CABINET DU PRINCE DE LICHTENSTEIN
l n'cst pas lin plus noble usage de la fortune <|iie «l'en rendre l’emploi profitable à autrui, alors même qu’on ne l’appelle qu’indirecteinent au partage des jouissances qu’elle procure. Ce mérite est celui des propriétaires de collections d’arl, qui font participer le public à leurs richesses. Il appartient surtout a la famille Lichtenstein, qui, depuis un temps immémorial. semble s’ètre vouée à tous les progrès utiles et avoir à cœur d’aider dans son pays la. propagation des lumières. La galerie de tableaux, qui a dû coûter des soins et des sommes immenses, est dans cette famille comme une espèce de majorât. Elle fut en quelque sorte créée par Joseph-Wenceslas de Lichtenstein, feld-maréchal des armées autrichiennes sous l’impératrice Marie-Thérèse, et ambassadeur en France de 4 75S à -1741 . Depuis, tous les membres de cette opulente famille se sont constamment appliqués à accroître cette magnifique collection, aujourd’hui une des plus riches qui soient en Europe. Celte galerie, rendue publique par une aimable obligeance du propriétaire, est une des curiosités les plus attrayantes qui attendent le voyageur a \ ienne. Elle est située dans un des plus jolis faubourgs de la ville. Le palais qui la renferme est précédé d une belle colonnade qui lui donne un aspect tout à fait monumental. Il consiste en un rez-
de-chaussée reseru* et en un premier etage composé de vingt-huit grandes salles servant a I exposition des tableaux. Le catalogue comprend lU'is numéros. On y rencontre tout d'abord les noms les plus illustres de cette école italienne qui a rempli le monde de chefs-d’œuvre. : Leonard de N inc.i, Guido Béni, Giorgione, le Dominiquin, .Iules Corrége, Paul Véronèse, Caravage, le Tintoret, f Allume, etc. Les Hollandais et les flamands y sont peu nombreux, mais ils représentent a peu prés les princes de ces écoles : Uembrandt, Van-Dirk, liubens et Teniers. La pointure’allemande y a ses deux représentants naturels, Albert Durer et Ilolbein.
l’n écrivain de beaucoup d’esprit, mais dont les jugements sont conçus avant tout au point de vue de la malignité et de la critique et perdent par cette raison beaucoup de leur autorité, mistress Francis Trollope , dans son spirituel ouvrage intitulé Vienne et les Autrichiens, a porte le jugement suivant sur la galerie du prince de Lichtenstein. " Elle cou lient, dit - 'i elle, des pages de premier ordre, mais elle gagne- « rai t beaucoup à être divisée en deux parties : la « meilleure resterait au palais, et quanta l’autre, le « prince ferait fort bien de s’en défaire; car. en « vérité, les murs sont tellement, surchargés de la- « Idéaux, qu’ils se nuisent mutuellement, et cet en- » tassement donne à une résidence princière l'air <( d’une maison d’encan. » Ce dernier trait est mordant, mais il manque de justesse. Bien ne sent ni la prisée ni l’enchère dans celte belle galerie, ou
tout, an contraire, est empreint d’un luxe grandiose.
Il n’entre pas dans notre pensée de fournir au lecteur une analyse détaillée et raisonnée des chefsd'œuvre renfermés dans l’importante collection du prince de Lichtenstein. Nous nous bornerons à mentionner les pages les plus remarquables. Parmi celles-ci il faut citer en première ligne, dans le genre de la peinture sévère, le Christ portant la croire , de Léonard de Vinci, admirable tableau où se retrouve le cachet vigoureux du peintre de la Cène.
Trois tableaux du Guide peuvent être placés à côté du précédent, quoique à des degrés différents; ces tableaux sont une Sainte Famille, un Saint Jean Fvauijédiste et une Adoration île l’enfant Jésus. Ces trois sujets sont d'un beau dessin et d’une bonne ordonnance; les draperies ont. de l’éclat et une harmonie de couleurs d’un effet délicieux, mais qui parfois approche trop de la coquetterie.
Un Saint Jean, du Guerchin, offre des qualités plus solides comme étude de la nature, mais il manque d'idéal et de noblesse. Je préfère à ce tableau le Sacrifice d'Ahraliam, du même peintre. 11 est impossible de rendre avec plus de bonheur que ne l’a fait le Guerchin, dans la belle tête du patriarche, la calme majesté du sacrificateur, dans le cœur duquel un inexorable devoir a fait taire toutes les faiblesses delà nature. Cette fois, du moins, le Guerchin a etc heureusement inspiré, et l’on ne saurait lui reprocher de manquer d’enthousiasme.
Le nom de Tiepolo mérite d’être associé aux précédents. Son Jésus au jardin des (dires est d’une execution ferme et hardie ; la couleur en est peutêtre un peu uniforme, maison oublie volontiers les petites critiques de details pour se livrer aux émotions religieuses provoquées par celte scène d’une ineffable mélancolie.
