‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 73 sur 150 · A MADAME AIMÉ MARTIN · texte numérisé non relu

A MADAME AIMÉ MARTIN

Deslin mêlé de louange et de blâme,

Orgueil, éclat de la célébrité.

Ce n'est point là le bonheur de la femme ;

Le vrai bonheur réside ailleurs, madame, Vous le savez, vous qui l'avez goûté !

Le vrai bonheur, pour la vierge bénie.

C'est d’embellir la gloire d'un époux .

C’est par l’amour d’inspirer le génie.

Connue l’auteur de Paul cl Virginie Dans ses travaux fut inspiré par vous.

Abandonner sa jeunesse chai mante,

Beauté, vertu, candeur, à l'être aimé ;

Des faux désirs ignorant la tourmente,

Dans la retraite être amie, cire amante,

El rendre heureux celui qu’on a charmé.

Éière de lui, source et but de sa gloire,

En partager tous les enchantements; Humble, s unir a sa grande mémoire.

Lire le nom qu’un jour dans son histoire Avec respect liront les cœurs aimants.

Etre sa foi, son immuable idole.

Dans le revers un abri pour son cœur.

Dans le succès sa riante auréole,

I. ange qui charme et l’ange qui console, Qui n en virait ce. glorieux bonheur !

Ce bonheur fut le vôtre, et par deux fois, madame, N ous I avez mérité ; tic deux nobles esprits Vous avez, chaste muse, en dévouant votre âme, Dans I ombre inspiré les écrits.

A vous le pur reflet de ces gloires aimées,

V vous un double nom vivant dans l’avenir,

>ns (jui vous cachiez, a vous deux renommées Couronnant votre souvenir !

1 V,'UŸC dc> Bernardin de vSaint-i'ierre.

A celles que la gloire attire Les sarcasmes de la satire.

Envie et dédain tour à tout ,

Vie orageuse, lutte amère.

Souvent, pour but, une chimère.

I n peu d’éclat, jamais d'amoui !

Louise Coi.kt.

Décembre 1Str>.

Physionomie Parisienne.

Le Concert.

i . i : s ü i; \ u x - a h rs

SI It 40SHUA UEYNOLDS.

E P E N I) A N r les succès de Reynolds semblaient avoir réveillé tous les talents. 11 était comme le clic* 1‘ d’une école naissante, malgré la rivalité impuissante de Cotes, de Ramsay et de Romney, qui tentaient vainement de lui arracher le sceptre du portrait, liarry commençait à se faire connaître sous le patronage de Rurke. NN est arrivait d’Italie avec son meilleur ouvrage, Oreste et Pijlade; Wilson et Cainsborougli se distinguaient dans le paysage. Un mouvement artistique se faisait en Angleterre. Il se révéla au grand jour par la fondation de la Société des Amis des Arts, dont la première exposition eut lieu en 1760. Jusque-là les artistes anglais n’avaient eu aucun moyen de faire connaître leurs ouvrages. Celte première tentative fut si bien reçue du public, qu elle fut renouvelée l'année suivante.

Malheureusement, celle société ne tarda pas à

succomber sous les vices de son organisation, qui permettait l'admission de tous les postulants. Bientôt les artistes fondateurs, en petit nombre, durent subir la loi des amateurs. Les heureux résultats de cette institution la faisaient vivement regretter, et une nouvelle société fut constituée sous le patronage de Georges III. Telle fut l’origine de l'Académie Royale. Reynolds, qui était alors à l'apogée de sa gloire, en fut élu président à l'unanimité. Ce roi lui conféra à cette occasion les honneurs de la chevalerie, distinction flatteuse qui est passée en usage.

Cependant, les années s’accumulaient insensible- „ ment sur la tète de sir Joshua Reynolds. Sa santé s’altérait. Bien qu'il n’eût encore rien perdu de son | activité, on sentait que ses forces diminuaient , et des symptômes alarmants plus que l’âge avertissaient ses amis que sa fin était proche. Déjà, en 1782, il avait eu une attaque de paralysie dont sa constitution vigoureuse avait triomphé. Vainement lui conseillait-on de prendre quelque repos. Ces conseils, dictés par le plus tendre intérêt, étaient non

avenus pour sir Joslnia. 1! continuait de travailler avec l’ardeur d’un jeune homme, comme s’il eût senti qu'arrivé à la perfection qu’il avait si longtemps cherchée, il ne lui était pas permis de frustrer postérité du fruit.de ses études. Force lui fut enfin de s’arrêter. Au milieu de l’année I7S9, sa vue s’affaiblit d’une manière sensible, et, quelques mois après, en dépit des soins des plus habiles oculistes, il fut entièrement privé de l’usage de l'œil gauche. 11 se résolut alors à déposer ses pinceaux. Son esprit était toujours aussi vif, mais le mal faisait d'invisibles progrès et menaçait île le priver de l’œil qui lui restait. Le pressentiment de ce malheur l’affecta profondément. Un malaise général s’empara de tous ses organes. On découvrit enfin, mais trop tard, que le siège du mal était dans le foie. Il languit quelques mois et s’éteignit doucement, le 25 février 1792, à l’àge de soixante neuf ans. Bien qu’on eût perdu tout espoir de le voir revenir à la santé, sa fin était inattendue, tant il dérobait avec soin à ses amis les progrès du mal etses souffrances, dans la crainte de les affliger.

