende du bout de son crayon lithographique.

Quelle idée ingénieuse, tendre et charmante, que celle du Premier Berceau, de H. Debay 1 Eve assise tient sur ses genoux, où s'agrafent ses mains croisées, ses deux enfants groupés dans son giron comme des oiseaux dans leur nid ; ils dorment, pelotonnés et chauds, sur le cœur maternel. Le duvet de Teider est-il plus doux, et Jamais fils d'empereur, sur sa conque d'or capitonnée de satin, eut-il un sommeil Qiieux abrité? Toute cette composition se ramasse et se concentre avec un bonheur extrême, présentant de tous côtés des lignes d'une grâce harmonieuse. H. Debay a manié la brosse avant de toucher le ciseau; on le devine à un certain sentiment pittoresque que n'ont pas habituellement les statuaires.

C'est une œuvre de premier ordre que le Faune dansant (le H. Lequesne; si Ton avait elhumé ce bronze vertdegrisé ^6 quelque fouille, les plus fins connaisseurs le jugeraient antique, et il figurerait au Vatican ou aux Studj parmi les

dieux de la mythologie, qui le reconnaîtraient pour leur frère. II est difficile de pondérer avec plus d'art un corps en équilibre sur la peau d*une outre glissante. H. Lequesne a retrouvé cette eurhythmie du mouvement, cette balance des lignes dont les anciens possédaient le secret. Son Faune, musclé vigoureusement, mais sans exagération, est d'une anatomie irréprochable. Cependant Tartiste n'a pas fait de son ciseau un scalpel et n'a pas écorché sa figure pour montrer sa science myologique ; ses trois bustes en marbre du maréchal Saint-Arnaud, de Visconlî, de H. Hyppolyte Guérin, sont très-ressemblants et modelés avec beaucoup de largeur et de fermeté.

Nous voudrions bien voir exécuté le projet d'achèvement de la fontaine monumentale du Luxembourg de H. Ottin. C'est une composition spirituelle et pittoresque, qui produirait, nous n'en doutons pas, le meilleur effet. Dans renfoncement d'une grotte de rocaille, Acis et Galatée, amoureusement enlacés, n'aperçoivent pas la tête monstrueuse du Cyclope jaloux qui s'élève au-dessus de la roche, et les regarde de son œil unique avec une expression de haine ; on dirait un couple de gazelles que guette un lion. Polyphéme va détacher une énorme pierre pour écraser son rival et le punir d'être charmant.— Le contraste du marbre blanc, dans lequel on taillerait les figures, avec les tons rougeâtres des rocailles, où s'accrocheraient des plantes aquatiques et pariétaires, formerait une opposition des plus heureuses; sur ce fond coloré et rustique, les figures se dessineraient admirablement.

M. Pollet est l'auteur de cette channante Hettre de la Nuit, qui eut tant de succès au Salon de 1850-51 , et dont la reproduction s'est emparée pour la multiplier à TinGni; il en expose un fao-simUe en bronze, car Toriginal est en marbre. C'est toujours le même jet svelte et pur, les mêmes formes suaves; mais peut-être le ton fauve du métal ne vaut-il pas pour ce rêve aérien les blancheurs et les transparences marmoréennes : le carrare et le pentélique, avec leur mica scintillant, conviennent mieux que Tairain aux jeunes immortelles nues. Achille à Scyros présente une de ces difficultés qu'eussent aimé à vaincre les statuaires grecs: fondre dans le même corps la beauté de Téphèbe et de la jeune fille, mettre Achille à côté de Déidamle {discritnen obsctirum) de manière à tromper les yeux ravis, cacher sous des formes féminines les muscles du guerrier jusqu'au moment où Ulysse apparaît avec le casque d'or et les armes étincelantes, c'était là un motif délicieux pour la sculpiure, et M. Pollet en a tiré tout le parti possible. Dans la statuaire moderne, on ne s'attache guère qu'à rendre la beauté de la femme; les anciens savaient donner aux jeunes héros et aux dieux aimables des formes aussi pures, aussi parfaites que celles des Vénus, des Grâces et des Nymphes. Notre artiste a dû, pour son Achille, consulter le Bacchus indien, le Génie funèbre, l'Apolline, et autres types délicats de la beauté virile, disparue à tout jamais du monde. V Enfant, statue de marbre, est d'un très-gracieux sentiment ; les deux bustesde Bacchantes ont de la souplesse et de la vie.

