‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 85 sur 150 · T II Ê A T 11 E DE L A GAIE I É · texte numérisé non relu

T II Ê A T 11 E DE L A GAIE I É

Ilecclle moyenne.

De 1807 à 1850 (24 ans). 408,000 fr.

De 1832 à 1853 ( 4 ans). 212,000

De 1856 à 1841 ( 6 ans). 450,000

Le seul chiflrede cette dernière année, 1841, s’élève à 582, K00 fr. dus à l'immense succès de Ici Grâce de Dieu. Les autres succès les plus productifs de la Gaieté furent ceux de la Citerne et de l'Homme de la forci Moire, en 1809 (482,000 fr.), et celui du Sonneur île Saint-Paul (476,000 fr.).

Audinot, transfuge mécontent de la Comédie- Italienne, fonda Y Ambigu-Comicjue au boulevard du Temple, en 1769. Ses premiers acteurs furent des enfants, et l’originalité de ce système dramatique, jusque-là sans exemple, lui attira promptement la vogue. Peu à peu il obtint des extensions à son privilège, et en profila avec tant de succès, qu’il trouva avantageux pour lui de payer à l’Opéra, par abonnement, une redevance annuelle de 50,000 fr., en rachat de la dîme due au théâtre suzerain par les entrepreneurs de tous les spectacles forains. L’Ambigu vit s’accomplir la révolution au milieu d’alternatives bonnes et mauvaises, jusqu’à l’avénementà la direction de Corse, qui jouait auparavant dans des rôles subalternes au théâtre Monlansier. C’était en 1797 ; l’année suivante, Aude, l'auteur de Cadet- Roussel, cette création dramatique devenue si populaire, lui apporta une grande parodie, Madame Angot au sérail de Constantinople, qui, par le luxe de sa mise en scène, et grâce au talent de bouffonnerie déployé par Corse dans le rôle principal, lit courir tout Paris au boulevard du Temple. Madame Angot

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eut deux cents représentations consecutives, et rapporta à l’Ambigu, la première année, 553,000 fr. Les mélodrames de Caignez. Arnould, Ilapdé . Victor Dncange, etc., soutinrent glorieusement la vogue du théâtre durant plus de vingt-cinq ans. Corse mourut en 1816 plus que millionnaire, et le privilège fut restitué quelque temps après aux héritiers Audinot.

Audinot (ils mourut à son poste en 1826, laissant tous ses droits à sa veuve : mais un an plus tard, jour pour jour, l'Ambigu-Comique devint la proie des flammes. MM. Ilittorf et Lecomte furent chargés de la construction de la nouvelle salle sur le boulevard Saint-Martin, où l'ancien rival de la Gaieté, après avoir lutté, comme elle, durant six ans, contre l’influence pernicieuse des émeutes, du choléra et surtout des démêles administratifs, a reconquis enfin la faveur du public justifiée par d’éclatants succès dont il serait superflu d’inscrire ici la nomenclature.

Voici le tableau succinct de la moyenne de ses recettes, pour ainsi dire identique, quant au chiffre et à la correspondance des époques, avec celui des revenus île la Gaieté.

T II É A T U E PE 1,’amBICü-C O M I g I E

Itéré tic moyenne.

De 1807 à 1826 (20 ans). 593,000 fr.

De 1827 à 1852 ( 6 ans). 203,060

De 1833 à 1841 ( 9 ans). 366,000

Les recettes les plus élevées furent celle de 1809

(représentation d 'Ilariadnn Barberousse) 476,000 fr., et colle de 1840, 453,000 fr.

Eu résumé, de 1797 à 1841, en quarante-cinq ans, le théâtre de la Gaieté a recueilli 14,087,000 fr., et celui de l’Amhigu - Comique, . 14,420,000

L’un et l’autre perçoivent aujourd’hui environ 1,000 fr. tous les soirs, somme fort raisonnable, à notre avis, foute la question se résout donc à calculer la dépense en raison de cette rente journalière.

Théâtre de la Porte - Saint- Martin. — Voici le bilan de ses recettes depuis 1813. époque de la concession définitive du privilège.

Recette moyenne.

De 1813 à 1822 (8 ans). 489,000 fr.

De 1825 à 1827 (5 ans). 642,000

De 4 828 à 1851 (1831, 1832 et

I s40 (Ij exceptés — 1 1 ans). 476,000

Que de fois n’a-t-on pas proclamé la déconfiture de ce théâtre ? quelles lamentations n’ont pas retenti sur la fréquence de ses clôtures, de ses suspensions par ordre et de ses mille infortunes tinan-

(t) Le théâtre resta fermé la majeure partie (te l'année par suite de la défense de continuer les représentations de Vautrin.

ci ères? Eli bien , nul autre ne pourrait fournir îles preuves plus décisives a l'appui de notre opinion, que le discrédit, d'un théâtre n’est jamais imputable qu’aux fautes de son administration. Nul autre n'a vu plus souvent la foule revenir assiéger ses portes a la première tentation offerte à sa curiosité toujours en eveil, toujours indulgente, quoique si souvent déçue.