1 .es restes de sir Joslnia Iteynolds furent transportés en grande pompe dans l’église de Saint-Paul, au milieu d’un concours immense de peuple. Les personnages les plus considérables du pays se firent un honneur de l’accompagner à sa demeure dernière. Le poêle était tenu par quelques-uns des plus grands seigneurs du royaume. Le lord maire et les shériffs de la Cité étaient présents à cette cérémonie funèbre, comme pour témoigner que la perte d’un si grand artiste était une calamité publique.

Sous l’impression de la plus profonde douleur, le célèbre Edinund Burke, qui avait été son ami pendant plus de trente années, écrivit rapidement quelques ligues qui furent rendues publiques, pour rendre hommage à la mémoire de sir Joslnia Iteynolds. C’est, a dit un historien, l’éloge de Parrhasius prononcé par Péri clés, l'éloge du plus grand peintre par le plus parfait orateur de son temps.

« Sir Joslnia Reynolds était, à beaucoup d’égards, un des hommes les plus remarquables de sou temps. Il a été le premier Anglais qui ait ajouté la gloire «les beaux-arts aux autres gloires de son pays. Pour le goût, la grâce, la facilité, 1 heureuse invention et la i ichesse et 1 harmonie du coloris, il peut être comparé aux plus grands maîtres; il les a surpassés dans le portrait ; car il a communiqué à celle partie de l’art une variété et une dignité qui n'appartiennent qu’aux genres plus élevés, et que les plus grands peintres n'avaient pas toujours su conserver en peignant la nature humaine. Ses portraits mit l’invention de l’histoire et le charme du paysage. Pour être un tel peintre, il fallait être un profond et pénétrant philosophe.

“ Lu possession d’une réputation incontestée dans son pays et parmi les étrangers, admiré par les artistes et par les connaisseurs, recherché par les

grands, caressé par les tètes couronnées et célébré pai les poètes, 1 humilité, la modestie et la candeur île son naturel ne l’abandonnèrent jamais; et m dans ses discours, ni dans ses actions, l’œil le p|us scrutateur ne pourrait découvrir la plus légère trace d’arrogance ou de présomption.

« Ses talents, scs vertus, l’avaient fait ]c centre d’une société sans égale, que sa mort va disperser. I| avait trop de mérite pour provoquer la jalousie, trop de bienveillance pour éveiller l'hostilité. La perte d’aucun homme de son temps ne sera ressentie avec un chagrin plus sincère, plus général et plus pur. h

Reynolds était de petite faille, d’une constitution excellente. Les traits de sa physionomie étaient agréables. Il avait dans ses manières une politesse irréprochable, un grand empire sur lui-même, et ce n’est qu’au milieu d’un cercle d’amis qu’il se laissait aller à la vivacité de son caractère. Modeste affable, obligeant, il était d’un accès facile et se plaisait dans la société des jeunes gens. On l’a accusé de parcimonie ; il n’était qu’économe, et par cela même plus en état d'être généreux. Ses amis trouvaient toujours sa bourse ouverte. Jamais un artiste n’implora en vain sa générosité. Il aimait à dépenser, mais sans aucune ostentation; aussi ne se I rou va- t-i I jamais dans aucune de ces situations déplorables qui avilissent les arts.

Le nombre des ouvrages de Reynolds est impossible a compter. Il était d'une fécondité inépuisable qui efface tout ce que l’on raconte de Rubens et des peintres italiens. On a calculé que, dans l’espace de trente années, il avait envoyé aux expositions de la Société des Amis des Arts et de l’Académie Royale deux cent vingt-huit ouvrages, et ce n’était qu’une partie de ce qu’il avait produit dauscelintervalle.il a fait treize fois son propre portrait. Celui qui accompagne celte esquisse biographique a été grave d’après le portrait qui décore la salle du conseil de l’Acacadémie Royale. Reynolds s’y est représente dans le costume de docteur en droit civil, avec la loque et la robe. II avail reçu celte distinction purement honorifique de l'université d’Oxford, en 1 775.

Outre les trois essais insérés dans le recueil P11' blié par Johnson, sir Joslnia Reynolds a laissé par écrit les quinze discours qu'il avait prononcés aux séances publiques de l’Académie royale. C’est assurément ce qui a été écrit de plus raisonnable sur la théorie et sur la pratique de la peinture. On lésa traduits en français, et ils ont été deux fois imprimes, mais lçs éditions en sont depuis longtemps épuisées, et il est surprenant que, dans un temps où la librairie vit. de réimpressions, on ne songe pas à les publier de nouveau. On a imprimé aussi, ap» e* la mort de Reynolds, les notes qu’il avait pris es dans un voyage en Hollande et en Belgique, dans l’année 1781. Elles sont remplies d’observations

précieuses, car, comme on le pense bien, elles ne sont relatives ‘qu'aux tableaux qu'il était venu étudier. Il y a surtout un jugement sur Rubens qui mérite il'ètre remarqué. On a aussi de Reynolds un ouvrage, curieux à consulter; ce sont les notes qu’il publia lui-mènie à la suite d’uue traduction laite par sou ami Malone du poème français de Dufresnoy sur la peinture.

