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L’EXPOSITION RÉTROSPECTIVE DE L’ART FRANÇAIS 189
phylactères irançais du xmc siècle. Si rien ne prouve, comme on l'a parfois prétendu, qu'il appartint à Alphonse de Poitiers, frère de Louis IX, du moins c est bien une œuvre contemporaine de ce prince;
peut-être même ce reliquaire lut-il exécuté en Orient pour un seigneur français et dans un atelier français; du moins abrite-t-il des reliques
Il E 1. 1 Q U A I R K DE LA RESURRECTION XVI" SIÈCLE
(Cathédrale de Reims.)
venues d'Orient, les unes peu caractéristiques, les autres assez spéciales pour motiver une semblable hypothèse.
Les textes nous prouvent surabondamment que jamais en France on ne fabriqua plus de somptueuses pièces d'orfèvrerie qu'au xivc siècle et au xve. Néanmoins, rien n'est plus rare qu'un beau monument de cette époque et rien ou à peu près rien n'est resté en France des merveilles que nous décrivent les inventaires de Charles A' ou de ses frères, de Charles VI ou du duc d'Orléans. C'est à Londres qu'on voit maintenant la belle coupe d'or émaillé, épave probable du trésor de Charles V, qu un amateur français eût pu conserver à la France ; c'est à Altœtting qu'il faut aller voir le fameux Rosse/ d'or, un des jovaux détournés du
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trésor de Charles VI par le peu scrupuleux frère de l'inoubliable Isabcau de Bavière. Quels que soient les mérites du reliquaire de Jaucourt, où deux charmants angelots soutiennent un reliquaire byzantin de la vraie Croix, qui date du xne ou du xme siècle, quel que soit l'intérêt de pièces telles que la couronne provenant du Paraclet, a la cathédrale ci Amiens, du triptyque de Sainghin et d'autres pièces qu'abrite l'Exposition, ce n'est là que la très menue monnaie d'un art dont les textes seuls nous révèlent la somptuosité et la recherche. Une plaque d'argent gravé, que recouvraient autrefois des émaux transparents, un donateur en adoration devant la Vierge, que possède AI. Paul Garnier, est un délicat échantillon arraché sans doute à une œuvre hors ligne de l'époque de Charles VI; la beauté et la perfection du morceau ne font que plus vivement regretter que nous ne possédions qu’un fragment de ce monument de premier ordre. Ce sont les fragments d'une croix en or, une figure de la Vierge et de saint Jean, qu'expose M. Corroyer, et la beauté de leur dessin, la sûreté de leur exécution, provoquent encore les mêmes regrets. Et dire qu'il nous faut remercier cependant le vandale qui a cueilli ces deux admirables figurines de chaque côté d'un crucifix qui, sans aucun doute, a subi le traitement si ordinairement réservé aux objets en métal précieux !
Ee reliquaire du voile de sainte Aldegonde de Maubcugc est un témoin précieux de 1 art franco-flamand du xve siècle ; mais pourquoi faut-il que des mains impies aient jugé à propos de récurer cette orfèvrerie comme une pièce de batterie de cuisine ? Il ne reste plus de cette petite merveille de composition qu une silhouette, charmante il est vrai ; mais une silhouette, c est trop peu pour un monument qui sans doute n était guère malade et ne réclamait pas un traitement aussi barbare. Il semble, du reste, que dans notre siècle on se soit acharné à rajeunir les monuments d orfèvrerie par les moyens les plus brutaux et les plus sommaires : la charmante tête en bronze de sainte Fortunade n'a-t-elle pas, à une époque très ancienne déjà, été étamée comme un vulgaire chaudron: On aurait fait subir cette opération au chef de saint, intéressant à coup sûr, mais d un faire mou et fade, que possède l'église de Gimcl, qu il n y aurait eu que demi-mal ; mais vouloir donner sommaijcment 1 apparence de 1 argent a un bronze est à coup sûr une opération qui revele chez son auteur un étrange état d'esprit. Il est vrai de dire que cette opération eut lieu dans les premières années du siècle;
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