Ea Porte-Saint-Martin, en vingt-sept années, a encaissé près de treize millions, et quatre fois seulement dans ce long intervalle, abstraction faite naturellement de 1 850, 1851 et 4 852, où elle partagea la fortune de tous les autres théâtres, scs recettes sont restées au-dessous du chiffre de 430,000 IV. La plus faible de ces quatre années, qui sont 1817, 1828, 1837 et 1858, est encore de 564,400 IV. Mais en revanche celte recette a monté aussi jusqu’à 690,000 fr. Les trois années 1825, 1824 et 1823, grâce au talent si original de Mazurier, produisirent à elles seules plus de deux millions. Et gardez-vous de penser que ce fut au préjudice des théâtres rivaux. La Gaieté et l’Ambigu étaient alors, comme on vient de le voir, en fort, bonne posture. D’un autre côté, aux années 1825 et 1824 correspondent, aux Français, des recettes de 780,000 fr., et ce fut précisément en 1 823 que l’Odéon atteignit son chiffre le plus élevé, 359,000 fr.

En 1827, la Porte-Saint-Martin recueillit encore 640,000 fr., et en 1855, le succès de la I our de iVes/c lui rapporta 602,000 fr.

Il nous reste a enregistrer, dans la categorie des théâtres de mélodrames, le Cirque Olympique, dont un écuyer anglais, Astley, fut le premier fondateur. Grâce a sa spécialité, ce spectacle échappa a la proscription décrétée en 1807. Il ne tarda même pas a joindre à ses exercices équestres d’abord des pantomimes, et plus tard des pièces dialoguées, qui procurèrent, durant vingt ans, à la direction des frères Franconi, au faubourg du Temple , des recettes moyennes de 240,000 fr. environ. Au mois de mars 1826, la salle du Cirque fut consumée par un violent incendie. Un nouveau théâtre plus spacieux, plus commode fut érigé alors sur le boulevard, et de 1827 à 1820, une nouvelle administration débuta par recueillir 1,980,000 IV. Elle se ressentit malheureusement , durant les cinq années suivantes , du malaise universel des affaires; mais l'autorisation, accordée en 1855, d’élever un vaste manège aux Champs-Elysées, pour y donner des exercices équestres durant I été, fut un vrai coup de fortune pour le Cirque Olympique, dont la recette, en 1841, dépassa le ch i 11 re d un million, justification arithmétique du surnom donné à ce théâtre d’Opéra du peuple.

Quant aux théâtres secondaires non compris ni dénommés jusqtùci dans nos remarques, l’importance de leurs recettes réunies s’élevait, avant le décret d<; 4 807, à la somme de 500,000 fr. Sous l’em¬

pire de ce décret, de 1807 a 1815, celle recette annuelle se réduisit a 78,000 fr. Ees nouveaux privilèges concédés sous la restauration la reportèrent de 1816 à 1830, à 200,000 fr., puis à 300,000 fr et enfin, depuis la révolution de juillet, ce produit commun a de nouveau atteint et même dépassé le montant d’un demi-million.

Nous pourrions ici multiplier les calculs pour prouver combien le nombre pinson moins grand de ces spectacles inférieurs a peu d'influence sur les recettes des grands théâtres. Mais nous croyons avoir déjà fourni assez d'éléments chiffrés au lecteur pour qu’il en déduise une conclusion précisé et conforme à la vérité. Tous les théâtres supprimés en 1807 vivaient d’un produit annuel d’environ 900,000 IV. Les survivants avaient cru qui; leur revenu commun allait s’accroître dans la même proportion. Il n’en fut rien. L'argent resta dans la poche des clients des petits spectacles, et la recette générale des théâtres, au lieu de suivre son mouvement naturel de progression, demeura stationnaire, au point que la période de quai re ans, de ISM à

1814, qui produisit . 20,296,000 IV.

comparée à celle de 1805 à 1806. 19,520,000

ne présente en excédant que. . 976,000 IV.

ou 244,000 IV. par année, à dix ans de distance !

Voyez l’exemple contraire. En 1820, le produit général des théâtres s'élevait a 5,702,000 fr. Le Gymnase vient réclamer sa part du gâteau, el il encaisse pour sa part 759,000 IV. en 1821. Eh bien, cependant, cette énorme contribution, levée sur les Parisiens au prolit d’un seul, est si loin de leser les autres théâtres, que les recettes réunies de ceuxci, le Gymnase mis a pari, moulent, la même année 1821, à . 6,155,000 fr.

et l’emportent sur lechiffre de 1 820, 5,702,000 de la somme de . 455,000 lr.