Par son exemple et par ses leçons, sir Joshua Reynolds a été le véritable fondateur de l'école anglaise. Son influence dure encore, bien que les artistes anglais se soient malheureusement éloignés de la sage et prudente direction qu’il leur avait donnée. II importe donc de définir nettement en quoi il a excelle et par quelle voie il est arrivé à la perfection. Sir J. Reynolds n'était assurément pas un génie créateur. Ce qu'il devint, il le dut à l’élude patiente et assidue des maîtres. Toute sa vie, il travailla a améliorer les heureuses qualités que lui avait départies la nature et à les fortifier de l’élude des progrès que les plus grands artistes avaient fait faire à la peinture. Un goût pur et sévère présidait à ses emprunts, et bien que l’on puisse affirmer qu’il ne lut pas sorti delà médiocrité si la voie ne lui eût pas été frayée, il sut si bien se rendre propre ce qu’il tirait des autres, qu’il a mérité d’être rangé au premier rang des plus habiles peintres de son temps. One l’on ne croie pas que nous sommes volontairement injuste envers sir Joshua Reynolds. 11 serait facile de prouver par ses propres paroles l’exactitude de cette assertion : c’était un éclectique dans la bonne acception de ce mot. Presque tout l’art était pour lui dans des études bien conduites.

« Je ne saurais trop recommander de suivre implicitement les régies qui ont été établies par les œuvres des grands maîtres. Ces modèles, qui ont reçu l’approbation de tous les siècles, doivent être considérés comme des guides parfaits et infaillibles; il faut les imiter et non les critiquer.

« Les règles, dit-il ailleurs, ne sont pas, comme on le dit vulgairement, les entraves du génie; ce ne sont des entraves que pour ceux qui n’ont pas de génie, comme l’armure qui fait l’ornement et la défense de l'homme fort n’est qu’un fardeau pour l'homme faible et difforme, et blesse le corps qu’elle devait protéger.

« L étude consiste a apprendre à voir la nature. A force de contempler les chefs-d’œuvre, nous nous accoutumons à penser comme leurs auteurs, et nous parvenons par là a atteindre quelquefois leur supériorité.

« L’invention est assurément une des plus grandes marques du génie; mais si nous consultons l’expérience, nous trouverons que ce n’est que par la connaissance et l'étude îles inventions des autres que nous apprenons à inventer nous-mêmes, comme c.’est par la lecture des pensées des bons auteurs que nous apprenons à penser. Le plus grand génie na¬

turel ne peut pas subsister sur son propre fonds.

« II est d’une évidence incontestable qu’une grande partie de la vie d’un homme doit être employée à recueillir des matériaux pour l’exercice du génie. L’invention, à proprement parler, n’est guère plus qu’une nouvelle combinaison de ces images qui ont été auparavant recueillies et déposées dans la mémoire. Rien ne peut venir de rien. »

Dans tous ses écrits, Reynolds aimait à revenir sur les défauts de son éducation, et à montrer qu’il ne devait la place.qu’il tenait dans les arts qu’à son opiniâtre ambition de bien faire. « Mes succès et mes progrès continuels, disait-il dans ces ébauches de mémoires dont nous avons déjà cité plusieurs passages , doivent être attribués en grande partie a un principe que je ne saurais trop recommander, je veux dire à ma résolution de travailler eu conscience. Je me suis toujours efforcé de faire le mieux que je pouvais. De la sorte je finis par acquérir une sorte de facilité à produire spontanément, et mes efforts emportaient leur récompense avec eux. J’y gagnais la satisfaction de faire des progrès et le plaisir qui résultait d’une tendance continuelle à la perfection.

u ÎS’ 'ayant pas eu l’avantage de recevoir de bonne heure une éducation académique, je n’ai jamais eu cette facilité à dessiner le nu d’après nature qu’un artiste devrait avoir. Je m’aperçus trop lard , lorsque j’étais en Italie, de ce qui me manquait a cet égard pour pouvoir acquérir cette facilité d’invention que d’autres avaient. Je me consolai pourtant par la remarque que ces dessinateurs se contentaient trop aisément; et si je n'étais pas aussi habile qu’eux, j’avais l’avantage d’éviter le défaut d’inventer d’une manière commune. On sait combien il est difficile à un artiste de se mettre en garde contre la négligence. Ce n'est passans raison que Métastasé se plaignait, même au milieu de ses plus éclatants succès, de la difficulté qu’il éprouvait à écrire correctement, à cause de l’habitude d’improviser qu'il avait eue dans sa jeunesse. »

Les ouvrages de Reynolds se composent d’un nombre considérable de portraits et de quelques tableaux d’histoire. Ces derniers sont assurément ce qu’il a fait de moins bien. Ce sont , à proprement parler, des portraits gâtés par une intention ambitieuse. Il ne possédait qu’à un très- faible degré les qualités nécessaires à ce que l’on appelle la grande peinture. Mais ses portraits peuvent être comparés aux [tins beaux tableaux des maîtres, surtout les portraits d’enfants, de ces beaux enfants anglais qu’on chercherait vainement autre part qu’eu Angleterre.

Mais pour n’ètre qu’un peintre de portraits, sir Joshua Reynolds n’en est pas moins un artiste du premier ordre. Ce genre, méprisé parles peintres médiocres, demande des facultés éminentes; et ne serait-ce pas une absurdité que de considérer

LL S HL Al \ A U T S.

