‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 117 sur 150 · ADRIEN · texte numérisé non relu

ADRIEN

’ k co le lia mande est présentement à la mode.

Les collectionneurs , que ne séduisent point

il;) ‘ les liantes conceptions romaines ou vénitiennes , sacrifient volontiers une partie de leur revenu à l’achat d’une > 1 toile qui leur offre le spectacle d une orgie de paysans. Le goût a dégénéré ; les arts, après avoir essayé d’élever la pensée de 1 homme vers les cieux , ont choisi dans l'humanité les configurations les plus belles, les plus gracieuses, les plus élégantes; puis ils en sont venus à ne plus distinguer le bien d’avec le mal, à copier au hasard toute chose visible, un fermier de¬

vant sa cheminée, un ivrogne à la taverne, un fumeur à l’estaminet. Pendant que les maîtres flamands gaspillaient les trésors de leu/'s palettes à d’aussi misérables sujets, leur vogue était favorisée par les transformations sociales. La foi s’était amoindrie, les fortunes colossales s’éparpillaient, et avec elles disparaissait le pouvoir de commander de grandes choses; les peintres étaient désormais à la solde delà médiocrité; ils avaientà décorer d’étroites résidences, à flatter des tendances mesquines, a se mettre au niveau des individualités qui s’élaienl vouées au culte des intérêts matériels. Alors parut l’école flamande, qui porta au plus haut degré de perfection l’imitation de la nature vulgaire, et dont Adrien Van Oslade fut l’un des plus dignes représentants.

La vie de ce peintre a peu de péripéties. Ne a

les beaux -a ht s.

Lubeck en 1010, il entre à l’atelier île François liais, où étudiait déjà Brauwer. Il se fixe ensuite a Harlem, et en sort en 1002, à l'époque où les armées françaises menacent les Pays-Bas espagnols. En passant par Amsterdam pour retourner dans sa pairie, il rencontre un amateur, nommé Constantin Sennepart, qui le détermine à rester en Hollande. Il mourut à Amsterdam, en 1 085, à l’âge de soixantequinze ans.

La décadence du style ne peut être observée dans la génération de peintres qui a transmis à Adrien Van Ostade les procédés de Part. Son maître, François liais, était élève de :

Carie Van Mander, élève de :

Lucas de Ileere ;l 554-158? , élève de :

Franz Flore (1520-1570).

François de Vriende, dit Franz Flore, mérita le surnom de Raphaël des Flamands. Ce fut un véritable artiste de la renaissance, travaillant tantôt pour la décoration des cathédrales, tantôt pour celle des châteaux, peignant tour à tour le Jugement dernier et les Noces des Tritons, la Vie de saint Luc et les Travaux dé Hercule. Lucas de Ileere s’occupa de tableaux d’église et de compositions pour les peintres sur verre. Carie Van Mander, qui avait habité l’Italie, se consacra presque exclusivement aux sujets religieux, le Paradis terrestre, le Déluge, Y Adoration des mages, Jésus-Christ portant sa croix. François liais ne lit guère que des portraits. Quant à Adrien Ostade, qui surpassa tous les maîtres précédents sous le rapport technique, il ne puisa ses sujets ni dans l’Ecriture sainte ni dans la Fable. 11 ne vit point la nature par son côté grand et noble; il la chercha, grossière et rabougrie, dans les tavernes, dans les villages, dans les chaumières. Les paysans attablés ou dansants , les fumeurs à l’estaminet, les musiciens ambulants, les joueurs, les fermières replètes furent ses personnages favoris. 11 reproduisit de préférence des masures irrégulières, avec leurs toits moussus, leurs murs tapissés de pampres, leurs fenêtres garnies de losanges de plomb; il copia les intérieurs rustiques, les liantes cheminées, les tables boiteuses, la vaisselle et les guirlandes de jambons. Il n’existe point pour lui de beauté virile ou féminine ; il n’eut de regards que pour les traits grossiers, les tailles courtes, les gros ventres, les types campagnards. Cependant, regardez un de ses tableaux, étudiez-en l’esprit, l’harmonie, le clairobscur, et vous serez frappé d’admiration. Son pinceau est léger sans mollesse, vigoureux sans empâtements. Les poses de ses figures sont naturelles, et ses groupes disposés sans confusion.

