L’EXPOSITIO N C E N T E N N A I . K
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vard Poissonnière (1834), par la qualité de sa facture un peu mince et « porcelainée », mais si délicate, ses fines transparences d'atmosphère et son réalisme, est un des plus curieux documents empruntés pour cette période aux musées de province.
La Prairie à Aumale de Camille Fiers (1802-1868) est un assez bon spécimen de sa manière tranquille, sincère et intime ; il fut par excellence le peintre des vergers normands et des prairies. La Lisière d'une forêt et le Tournant de route montrent très bien comment son élève Cabat, qui.
l.li PASSAGE DU G I' K , PAR D GPR K
Appartenant à M. Momiu-Nèlaton.i
au Salon de 1884, avait débuté avec le fameux Jardin Beaujon et des Vues de Ville-d’Avray et de Normandie d'une grande fermeté, d'une harmonie pleine et forte que les « jeunes » accueillirent avec enthousiasme, tendit bientôt au « style », au style centre gauche.
Ce furent ses contemporains Jules Dupré et Th. Rousseau qui prirent la tête du mouvement. On a réuni ici de l'un et de l'autre quelques
morceaux, qui, sans tout dire de leur long tète à tète avec la nature, suffisent pourtant à rappeler avec quelle ferveur ils vécurent près d'elle.
Bords de la Tamise de Dupré, qui ressemble à un Bonington moins finement aérien, mais plus gras et plus vibrant, évoque les souvenirs de ses voyages en Angleterre; X Orage et le Soleil couchant , d'une intensité dramatique saisissante, d'une matière riche, d'une gamme puissante,
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EXPOSITION E N I V K R S K I . E H UE i «>o o
permettent de comprendre les effarements et les indignations des théoriciens du paysage en fil de fer devant cette « manie de la jeune école de vouloir tout exprimer par le coloris », — et le Passage du gué montre comment, même aux heures de contemplation sereine et d’apaisement, il excellait à « condenser, comme disait Rousseau, les forces d’un tableau » et mettait du lyrisme jusque dans la plus paisible églogue.
De Rousseau les collections privées et les musées de province ont prêté une di/aine de petits paysages. On peut l'y suivre dans le scrupule infini, l'inquiétude et le tourment religieux de son observation, où le sentiment de la beauté des formes individuelles, le respect de la vérité phvsionomique des « êtres qui ne pensent pas, mais qui nous donnent à penser », se synthétisaient dans la « grande harmonie » des modes lumineux. C’est par eux que le paysage semble s'éclairer ou se voiler de nos propres pensées, s’égaver tour à tour et s'attrister, et que se dégage de l’impassible architecture naturelle cette « composition » qu'il définissait d'un mot admirable : « ce qui est en nous entrant dans la réalité extérieure des choses. » On v peut voir aussi comment, sans rien sacrifier de ce que lui avait appris l'étude attentive du détail caractéristique, il savait le subordonner à ces lois générales, à « ces fatalités dont nous nous sentons comme enlacés » dès que nous pénétrons dans le monde des choses créées, — comment il mettait en évidence « l'assimilation de l'air et de la lumière avec ce qu'ils font éclore ». 1 n Paysage presque monochrome [ n° 5 9 8 ) n'est qu'une préparation d'où le ton local est encore presque complètement absent ; il n'y a là que l'ossature robuste des terrains, les fondations de l'éternel édifice primitif sur lequel viendront se poser les décors successifs et passagers des saisons et des heures. Mais c'est la mission de l'art d'en fixer le souvenir et de perpétuer ce qui fut l'enchantement éphémère d'une minute choisie. Dans les Prairies traversées par une rivière , du musée de Nantes, le Monticule de Jean de Paris , les Bords de la vieille Seine à Êgligny , 1 herbe humide de rosée, l'eau frileuse, les arbres et la terre, frissonnent et sourient sous la jeune lumière; dans la Lisière de forêt et la Mare , la majesté des arbres antiques se dresse sur le ciel crépusculaire ou tragique...
Les esthétiques peuvent se renouveler et les écoles se disputer ; il y a là un dépôt de vérité éternelle et d émotion humaine dont rien ne diminuera jamais 1 évidence bienveillante ; ces tableaux si petits, faits