‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 38 sur 150 · OPÉRATIONS DE L’INSTITUT · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS DE L’INSTITUT

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mïéres années de la reslau | ration, quand la mort enlevai jj, un sculpteur à rinsCfCuf 7 soi ? g' héritage n’était disputé qiu J par un petit nombre de rivaux. Les préoccupations militaires qui attiraient vers les champs de bataille tout ce que la France comptait

d intelligences, d’aptitudes eide sentiments généreux, laissaient à peine quelqueshumbles adeptes pour célébrer parle ciseau les hauts faits belliqueux de leurs compatriotes. Aujourd’hui, grâceaux bienlailsd’une longue paix, d une éducation plus intelligente, d’une instruction mieux répartie dans tous les rangs sociaux, les arts comptent un plus grand nombre de talents remarquables qui croissent et grandissent à

l aide des encouragements que la nation leur décerne.

Cortot, se présentant en remplacement de Dupaty, n avait pas a craindre de concurrence sérieuse ; Cortot meurt en 1 845, et quinze statuaires font valoir eurs droits à sa succession. Le samedi 19 août lAcadeime .les Beaux-Arts lisait les requêtes .le MM Daman aine, Desl, oeufs, Desprez. Durci, Éler, oyalici, Jaley, Jouffroy, l.anno, Legemlre-Hérald Lenuure, Marochelli, Itaggi, Gabriel Seurrc, el Si-

Du conçoit riiésitalion qu’ont éprouvée les .nom-

lires de I Institut, en présence de ces quinze pétitionnaires. Comment, en effet, décider entre eux? comment établir entre leurs travaux respectif*une judicieuse comparaison? Tous ont des titres; tous peuvent se recommander de leurs œuvres. R. Hantait aîné exposait des 1824 l'élémague portant u Phalanle Ica cendres tin son frère ilippias, et vient de terminer pour la ville de Dunkerque une excellente statue d Abraham Duquesne. M. A. Desbceufs a lait une ligure en marbre du llcpos , un Jeune, paire ilu Liban, un Christ annonçant sa mission . une Sainte Anne pour la Madeleine, un Saint Bernard pour Versailles, I Histoire et la Science, pour la bibliothèque de la chambre des pairs. Sa renommée a été introduite aux Antilles avec une statue eu bronze d’Isabeliell, inauguréeen I S42duns IT’IedeCuba. M. Louis Desprez, grand prix de Dôme en 1824, longtemps coadjuteur du médnillisleCuérard, n'a guère produit que les statues du General l'op, du Page/, et celles qui sont distribuées dans les niches extérieures de Saint-Germain l'Auxerrois ; mais M. Antoine Ktex, plus fécond cl plus connu, oppose aux meilleures compositions sa Mort d'Hyacinthe, sa Léda, sa Sainte Geneviève, son Olympia , ses deux groupes de l'arc de I 1j toile, et surtout sou Caïn après la malédiction. M- Jaley, qui a sculpté Bailly, Mirabeau, Vhilippe- Auguslc , Louis XI, V conçois Miron , le comte de Lahua, et autres personnages historiques, compose a\er

