F. DE G
Hésitation.
LES II K A U X - A K T S
DE FUSEL1
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P II E M IER I) I SC 0 1 11 S. — A R T A N C l E N.
u idé par ces rensei- | gnements préliminaires, nous allons maintenant aborder cetle heureuse contrée, où, dégagé de Pbiéroglvpbitjne arbitraire , voile de l'ignorance , !
des pyramides massives , monuments du despotisme et d’un sommeil éternel, Part enlin s’élança a la vie, au mouvement et à la liberté ; contrée heureuse par sa situation, par son climat, par le ; caractère national doses habitants, par sa religion, par ses mœurs et par son gouvernement : circonstances qui ont concouru à placer Part sur cette hase indestructible, qui subsiste encore après la ruine du
(I) Celle traduction de I'useli et l'introduction qui la précède, soûl l'œuvre de feu !.. Mérimée, secrétaire perpétuel de l’c cote royale des Beaux- Arts.
temple cl semble même défier les ravages du temps. Aussi uniforme dans ses principes que varié dans ses ouvrages. Part, chez les tirées, semblable a l'homme, son modèle unique, possédait en soi et répandait partout les germes de l’immortalité.
Je ne détaillerai pas ici les motifs et le concours de circonstances favorables qui ont constitué les Grecs arbitres souverains de la beauté (I). Les modèles qu'ils ont laissés, les règles qu'ils ont tracées, ne leur ont pas été inspirés par les dieux; mais ils s'imaginaient eux-mêmes qu’ils avaient une origine divine, et la religion étant le principe moteur de leur art, il s’ensuivit qu’ils s'efforcèrent de donner à leurs divinités les formes les plus parfaites. L’hotyme les possédant toutes exclusivement, les artistes lurent naturellement conduits à l’élude complète et intellectuelle de sa constitution et de tous les élé-
(t) C’est ce qui a été fait supérieurement par J G. Herdei, dans les Idées sur la Philosophie des Histoires des Hommes, traduites en anglais, sous le titre d’ Essais d'tine Philosophie de i Histoire de l’Ilomme.
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mcnts qui la composent. Ces considérations, le cli- : mat qui aidait ce s formes à se développer et à se ; montrer avec les plus grands avantages; les institutions civiles et politiques, qui prescrivaient et encourageaient des exercices et des mœurs favorables à ces développements, et surtout cette simplicité dans la lin, cette uniformité de but qui, dans toutes ses dérivations, en rappelaient le grand principe, J expliquent comment les Grecs ont porté l’art à celte hauteur, à laquelle aucun âge subséquent n’a pu atteindre, et dont aucun n’a pu même approcher.
Quelque grands que soient ces avantages, il ne faut cependant pas supposer que la nature ait , en faveur des Grecs, changé sa marche progressive dans le développement de l'esprit humain. L’art, chez les Grecs, eut son enfance; mais les Grâces entourèrent. son berceau et l’Amour lui apprit à parler. Si jamais un récit fabuleux mérita quelque croyance, la sensibilité nous porterait à adopter celui de la jeune Corinthienne qui, à l’aide d'une lampe, traça sur le mur le portrait de ramant qui allait s’éloigner d’elle. Il nous fournit en même temps quelques observations sur les premiers essais mécaniques de la peinture et sur la méthode linéaire, dont )\ inkelmanu n’a presque pas parlé, et qui semble néanmoins avoir été constamment la base de l’exécution, longtemps après qu’on eut abandonné l'instrument auquel elle convenait particulièrement.
Le même mot, chez les Grecs, exprimait la peinture et l’écriture, ce qui indique d’une manière presque certaine une grande similitude entre l'instrument, les matériaux et la méthode. L’instrument était un style ou une pointe de bois ou de métal ; les matériaux étaient une planche ou une surface plane de bois, de métal ou de pierre, ou de quelque autre matière préparée; la méthode était des lettres ou des lignes.
Les premiers essais de 1 art furent des skuiqramm es ou de simples contours de l'ombre, semblables à ces portraits appelés silhouettes mis en vogue, il y a quelques années, par ces parasites étudiant la physionomie; ils n offraient aucun trait ni aucun caractère (pic ce (pic le prolil de l’objet pouvait en fournir.
