DÉPART DE RAMPE, PAR M . E G G ERS
ceux de MM. Schulz et Holdefleiss, Krüger, et, partant, l’enseignement du parallèle se trouve différé. Dans 1 ordre des constructions métalliques, 1 effort le plus significatif et le plus louable a été réalisé chez nous par M. Louvet. L escalier d honneur du Grand Palais des Champs- Elysées s impose par 1 élégance qu’il garde en dépit de ses proportions monumentales, par 1 association inédite, heureuse et grave, du porphyre des Pyrénées, du granit des Vosges et du bronze clair ; enfin, au-
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dessus de tout, nous touche et nous agrée l'ambition pleinement atteinte de faire des limons, des arcatures, des ailettes, comme une vaste floraison qui s’épanouit au-dessus des colonnes et se prolonge jusque dans la rampe en fer forgé.
LUSTRE, COMPOSÉ PAR M . TRI) F F I K R (Expose par la maison Renon.)
Les rampes, les grilles, les balcons forment le principal de la production ferronnière et, à les étudier, chacun peut s’édifier de façon assez exacte sur l'état de la main-d'œuvre et sur le désir de renouvellements. Les rampes des deux nouveaux palais échappent à la fastidieuse banalité ; il en est de même pour celles qu'ont exécutées M. Braat de Delft, M. Marcus de Berlin, M. Eggers de Hambourg et les artisans de Crcfeld. Des devants de foyer, des portes d'ascenseur, des balcons de M. Emile Robert, attestent chez leur auteur la possession de tous
les secrets de son art. ( ne clôture de M. Génissien s'impose encore par son caractère de puissante simplicité.
S’agit-il d’une grille de porte cochère, la trouvaille d'un motif répété ou alterné ne suffit plus ; il devient obligatoire d’agencer, de composer un ensemble, et alors le recours au rétrospectif se constate plus fréquent. Les ferronniers de France (M. Bardin, M. Bergcotte), d'Allemagne (M. Neuser), de Hongrie (M. Jungfer , de Russie meme, inclinent à renouer avec le xvni° siècle ; M. Andersen, de Christiania, remonte plus loin dans le passé, et son portail s'agrémente d’animaux fantastiques empruntés aux monuments du Moyen âge. C'est aussi le souvenir des temps abolis et des moines artistes qu'évoque à sa manière M. F. Marron, de Rouen. Dans le calme de sa province, sans trouble ni hâte, il pousse droit son œuvre, la reprenant chaque jour pour la parfaire, et il crée cette grille aux pavots où la matière la plus rebelle acquiert, sous le marteau du maître ouvrier, la minceur, la souplesse, la fragilité de la fleur.
Si grande soit la dévotion à un pareil artiste, n’oublions pas que la rénovation du home exige, pour se réaliser, des œuvres non pas uniques, mais mises par 1 édition à la portée de tous. Aussi, un grand intérêt s attache-t-il au progrès récent qui s'est accompli dans la serrurerie d art et la fabrication des appareils d'éclairage. Grâce à M. Alexandre Charpentier, à M. Erikson, MM. Fontaine peuvent se targuer d avoir substitué à des modèles surannés des entrées de serrure, des plaques de propreté, des boutons de porte, des crémones, des gonds, qui, pour être de style bien moderne, n'en répondent pas moins aux exigences de leur fonction.
En ce qui concerne la diffusion de la lumière artificielle, que de changements aussi survenus depuis dix ans ! Lors de la précédente Exposition, 1 industriel déconcerté ne se souciait de rien hors d’accommoder a 1 électricité ses anciens appareils. Le loisir ne lui avait pas été laissé de déduire des conditions particulières de l'incandescence électrique les lois de sa présentation. Familiarisés depuis plus longtemps avec ce mode d éclairage, d esprit plus pratique aussi, les Anglais furent les premiers a satisfaire ces fondamentales exigences. Des lustres de M. Benson, simples de forme, qui marient à plaisir l'éclat des cuivres iouges et jaunes, rappellent cette phase de l'histoire du luminaire. Les leçons de logique ne sont jamais superflues ; au cas présent, elles ont
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guide plus d'un artisan de France hésitant ou inquiet, et on s'applaudissait de rencontrer chez M. Soleau, AL Guinier. Al. Raingo, Al. Renon, M. Mottheau, des appliques, des plafonniers, des lampes, où la structure appropriée se pare d’une élégance aussi éloignée de la surcharge que de la raideur britannique. L’attrait venait des reliefs ou uniment de l'ondoiement des lignes (M . Trufher, M. Tony Sclmersheim). De grands artistes, en Allemagne M. Hiemerschmied , en France M. Jean Dampt, ont apporté à ces progrès une contribution précieuse ; AI. Jean Dampt s'est approché le plus de la perfection.