imagination et exécute avec adresse. 11 est d’ailleurs protégé parM. de Saint-Aulaire.Vous pourrez ajourner la candidature de MM. Gaspard-François Lanno, et Jean-François Legendre-Herald; mais repousserezvous M. Marochelti, l’auteur de la statue équestre de Philibert-Emmanuel ? l'eut-on reprocher à M. Jouffroy sa jeunesse, quand il appuie sa demande de sa Jeune fille confiant son premier secret à l'Amour , de son Fronton des Jeunes-Aveugles , et de l’amitié de M. de Lamartine? M. Charles Simart, à peine de retour de la villa Médicis, ne nous a encore donné que deux marbres, la Philosophie et Oreste réfugie à l'autel de P allas; mais M. Nicolas- Bernard Itaggi, candidat pour la septième fois, a encombré de monuments les musées, les places publiques. Il a un Hercule retirant Icare de la mer dans une salle du Louvre, un Henri IV à Pau, un second Henri IV à Nérac, un Montesquieu à Bordeaux, un Hagard à Grenoble, un la Pérouse à Albi, un Hugues Capct à Versailles, un Saint Vincent de Paul à la Madeleine. M. Gabriel-Bernard Seurre aîné a moins produit; cependant sa Sylvie déplorant la mort de son cerf , le la Fontaine qu’on voit à l'Institut, le Molière de la rue de Richelieu, attestent, sinon l'étude du nu, du moins l’entente des draperies, et sa Reddition d’Aboukir est le meilleur bas-relief de l’arc de l’Etoile. Et M. Foyatier, le blâmera-t-on de n’avoir pas eu le prix de Rome lorsqu'il opposera aux censeurs son Spart acus y Dédaignera-t-on M. Lemaire, malgré son Laboureur de Virgile et son fronton grec de l’église catholique de la Madeleine? Pour opter entre tous ces solliciteurs, la semaine accordée aux académiciens est bien courte, et peut-être, après avoir choisi les candidats, aura-t-on à déplorer l’exclusion de quelques hommes d’élite? Ces réflexions ont dû naturellement se présenter à l'esprit des juges. La décision qu 'ils ont prise semble annoncer de leur part un examen mur et attentif. La section de sculpture, dans sa séance du 3 août , a désigné rommecandidats MM. Duret, Lemaire, Raggi, Seurre ainé et Jouffrov. La quatriêmeclasse a ajoute à la liste les noms de MM.Jaley, Desprez et Dantan aîné. Premier candidat pour la seconde fois, à la majorité de cinq voix sur sept, M. Duret devait concevoir l’espérance de siéger auprès du baron Bosio, son maître, et son attente n’a pas été déçue, car il a été proclamé membre de l’Institut, dans la séance du 2 septembre. 11 a obtenu dix-neuf voix sur trente-quatre, M. Lemaire treize, MM. Raggi et Jotifl’roy chacun une.

Tous les artistes considèrent cette nomination comme un acte de justice; en effet, M. Duret réunit les deux conditions qui donnent entrée à l'Institut, les facultés naturelles et les connaissances acquises.

Il y a des sculpteurs d’un talent réel, qui, faute d'études suffisantes, sont sans cesse préoccupés dans leurs œuvres des moyens d’esquiver les difficultés. L’Institut, peu soucieux du but des beaux-arts et de la grandeur des idées, exige avant toutes choses une

forme correcte, savante, clairement accusée. C’est principalement d’après les figures nues qu’il juge un artiste ; or, M. Duret n’a jamais reculé devant les obstacles que présente lerendu des muscles ; il ne s'est pointcontentéd’avoirdu talent ; i 1 a appris consciencieusement son art et en possède tous les secrets.

Né à Paris, M. Joseph-Francisque Duret est le fils de François Duret, statuaire estimable, membre des Académies Royale et de Saint-Luc et auteur du fronton de Saint-Philippe du Roule, où il a représenté la Religion entourée de ses attributs. Maigre l’exemple paternel, une aptitude générale pour les beaux-arts tint longtemps le jeune homme indécis sur le choix d’une profession. Tantôt il déchiffrait le solfège de Rodolphe; tantôt suivant assidûment les leçons d’un professeur de déclamation, il rêvait cette carrière qui, laissant ses obscurs sectateurs en butte au mépris public, n’accorde qu’aux talents supérieurs la gloire et la considération. Admis dans l’atelier du baron Bosio, M. Duret hésitait encore entre la peinture, la sculpture et la gravure, quand le succès le décida ; il obtint le grand prix de sculpture en 1 S 2 5 . Ce fut à son retour de Rome, en IS31, qu’il donna le premier gage important de sa vocation, un Mercure inventant la lyre, statue en marbre, fruit de la contemplation des antiques. Il avait exposé en même temps une tête d’expression en marbre, la Malice , qui fu t achetée parS, M. Louis- Philippe, pour les appartements du Palais-Royal. Ces débuts valurent à M. Duret, outre la médaille d’or de première classe, une récompense exceptionnelle. Mme Leprince avait légué une somme annuelle de mille francs, destinée au grand prix de chaque section ; et, prévoyant le cas de nullité du concours, elle avait décidé que les fonds réservés seraient alloués au pensionnaire dont les envois primeraient ceux de ses collègues. Comme il n’y eut pas de prix de sculpture en 1831, l’Académie résolut de choisir un donataire parmi les pensionnaires des cinq dernières années, et, dans une séance solennelle, aux acclamations de l’assemblée, la gratification fut accordée à M. Duret.