Les productions de l’art furent ensuite des monogrammes. Ce n étaient encore que des contours de ligures, sans lumière et sans ombre, mais avec l’indication de quelques formes dans l'intérieur de ces contours. l)e ce point elles devinrent des monochromes, c’est à-dire que la peinture était d’une seule couleur, sur un plan ou une tablette couverte d abord de blanc, ensuite de ce qu'ils appelaient cire punique, avec laquelle on amalgamait une composition îési neuse et solide, assez généralement rouge, quelquefois d un brun foncé ou de couleur noire. Sur ce lond, ou plutôt dans ce fond obscur, on traçait des contours avec un style ferme, mais flexible, nommé ceslre. Lorsque la ligne était incorrecte ou défec¬
tueuse, on l’elTacail légèrement avec le doigt ou avec une éponge , et on en retraçait une nouvelle. Le dessin entièrement fini, ou le faisait sécher et, pour le conserver, on l’enduisait d’un vernis brun encaustique. On étudia de nouveau les lumières , et, avec une pointe encore plus line, on les rendit plus brillantes, à mesure que l’art avançait graduellement des simples contours à l’indication de quelques formes, et enfin à la connaissance des masses d’ombre et de lumière. De cette connaissance, on arriva à l’emploi de couleurs différentes ou à l’invention des pulgchromcs, laquelle, avec le secours du pinceau substitué au st\le, transforma en véritables tableaux ces camaïeux , ces dessins ombrés, et produisit, à la longue, celte célèbre harmonie, celle échelle magique du coloris grec (I ).
Si ces conjectures, car ce n’est rien de plus, sur les procédés de la peinture linéaire, au lieu d’être fondées sur l’autorité et sur la comparaison de quelques passages toujours isolés et fréquemment contradictoires, étaient appuyées sur des faits, la vue de ces danseuses d’IIereulanum, de ces figures peintes sur des vases de terre, et que l’on suppose faites par les anciens d’un seul trait, ne nous inspirerait pas une si ravissante surprise, ou. pour mieux dire, nous ne serions pas plus longtemps induits en erreur sur une exécution aussi visiblement impossible. Aucune main humaine n’est, douée de la rapidité et de l'assurance nécessaire pour traceravec un pinceau chargé de couleur, sur un fond lisse ou sur une poterie, un trait absolument égal de son commencement à sa fin, tel qu’on le voit dans les ligures dont nous venons de parler, ou, si ell<; le pouvait, quels moyens aurait-elle pour fixer ses couleurs sur une surface vitreuse, sans avoir rien à craindre de leur fluidité? Pour trouver quelque possibilité dans ces apparences qui nous étonnent, il faut donc revenir a la méthode linéaire que nous avons décrite, et reporter notre admiration sur la persévérance, l’exactitude d instruction et l’élégance de goût qui ont conduit la main de l’artiste, et non lui supposer un mérite qui n’existe pas. Les ligures que cette main a tracées, et que nous admirons, ne sont pas le produit merveilleux d’un pinceau ailé; elles sont le résultat d’une perfection progressive des monochromes, linis avec un goût exquis.
L’incertitude et la variété des récits ne permettent pas de fixer le temps pendant lequel on a employé le pinceau concurremment avec le ceslre, celui ou il a obtenu quelque supériorité sur ce rival, et enfin l’époque où il l’a entièrement supplanté. On dit ( pi Apollodore , dans la quatre-vingt-treizième olympiade, et Zcuxis, dans la quatre vingt-quatorzième, se sont servis du pinceau avec autant de facilite que d’habileté. Le combat des Lapithes et des Centaures
(0 Ces détails sont lires des conjectures de M. Itiem, dans son Traité de la peinture des anciens. Berlin, 178".
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<1 « n* , su i \ a 1 1 L Pansanias, Parrltasins avait peint sur le bouclier de la Minerve de Phidias, pour être ciselé par Mijs, n’était qu'un monochrome et avait probablement été dessiné avec le oestre, comme instrument de la plus grande exactitude (1). A pelles et Protogene, environ un siècle après, tracèrent avec le pinceau ces contours si célèbres; et, comme la délicatesse et une finesse même presque imperceptible étaient le caractère de ces contours, ce lait seul peut nous donner une idée de leur mérite mécanique. El en effet, de leur temps, la diagraphie, qui n’était autre chose que la méthode linéaire dont nous avons parlé, faisait partie d’une éducation libérale (2). Pausias de Sicyone, contemporain d '/épelles et peut-être le plus grand maître de composition parmi les anciens, lut chargé de réparer les alterations qu'avaient éprouvées les tableaux de Pohjgnote, a Thespies. L’opinion publique l'accusa d'avoir commis une faute grave dans celle entreprise, parce qu'il avait substitué le pinceau au oestre et engagé un combat de supériorité avec des armes qui ne lui étaient pas familières.
