P I K CES D ’ U N SERVICE
E X K C U T K P O U R I. A R E I N E MARIE I.KCZINSKA \ V I I I • SI É C L E
i Collection Cliabricres-Arlcs.
de cette persistance d'autres exemples : des calices tels que ceux de Chartres et de Limoges. On s'est trop hâté de conclure dans cette question. Ni la Résurrection , ni la Nef de sainte Ursule ne datent de 1 époque des souverains qui en ont lait don : ce sont des œuvres plus anciennes, de l'extrême fin du xvc siècle ou du commencement du xvi% qui se trouvaient dans le trésor royal et auxquelles Henri II et Henri III Ont donné une destination spéciale; mais, en aucun cas. elles ne peuvent servir à étayer une théorie archéologique qui a un fond de vérité et qui se peut défendre par des arguments plus décisifs. En revanche, une aiguière en argent appartenant à la marquise Arconati-Visconti, une coupe appartenant à M. Maignan, sont des spécimens trop rares aujour-
d’hui et surtout trop rarement recueillis de l'orfèvrerie civile française du xvie siècle. Pour simples que soient ces objets, ils sont d'un beau style et à rapprocher de la vaisselle de l'ordre du Saint-Esprit que l'on peut voir au Louvre. Dans un ordre plus relevé, des œuvres telles que
la charmante statue en argent de sainte Foy et la belle croix processionnelle de Conques, la croix d'Ahetze avec sa garniture de grelots, montrent que, en France, à l'époque de la Renaissance, si beaucoup d'orfèvres avaient adopté, en partie du moins, le style nouvellement mis à la mode en architecture et en sculpture, ils avaient conservé intactes les vieilles traditions techniques et ne le cédaient en goût et en habileté à aucun de leurs glorieux devanciers.
On parle ici, bien entendu, de centres de fabrication où avaient pu se conserver des traditions; dans d'autres, au contraire, où l'art semble avoir plutôt végété que vécu, même pendant les périodes les plus brillantes pour l'art au Moyen âge, en Bretagne notamment, l'art de la Renaissance est lourd, d'une exécution sommaire. Je n'en veux pour exemple que certaines croix ou certains calices bretons dont les dimensions extraordinaires ne sauraient faire oublier la gaucherie d’exécution, 11 semble qu'on ait surtout visé à faire quelque chose de voyant, et indiscutablement il s’est établi à ce point de vue une sorte de complicité entre le client et l’orfèvre. Dans tous les cas, les motifs empruntés au style décoratif de la Renaissance française sont traités avec une brutalité qui trahit des mains peu expertes et un goût peu sur.
L’histoire de l’orfèvrerie française au xviic et au xviii0 siècle est un chapitre des plus importants de notre art, et ce chapitre est, en grande
partie, à écrire en entier : si on connaît à peu près aujourd’hui l'orfè- • • •
vierie parisienne, on ignore, ou à peu près, l’orfèvrerie provinciale.
CHOCOLATIERE EN VERMEIL (ÉPOQUE LOUIS XV) (Collection CHabrières-Arlès.
L’EXPOSITION RÉTROSPECTIVE DÉ L'ART FRANÇAIS iç»3
C’est que les échantillons en ont été jusqu’ici très dédaignés. I /exposition du Petit Palais, en montrant un assez grand nombre de pièces, notamment des calices, aura, espérons-ie, contribué a taire disparaîtie ce préjugé en attendant que le classement de ces objets parmi les monuments historiques, classement déjà commencé, permette, en s’appuyant sur les archives locales, de rétablir dans ses grandes lignes une histoiic qui promet d être des plus intéressantes.
Je ne suis' point de ceux qui. admirant un calice du xmc siècle, méprisent un calice Louis XIV parce qu’il ne procède pas exactement de la même tormule artistique, (/est cet exclusivisme en art qui nous a conduits, dans notre siècle, à imposer à des monuments
d’architecture des restaurations stupides et condamnables, qui a lait supprimer de la plupart de nos grandes églises des œuvres qui n avaient rien à faire, il est vrai, avec leur conception première, mais qui cependant leur donnaient un aspect vivant. La plupart des monuments d’ortèvrerie religieuse des xvu" et xvuic siècles méritent de bénéficier à leur tour de l’esprit plus large qui préside maintenant au classement et à la restauration des monuments historiques ; il est important pour 1 histoire de notre art qu on en diessc la liste et qu ils ne soient plus abandonnés comme des pièces de mobilier hors d usage. Certains calices du diocèse de Tours, des pièces d’orfèvrerie des cathédrales de Troyes ou de Nancy, valent des monuments d’orfèvrerie civile qu’on se garderait bien de proscrire. Ils sont d’autant plus précieux que, dans les deux derniers siècles, l’orfèvrerie civile a, à dilïérentes reprises, subi de tels assauts qu en bien des cas il sont les seuls témoins d’un art que souvent on est réduit à étudier dans les dessins originaux des maîtres ou dans les estampes dont ils se sont inspirés.
On ne peut pas dire que les collections du Petit Palais soient riches
C A r E T I fe U E E N V K R M K I L (ÉPOQUE I, ouïs X V (Collection Cliubricrcs- Arles.)
en orfèvrerie française des époques Louis XIV, Louis X\ et Louis XVI; néanmoins, si cette série est restreinte, elle peut, grâce aux échantillons de choix qu’elle contient, donner une idée suffisante d’un art exquis entre tous et qui, comme le mobilier français, a conquis tous les suffrages. Les pièces d'un surtout de table de l’époque de Louis XIV, à M. Stein ; des écuelles, parmi lesquelles celles du Grand Dauphin, d'une ciselure admirable, à M. Corroyer; la fameuse cafetière en or que possède M. Doistau ; le service fabriqué par Henri-Nicolas Gousinet pour la reine Marie Leczinska en 1729, à l’occasion de la naissance du Dauphin, à M. Chabrières-Arlès; un service en vermeil de l'époque Louis XVI, au même amateur; des flambeaux, à M. Klotz; un admirable vase en jaspe, monté en or ciselé, que j’inclinerais à croire sorti de l’atelier des Roettiers ; une grande soupière de F. -T. Germain, à M. le comte d'Haussonville : c’est en somme, pour un art dont tant de spécimens sont à jamais perdus ou conservés à l’étranger, une assez belle moisson. En rapprochant ces pièces de certains bronzes d'ameublement, représentés en abondance au Petit Palais, procédant des mêmes modèles ou tout au moins nés dans le même milieu artistique, on peut se faire une idée à peu près complète des formes et des styles qui se sont succédé pendant cent cinquante ans environ dans une branche de l'art que les édits royaux, la mode et les révolutions ont particulièrement appauvrie.