‹ Les Beaux-arts et les arts décoratifsChapitre 115 sur 135 · G E O R G K S I . A V K N F. STR K · texte numérisé non relu

G E O R G K S I . A V K N F. STR K

La Décoration et les Industries d’Art

Dans la brume grise de l'hiver, maintenant proche, la vision s'évanouit, retourne au néant. La fin est arrivée de ce qui fut, six mois durant, le plaisir des yeux et de l'esprit, la fête du travail et de la paix. Pareilles latitudes n'avaient jamais été offertes de s'initier à l'activité et au progrès des civilisations, de mesurer l'effort du génie humain aux prises avec la matière. Certes, le doute en l'avenir n'est pas permis; mais tout de même il semble que la manifestation de 1900 marque un terme et que, sous peine de déchoir ou d'excéder la mesure, 1 ère des expositions françaises soit pour quelque temps close.

Cette fois déjà, le champ d’observation s’étendait à l'infini et la crainte vous poursuit d'en avoir ignoré quelque zone. Ne fut-il pas trop vaste, hors de relation avec les limites de nos forces, de notre attention et de nos loisirs ? Ou bien doit-on moins accuser la haïssable mégaloscopie que le désordre d'une classification arbitraire et confuse t Le temps n'est plus où le système rayonnant de Le Play groupait les « produits exposés » tout ensemble d’après leur nature et leur pays d origine. Puisque l'on renonçait à isoler le labeur intégral de chaque nation pour se résoudre à la présentation par catégorie, il fallait ne point tolérer d’exception à la règle et sérier rigoureusement les créations qu assimilaient un effort parallèle et un but identique. Par malheur, il n'en fut rien. Les éléments d'un même objet d'étude se trouvèrent épars, disséminés çà et là, au caprice du hasard ou de la volonté individuelle; des

détours sans nombre dépistaient la recherche; de constantes entraves retardaient, à moins qu'elles ne les interdissent, les considérations générales et les vues d'ensemble... Xénophon parle en quelque endroit de la beauté que confère aux plus humbles ouvrages de l’homme un groupement méthodique ; « alors, ajoute-t-il, ils semblent former un chœur ». Cette harmonie, l’Exposition de 1900 ne l'a point connue; elle a contraint aux péripéties des plus lamentables odyssées les curieux chez qui la foison d’exemples aiguisait le désir de la découverte ; elle n'a favorisé ni les rapprochements, ni les contacts d'où jaillit soudain, de soi-même, le trait de lumière, l'éclair de vérité.

Malgré l’attrait de certaines constructions, soit étrangères (pavillons de la Finlande, du Danemark, de la « Peninsular and Oriental Company », Village russe), soit françaises (porte de M. Binet, pavillons de Madagascar, du Creusot, palais des Forêts, théâtre de Mmc Loïc Fuller), gardons-nous de juger l'état de l'architecture après une simple promenade à l'entour des monuments, sans quoi l'Exposition ne résisterait pas au parallèle avec son aînée de 1SS9. Pour reconnaître où le talent des architectes s'est dépensé avec le plus de succès, il faut dépasser le seuil, observer le souci fréquent d’une présentation artiste, et retenir l'importance sans précédent qu'ont prise, en 1900, les aménagements, les installations.

Ce luxe nouveau est un premier signe, une première conséquence du mouvement qui, vers la fin du xixc siècle, a rapproché tous les arts, en les portant à tendre vers un but d'application. Les architectes doivent à cette orientation des activités d’avoir recouvré quelque chose de leur prééminence d’antan ; ils s'étaient peu à peu désintéressés de la parure intérieure, semblaient ne plus daigner y condescendre, au mépris de tant d exemples historiques; quelque lumière s’est faite maintenant dans leur esprit; l’obligation s'est imposée à eux de ressaisir leur autorité intégrale, d'affirmer au dedans comme au dehors, dans l'ensemble et dans le détail, 1 unité de la conception et la suprématie du maître de 1 œuvre; ils se sont institués décorateurs, et peut-être est-ce à

ce titre que leur participation se trouve avoir le plus glorieusement marqué ?