Le serait peut-être ici le moment de parler de l'encaustique, méthode pratiquée par les anciens; mais ce sujet, par l'ambiguïté des expressions et les disputes conjecturales, est encore tellement obscur, qu'on ne peut espérer de le faire connaître que par des détails véritables sur les procédés. La seule idee probable que nous puissions nous en former, c’est que cette méthode avait quelque ressemblance avec notre peinture à l’huile, et que son nom même indique des matériaux inflammables ou préparés au feu, et dont la durée, soit qu'on les employât à chaud, soit qu'un s’en servît a froid, jusliliail les termes i'ti/.Tjoi et musait.
A celte époque préparatoire, où les faits semblent l’emporter sur les conjectures, le premier grand nom qui se présente est celui de Pohjgnote, de Thasos, qui peignit le Pœcile, à Athènes, et le Lesclié, ou la place publique, à Delphes. Pausanius{ô) entre dans les détails les plus circonstanciés
(1) Pausanias, Allie , o.xxvm. Le mol xxt qu'emploie Pansanias, indique que les ligures de Parrhasius étaient faites eu bas-relief, e'e.-t-a dire de profil. Tel esi le sens du mot catagrapha, dans Pline, xxxv, e. 8, qu'il traduit par obligu is imagines , images obliques.
(2) Par la considération particulière que s’élail acquise Pamphile, maître d'Apelles, et qui enseignait à Sicyone; par son autorité (hujus auctoritate ), dit Pline, xxxv, lü, il arriva qu’a Sicyone d’abord , et ensuite dans toute la Grèce, les enfants des citoyens libres apprirent, avant toutes choses, la diagraphie , c’est-à-dire la peinture sur buis, picturam in buxo,e'. c. IJardouin, malgré toutes les éditions connues, dit au contraire, et sur l’autorité, dit-il, de tous les manuscrits, la graphie ne signifie pas plus que dessin, et, si tel était son sens, qu'est-ce que Pamphile aurait enseigné? Il n’elail pas l'inventeur de ce qu'on enseignait avant lui. Il professa, ou plutôt il renouvela une méthode particulière do dessin, qui était conforme aux anciennes règles et facilitait la un thode de la peinture.
(5) Pausan., Plmcica, c. xxv seq.
sur ces ouvrages, et particulièrement sur deux grands tableaux qui étaient, à Delphes, représentant des événements postérieurs à la ruine de Troie et Ulysse consultant l’ombre de Tirésias dans les champs Eiysées. Los détails nous conduisent à soupçonner que les deux tableaux manquaient absolument, ainsi que les autres, de ce que nous appelons aujourd’hui la composition, car Pansanias commence sa description par une extrémité du tableau et la linit à l'extrémité opposée, méthode absurde, si nous supposons que l’œil doive être attiré par un groupe central ou par un personnage principal, auquel tous les autres objets soient en quelque sorte subordonnés. 11 parait aussi clairement qu'ils manquaient de perspective; car les ligures du second plan ou du plan moyen sont décrites comme étant placées au-dessus de celles du premier plan, comme des figures qui, dans l'éloignement, paraissent audessus des autres. La méthode naïve du peintre qui écrivit les noms de quelques-uns de ses personnages indique bien l'enfance de l'art. Nous ne devons cependant qu’avec circonspection imputer à l'ignorance et à la sottise ce qui repose sur la base inébranlable d'un principe permanent. A l'exception peut-être du seul Phidias, Pohjgnote, plus que tout autre artiste avant ou après lui, eut un génie national. Ses ouvrages furent des monuments publics, et ses tableaux même des offrandes votives des Gnidiens. De celte hauteur, où l’exercice de sa puissance rappelle les faits, consacre les actes, perpétue les coutumes, propage la religion ou répand les croyances particulières nationales, l’art négligeant les règles prescrites à un mérite inférieur ou à des sujets privés, se nourrit de ses propres