comme secondaire un genre qui n’a ele traité avec supériorité que par les artistes les plus illustres, liapliaël. Titien, Rembrandt, Paul Véronése, le Tintoret, Andrea del Sarlo, Velasquez y ont excelle; Van Dvck lui doit toute sa renommée. Les admirables portraits de Rubens sont peut-être ses plus parfaits ouvrages. Reynolds a la gloire d avoir innove dans ce genre : il a donne naissance au portrait que l'on appelle à effet, et que Lawrence a poussé aux dernières limites de l’art. Le talent admirable avec lequel il a traité les- fonds devrait lui mériter a lui seul la réputation dont il jouit. On ne sait ce que I on doit le plus admirer de la tele ou de ce que l'on est convenu d'appeler les accessoires. .Mais ce mérité est secondaire chez lui. Il a été donné a très-peu de peintres d’approcher si près de la nature. L’attitude, le geste, le regard, les traits, le jeu de la physionomie sont saisis avec une

vérité donnante, foules ses tètes . „u caractère

d'individualité incontestable. Tout ce que l’halniu.l^ du corps, l’expression du visage, d même le toiul'el chairs peuvent révéler de l’homme intérieur trouve reproduit par son pinceau avec une énergie inimitable. On croit avoir connu ses modèles Lim l’accent de vérité a de puissance ! L’est que |{ov. nolds joignait a de très-grandes facultés d'observation une patience et une ardeur que rien ne hissait Il a fait tout ce qui lui était humainement possible de faire pour atteindre la ressemblance et surpreudre les secrets de la nature ; c'est que, sévère pour lui-même et dédaignant la renommée vulgaire, d ambitionnait celle gloire solide qui n'est due qu'a,, vrai génie, c'est -à dire a un immense désir de bien faire, celle gloire qui grandit avec le temps, et qui n’a jamais fait defaut a l’artiste ediseieucieux.

âlTUBÜ

« Voyez,!... le iraiire vil encore,

Voyez- le se promenant lièmnrnl parmi les moris! Mais il expiera clièrenienl son crime;

La vengeance tombera sur sa lèle. »

— Arrêtez, monseigneur, «lit alors le due Par amour cl par pitié, arrêtez Souvenez-vous de ce qu’a dit le lantomc ; rencontrez pas votre ennemi, si vous le pouvez .1

O ne m'arrête pas, digne ami.

Je dois celle dette à mes loyaux chevaliers. Qu’importe que je vive ou que je meure; .le les aurai venges de leur ennemi.

Mais le roi Arthur a tire du fourreau sa iidèle épée Et s’est élancé sur son cheval ;

Comme son sommelliei l’aidait à monter Ses entrailles sortirent et tombèrent à ses pieds

<1 Hélas ! s'écria le noble roi.

Devais-je vivre assez pour voir si cruelle chose, Pour voir ce bon chevalier misérablement tue. En voulant m'aider ! »

Il mit alors sa lance on arrêt lit cria à liante voix à sir Mordred :

« Et maintenant, prends garde à toi !

« Car, traître, l’heure de ta mort approche »

Put sce, tbe traitor’s yel alive,

I.o wlicre lie stalks among (lie dead ! New bitterlye lie sliall abye ;

And vengeance fall npnn lus head*.

• u stay, my liege,’ then sayd tbe duke;

‘ O stay for love and charitie; Kemeniher what tbe vision spake,

Nor ineet ynur tbe, if it may lie’.

1 O stay nie 110I, lliou vvorlhy wight, Tbis délit my loyal knights J owe :

itotide my life, hetide me dealli,

I will a venge lliem of llteir Ibe.'

Then .•'irait lie grasped bis trusty spear. And on bis horse then monnted lie As bis huiler bolpe him to bis lmrse,

Dis liowels guslied lo bis knee.

1 Ainsi ’ 1 lien sayd tbe noble long,

• Thaï 1 slionld li v«* lliis siglil to see! To see tliisgood kniglit here lie slain.

A II for bis love in lielping me ! '

Ile put Ida spear into liis rest.

And to Sir Mordred loud gan cry ;

• \m\ set tliy self upon tby guard,

For, Irailor, now tliy deatb is n\e.

U S HEArX-AKTS.

Sir Mordred lifled up liis sword,

And tierce lo meet itie king rait lie;

Tlie king liis «peur lie trough liim llinist;

A fallioni lliorow liis badie.

Wlien Mordred fell thc slroke of dealli,

And fourni thaï lie was woumled su,

He llirust liimself upon t lie spear,

And struck the king a deadly blow.

Tlien grimly dyed Sir Mordred,

Presenlly upon thaï tree;

A ml liloody slreams ran l'roin the king. lire lo the duke returned lie.

Sir Lukyn thon lie thus bespake :

‘Sir kniglit Ihou hast been failhfnll tryde, N"\v lake my sword Excalibar.

Thaï liangs so freely by ni y syde :

Sir Mordred tira son épée Kt counil fièrement au-devant du roi ; l e roi lui enfonça sa lance dans la poitrine La lance sortit par derrière.

Lorsque Mordred reçut ce coup terrible Kt sentit qu'il était blessé à mort.

Il s'appuya sur le bois de la lance Kt frappa mortellement le roi .

Mordred rendit son âme en maugréant ;

Il repose maintenant sous eel arbre, lies Ilots de sang coulèrent de la plaie du roi. Pendant qu'il rejoignait le due.

« Sir Luky n. lui dit-il,

Tuas toujours été pour moi un loyal et lidèle chevalier Prends l'xcalibar, ma bonne épée.

Qui pend à mon côté :

« 0. prends mon épée, Excalibar,

El va la jeter dans la rivière ;

Car ici, désormais, sous cet arbre,

.le ne me servirai plus d’aucune arme.

« El, adieu, loi, ma fidèle épée !

Jamais chevalier if en eut une meilleure bien souvent avec loi

.1 ai combattu mon ennemi sur le champ de bataille.

« Avec la bonne lame entre mes mains,

J'ai souvent moissonné dans le champ ensanglante. Mais maintenant l'heure fatale est vernie ;

Je ne dois jamais plus me servir de loi.

Le due alla du côté de la rivière El \ jeta sa propre épée ;

Mais il garda Excalibar,

Il la garda pour lui.

