‹ Les Beaux-arts et les arts décoratifsChapitre 92 sur 135 · A'' IL · texte numérisé non relu

A'' IL

Btul Uoulm

L’EXPOSITION DECENNALE

passer sous nos yeux ; c'est s'être rendu capable d entrer en contact direct avec la vie, de l'interpréter tout entière et de la fixer au passage. Et le style, ce n'est pas l'art de dessiner d’après certains principes hiérarchisés, c'est l'empreinte reconnaissable que la qualité de notre émotion, de notre amour, de notre volonté, ont laissée sur nos œuvres.

Ayons donc, si c'est possible, un enseignement qui, rompant le jeune homme à tous les efforts, le rendant difficile envers luimême, faisant en même temps l'éducation de son œil, de ses doigts et de sa conscience, le maintienne en contact permanent avec la nature vivante et non pas seulement avec les plâtres et les modèles d'atelier.

Celui qui nous le donnerait et qui , par surcroît, rétablirait entre le maître et l'élève ces rapports de confiance, de cordialité et d'affection que l'ancien apprentissage avait consacrés, que le régime académique et administratif sacrifia, celui-là ferait à l'art de son pays le plus grand bien qu'il ait en ce moment à espérer... En attendant, au lieu de décourager les ateliers privés, ou plutôt de les tuer par l’établissement d’ateliers officiels de toute façon privilégiés, ne vaudrait-il pas mieux les laisser se former par groupements d'élection et par sélection naturelle ?

En tout cas, et personne, je crois, n'y contredit, le rôle de 1 cnsei-

gnement, même officiel, ne saurait être aujourd'hui de maintenir artificiellement et d’imposer de vive force les «genres» d'où la vie se retire, c’est-à-dire d'aller contre les lois mêmes de la vie. Les docteurs de l'école davidienne avaient beau écrire, au commencement du siècle : « Je ne vous dis rien du paysage ; c'est un genre qui ne devrait pas exister», et l'Institut impérial et celui de la Restauration ont eu beau le proscrire ou essayer de discipliner en espaliers la libre floraison des talents amoureux de la vie ! aujourd hui encore les « peintres de figures » ont beau ne parler des paysagistes qu'avec une nuance marquée de dédain, la peinture du paysage aura été la grande peinture du siècle. Par la force des choses, à mesure que l'art a voulu se rapprocher de la vie et se faire plus humain, il a fait au paysage une place plus large; il a rompu les barrières dans lesquelles on enfermait les « genres » , il est le tond de la peinture moderne. La peinture monumentale, a\ lc le giand Pu\ îs de Chavannes, lui a offert les murailles et c est a 1 intervention du paysage que, dans leurs grandes œuvres du Muséum, du Panthéon, de Toulouse, de l'Hôtel de ville, de la Sorbonne, de 1 Opéra-Comique, MM. Cormon, Humbert, Jean-Paul Laurens, Henri Martin, F. Flameng, Roll, O. Merson, R. Collin, ont dû leurs plus belles ou leuis meilleures inspirations. L'« histoire» religieuse ou profane, avec Jean-Paul Laurens encore, Hébert, P. Lagarde, Tattcgrain, Paul Buffet, Surand, Bergès, Albert Maignan, Flameng, T. Robert-Fleury, etc.; l’allégorie, avec Aman-Jean, Albert Laurens et Ary Renan, lui a demandé des moyens d expression plus persuasifs. Et de Jules Breton à Lucien Simon, de Cazin à René Ménard, de Lhermitte à Cottet, de Roll à Wéry, à Saint-Germier, à Prinet, à Dauchez ; de P. Lagarde, d Ernest Laurent et de Lerolle à Friant — j’en prends, comme vous voyez, de tous les âges et de tous les genres, — essayez de dire où s arrête le « peintre de figure » et où commence Je « peintre de paysage ». M. Dagnan-Bom eret, un maître assurément, un de ceux qui, par la volonté et la qualité de la volonté, s’imposent le plus à l'attention et au respect, même quand on ne s est pas laissé complètement persuader par lui, aurait peut-être mieux fait de rechercher pour toutes ses figures, mme il le fit poui les Bi étonnés , le Lavoir et les Conscrits , l’enveloppe delà lumière naturelle. Henner n'a jamais peint de figures, sauf de rares teeptions, que dans le mystère évocateur de ses paysages crépuscu- 1Fe . Mais on auiait plutôt fait de dire où le paysage n’est pas.

Page 1