Ainsi, les leçons de Paul Sédille ne sont pas demeurées lettre morte. Il ne suffit plus a 1 architecte d’assurer un abri tutélaire et une mise en évidence favorable; ce n est plus assez, à ses yeux, de tendre un vélum

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historié, de développer une frise ou de couvrir le sol d'un tapis de haute laine; il aspire à composer un cadre pourvu d’art, de signification, de

LU l’ AVILLON DU DANEMARK, 1»AU M. KOCI1

caractère, un cadre qui constitue une création en soi et qui souvent séduit bien davantage que ce qu il a mission de taire valoir. Grâce à ces recherches, la physionomie intime de 1 Exposition gagnait en pittoresque,

offrait la succession d’amusants contrastes. Telle nation attestait partout

sa présence par un type d'installation identique ; telle, au contraire, s'ingéniait à varier ces types, à les approprier à la nature du produit exhibé. L'Italie seule restait indifférente à cette convoitise de beauté, que certains pays ne savent point satisfaire, que d'autres laissent à peine soupçonner. L’Amérique, l’Angleterre, conservent aux aménagements éphémères la solennité, l’aspect régulier, froid, des boutiques et des rues de Londres et de New-York. Sans la section des armes, nul ne se fût douté de la participation des architectes belges à la renaissance des arts appliqués. L’Espagne, la Russie, n’échappaient au banal qu'en rééditant leurs anciens monuments; avec plus de discernement et moins de servilité, le Japon et la Suède obéissaient à la loi de l'indigénat, tandis que la Norvège et la Suisse rivalisaient à restaurer, à moderniser la tradition nationale; des boiseries montraient les rubans, les entrelacs, les spirales, les dragons ailés, tout le répertoire familier aux artisans anonymes qui, du xnc au xve siècle, fouillèrent de sculptures le portail des églises de Tuft, de Hof et de Hyllestad; AL Bouvier prolongeait parmi nous la survivance des constructeurs de chalets; sur des thèmes anciens, il a créé des motifs nouveaux, qui exaltent à souhait le particularisme du style romand. Pour la Hongrie, elle était partagée entre son attachement au passé et son désir ardent de régénération; on la vovait, tour à tour traditionnelle et initiatrice, recourir à l'art séculaire de la broderie et se plaire à marier l'éclat des cuivres aux douceurs d'un bois ouvragé teinté en réséda, ou bien encore emprisonner dans une souple armature de fer la chatoyante diaprure des verroteries cloisonnées. Tout lien apparent avec le rétrospectif semble rompu par les Pays-Bas, le Danemark, l'Allemagne et l'Autriche; chacun aimait à retrouver, à travers l’Exposition, les blanches menuiseries ajourées de la Hollande, puis les clairs portiques danois ; dans la section de l'agriculture, au lieu d’un portique, c'est une clôture du plus original aspect qu'avait imaginée, pour notre joie, M. Arne Petersen, de Copenhague : autour des baies court un bas-relief de feuillage et, de chaque côté du seuil, se répondent deux sculptures, de grands bœufs fougueux, placés en regard l’un de 1 autre et marquant monumentalement l'entrée. Aux Invalides, le patio de 1 Allemagne, gardé par deux colossales figures équestres, ne laissait pas d'avoir grande allure; il répondait à ce désir de magnificence qui entraîne parfois nos voisins d’outre-Rhin, à choir dans la surcharge, — témoin la décoration du vestibule dans le pavillon impérial, témoin

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celle, vraiment trop [pompeuse, de la section des Beaux-Arts dans le Grand Palais des Champs-Elysées. Comment il advint à P Autriche de l'emporter dans cette joute pacifique, la question vaudrait d’être étudiée

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