O lake my sword Excalibar.

And llicre into the river throw; l'or liere, lieneefm tli, beurllie tliis tree.

Ail use of weapons t lôrego.

V ntl tare tliee well, thon trusly sword,

A belter neer had valiant knight,

Wilh l liée tu 1 1 ofl, and niany a day.

Hâve I wilhslood my foe in lighl

Wilh 1 1 1 i s good fauchion in my liand,

Ofl hâve I reapd the bloody feehle;

Hui imw the fatalle liour is eonie,

Thaï never more t may thee weelde'.

The duke lo ihe river side lie weiil,

And there liis own sword in lluew lie; tint he kepi back Excalibar,

Ile kepl il back in privilic

I, E S IJ E A U X - A R T S

Car loule la lame était d'acier,

El la poignée en pierreries.

« El pourquoi donc, scdil ce clievalier, Jellerail-on une pareille épée? »

Puis il revint auprès du roi, qui lui dit :

« SirLukyn, qu'avez-vous vu?

— Rien monseigneur, que le voni Gonflant légèrement la surface des Unis.

— Retournez, dit le roi.

Retourne/, bon sir Eukyn, sur vos pas.

Jetez mon épée dans la rivière.

Ne me laissez pas languir ici dans la douleur. «

l.e duc alla de nouveau sur le bord du fleuve Et y jeta le fourreau de l’épée du roi :

Mais il garda Exealibar,

Et la cacha sous un arbre.

Puis il revint encore auprès du roi Uni |,ii dit : «Sir Eukyn, avez-vous vu quelque chose? — Rien, monseigneur, que le vent Emiettant maintenant les eaux avec colère.

— O Eukyn, Eukyn! reprit le. roi.

Deux fois vous avez agi déloyalement.

Hélas! à qui se liera-t-on.

Si un pareil chevalier commet une félonie !

« Mais, dis, voudrais-tu que ton maître mourût, Seulement pour une épée qui a captivé tes regards ! Va encore, et jette mon épée dans les flots.

Ou l’un de nous ici mourra. »

Ee due, blessé sur ces reproches,

Ne répondit point au roi;

Mais s'approchant de la rivière.

Il y lança de loule sa force l'épée du roi.

l'or ail of coleyue was lhe blade.

And ail the liilt of precious slone :

• Ami everalack! ’tlion sayd the knight,

‘ Musl such a sword away be llirown ?

T lien back he came unlo the king,

Who sayd, ‘Sir Eukyn, whal did ye see ?’

• Nothing, my liege, save thaï lhe xvind

Blexv o’er lhe waters fai r and free.'

' o go again,’ thon sai<l the king,

‘ O good Sir Eukyn, go again ; loin the river tlirow my sword,

Xor keep me lingeringhere in pain.'

Plie duke llien lo the river wenl.

And the kings scahherd in threw he; tint he kept haek Exealibar,

And hid il underneth a tree.

Thon back he came to tell lhe king,

Who sayd, ‘ Sir Eukyn, saw ye otight’ ' —

‘ Nothing, my liege, save thaï the xvind Xow wilh the angry waters fought.’

‘ () Eukyn, Eukyn!’ said the king,

‘ Twice hast thon dealt deceiltully :

A kick, whom may we ever trust,

When such a knight so faisceau he?

Say. wouldst thon hâve thy master dead,

Ail for a sword tliat wins Ihine eye?

Xow go again, and tlirow il in,

Or here the one of us shall dye.’

The duke, ail slient witli this rebuke,

Xo atmswer made unlo the king;

But to llie river look lhe sword,

And threw il far as he eould tling.

i r: s ü i : \ i \ - ,\ ht s

il - '

l no main sortit do l'oan qui saisit ooito ep,je Ht la Itrandii trois fois on l'air.

Puis elle s’enfonça sons l'oati.

Ht lo due no la vit plus.

Ho duc, frappé d’étonnement.

Posta longtemps immobile ;

a do retourner vers lo roi , était plus sous l’arbre.

est ce qu'il no put dire, le vit jamais plus ; ut une barque quitter la terre, cris cl des gémissements de femmes

[éplorées.

ou non, dans celle barque ?

ne put jamais savoir ni dire;

I jour, lui— même disparut ne revenir jamais.

Où était-il? C Car il ne Seulement il aperç t entendit comme des

\ tiand and arm did meet the sword.

And flourishd three limes in the air; Thon sunk benetbe the renning streme, And of the riuke was seen no maiv.

Ail sure astonied stond the duke;

He stood as still as still mole be ;

T lien hastend baek to tell the king,

But lie was gone from under the tree.

But lo what place lie cold nul tell.

For never afler lie did him spy ;

But lie saw a barge go from the land,

And lie henrd ladyes howl and ci y.

And whether the kiug were there, or nul.

Ile never knew, nor ever cold;

But from thaï sad and direfull day, ile never more was scene on mold.

DAN CASEY

'tarçjn* \mvfc. ,

\wvo . 'tax\a\s.Vs> .

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Saint

Louis apres le

Mass

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LES BEAÜX-A RTS.