Et l'année ou fut établi le théâtre de la Renaissance nous fournirait un semblable argument.

Eu faut-il plus pour démontrer invinciblement que la clientèle des théâtres de Paris est essentiellement composée d’éléments élastiques qui se multiplient ou se réduisent pour ainsi dire en proportion du nombre de banquettes à occuper. Qu un théâtre, n’importe lequel, rencontre une pièce ou un acteur à succès, et il n’aura rien a redouter de la concurrence. Partout où on l’amuse, et tant qu’on l’amuse, le Parisien trouve de l’argent pour payer son plaisir, et dussent tous les spectacles lui j offrir à la fois des attraits irrésistibles, sa curiosité j et sa bourse répondront à la fois à toutes les provocations. Cela n’est pas une supposition gratuite, mais un fait. En 1839, par un concours de circonstances bien rare, il est vrai, tous les théâtres firent de brillantes affaires, et leur recette générale dépassa tout à coup la somme de dix millions.

LUS BLAUX-AUTS.

Concerts, Bals, Fêtes foraines, etc. — Nonseulement Paris fait vivre aujourd'hui quatorze théâtres principaux, neuf théâtres secondaires et cinq autres â ses portes; mais il débourse encore un million par an qui sert exclusivement de subvention aux symphonistes et aux instrumentistes de bas et liant parage, et aux entrepreneurs de liais, bastringues, panoramas, exhibitions et divertissements de toute nature.

Le nombre de ces dernières industries a toutefois notablement diminué depuis seize ou dix-sept ans. La Gazelle rie s Tribunaux a accaparé la clientèle des salons de Curlius; et quant aux animaux savants, l'ingénieux Grandville a conquis â la pointe de son crayon le monopole de leur exploitation. Lu outre, les progrès du scepticisme ont fait le plus grand tort aux adeptes de la magie blanche; â présenties automates courent les rues, les centenaires, les géants, les rois détrônés sauvages ou non, sont des trivialités de notre époque. Jadis un manchot gagnait sa vie a griffonner des q-uatrains avec sou pied, mais aujourd'hui tel qui n’a manié la plume depuis son berceau que pour signer son nom, entre d’emblée à l’Académie, et l’on ne paye rien pour le voir. Duel intérêt voulez- vous qu’excite une pauvre diablesse qui ne sait que soulever avec ses dents un poids de vingt-cinq kilos, lorsqu'on trouve réunies dans le même salon trois ou quatre femmes fortes qui portent chacune, sans sourciller, trente, quarante, cinquante livres imprimés d’après leur copie. Lt puis les alignements de la voirie urbaine, et les nouveaux règlements d’édililè ont amené la suppression de toutes ces baraques postiches où s'abritait, ou se nichait, à l’affût des badauds, le peuple des acrobates, des opérateurs, des albinos, des scapigliones et autres phénomènes. Enfin les envahissements du moellon et de la pierre de taille ont porté la sape et la faux dans les beaux jardins de Tivoli, Beaujon, Labouxière, etc., et bientôt les récits pompeux des fêles dont ils furent les théâtres présenteront â la génération naissante autant de problèmes à résoudre que ceux que nous a transmis l'antiquité sur la célébration des Lupercales.

Dés l’an vi (1798), le produit total de celte caté gorie multiple d’amusements hétéroclites s’élevait à 49-1,000 fr. Ce chiffre ne fut dépassé qu’une fois, en 1818, où la recette générale monta à 676,000 fr. Mais la moyenne annuelle entre ces deux dates n’est que de 2)0 a 260,000 fr. L’époque florissante des jardins publics dura de 1817 à 1826, et éleva cette moyenne à près de 400,000 fr. Depuis elle s’est abaissée de plus de la moitié, et elle n’a pas atteint, en 1810, ni 1811, la somme de 100,000 fr.