Du plafond descend le faisceau métallique récepteur des fils ; il se divise en tiges qui serpentent, se reploient avec la flexibilité de la liane et se terminent par une fleur lumineuse en cristal dépoli, violette ou orchidée. Certains déjà avaient donné à l'ampoule une forme modelée : AL Dampt l'appelle à faire partie intégrante de la composition ; dans son art, comme dans la nature, la fleur est si bien l'aboutissement ration nel de la tige, que l’ouvrage atteint à l'absolue IKS V,0LETTES’ Li:STRE COMP0SE PAR M* ,,AMPT
(Kxposé par la maison Beau.)
unité et que ces lustres peuvent dès
maintenant être tenus pour classiques, — encore que le Musée des Arts décoratifs ait omis de les acquérir, sans excuse plausible.
Gonon n'est plus; l’impeccable Liard dédaigne l’occasion de se produire et se dérobe à l'éloge; en somme, la fonte au sable est sans progrès, et les investigations de Rossi n'ont pas encore remis au jour tous les procédés de l'ancienne fonte à cire perdue. En revanche, Carriès, Bartlett ont appris à ne plus méconnaître le prestige des belles patines; avec sa divination d'artiste infaillible, M,ne Sarah Bernhardt en a trouvé de mordorées, pour les bronzes dont la mer de Belle-Isle lui fournit chaque été les modèles.
La renaissance de l’étain date de 1889, et M. Brateau, qui l'a provoquée, ne faiblit pas à en soutenir l'éclat; c'en est fait,. pour lui, des ressouvenirs de Briot; la vivante nature directement l'inspire; si M. Desbois, M. Pierre Roche, M. Laporte-Blairsy réapparaisscut avec des œuvres déjà vantées aux Salons, .M. Alexandre Charpentier s'est abstenu. A Munich, le métal que Rodenbach définissait « le clair de lune de l’argent » est toujours en faveur grande ; M. T. von Goscn et M. Schmcidl le traitent avec une entente rare : le modelé tient compte
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des ressources de la matière, les reliefs conservent toujours un caractère souple, libre et gras; en cela. M. von Gosen et M. Schmcidl me semblent 1 emporter sur M. Kavser : ses décors d'un modernisme de bon aloi offrent, souvent, des contours durs et secs, ou meme des délicatesses excessives qui siéent mieux à l'or ou à l'argent qu'à la poterie d'étain.
hn tirant de 1 ombre les trésors des églises, en rappelant comment, le long des siècles, 1 art s était mis au service de la foi, l'exposition rétrospective du Petit Palais et du pavillon de Hongrie multipliaient les points de comparaison redoutables et entraînaient une sévérité parfois excessive dans les jugements sur l'orfèvrerie religieuse contemporaine.
Il est exact qu elle n est pas près de recouvrer son lustre d'antan;
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elle ne se survit guère que chez nous, les essais de M. Gorham, de AI. Linke, ne pouvant être invoqués qu'à titre d'exception. Au moins, les orfèvres auxquels incombe l'héritage de ce lourd passé de gloire n'ignorent-ils rien de la tradition historique et familiale qu'ils ont mission de continuer. MM. Poussielguc-Rusand et Armand-Calliat fils ont été élevés à iorte école. Ils ont appris de bonne heure à regarder l'archéologie non pas comme une source d’inspiration, mais comme une science féconde en avertissements. Ils doivent tout à leur indépendance, qui se trahit sous des dehors dissemblables, opposés presque, selon le tempérament de chacun. Al. Poussielguc-Rusand, Parisien, activement mêlé au mouvement d'art moderne, devait convoiter, pour les objets du culte, le bénéfice des recherches ambiantes. Son calice, L' Arbre de Vie , fixe d'emblée sur le libéralisme de son esthétique. Il a été parachevé sous ses yeux, dans ses propres ateliers. A l'exemple de son père, dont Yiollet-le-Duc et le P. Alartin avaient été jadis les collaborateurs. AI. Poussielgue-Rusand ne néglige pas l'apport des concours extérieurs; Al. Sauvageot, Ai. Corroyer, ont dessiné pour lui, qui une châsse, qui un ostensoir ; l'autel de AI Al. Genuys et Camille Lefebvre unit à ravir le grès et le bronze: enfin, MAI. E. et A. Le Lièvre lui ont donné peut-être le meilleur de leur talent quand ils ont modelé le trépied d'une veilleuse, le calice dont l’ornementation dérive du lis, puis la crosse en bois sculpté d’immortelles en argent patiné, où s'épanouit une fleur de passiflore en émail translucide mal. Il n'a point manqué, comme chacun imagine, d'esprits chagrins pour se révolter et pour taxer de profane ce modernisme. Autant vaudrait, ne pensez-vous pas, faire de la piété le privilège exclusif d'une époque, ne tolérer de livres d'Heures que ceux imprimés en caractères gothiques, selon la mode de l'ancien temps?
AI. Armand-Calliat est Lyonnais, partant méditatif, rêveur, et son mysticisme grave, austère, s'exhale comme celui d'un Puvis de Chavannes ou d’un Hippolyte Flandrin. Chacune de ses créations est un acte d’adoration ou de foi. La châsse de saint Anthelme, à BeJley porte, en toutes ses parties, la trace d'une dévotion raisonnée et fervente; le plus