LÉCil^DE.

ors le régne de Louis VI, surnommé le Gros, mourut, dans le faubourg Saint-Marcel, un vieux tailleur, possesseur d’une belle fortune et d’une mauvaise réputation. A force de voler ses pratiques et de prêter à usure, il avait amassé beaucoup d’or, mais peu d’estime; et en faisant ses affaires en ce monde, il paraissait les avoir négligées dans l’autre; car «à peine fut-il inhumé que les démons hantèrent son logis. Tous les soirs, vers les huit heures, ils s’y rendaient en bandes nombreuses. « C’estoit, dit la chronique, un horrificque tintamarre ; des flammes jaillissoient par les fenêtres , et l’on cuidoit ouyr le défunct lamentablement plorer. »>

Les héritiers du tailleur offrirent vainement la maison et le fond à des conditions avantageuses ; personne ne s’en souciait, et pendant un mois entier l’enfer élut journellement domicile dans le local abandonné. Enfin un acquéreur se présenta ; un jeune homme ingambe eide bonne mine, qu’on appelait Rinaldo Rinaldini. 11 était d’origine italienne , descendant d’une famille lombarde qui s’était établie en France au temps de Charlemagne. Il avait récemment achevé son tour de France, et, en travaillant chez les meilleurs maîtres, il avait acquis dans sa profession une merveilleuse habi-

T. II

leté. Les héritiers lui accordèrent une année entière pour le payement, et il entra immédiatement en possession. Comme il était l’unique tailleur du quartier, la besogne ne lui manqua pas : il s’installa bravement sur son établi, et se mit à coudre en chantant.

Le crépuscule lit place à la nuit; à mesure que les ténèbres s’épaissirent, la voix de Rinaldo Rinaldini devint plus faible et plus tremblante, et il promena autour de lui des regards inquiets. Les démons se montrèrent à l’heure accoutumée ; c’était celle à laquelle était mort l’ancien propriétaire du logis. Ils environnèrent le pauvre Rinaldo, l’assaillirent de toutes parts, lui sautèrent sur les épaules, le couvrirent de feux et de fumée. Le jeune tailleur se défendit vaillamment, cautérisa les uns avec son fer à repasser, transperça les autres avec ses aiguilles, en écourta d’autres avec ses longs ciseaux ; mais, en dépit de sa résistance, les lutins continuèrent à le tourmenter jusqu'au chantdu coq.

— Le poste n’est pas tenable, se dit le pauvre Rinaldo Rinaldini ; il faut que ce tailleur ait été un grand misérable, et qu’il ait fait secrètement un pacte avec Satan, pour avoir attiré tant de diables dans sa maison. N’importe, montrons du cœur, et résistons jusqu’à la dernière extrémité.

Il fut interrompu dans ces réflexions par un tanneur des bords de la Bièvre, qui, sans oser entrer, lui cria du milieu de la rue :

— Mai ire Rinaldo, je viens vous commander un pourpoint.

— Je suis à vos ordres, répliqua Rinaldo Rinaldini.

— Mais, reprit le tanneur, les temps sont durs, comme vous le savez, et j’espère vous trouver plus accommodant que votre prédécesseur.

— Combien vous prenait-il ? demanda le jeune tailleur.

— I >i v livres parisis.

— Dix livres parisis! miséricorde! Un homme capable de proposer un prix aussi exorbitant est dénue de toute espèce de conscience. Dix livres parisis! Vous m’eu donnerez cinq, s'il vous plaît, et je serai votre obligé.

Le tanneur se retira charmé de l’accueil de Rinaldo Rinaldini, dont il colporta les louanges dans toute la partie méridionale île Paris. Le soir, les lutins se présentèrent, mais le jeune tailleur remarqua avec satisfaction qu’ils étaient en moins grand nombre et moins acharnés.

Au lever du soleil, un laboureur de Gentilly, qui portait des légumes aux halles, frappa à la porte de Rinaldo Rinaldini.

— Maître, dit-il, voici douze aunes de drap; je vous prie de m’en faire un habillement complet.

— Douze aunes de drap! V pensez-vous, mon brave ami ? Huit aunes seront largement suffisantes. Remportez le reste, et revenez dans huit jours.

Le laboureur sortit tout joyeux. Ce soir-là, les lutins reparurent, mais leur nombre était encore diminué, et ils formèrent des rondes autour de Rinaldo Rinaldini sans l’inquiéter davantage.

Le quatrième soir, au moment où il fermait sa boutique, l’honnète tailleur aperçut, étendu contre le mur, un enfant demi-nu qui grelottait sous ses haillons.

— Que lais— tu la, petit? demanda-t-il.

— Vous le voyez, mon bon sire, je reste ici parce que je n’ai pas la force d’aller plus loin. Mes parents, qui demeurent à Villejuif, m’ont envoyé ce malin mendier par la ville; ma récolte a été mauvaise; la faim, la fatigue et le froid m’accablent et je cours risque d’être battu quand j’arriverai,' $i j’arrive jamais.

— Entre chez moi, dit Rinaldo Rinaldini, en prenant l’enl'ant par la main. Je ne suis pas riche mais j’ai de quoi mettre quelques patards dans ton escarcelle, te donner à souper et te faire un habit.

Il installa l’enfant sur un escabeau, auprès d'un feu pétillant, lui présenta du pain et du lard, lui prit mesure, et commença à lui tailler des vêtements.

— Pourvu qu’ils n'arrivent pas , se disait- il; l’heure approche; il me semble que je vois leurs yeux luire dans l'ombre... Mange et chaulfe-toi vite, mon enfant... Il ne faut pas qu’il les voie... il mourrait de peur.. Patience, mou ami, j’aurai bientôt terminé... Qu’est-cequi remue dans ce coinlà ?

Rinaldo travaillait avec ardeur ; son aiguille courait en assemblant les pièces d’étoffe; deux heures lui suffirent pour confectionner des habits chauds et solides, dont il couvrit l’enfant quand le premier coup de huit heures sonna.

