L’K X P 0 S I T I O N D K C EN N A I . E
L'école française, affranchie du « gris », puis du bitume, dont quelques romantiques avaient fait la couleur de l'idéal, ne tombera pas dans le noir. Quoi qu'on ait pu dire de ses aptitudes ou inaptitudes naturelles, elle ne renoncera pas au charme et au prestige de la couleur. Par ses origines profondes, elle plonge aussi dans les Flandres, dont le sang est mêlé au sien; Rubens fut, au siècle dernier, le grand conseiller de nos
l.A SOI. IT U DE, PAR M. II. Il A K P I G N I E S (Appartient à sir .U lin I >a\
meilleurs peintres; Delacroix est allé à toutes les heures de doute se réconforter près de lui... Qui sait s'il ne va pas reprendre autorité, à présent que Y Histoire de Marie de Médicis , tant visitée jadis, de Watteau à Greuze, brille d'une splendeur rajeunie et comme inédite? En tout cas, le portrait de Réjane , ce chef-d'œuvre, et le délicieux panneau exposé par \\. Besnard au Pavillon des Arts décoratifs interrompraient la prescription, s'il pouvait en être un seul moment question.
L'école française, appuyée sur le paysage d’une part, sur le portrait de l’autre — et aujourd'hui, comme toujours, elle compte d'excellents portraitistes — est donc en bonne posture. A présent que toute liberté
lui a etc rendue, que l’ancienne hiérarchie des genres a été renversée, que l’œuvre emprunte sa dignité non plus au sujet choisi, mais à la somme de conscience et d amour manifestée par elle, - que si, par aventure, quelque académicien venait à répéter : « tout sentiment de l’idéal fut étranger à Rembrandt », il serait conspué par M. Bouguereau lui-même ; — à présent que la langue pittoresque, enrichie, assouplie par tant d’expériences et de conquêtes successives, peut se prêter à toutes les nuances, à toutes les réalisations de la vision directe et du rêve intérieur et, comme un merveilleux instrument, attend la volonté et le cœur d’artiste qui la feront vibrer, ce serait grand’pitié si les peintres français restaient inférieurs à leurs pères du xix° siècle et aux grandes espérances du siècle qui va s’ouvrir.
Ils ont été à leur manière, au cours de celui qui finit, les témoins de toutes les évolutions de la vie sociale. Il doit devenir évident, même à ceux qui n'en prennent pas leur parti, que la France doit être — sous peine de n’être plus — une grande démocratie; c'est donc de plus en plus pour l'homme, et non plus pour la fantaisie du prince ou du blasé, que les artistes français devront bâtir, peindre et sculpter. Si le triste jour devait jamais se lever où, selon la prophétie de Renan, « le grand artiste serait une chose vieillie, presque inutile», c'est que l’artiste, infidèle à sa vraie mission, enfermé dans une jouissance égoïste et malsaine, aurait perdu tout contact avec l'humanité. Si raffinés que soient leurs goûts et distinguées leurs pensées, les initiés qui s'agitent autour des grands artistes de décadence sont impuissants à faire vivre et à rendre féconde l'œuvre qui ne plonge plus ses racines dans la région profonde où la vie nationale prend sa source, où se forme sa conscience et d'où la sève monte. Le peuple passerait sans les comprendre, — peut-être en ricanant, — et c est injustement qu on lui reprocherait son rire grossier. Le génie qui ne servirait plus les fins supérieures de l'humanité mériterait de mourir dans son orgueil stérile. Mais toute l’histoire — et chez nous la plus récente — nous apprend au contraire que l'art est vivant, expressif, bienfaisant, dans la mesure où l'artiste, selon le mot d'Albert D tirer, a lait passer dans son œuvre, avec l’amour de la nature et de 1 humanité, « tout le trésor mystérieux du cœur ».