Voici deux belles compositions de notre Poussin. Elles tiennent une assez grande place dans la galerie du prince de Lichtenstein pour y représenter dignement la peinture française. Le Jésus guérissant des malades et. le Départ île la sainte famille sont traités avec cette élévation de sentiment et cette noblesse de détails (pii distinguent les plus beaux chefs-d’œuvre de cet excellent maître.
On peut passer légèrement sur des noms tels que ceux de Tintorct, Paul Véronèse, PEspagnolet, Carrache, Pellegrin, Zuccarelli. etc... sans que leur célébrité soit le moins du monde effleurée par cette omission. Nous dirons en somme (pie les tableaux signés de ces grands noms sont, sinon du premier choix, du moins d’un mérite très-supérieur.
Nous ne saurions résister au plaisir de dire un mot de l’Amour endormi , du Corrége. Tout ce qu'un goût pur peut suggérer d’élégance sans afféterie, de fraîcheur sans mignardise, se trouve réuni sur cette toile qui brille en outre par un rare mérite de coloris et la correction du dessin. Personne n’est supérieur
au Correge pour la vérité des attitudes et la suavité des teintes. Dans le tableau qui nous occupe, la tète de l’Amour repose avec une mollesse charmante; les contours sont d’une délicatesse infinie. Nous ne dirons pas que l’Amour endormi puisse rivaliser avec la Nuit, du même auteur, (pie l’on conserve au musée de Dresde; mais cette toile est assurément de la bonne époque du Corrége.
La Fortune tentant la Beauté, parl’Albaue, est une toile pleine d’élégance, de grâce et de coquetterie.
Une Musicienne, du Caravage, est un admirable morceau. La tête est d’un style noble sans roideur; les draperies sont superbes et d’une exécution achevée. De belles et. vigoureuses masses d’ombres donnent a la lumière un éclat éblouissant et produisent des oppositions du meilleur effet.
Une Toilette de Vénus, du Dominiquin, rappelle heureusement les qualités de ce maître. De belles carnations pleines de transparence et de vie, du naturel, un faire large, un coloris plein de fraîcheur ; tels sont les mérites que l’on retrouve sur celle toile.
Vu Croupe de femmes, peint par Franceschini, a de la grâce; on pourrait désirer plus de naturel dans les poses. Les tètes sont bien senties et d’une bonne exécution.
Giorgione figure dans la galerie pour un portrait de femme d’une charmante fantaisie. Mistress Trollope , dans l’ouvrage que nous avons déjà cité, se borne a rappeler, parmi tant de grandes et. belles pages, la Musicienne du Caravage dont nous avons parlé et ce portrait, du Giorgione qui, pour nous servir de ses expressions, « captive les regards en dépit de tant de chefs-d’œuvre qui l’entourent. « Nous n'ajouterons rien à cet éloge.
Les toiles de Canaletto abondent; on n’en compte pas moins de dix-sept. Elles représentent différentes vues de Venise et de Saxe. Elles ne sont pas toutes d’un mérite irréprochable, et nous préférons de beaucoup les vues de Venise à celles de Saxe. Il semble que Canaletto ait dans sa spécialité dépeindre les palais, les canaux et. les quais de la Heine de l'Adriatique; il a toujours été moins heureux quand il a voulu reproduire des scènes naturelles.
Voici Rubens, si justement appelé le Raphaël des Flamands. Un salon est entièrement consacré à loger ses œuvres. Nous ne pouvons accepter la Glorification île la Vierge comme une œuvre capitale de ce maître, mais nous y retrouvons encore ce pinceau gracieux qui, appliqué a la peinture d’église, a lait dire de Rubens (pie la religion lui était fort redevable pour avoir aidé la piété des fidèles en prêtant aux saints les traits les plus aimables et les plus séduisants. Le nombre des tableaux religieux de Rubens est. vraiment prodigieux. On en voit à Anvers, à Cologne, a Aix-la-Chapelle, à Prague et dans la chapelle du château à Dresde. On reste confondu de l’incroyable fécondité de cet artiste, à la vue de tant
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dii'is-irœuviv. — Le salon de Rubens renferme fii outre plusieurs tableaux du même peintre : six sujets tirés de l'histoire romaine, un Maine en adoration , les Portraits des deux fils de Rubens , une Offrande à Priapr, une Ivresse de Silène et de nom- J breuses esquisses.
Dans un salon contigu se trouvent plusieurs portraits de Van Dyck. Quelques-uns sont du premier ordre. On v voit une Chasseresse de Rembrandt et quelques scènes de deniers, mais non des meilleures.