— Dépêchons-nous, cria-l-il en poussant b* petit garçon par les épaules; sortons; viens avec moi; je vais te reconduire chez tes parents.

Quand il l’eut entraîné au milieu de la rue, il se retourna, et regarda sa boutique avec effroi, s’attendant, au remue-ménage habituel. La maison était tranquille, et les lutins n’y revinrent jamais.

LF- S BEAUX-ARTS.

Tandis que le temps consolide la renommée des écrivains et des artistes, il anéantit celle des acteurs. Ceux-là vivent éternellement dans leurs «‘livres, et l'impression qu’ils ont produite sur leurs contemporains passe de génération en génération , sans rien perdre de sa puissance. Les autres émeuvent par le geste, par la voix, par l’extérieur, par des moyens inhérents à la matière et. périssables comme elle. Que reste-t-il d’une cantatrice ? Un nom, et

rien de plus. Mme Calalani a été la plus grande célébrité musicale de l'Empire; pendant vingt-deux ans, elle a parcouru l'Europe en triomphe, au milieu des acclamations. Puis, jeune encore, elle a préféré aux ovations mondaines les plaisirs calmes de la retraite, et dès lors on a commencé à l'oublier. Quand elle est morte, au mois de décembre 1843, le souvenir de son admirable talent n'avait été conservé que par des dileUm,ti surannés. Ues

jeunes gens en avaient vaguement entendu parler, et plusieurs n’ont connu son existence qu’en apprenant son décès.

Angélica Catalan i avait une de ces organisations spéciales à l’influence desquelles il est impossible de se soustraire. Elle chanta, pour ainsi dire, dès le berceau. Son père, riche bijoutier de Sinagaglia (États romains) , l’avait placée avec sa sœur aînée au couvent de Gubbio, près de Home, chez les sœurs de la Visitation. Elle se fit entendre aux offices solennels, et bientôt l’église ne put contenir la foule qu’attirait la jeune cantatrice. L’affluence devint telle, que le cardinal chargé de la direction du couvent défendit à Angélica de chanter , tant pour ne pas exalter outre mesure sa vanité naissante que pour réprimer la curiosité profane du public.

Ruiné par les guerres d’Italie, et voyant dans le talent de sa fille la source d'une fortune nouvelle, M. Calalani la fit débuter à Rome, en 1802, sur le théâtre de VAryentina. Elle y conquit de prime abord le premier rang. Engagée, l’année suivante, au Théâtre-Italien de Lisbonne, elle eut un succès dont l’éclat retentit dans toute l’Europe, La reine d’Espagne l’appela à Madrid et lui témoigna la plus flatteuse considération. De Madrid, Mme Catalani fut invitée à passer en Angleterre ; mais avant de se rendre à Londres, elle voulut paraître à Paris, où, en 1806, comme de nos jours, toutes les renommées recevaient leur consécration définitive. Elle donna des concerts et chanta, entre autres morceaux, Pair Son rcginn de la Semiramide, musique de Porto Gallo. « Elle ne rencontra personne, dit la Biographie étrangère (I) qui put lutter avec elle dans l’art de vaincre toutes les difficultés du chant. » Sa voix, d’une étendue extraordinaire, embrassait deux octaves et demie, depuis le sol naturel en bas, limite du contralto vers le grave, jusqu’à l 'ut audessus de la double octave, limite du soprano vers l’aigu. Le si et l 'ut d’en haut étaient produits par un fausset habilement dissimulé. Les roulades les plus vives, les cadences les plus légères, les trilles les plus compliqués, ne lui coûtaient aucun effort. Elle se plaisait à imiter les instruments et exécutait sans peine des variations composées pour le violon. Les feuilleton nistes du temps remarquaient que, lorsqu’elle chantait, les muscles de son cou et de sa poitrine étaient animés d’un frémissement sensible, comme si chaque fibre musculaire fût devenue une corde vibrante pour contribuer à l’intensité du son. Us lui reprochaient un peu de sécheresse dans la manière de détacher les notes, et l’abus des fioritures, même dans les mélodies dramatiques.

En Angleterre, où elle demeura huit ans, Mme Catalani gagna plus de deux millions. Elle fit un noble usage de sa fortune en réparant les pertes de ses parents, auxquels elle acheta une villa dans les cn-

(I) Taris, Alexis Eymery, 1819, in-8°.

virons de Rome. Elle se distingua principalement dans un rôle de Turc, tant par sa voix que par ses grâces naturelles. « Les bourses anglaises, s’écrie lord Byron, se souviendront longtemps de toi, miraculeuse Catalani, et des pantalons brodés qui le valurent quarante mille francs en une soirée. « Elle revint en France en 181 1 et y donna plusieurs concerts, dont le premier fut au bénéfice des incendiés de Méry-sur-Seine, victimes de la guerre de Champagne. Quoiqu’il y eûf, ce jour-là ( i février 1813 , trois premières représentations, les beux voisines, aux Français, les Trois souhaits, au Vaudeville, et Je fais mes farces, aux Variétés, la salle de l’Opéra fut assaillie par une foule considérable. Mme Catalani chanta Quai pallor , scène et air de Porto Gallo; O dolcc contenta, variations de Mozart; O quanlo lamina, cavatine de Mayer, et Dch ! frenate, scène et air de Puccitla. NVogt, Ilabeneck et Ttilou lui avaient prêté leur concours. Les journaux du temps parlent d’un succès foudroyant et d’applaudissements prolongés dont le duc de Berry donnait le signal. L’air O dolcc contenta fut redemandé et répété avec des variations nouvelles.