En revenant en France, Duret avait visité Naples et y avait conçu le projet de trois statues, qu’il exécuta successivement en 1853, 1858 et 1859: un Jeune pécheur napolitain dansant la tarentelle, fondu en bronze par M. Honoré; un Danseur napolitain jouant du tambour de basque, modèle de petite dimension , et un Vendangeur napolitain improvisant sur un sujet comique. C’est, à notre avis, amoindrir l'art que de le consacrer à de pareilles frivolités; mais ou peut nous objecter (pie le drame n’exclut pas le vaudeville ; que les motifs de figures nues, pris dans les mœurs contemporaines, sont préférables à des pastiches de l’antiquité, et que M. Duret les a traités avec un soin sévère qui en rehausse la conception. Nous n’approuvons guère non plus l’idée d’avoir emprunté un sujet a un roman excentrique ; mais le

C hachis ni méditation sur la tombe il Attila , qui lut exposé en IS5(> et placé an musée de Lyon, est une belle académie, dont, les mains, les pieds, la poitrine, sont d’un modelé irréprochable. Dans ce bronze, M. Durel. s'écartant des voies tracées, a cherché à rendre le caractère et les allures de la race américaine, et. réunissant la science à la poésie, il a consulté M. de Humholdt aussi bien que Chateaubriand.

Il est d'autres (ouvres de M. Duret qui ont plus de valeur par le sujet. Le Christ se révélant au monde, qui est placé dans une chapelle de la Madeleine, a la majesté des grandes ligures byzantines. La tète rappelle la magnifique mosaïque que l'on conserve à Home, la plus ancienne image du Sauveur qui soit parvenue jusqu'à nous. U Ange Gabriel, qui occupe une niche extérieure de la même église, appartient au style gothique par la grâce des draperies, l’absence de caractères sexuels, et le sentimentde douceur et d'humilité chrétiennes dont les traits portent l'empreinte.

Nous signalerons encore, de M. Duret, les Fonts baptismaux de Notre-Dame de Lurette , un Saint Jean, dans l’église de Bonne-Nouvelle ; un Casimir Verrier , à la chambre des députés ; un Molière , dont le marbre est a l'Institut et le plâtre à Versailles; les bas-reliefs équestres du cirque des Champs-Elysées ; les statues du cardinal de Iticlielieu, de Monsieur, frère de Louis XIV, et du bâtard Danois, exécutées pour les galeries de Versailles, et les bustes du docteur D***, de .Mlle G. Willemin, de I architecte Lebas. de Mme Mil toril', de Jean de Vienne et du marquis de Montcalm .

Jusqu’à ce jour, M. Duret n'a «le charge d'aucun de ces grands travaux qui associent le nom d'un artiste à l'éternelle consécration d'un souvenir historique. Nous souhaitons qu'il ait prochainement l'occasion de justifier par un ouvrage important le choix de l’Académie; stimule par l'encouragement qu i I reçoit, il la glorifiera >ans doute dans l’avenii comme dans le passe.

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