Il faut pardonner un peu de manière lorsqu'il en résulte II. 10

i70 LES BBAUX-ABTS BU KBROrE.

VB efSet heareux : sans doute» la Cyprù aUaUant VAammr, de H. HarceUîn, a une pose d'une grâce cherchée; nuis cette grâce existe» et la ligne tourmentée se raj^ie d'une façon élégamment sinueuse, présratant ces contours serpentins qu'aiment les statuaires et les peintres. A Tart grec se mêlent ici ces cambrures â<^entines, ces airs penchés, ces doigts contrastés qui plaisaient à Benveauto GelUni, à Jean de Bologne, à Jean Goujon et à Germain Pilon; la tête est fine, malicieuse, spirituelle; le corps est digne de la mère de TAmour. Le BeUmr du printemps est aussi une œuvre pleine de charme et de talent.

Le romantisme a eu jusqu'à présent peu de représentante en sculpture. Si Ton en excepte David, Barye, Préault, Antonin Hoyne et Maindron, les statuaires sont restés fidèles 4u culte des anciens dieux. Peureux, les olympiens habitent toujours leurs douEO palais d*or, et, depuis Phidias, il ne s'est rien passé. En effet, nulle matière n'est plus rebelle que le marbre à Tidée moderne qui pétrit le fer et Tacier «omme de la cire : la religion, les mœurs, les cosiames, tout semble conspirer contre cet art essentiellement païen de la sculpture, et ce n'est que par un effort soutenu que la tradition s'en conserve. M. Maindron a exposé le modèle en plâtre de sa Velléda, dont l'original est au jardin du Luxembourg. II y a dans cette statue dedruidesse l'intention accusée d'échapper à l'idéal antique et de substituer un type gaulois à l'étemel type grec. Aussi souleva-t-elle jadis beaucoup d'objections tombées maintenant. Le Christ en bronze du même auteur montre aussi la volonté de ne pas clouer un

MINTUM, SCULPTURB. 17!

AfKrflofi dur la eroix et d'y faire souffrir un Dieu avec un corps bumaîn brisé par les tortures, pensée peu^étre plus dirMenne que seulpturale.

M. SÎMIRT

La statuaire ehrysëléphantine, si honorée chez les anciens, qu'elle ne pouvait ôtre pratiquée que par des hommes libres, semble avoir été inconnue chez les modernes, ou du moins regardée comme barbare j le mélange de ces belles matières qui se combinent si harmonieus^nent choque les idées reçues : habitués à la blancheur uniforme du marbre, nous M voulons comprendre que la sculpture monochrome; nous acceptons sans peine, pour les statues, la pâleur idéale du paros, du pentélique et du carrare, qui ne différencie en rien les valeurs des chairs, des cheveux, des prunelles et des draperies. Assurément il y a dans cette convention quelque chose de grand, de noble et de simple, bien digne de la sévérité de la statuaire : cette manière abstraite d'envisager Tart indique des natures cultivées, capables de

comprendre la beauté pure. Cependant les Grecs, qui nous valaient bien, et dont le goût en toutes choses était plus sûr que le nôtre, admettaient que Ton mariât Tor et Tivoire dans la représentation plastique des dieux et des déesses : ils coloraient, en outre, leur architecture, et le Parthénon porte des traces encore visibles de rouge et de bleu. — Phidias était un toreuticien, et il est douteux que ce dieu de la sculpture ait jamais touché le ciseau et le maillet : l'antiquité ne lui a pas attribué une seule statue de marbre, excepté Pline, qui parle avec la restriction d'un on-dit de la Vénus du Parthénon, regardée comme de Phidias.