A la suite des événements de 1SI5, M. Gobert, administrateur de l' opéra Ruffa , en vertu d'un décret du 3 juillet 1812, avait été contraint de déposer son bilan. Mme Catalani sollicita le privilège, et Louis XVIII, qui l’avait admirée à Londres, le lui accorda, malgré l’opposition des créanciers delà faillite, avec cent soixante mille francs de subvention. Mme Calalani transféra l’exploitation musicale à la salle Favarl, qu’elle ouvrit, le Ier octobre 1813. par le premier acte de Semiramide, précédée du premier acte de la Capriciosa corroda, musique de Martini. File joua successivement les rôles de la Semiramide, de Curince, dans f/li Orazi, et de Marietta , dans la Cacciadi Ilenrico quarto ; dans cette dernière pièce, Henri IV, en invitant Marietta à chanter, disait à part : « Son ccrto cli clin canta a maraviylia , » et Jesauditeurs manifestaient bruyamment leur adhésion. Mme Catalani aurait pu gouverner sa troupe par le double droit du talent et du pouvoir octroyé; mais elle eut le malheur d’écouter ses jalousies et d’éliminer les meilleures actrices. Mme Mainvielle Fodor partit pour l’Angleterre; Mme Morandi ne put accepter un engagement dérisoire ; des suppressions inopportunes dégarnirent l’orchestre; le public mécontent s’éloigna, et Mme Calalani , menacée d’un naufrage , renonça en 1818 àson privilège. Elle se remit en route, et recueillit de nouveau les tributs des amateurs anglais et russes. Il y eut, à Saint-Pétersbourg, des soirées qui lui valurent seules vingtà trente mille francs, outre les cadeaux des souverains. Devenue riche, elle se fixa à Florence avec son mari, M. Yalabregues, ancien militaire, dont elle a eu trois enfants.

Ce fut là que s’écoulèrent ses derniers jours ; comme

ses dépenses avaient été proportionnées a ses bene-

lices, il ne lui restait à sa mort, de sa fortune écornée par la bienfaisance et la prodigalité, qu’environ vingt mille francs de rente.

Cette illustre cantatrice était née en I7S5. N’ayant jamais eu l’occasion de l’entendre, nous sommes obligés de nous en rapporter aux témoignages de ses contemporains. Tous, unanimes dans leur enthousiasme, s’accordent à la présenter comme la reine du chant. Au dire du feuillelo nniste Martainville (I), de l’aveu de tout le monde musical, elle ne connaît plus de rivale en Europe. Ce n’est pas une cantatrice, ce sont trois ou quatre cantatrices excellentes réunies en une seule. Faut-il parler des dons qu’elle a reçus de la nature : une taille noble, élevée, une physionomie fortement caractérisée, et qu'on croit aisément susceptible de s’animer à la scène de la plus vive expression, une chaleur, une énergie qui sont le résultat simultané de son organisation physique et du sentiment profond de son art.

« Est-ce à l’art, est-ce a la nature qu’il faut faire honneur de cette voix qui a toutes les qualités et pas un défaut? Forte, sonore, grave, brillante, descendant sans efforts aux tons les plus bas, et s’élevant jusqu’aux tons les plus élevés par une gradation rapide, mais toujours exacte, des sons les plus purs ; par une favorable exception, la prodigieuse étendue, l’élasticité inconcevable que Mme Catalani est parvenue à donnera sa voix, n’ont rien diminué de la pureté, de la force et de la rondeur de son médium.

« Vouloir juger Mme Catalani d’après les règles ordinaires, ce serait vouloir compter les mouvements des ailes de l’aigle qui plane au-dessus des nuages. »

(1) Biographie universelle des contemporains. Paris, Lcvrautl, 185i, in-8°.

La plupart des articles consacrés à Mme Catalani sont écrits sur ce tou d’emphase exagérée. Un seul biographe, M. Rabbe, a mêlé aux éloges quelques observations critiques. « La voix de Mme Catalani, dit-il (I), n’est pas fortement sonore et telle qu’on la trouve le plus souvent dans les organes italiens ; elle n’a pas non plus ce timbre argenté (pii distingue les gosiers allemands. C’est un mélange piquant de ces deux natures d’instruments. Celui de Mme Catalani n’est, pas classique, et les effets qu’elle sait en obtenir ne sont pas exempts de celle irrégularité que l’on remarque dans l’ensemble de sa manière d’ètre, soit au physique, soit au moral. Cependant, ce qu’il y a d’imparfait dans sa voix, au milieu de tant, de qualités du plus grand prix, ne semble éton lier l’oreille que pour mieux la charmer. A peine ses lèvres s’entr’ouvrent que le son en sort dans sa pureté et dans sa force naturelle, et à un degré de valeur qui ne se rencontre chez aucune autre cantatrice. On peut s’apercevoir quelquefois (pie Mme Catalani n’a point assez profondément étudié la théorie de son art ; mais, abstraction faite delà science, et a ne considérer dans son talent que ce qui est. de don naturel, on ne peut lui refuser de l’admiration, et l’on est forcé d’avouer que dans le genre naïf et doux, c’est-à-dire dans l’expression de la musique vraie et seulement assujettie aux lois du goût, elle n’a pas son égale parmi toutes les cantatrices vivantes. Comme actrice, on ne s’égarera pas non plus en la jugeant d’une manière analogue, c’est-à-dire en reconnaissant qu’elle marche entre la simple routine et le véritable mécanisme de l’art. »

(1) Journal de Paris, n° 57, 6 février 1815

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