Mais ce déficit est largement compensé par l'énorme accroissement du budget des bals et. des concerts publics. Ici c'est une révolution soudaine, immense, énigmatique au premier abord, et qu’un seul mot suffit pourtant â expliquer: la création des

concerts a vingt sous le billet; mais il reste â résoudre la question de savoir si c’est à l’abaissement du ; tarif qu'il faut attribuer ce développement rapide ! du goût des Parisiens pour les jouissances musi- ! cales, ou bien si celle innovation n’a été qu’une satisfaction tardive donnée à une passion préexistante mais si souvent contestée. Bref, de IS07 a 1826, durant vingt ans, le produit annuel des concerts publics flottait entre les deux limites de 12,000 fr. et 10,000 fr. Le chiffre exceptionnel de 181. 7 n est que de 6,000 fr. Une augmentation sensible se manifeste en 1826, et les recettes se maintiennent durant cinq ans sur le pied de 80,000 fr. , c’est-à-dire le double d'auparavant. Mais en 1851, tandis que tous les théâtres étaient littéralement aux abois, les musiciens de concerts récoltent plus de 150,000 fr. Ce produit retombe, il est vrai, en 1852 a 26,000 fr., mais il se relève immédiatement, et durant les dix : années suivantes , sa moyenne est de 590,000 fr. ;

l'armée instrumentale eut à se partager, en ls57, la somme prodigieuse de 728,000 fr.

Il est très - remarquable que les deux Opéras français et italien voyaient en même temps leurs produits s’augmenter considérablement, tandis qu'uu grand nombre de publications et de journaux spéciaux venaient donner aux productions musicales et à leurs interprètes un retentissement et une popularité jusque-là très-bornés. D’où il résulte bien positivement, et nonobstant toute protestation contraire, que le peuple de Paris, à défaut de cet instinct musical qui caractérise d’autres nations, a du moins une grande sympathie pour ceux que la nature en a doués; et pour peu que la progression j que nous venons de signaler ne s’arrête pas eu si bon chemin, ou nous citera bientôt en première ligne, sinon pour l'intelligence profonde de l'art musical, du moins pour notre bienveillance généreuse à son égard, et pour la patience de nos oreilles.

L’établissement des concerts quotidiens a prix : réduit devait encore donner le signal d'une réaction non moins imprévue, non moins violente dans un j domaine limitrophe du leur, celui de Terpsichore.

Il y a deux siècles déjà que les Français jouissaient de par le monde d’une réputation chorégraphique interprétée plus ou moins à leur avantage , réputation suffisamment justifiée par les entrechats auxquels daigna se livrer en plein théâtre Sa Majesté Louis XIV, mais dont les fameux bals des victimes et les dissipations effrénées du directoire semblaient j avoir manifesté les derniers symptômes. On dansait pourtant encore sous l'empire, et même la danse ; alors n 'était pas moins cérémonieuse, moins acade- ! inique que la peinture, la poésie et tout le reste, hors l’art de se tuer. Mais c'était bien peu de chose (pie 50,000 fr. seulement dépensés par an en jelésballus. 1807 et 1808 n’accusent même quelles recettes de 15 et 20,000 fr., probablement parce (pie

le decrel sur les théâtres occasionna aussi la clôture de plusieurs hais publics.

Durant les onze années suivantes, de 1809 à 1819, le produit de la danse s'élève en moyenne jusqu'à 88,000 fr. Les Parisiens, durant celte période, lirent un peu comme le singe de la foire, ils dansèrent pour Napoléon, pour le roi de Rome, pour Louis XVIII, et même pour le roi de Prusse.

Mais de IS20 a 1854, la recette des hais publics se réduisit à 50,000 fr. par an.

Tout à coup l’archet de Musard retentit, et, à cet appel magique, des millions de corybantes de tout sexe, de tout âge, de toute condition accourent saisis d’une ivresse soudaine, fraternisent au premier abord, se mêlent, se confondent, s’entrelacent avec un élan inexprimable, et contraignent chaque matin l’orchestre vigoureux qui les guide à demander grâce et merci. Les débuts de celle joyeuse croisade offrirent réellement un spectacle aussi brillant que pittoresque. Malheureusement tout est en hutte à présent en France aux atteintes vulgaires de la contrefaçon et delà trivialité. L’éveil était donné, les folies de carnaval redevinrent une affaire de mode, ce fut bientôt une fièvre, une frénésie, un vertige, et l’épidémie dure encore, mais elle est descendue si bas, (pie c’est abuser outrageusement des mots que d’appeler hais masques les brutales orgies qui envahissent tout l’hiver nos salles de

spectacles les plus élégantes. Il est vrai «pie le bon goût est un faible argument à opposer à des recettes de 580,000 fr. en moyenne. Celle de l’année IS5s monta jusqu'à 00 1 ,000 fr.

Km résumé, le produit total des bals publics s’est élevé, depuis 1800, à près de cinq millions, et les sept dernières années fournissent à elles seules les quatre septièmes de la recette de quarante années.

Ainsi dans le cours de neuf années, de 1853 à 1841, le seul amour de la musique et du bal a rapporté :

A l’Opéra .

A l’Opéra-Comique. .

Aux Italiens .

A la Renaissance, environ.

Aux entrepreneurs de bal. A ceux de concerts.

Total .

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