Tout voyageur qui a visité le merveilleux temple d'Ictinus sur r Acropole d'Athènes, en fouUnt ces nobles marbres que le temps avait respectés et que la barbarie humaine a mutilés sans pouvoir en détruire la beauté divine, s* est laissé aller à remettre en place les colonnes tombées et à restaurer dans son imagination la figure complète de l'édifice. Chacun, en s'aidant du dessin de Carey, a repeuplé les deux frontons de leurs bas-reliefs absents, et réparé de son mieux les outrages des bombes vénitiennes. Nous-mème, envoyant distincte encore sur le pavé de la Cella la trace du piédestal de la statue de Phidias, nous n'avons pu nous empêcher de la relever en idée d'après les vagues textes de l'admiration antique, et de nous représenter aux lieux où il s'élevait le colosse d'or et d'ivoire, dont la matière, pour riche qu'elle fût, ne formait que la moindre valeur, et nous nous disions : — Si nous étions quelque peu millionnaire, nous irions trouver un statuaire, nous mettrions devant lui un

tas de lingots d*or et de dents d'éléphant, et nous lui dirions : tt Essayez de refaire la Minerve. »

Cette idée, H. de Luynes Ta réalisée, et nous devons à sa magnificence le plaisir de juger par nous-même Teffet que produisait la statuaire chryséléphantine. Il s'est adressé à U. Simart, un artiste imbu de la pure tradition grecque, et digne d'essayer cette restauration de Phidias.

Avant de parler de Tœuvre do M. Simart, faisons Thistoire de cette statue, qui a passé à bon droit pour le miracle de l'art antique.

ll'Bous semble bizarre, à nous autres, dont la toreutique se borne à sculpter des Christs de quelques pouces cloués à des croix d'ébène, qu'on ait choisi pour un colosse une matière qui ne se trouve qu'en morceaux d'une grandeur nécessairement restreinte : la dent d'un pachyderme. Mais les anciens possédaient Tart d'amollir l'ivoire, de lé scier circulairement et de le dédoubler en lames assez larges; ils le plaquaient ainsi étendu sur une armature de bois, en ayant soin de dissimuler les pièces de rapport par la précision des jointures ; ils pouvaient de la sorte rendre des portions de nu d'une dimension considérable ; les draperies, les cheveux, les armes, les ornements, étaient faits d'une feuille d'or plus ou moins épaisse, fixée au moyen des mômes pro* cédés. Nous voyons maintenant, par la Minerve de M. Si- ' niart, comme le ton opulent de l'or se marie heureusement ^ la moelleuse et vivante pâleur de l'ivoire, et nous compre* nons que les Grecs n'étaient point des barbares en risquant cet harmonieux contraste.

iO.

tu LES BEA0X-AB7S BIf imOVE.

La Minerve de Fbiitas n'attii pas moins de vingi^ coudées (à peu près trenlMept pied^ e& doQBaiit au piédestal liQirpieds» cela porte la bauteiir totale à quarantecinq {Meds : la pointe de la lance qoe tenait la dëease denit presque toucher le plafond du temple. — Le JupUer d'Olympie était aussi d'une grandeur démeenrée, qumqne représenté assis, et, s'il se fût levé, an dire de Strabcm, il eût crevé le toit de son sanctuaire. Cette énormité surprend ehei les Grecs, gens d^nn goût si pur et si préoccupés de Veurbyihmie des proportions; par cette faute volontaire, ils prétendaient sans doute marquer la supériorité du dieu sur ses adorateurs. Le moyen âge abonde en exemples de ce genre. On voit au- porche de mainte cathédrale des Christs ou des Vierges gigantesques au milieu d'une cour d'apôtres et de fidèles d'une dimension beaucoup moindre; la même pensée s'est traduite d'une manière identique el à des siècles de distance.

Pour couvrir un tel colosse d'ivoire et d'or, la dépense était énorme; aussi Phidias proposa-t-il de faire économiquement les nus en marbre pentéliqne; mais le peuple d'Athènes ne voulut pas entendre parler d'une semblable parcimonie, bonne pour des habitants de Platée, désirant faire à peu de frais un simulacre du dieu local : l'or employé montait à quarante ou quarante-cinq talents, et Pendes, qui connaissait le caractère athénien, conseilla à Phidias de le disposer de manière que les morceaux pussent se détacher et se peser; précaution utile, car l'artiste fut accusé d'avoir détourné une partie du métal, et se justifia aisément.