éléments, abandonne tout ce qui n’est que d une possibilité rigoureuse, combine les causes éloignées avec les effets actuels, rapproche les distances locales et réunit les instants séparés. Alors, la simplicité, le parallélisme, l'opposition, remplacent la variété, les contrastes et la composition. Tel était le Leschè peint par Polijgnotr, et si nous considérons les differents mérites qui distinguent beaucoup de parties i de cet ouvrage, nous serons plutôt disposés à faire honneur de l'arrangement de l’ensemble au choix de l'artiste et à une simplicité sublime, qu’à l'accuser d’avoir manqué d’intelligence. La nature l'avait doué de cette rectitude de goût qui découvre dans l’individu le caractère de son genre ; aussi le style de ses dessins était-il essentiel et présentait-il des traits de grandeur et de beauté idéales (I). Pohjgnote, dit Aristote, perfectionne son modèle; son génie lui fournil, dans son démon Ennjnomc, l’idée d'un être qui n’était pas encore décrit et les moyens de rem-
(1) C'est, je crois, le sens qu'on doit donner à Me^eOc; qui le distingue, suivant Ælien , Yar. liisl., iv,r>, de Denis de Colophon. Le mot teXeîc,'.;, qui se trouve dans ce même passage : ■/. y). ëv tc ï; te/.eiciî Èip-yâÇeTo àû'/.x, je le traduis ainsi : Il s’attachait, il fondait tout son mérite (i repré-
p 1 i r le vide qui déparait la description de Thésée et de Pqrolhoü s\ (Y Ariane et de Phèdre. Il perfectionna les caractères «le la terreur dans le spectre de 7itifus; la couleur, sous sa main, fut toujours lin instrument d'expression : ainsi le feu prophétique était exprimé, sur les joues de Cassandre, par des teintes de pourpre qui se voyaient encore au temps de Lucien (t). Pline, lui attribue l’avancement xle la peinture, parce qu’il a décoré la tète de ses femmes d’un bandeau ou d’un voile brodé en diverses couleurs, entr ouvert leurs bouches pour laisser apercevoir leurs dents, varié l’ancienne monotonie de la ligure et jeté sur les corps des draperies transparentes; mais ces moyens n'étaient sûrement que les parties les moins importantes d’un talent auquel le siècle A'Apclles et celui de Quinlilien ont rendu le même hommage. L’estime que nous devmiç en faire n’augmenterait certainement pas non plus sur ce que raconte Pline, qu'il existait encore de son temps, au portique de Pompée, un tableau de ce grand maître, représentant un guerrier dans um* altitude si indécise, qu’on doutait s'il montait ou s'il descendait. Une telle figure ne pourrait être que le produit d’une grande faiblesse en conception et en moyens techniques, quand elle ressemblerait à ce fameux camée qui porte, je crois, le nom de Dam-aride, cl représente Diomède enlevant d'une main le Palladium et tenant de l'autre une epée.
L'art semble avoir marché avec cette simplicité de méthode et de matériaux depuis Pohjqnote , Afflaoplum, Phidias, Pnnccnus, ('.ointes et Evenor, le père de Parrhusius, pendant une suite plus ou moins déterminée d'olympiades, jusqu’à l’apparition d' Apollodnre, d’Athènes. Cet artiste appliqua les principes essentiels de Pulyynote au dessin de la ligure, en recherchant les formes principales qui caractérisent les diverses qualités et les passions de l’homme. La finesse de son goût lui lit découvrir que, de même que tous les hommes se ressemblent tous par une forme générale, ils diffèrent entre eux par quelque qualité prédominante qui leur imprime le caractère propre a une classe quelconque; qu’en
senter les proportions essentielles , ce qui conduit à la beauté idéale.
Les mois /.p serre/*; -/.eÎocv*;, iusJU y;, ou le (3sXr-«vt; r. \-Ji' r.v.x;, tî X7.1 tmcûtgu;, r, -/zloviz', d'Aristote , Poetic., c. 2., par lesquels il distingue Polggnote, Denis, Pauson, conlirment le sens que je donne au passage d'Ælicn.