La galerie du prince de Lichtenstein renferme en outre quelques statues, des médailles et des pierres gravées qui mériteraient une attention particulière si nous pouvions, sans qu'il en résultât tm peu de fatigue pour le lecteur, nous étendre davantage sur un sujet par lui-même difficile à epuiser. Néanmoins. et malgré la forme concise de cet article, maigre les restrictions que le défaut d’espace nous a force d apporter dans nos jugements, nous croyons
en avoir dit assez pour montrer tout l'interét qui se rattache à cette précieuse galerie , qui fait le plus grand honneur à Vienne, en même temps qu elle atteste le goût éclairé de la famille Lichtenstein Nous u 'ajouterons qu'un mot pour faire apprécier b noble désintéressement du prince : nous dirons qu'il a affecte uniquement à l'exposition publique des galeries une des plus belles résidences de Vienne. Cette résidence, «pie l’on désigne s < m i s le nom de Rabais d'ele. est situer, comme nous l'avons dit, dans la Rossati. Ou retrouve dans cette habitation princiere la magnificence et b* goût «pu ont fait du beau château de Rruhl une charmante merveille parmi tant de merveilles qui embellissent celle zone pittoresque des environs de \ jeune, et que l’on a décorée du nom de Suisse viennoise. On ne saurait traiter les arts avec plus de distinction et le public a\e« plus de courtoisie.
LF. C II K X K ET LE R O S F A C . P A It M. DIDAV
(Exposilion de Genève*.
L E S B K Al X-ARTS.
lin vaurien de ma connaissance Disait à certain exilé :
Quel pied vous êtes-vous foulé,
Pour vouloir retourner en France?
Quels péchés avez-vous commis.
Pour y conserver tant d'amis?
Que si j'étais à votre place (Sire, excusez, ce sont des vers),
Je fuirais un pareil travers!
Si j’avais tout : l’esprit, l'audace,
Des parents assez haut placés,
Des amis trop, de l'or assez;
Que si j’étais Celui qu'on nomme...
(Monsieur Hébert, tenez-vous coi .
Nous saurons éluder la loi)...
Celui qu’on nommait le jeune homme.
Fn Écosse, quand la terreur Avait Cromwell pour procureur.
Je prendrais vile une houlette Et quelques aunes de faveur!
Mon oncle, ma bonne ou ma sœur.
Me feraient bien une rosette.
Puis j’achèterais un canton De l'Arcadie au prince Olhon.
El tels qu'aux jours de la Régence (Beaux jours d'un si triste renom).
Les murs d'un nouveau Trianon S’élèveraient comme en cadence; Car nous aurions là Rossini.
Grisi, Lablache et Rubini.
Les Phidias de nos écoles (On parviendrait à les loger) Pourraient, je crois, sans déroger.
Nous rendre les jeunes idoles De ces dieux comme nous chassés El si tristement remplacés.
Leur œuvre serait un mélange De tous les cultes agrandis Fondus en un seul paradis;
Nous aurions la sylphide et l’ange Ht des nymphes et des houris Comme on n’en voit plus à Paris.
Mais il faudrait, pour leurs chapelles, Que Versailles, un jour de loisir, Consentît à se dessaisir De quelques-uns de nosApelles :
Même on pourrait se contenter D’un Mignard, s’il voulait rester.
Aux poètes (sans qu'on les cite, Chacun sait qui viendrait à moi .
Je dirais : Fnfants, point de roi !
C'est un ami qui vous invite.
Ce moins sage parmi les fous.
Lu vrai paresseux comme vous !
Venez aussi, langues subtiles.
Venez et retournez souvent.
Rhapsodes qu’emporte le vent.
Feuillets de toutes les sibvlles.
Vous, les Mercurcs de l’esprit.
Causeurs qui n’avez rien écrit
Ah ! sire, un tel récit m’enflamme !
Des cuistres de tous les pays.
El de vos mentors ébahis, Entendez-vous déjà le blâme,
Et tonner contre nos ébats Les hommes graves des Débats !
Maintenant, près d'un laurier-rose, Qu'on inscrive sur mon tombeau :
Et in argadia f.go.
Ce qui peut se traduireen prose Ci-gît Lindnr gui ne fut rien ,
Rien.... pas meme grand citoyen.
Prince, une telle fantaisie.
Si vous la vouliez prendre à cœur,
En dépit du bourgeois moqueur.
Serait une ère en poésie ;
Et ce siècle, n’cùt-il qu’un joui .
Vaudrait Léon X et sa cour
Faute d'une armure à sa taille Un noble cœur doit se loger Sous le hoqueton du berger;
Clio. muse qui s’encanaille,
Pourrait refuser son burin Aux exploits d'un tel souverain :
Mais un jour, conduit par Orphisr A la toilette des neuf sœurs.
Où nous aurions peu de censeurs,
Il verrait, charmante surprise.
Son règne illustre par Waltean Sur un éventail d'Eralo.