FEINTURE, SCULPTURE. 175

Quant à ce que ooftta l'ivoire, on Tignore; mais son prix, joint à ceint de Tarmature antérieure, nécessairement très* compliquée, dut égaler an moins celui de l'or.

Mais ce n'était pas la cherté des matières qui séduisait les Athéniens : ils pensaient ayee raison que la blancheur tiède et transparente de l'ivoire remportait sur Téclat froid du marbre pour rendre la chair immortelle des divinités, et que Tor aux nuances chaudes et riches représentait admirablement les draperies lumineuses jouant autour de leurs formes parfaites; — aussi ne fut-ce pas la richesse, mais la beauté, que chercha Phidias en employant For et l'ivoire.

La déesse était coiffée d'un casque ayant pour cimier, à ce que dit Pausanias, un sphinx côtoyé de deux dragons; — une médaille d'Aspasius, qu'on prétend être une copie de la Minerve de Phidias, ajoute à cette ornementation deux Pégases aux côtés du casque et huit chevaux galopant rangés sur la visière. — Cela nous paraît bien surchargé pour le goût grec, si sobre et si pur. — L'égide couvrait sa poitrine, et sa main gauche s'appuyait, en retenant sa lance, à l'orbe d'un bouclier d'or, qui, le rapport de proportion gardé, ne devait pas avoir moins de quinze à dix-huit pieds de haut. La face intérieure ou concave représentait le combat des dieux et des géants; la face extérieure ou convexe, la guerre des Amazones, courant en manière de frise autour de Tumbo; c'est dans cette partie du bouclier que Phidias, à qui on refusait l'honneur de signer sa statue, mit son portrait sons la forme d'un vieillard chauve soulevant une pierre des deux mains, audace qui le fit accuser d'impiété et lui valut

de mourir en prison, récompense digne de l'envieuse Athènes. La tunique de la déesse, tombant à chastes plis, laissait paraître ses beaux pieds chaussés de la sandale tyrrhénienne, une espèce de patin formé de plusieurs semelles superposées; cette sandale, mise à Téchelle du colosse, avait quinze ou seize pouces d'épaisseur; et, comme cette surface lisse eût pu sembler trop nue, Fartiste l'avait ornée de bas-reliefs dont le sujet était le combat des Centaures et des Lapitbes.

Le bras droit, étendu en avant, portait une Victoire de six pieds de haut, ailée et drapée d'or, qui, de ses mains d'ivoire, offrait la couronne à la déesse avec un mouvement d'une élégance, d'une ardeur et d'une poésie sans pareilles : cette Victoire était comme un chef-d'œuvre dans le chefd'œuvre, et Fantiquité n'a pas eu assez d'hyperboles pour la louer. Auprès de la statue, le.serpent, symbole d'Ërechthée, entortillait ses anneaux squammeux. Par une liceDce permise et nécessaire dans la statuaire polychrome, l'artiste n'avait pas laissé à sa Minerve le regard vide et blanc des effigies de marbre : deux pierres précieuses, incrustées à la place des prunelles, simulaient les rayons de la vie et de Fintelligence; diverses teintures coloraient l'or en or vert, en or rouge, en or blanc, et jetaient une variété harmonieuse sur, l'ensemble.

Quel effet devait produire un tel chef-d'œuvre dans^cet admirable temple! La beauté la plus pure grandie par des proportions colossales et devenue presque formidable! Ténormité de l'Egypte jointe à l'idéal de la Grèce! Aussi que de soins pour cons^ver la radieuse statue! On répandait

PBINTORB, SCULPTURE. 177

autour du piédestal de Teau, qui, en s'ëvaporant, entretenait une humidité favorable à Tivoire; chaque année, le 25 du mois Thargélion, les Praxiergides détachaient les ornements de la statue, la nettoyaient et en visitaient l'intérieur. Pendant cette opération, la déesse était cachée par un voile aux regards profanes.

Qa*est devenue la Uinerve de Phidias? Placée dans le Partfaenon la troisième année de la vingt-cinquième olympiade^ sous Tarchontat de Théodore, elle fut enlevée du temple par les chrétiens, sous le règue de Justinien, et alla probablement orner l'Hippodrome de Byzance, en compagnie du Jupiter d'Olympie, Ae&Chevaux de Lysippe et du trépied de Delphes. Elle périt avec les chefs-d'œuvre de l'art antique sous les cataclysmes de barbares. — Pausanias Tavait vue dans sa beauté intacte après six siècles d'existence.