(t) riaps’.wv tg èvspguOè;, O'.av rr.v Ka<raâvJp7.v èv Tïj /.icyr, imir.m rc7.; Ag/cpc';. l.uciani Imagines. Ce passage, et ce que Pausanias dit du coloris d'Eurgnome, dans le même laldeau, joint aux draperies coloriées, dont parle Pline, prouve évidemment que le simplex eolor, que Çuintilien donne à Polggnote et à Aglaophon , signifie moins une seule couleur, comme quelques-uns l’ont supposé, que celte simplicité de coloris qui accompagne toujours l'enfance de l'art et qui emploie crûment les couleurs sans les fondre ensemble; le Pœcilc ( ri TTc.x.îXr, çca ) , qui tire sou nom des tableaux qui le décoraient, est seul une preuve suffisante de l’emploi de diverses couleurs.
raison do ce que colle qualité prédominante sc compose do plus de particularités individuelles, elle s’éloigne proportionnellement du système harmonieux qui constitue la nature et, qui consiste dans un rapport parfait do toutes ses parties entre elles. Ces découvertes dirigèrent ses imitations ; il détermina et traça le type propre à la classe à laquelle le sujetapparlenail, sans que ses autres qualités individuelle' j en souffrissent aucune altération. Ainsi la légèreté ne lut point détruite par la fermeté ; la solidité, la force et la pesanteur s’allièrent avec la légèreté; l’élcgance I ne dégénéra pas en mollesse, et la grandeur ne fut pas gigantesque. Tels furent ses principes pour le si vie. Son sentiment les étendit jusqu’aux mouvements de ! l'âme, si nous eu jugeons par deux tableaux dont parle Pline, et dans lesquels Apollodnre semble avoir personnifié les caractères de la Piété et de l'Impiété; l'une, sous les traits d’un grand prêtre qui est peutêtre Chrifsès, prosterné et épanchant sa reconnaissance aux pieds de la statue du Dieu, dont les flè- ; elles avaient vengé son injure et lui avaient fait rendre sa fille; l’autre, sous la ligure d'.lja.r , au j moment de son naufrage ; de la cime de son rocher, ballu parles Ilots, il semble délier à grands cris la colère du ciel obscurci et sillonné par l’orage. Comme ces deux sujets n’ont pu se présenter a l’imagination du peintre sans la frapper par le contraste des tons de couleur les plus importants et les plus effrayants, parla distribution magique des lumières et des ombres, et n’ont pu être exécutés qu’a 1 aide d'une grande habileté dans l’usage des instruments de l’art, nous pouvons, de concert avec Pline et Plutarque, considérer Apollodore- comme le fondateur de la gloire du pinceau, comme le premier coloriste de son temps, et enlin comme I artiste qui a ouvert les routes de l'art, a Zcu.vis il lléraclée (I).
Traduit de l'anglais pari.. Mku'MÉR.
[Ta suite ti la prochaine livraison.)
(i) llie primas species exprimere insliluit, l’Iinr, xx\v, "G. Comme on ne peut refuser il Polggnote et aux artistes qui ont immédiatement précédé Apollodore, le species, dans le genre que lui donne llardouin, or t s et habitus venustas , te mot doit désigner ici la subdivision des tonnes géneiiques en classes.
On peut , avec quelque probabilité, fixer a cette époque l’invention des conteurs locales et des tons; ce qui, quoiqu a parler strictement il n’y ait ni lumière ni ombre, est déteitniné par la ligne qui sépare l’une et l’autre, l'linc désigne par splendor ces couleurs locales et ces tons. Plutarque attribue également à Apollodore l'invention des teintes, b mélange des couleurs et la gradation des ombres, si j cnleu Is bien le passage : 6 /.orfpxço; àvOjMirtuv -xpo.i;
sÇc'jpwv ©Oopàv y.al àïco'/^pwatv cr/.ii;. Plutarque, Bellonc au pace Alb., etc., 34G. C’était l'élément de 1 ancienne àpac'j/,, commissure, qui, sans pesanteur, sans dureté, sans contusion, unit les couleurs locales, les demi- teintes, les ombres et 1 les reflets.
l il y a précisément un an aujourd’hui , je me promenais dans les rues de G ('m'es par une chaleur de quinze degrés , en compagnie d’un jeuneavocat. Nous parlions des magnifiques palais de la ville ci. de la quanlilé innombrable de chefs-d’œuvre renfermés dans leurs galeries de tableaux.
— Je gagerais, me dit. le jeune avocat, que vous n’avez pas encore tout vu, Il est impossible, par exemple, que vous ayez pénétré dans le mystérieux palais I)***, car les portes en sont fermées aux curieux L’humeur un peu farouche du propriétaire est héréditaire dans la famille, et. la légende raconte sur celte maison des histoires merveilleuses. Si vous ne craignez pas d'essuyer un refus, je vous donnerai une lettre avec laquelle vous pourrez tenter l'aventure, ei vous présenter chez le marquis 1)***. Je ne pense pas que, dans ce siècle-ci, l’entreprise soit, périlleuse.