Descamps, dans la Vie des peintres flamands (I), a jugé très - imparfaitement Adrien Van Ostade. <• 11 peignait, dit-il, avec une légèreté séduisante ; il est transparent, llou, chaud et fin, mais son des-

(I) Paris, 4754. In-8\ t. II, p. 173.

sein n’est nullement de choix, et il n’est supportable que sous les figures et les habillements qu’il a traités. h Ici le biographe a enveloppé involontairement

un eloge dans la formule d'une critique; car c’est un des principaux mérites d’Adrien Van Ostade d’avoir mis son dessein en harmonie avec ses sujets. S’il s’était attaché à la noblesse des types, à la régularité des lignes, à la beauté des formes, il eut défiguré ses rustiques personnages, et serait sorti de la vérité. La valeur de son dessein consiste précisément à être de choix, et à n’être pas supportable sous les figures et les habillements qu'il n'a pus traités.

Quoique très-nombreux , les tableaux d’Adrien Van Ostade sont rares dans le commerce; les amateurs qui ont le bonheur d’en posséder les conservent précieusement, et ce sont les derniers qu’ils abandonnent. Le prix en est toujours assez élevé. M. Gault de Saint-Germain, dans sa Balance du commerce îles tableaux (I), fait suivre le nom d’Adrien Van Ostade de la note suivante : « 1,200, 1,800, 10,800, 7,000, 5,700, 6,425, 6,660,7,510 livres; catalogues de Julienne, de Boisset, du prince de Gonti, de Poulain, de Gaignat; 5,450 et 5,800 liv . vente de M. de la Perrière, avril 1 817. Plusieurs Adrien Ostade ont été vendus dans le courant de l’année 1 845 ; à la vente Paul Périer, Y Empirique, petit tableau dans la manière de Gérard Dow , 6,000 fr. ; le Marchand de poissons, 1 1,01 1 fr. ; à la vente Tardieu, le Trio flamand, 3,600 fr. ; un Intérieur rustique, 2,200 fr. ; deux Fumeurs, retirés a 9,000 fr. 11 y a des Adrien Van Ostade dans les galeries de M. Van Der Scrick à Louvain, et du duc d’Aremberg à Bruxelles. On en compte cinq au musée du Louvre : la Famille du peintre, réunion de dix portraits ; le Marché aux poissons, le Maître d'ccole, tableau provenant delà collection de M. de Julienne ; Intérieur d’ un ménage rustique, une lemmo soigne un enfant au berceau; un Molaire dans sou élude , un Fumeur allumant sa pipe; dans le lond, deux hommes jouent aux cartes ; un Buveur; il tient d’une main un verre, et de l’autre un pot de bière. Les commissaires des Pays-Bas ont repris, en 1815, le Chansonnier ; il s’accompagne de son violon , et des paysans viennent l’écouter sur la porte de leur maison; une Tabagie-, sur le (levant on voit un homme qui allume sa pipe, et près de lui un joueur de violon; un Homme cl une femme près de la cheminée de leur chaumière. Il serait de toute impossibiliu lie rédiger une nomenclature exacte des œuvres de ce fécond artiste, mais nous pouvons du moins signaler ses toiles les plus remarquables. LeducdOiléans, père du roi actuel, possédait un Intérieur avec trois personnages, un Fumeur, un llommc qui cent, et une Femme assise ; un Peintre travaillant dans sou

(1) Guide de l'amateur, pour les écoles flamande, lioll.m daise et allemande. Paris, 1818. 2 vol. in-1‘2.

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