XI. A RM \ N D-CA I.I.I AT
exposition Universelle de tyoo
pur sentiment religieux a inspiré la conception générale, 1 invention de chaque détail, au point qu'on démêle mal la part du croyant et celle de l’artiste dans un pareil ouvrage. J'en veux signaler, cependant, l'imposante unité, les proportions, l'excellent hiératisme des ligures el leur lien avec la construction. Toujours soumis à la règle d'une discipline vigilante, les triples dons de l'architecte, du statuaire, de l'émailleur, reçoivent à nouveau leur plein emploi dans le majestueux ostensoir de Saint-Martin d'Ainay. Mais, à insister de la sorte sur ces travaux, la crainte vient de ne découvrir chez M. Armand-Calliat que J aptitude aux vastes entreprises, tandis que ce puissant est aussi capable de délicatesse, et que sa maîtrise se laisse aussi bien juger d'après la crosse abbatiale de Solesmes en ivoire incrusté d’or, d'après la crosse de MBr de Tarbes, fleurie de roses symboliques, d'après le marteau jubilaire de Saint-Jean deLatran, prêté par Léon XIII, d’après un calice, une croixpectorale même. Et l'on s'en voudrait de ne pas toucher un mot des préférences du coloriste, des émaux couleur d'ivoire et de turquoise auxquels il s’est complu pour les burettes et le plateau des RR. RR. Maristes de Lyon, et de ces émaux noirs, dits de niellure, qu'il a fait entrer si judicieusement dans la composition du bougeoir, du plat à gants, de l'aiguière et du bassin destinés à la « chapelle noire » de Msr Rumeau, évêque d'Angers.
Lucien Falize donnait quelque jour à M. Armand-Calliat le conseil de s’arracher à sa pieuse méditation et de laïciser son talent. L'avis n'a pas été vain : un surtout de table, La Curiosité , inaugurait le début du maître dans l’orfèvrerie civile. Il se recommandait par les qualités de pondération familières à M. Armand, se distinguait par ceci que la plante n’intervenait en rien dans le décor. C'est presque une singularité aujourd'hui, et il n'est pas à prévoir que l’avenir éprouve quelque embarras à dater l'argenterie de notre temps. Maintenant, cette prédominance de la flore dénonce-t-elle une révolution, ou bien y a-t-il eu simplement « évolution », reprise et rajeunissement de la tradition ? La question reste à trancher. Un fait demeure hors de conteste : dans le commerce du xviu0 siècle et des Germain a grandi celui qui s'est conquis par 1 application heureuse de ce système ornemental un lustre assez vil et assez incontesté pour enorgueillir toute notre orfèvrerie contemporaine.
Les Falize et les Boucheron, les Aucoc et les Froment-Meurice, les
LA DECORATION LT LES INDUSTRIES D’A K T
Boin-Taburet et les Lin/.eleer, peuvent chacun faire aimer ou applaudir certaine pièce d'argenterie de conception neuve et révéler par là dans quelle mesure ils ont partagé avec leur génération l'aspiration ardente vers la beauté inconnue; M. Cardeilhac seid a mis au jour, avec une force de déduction et un esprit de suite rigoureux, un ensemble d'ouvrages égaux de tenue, issus d'une inspiration commune et pourtant variés, qui présentent tous les caractères d’un style distinct, bien moderne, essen-
Bellement français.
Et d'où dérive la parure de ces argenteries assurées de survivre ? Du pavot et du coquelicot, du mimosa et de l'ancolie, du bouton d’or et de l'anémone, du trèfle et du chardon, de toutes ces humbles plantes champêtres dont le Christ disait : « Je vous assure que Salomon même dans toute sa gloire n'a jamais été vêtu comme lTtne d’elles. » Le privilège est échu à M. Cardeilhac d’en dégager la beauté et d’en reproduire les formes, en évitant les écueils du réalisme trop littéral, de la définition trop sèche, de l’interprétation trop lointaine. La fraîcheur de l'imagination s’accompagne chez lui du don souverain de l'ordre, de la clarté et de la mesure. Si rares soient-ils, ces avantages — spirituels — ne comptent que parce qu'une technique sûre les fait
valoir; celle de M. Cardeilhac soumet tous les travaux, le martelage, le repoussage, la ciselure, au contrôle d'une surveillance qui bannit les rudesses, les saillies anguleuses, qui exige la douceur des contours, l’agrément du toucher. L’Exposition a permis de suivre le difficile acheminement vers le but entrevu et la lente élaboration du nouveau style; chaque pièce prenait le sens d’un témoignage ; chacune marquait une étape, depuis ces petits vases qui servirent d'études préliminaires, jusqu'aux travaux définitifs, jusqu'à ces œuvres dernières où la matité de l'argent joue délicieusement avec les nuances de l'ivoire verdi ; et
V A S E A li O 1 li li