L A I I K N T K , PAR M , A M A N - J K A N
(Appartient à M. Mucicl.)
à côté des maîtres, a-t-on pris soin de montrer tout ce qui, chez les jeunes, a été tenté d’intéressant et de significatif?
Quelques amis de MM. Claude Monet, Renoir, Pissarro se sont plaints de n'y voir aucune Meule ou Cathédrale , aucune Baigneuse ou Femme au piano , aucune Vue de Paris ou de Rouen, c'est-à-dire aucune des dernières œuvres les plus marquantes du groupe impressionniste. 11 est probable que les peintres eux-mêmes se sont volontairement abstenus, selon leur habitude (ils ont leur salle d’exposition chez des marchands achalandés) : il n'est pas vraisemblable, en effet, que le jury leur eût fermé la porte s'ils s’étaient présentés. Il est juste, en tout cas, de combler par la pensée ces vides regrettables ; dans une revue générale de l’art français contemporain, il serait simplement ridicule d affecter de négliger le groupe impressionniste. Mais, comme, dans la
M"a LA COMTESSE DE B..., PAR M. K. HUMBERT
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salle qui fait communiquer la Décennale et la Centennale, on peut voir la Danseuse de M. Renoir, toute fleurie de lumière, et Antibes et les Pins parasols de M. Claude Monet, non loin des Foins de M. Raffaëlli et de la Veuve de Pierrot de M. Willette, où des noirs en gaîté fraternisent tendrement avec des roses en deuil, il est lacile de restituer par la pensée ce qui manque à la collection.
J’ai recueilli une autre plainte. Un jeune homme pâle, tout de velours noir habillé, dont le col disparaissait sous une longue chevelure, regrettait tout haut l'absence de l'école « néo-idéaliste », celle qu'un sâr, jadis, instaura « sous le Tau, la croix grecque, la croix latine, devant le Beauséant et la Rose crucifère, en communion catholique romaine avec Hughes des Païens et Rosen Kreuz, pour réparer l'erreur d'Orphée, former une milice pour le salut de l'idéalité et dresser le temple de Beauté ». Vous aviez peut-être oublié ces choses augustes, mais j'ai sous les yeux le texte du mandement. La plainte du jeune homme pâle est mal fondée, car MM. Henri Martin et Aman-Jean (médaille d'honneur et médaille d'or, s’il vous plaît, de l'« Universelle ») exposèrent au Salon de la Rosey Croix et je vous assure qu’ils valaient mieux que leurs voisins de cimaise, bons garçons dont tout le mysticisme pressé, condensé et amalgamé n'eût pas rendu de quoi former une âme de simple gâte-sauce dans les cuisines de Montsalvat.
Donnez, pour être scrupuleux jusqu'à la minutie, un souvenir aux « évolutionnistes, pointillistes, symphonistes et symbolistes » dont « la technique féconde » ou la « stricte technie » devait, « au moyen de la division méthodique du ton et par des directions de lignes très entendues », apporter à l'art et révéler au monde des moyens d’expression singuliers et nouveaux, commentés en proses absconses par des préfaciers graves et pontifiants.... (Exemple : « paysages séquaniens où, je m assure, se doit remarquer un ciel indicateur, l’âme même de ce paysage »), et vous pourrez espérer n’avoir rien oublié.
Lt quand vous vous serez représenté ainsi, dans son ensemble et ses contradictions, de leur extrême-droite à leur extrême-gauche, comme un raccourci de tout ce qui s'est peint en France en ces dix dernières années, si vous essayez de faire une sorte d’examen de conscience, de vous demander : pourquoi ces choses et non pas d’autres ? d’où vient cet art et où va-t-il : dans quelle mesure se rattache-t-il à notre passé et quel avenir prépare-t-il je ne prétends certes pas que vous trouverez à
L'EXPOSITION DEC E N N A I. E
ces questions des réponses toujours nettes et concordantes, et chacun sans doute les résoudra diversement, selon ses préférences intimes, son éducation, la construction de son œil et celle de son esprit; il semble
MA RCIl USINA d’a. S., I> A R M. PAUL DUBOIS
pourtant qu’il ne soit pas impossible à un observateur impartial de s’orienter et de tirer au moins quelques conclusions.
La première, c’est que, tout compte lait, la liberté est bienfaisante. On a dit, on a meme écrit que, dans l’incohérence de la production contemporaine, l’affolement ou le dévergondage de quelques-uns, le scepticisme des autres, l’absence générale de volonté directrice, une chose ou plutôt un homme nous était par-dessus tout nécessaire, et l’on
a entendu demander, réclamer un nouveau David, ou tout au moins, à son défaut, une sorte de prise en charge par l'Institut des expositions et de la « direction » des Beaux-Arts. Ses pires ennemis, à mon avis, ne pourraient lui souhaiter de présent plus funeste. Mais, enfin, si l’épreuve le tente, il y a au moins un Salon annuel où, par les ateliers qu’il dirige, les récompenses dont il dispose, les ambitions et les vanités qui rôdent autour de lui, l'Institut est maître à peu près absolu ; il ne tient qu’à lui d’en faire un modèle accompli... Quant à l'avènement d’un nouveau David, si l’on souhaite par là la venue d'un maître à la volonté forte, à l’esprit clair et passionné, à la main ferme..., qui ne l'acclamerait avec empressement? Mais si, comme je le crains, on entend le retour d'un doctrinarisme étroit, d'un formalisme impérieux, servi par des théoriciens et une académie césarienne ou jacobine (les deux ne font qu'un) constituée en tribunal correctionnel ou en chambre des mises en accusation, on prouve tout simplement qu’on n'a rien compris et qu’on n’a rien aimé du siècle qui va finir, fout ce qui, dans l’art français de ce siècle, a rayonné sur le monde, tout ce qui a non pas seulement continué, mais rajeuni, agrandi les forces d’expansion de notre génie, tout ce qui — le faisant plus humain — a fait le plus admirer et le mieux aimer la France, s'est fait contre l'académisme. Nous en sommes à peu près débarrassés; mais son œuvre néfaste est encore assez près de nous pour qu'à cette seule menace « les chassepots partent tout seuls ». J'ai entendu de mes oreilles, il y a des années, devant de purs chefs-d’œuvre de Corot, tel grand académicien ricaner — je ne trouve pas d’autre mot si « spirituellement » à la fois et si haineusement, qu'il m’a semblé voir revivre en une vision soudaine toute la vieille Académie, et j'ai compris le mal qu'elle a pu faire quand, animés d'un pareil esprit, coalisés contre 1 art moderne, romains plus que français, les académiciens avaient d’autres droits que celui de revêtir un habit vert les jours d'enterrement, en attendant l’honneur suprême de le faire étaler sur le drap noir de leur cercueil.
I enons-nous en donc à la liberté... et formons de bons maîtres, car la première condition de la liberté pour un artiste, c'est de savoir à fond son métier. Or, savoir son métier, ce n'est pas avoir appris une calligraphie; ce n est pas ramener à un certain type constant, celui du profil d Antinous ou de la « rotule des Atrides », comme disait comiquement Hatlet, 1 infinie variété des formes que l’inépuisable jeu de la vie fait