H. Simart, s*aidant de toutes les ressources que la science archéologique mettait à sa disposition, a restauré heureusement la silhouette générale de la statue de Phidias; il a consulté les textes et les médailles : sa Minerve n'a pas, comme on le pense bien, la taille de la Minerve du Parthénon; il a dû se borner à l'exécution au quart, ce qui donne en'core une proportion de huit pieds, et suffit pour donner une idée de l'original . La description que nous venons de faire de l'œuvre de Phidias nous dispense de parler en détail de celle de M. Simart, qui s'est conformé avec la plus scrupuleuse exactitude aux renseignements, par malheur peu précis» qu'ont laissés les anciens. La tôte de sa statue, au profil ferme et sévère, a bien Texpression de sérénité froide et de

lis LES MAUX^AftTS IK BffROrfi.

firgitiilé iëdaignf089 qui eofivieni à la pltm étm^ iimW de VOifmfe; «ae pierre d'axante, eatkiesée dwie sa pru* nelFe, reppeltê Pépiibèle de fhucopiê qu'Eùmètè ne manqoa jamais «rappliquer à Pallas^Athëivé^ et demie à mù i^rd une loeor ëIrMige : on dirait nû ml vivaiif qm sehtiille à travers un masque. Nous aimons assez cette Uiarrerie in> qtiétaiite. De» bouclée d'oreiUe* d'or et des pierres bleues acoofnpagiteflt le» joue» plies de la déesae; les bras» taillé» d*uiie seule pièce dans deux àtormes défenses d'ireire fossile, soM d'une t9^ bea«tti^ la transparenee ëbuméeune, trayersée de Teine» bleuâtres et de blaucheurs rosées, joue la ebair à faire illusion : on croirait voir la vie eourtr som cette belle substance si polie, d*un grain si fin, qui imite le derme délicat d'une jeune femme. Les pieds sont purs de formes, comme des pieds qui n'ont jamais foulé que l'azur du ciel ou la neige étincelante de TOlympe. La tunique, d'un or pâle, semblable à cet eleetrum si céMbre dans Tantiquité, descend à plis simples et graves, et fait le plus beureux contraste avec les teintes blanches de l'ivoire. Les basreliefs du boudier et des sandales ont bien le caractère hellënique, et le serpent Breehtiiëe déroule d'une façoa pittoresque ses écailles d'or vert*. Au lieu de la Méduse de régide, H. Simart, se fondant sur certains textes, a mis un masque d'fléeate, dont la boucbe, au rictus monstrueux, lai^e passer quatre crocs, symboles des quatre quartiers de la lune : nous doutons que Phidias ait placé sur la virginale et robuste pcfttrine de sa déesse ce masearon grimaçant, relevant pltttAt des religions symboliques de l'Asie que de Tart

PSIHTOIB, 8CCLPTUB£. 179

grée. La Victoire que Hiiierve tient dans sa main, et qui (ait palpiter ^éperdumeat ses frigsoiuuuites ailes d'or, ^t la plus dëliciaifle statuette ehryaélépbantioe qu'on puisse rêver, et H. Sioiart a eeUe ressemblance avec Pbidias, d'avoir principaleoieat réussi eette figurine.

L'artiste, pouisuivaot sa restaura tioB, a restitué sur le piédastal de la statue la Naissance de Pandore, douée par tous les dieux comme une princesse de conte de fées, dont on dit que Phidias avait orné le socle de son colosfôe. Ce basrelief est charmant et semble détaché d'une frise du temple de la Victoire Aptère; il complète la statue, dont la richesse avait besoin de eette base <

Uil. BÀa¥E — LBCHESHS ^ FREHIET — ^àCQUEHARD — KNEGUT

— CHRISTOPHE — m"* DE FAUVEAU —

JOUFFROY — OUDIKÉ — PARRAUD — JAIEY — MAILLET —

LOISON — DUSEIGNEDR

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