— Quand elle le serait, répondis-je, une aventure est chose trop rare aujourd’hui pour qu’on hésite à la tenter. Faites-moi d’abord le récit de la légende, cl vous me donnerez ensuite votre lettre d’introduction.
— Vous savez, reprit l’avocat, qu’André Doria, ce grand restaurateur de l’aristocratie génoise , avait beaucoup augmenté les privilèges de la noblesse. Ils s’augmentèrent encore après lui et amenèrent des abus effroyables qui lui auraient inspiré de tristes réflexions, s’il avait pu voir les résultats de sa politique. Les passions ne connaissaient plus de bornes. On employait des assassins a gages pour se défaire d’un ennemi ou d’un rival. On se massacrait dans les rues, et comme tous les palais jouissaient du droit d'asile, on était à l’abri des poursuites judiciaires en restant chez soi, lorsqu’on avait commis un crime. Les domestiques eux-mêmes se mêlaient de détrousser les passants, et se reti¬
raient ensuite dans le logis de leur maître. De peur qu’ils ne fussent serrés de trop près par les gardes, on établissait encore des auvents sur les portes, et ils s'y réfugiaient, sans prendre la peine de se cacher dans l’intérieur. Un grand seigneur, à qui ses spadassins disaient un jour qu’ils n’avaient pas exécuté leur coup parce que l'homme qu'ils devaient tuer causait avec une autre personne, s’écria tout, en colère : — Il fallait les frapper tous deux.
Vous verrez encore dans les escaliers des embrasures de fenêtres profondes et garnies de bancs de pierre où se tenaient sans cesse des gens armés. Sur un signe du maître on assommait galamment le visiteur que monsieur le marquis venait de reconduire avec politesse jusqu’en haut des degrés. Nos graves patriciens jouaient aux barres comme des écoliers avec toutes les lois divines et humaines. Il y avait de quoi tirer des larmes des yeux desséchés du vieux Doria, lui faire secouer sa tête blanche et regretter que cet ambitieux de Fiesque et ce brouillon de Verrina n’eussent point réussi dans leur conjuration contre lui-même, tant la postérité avait eu soin de justifier leur cause. Mais venons à votre palais 1)***. Du temps de la république, les chefs de celle famille étaient, de père en fils, des hommes terribles. Il ne faisait pas bon avoir des démêlés avec eux, être amoureux de leurs femmes ou passer devant leur maison quand ils vous avaient regardé de travers. Un coup d'arquebuse était bientôt, lâché à travers les grilles du rez-de-chaussée. Cependant ils eurentnn procès, elleur partie adverse se mit en quête d'un huissier hardi pour porter l’assignation.
Il s’eu trouva un, vieux routier de chicane et courageux, (pii , par bravade ou autrement, consentit à risquer cette commission périlleuse. L’huissier se confessa, régla ses affaires, et, fort de sa conscience et de son droit, il s’enfonça dans les rues détournées où est situé le palais U***. Le marquis déjeunait, entouré de ses dignes serviteurs. Ou lui remet le papier qui porte les formules peu civiles de la loi, et dont il fait la lecture à liante voix sans témoigner ni surprise ni colère.
Ee patron est sans doute eu beile humeur aujourd’hui.
— Eh! dit-il en souriant, où donc est le seigneur huissier? Je ne veux pas qu'il reste dans l’aMiehamhre. Faites-le entrer. Donnez-lui un siège. Asseyezvous, mon cher, et déjeunez avec moi.
Le pauvre homme ne sait que penser de cet accueil; une fois dans le guêpier, le mieux est de paraître tranquille et assuré. On lui donne un couvert; il boit et mange. Le vin est bon, et comme le patron rit et plaisante, l’huissier finit par croire j que les D*** sont les meilleures gens du monde, point tiers avec leurs inférieurs, et calomniés par le vil populaire. Il remarque bien que le marquis parle bas a un domestique, mais apparemment c’est pour qu’on apporte du vin, et du meilleur. An bout d’une ! heure, l’oflicier public songe à son étude et à ses devoirs; il remercie son hôte, s’excuse comme il peut du rôle pénible que son état l’oblige a remplir auprès d’un seigneur aussi aimable, et il s’apprête à sortir.
— Attendez un moment, dit le marquis. Le four n’est pas chaud, et on n’ouvre pas ma porte tandis que le four chauffe.
Sans rien comprendre «à ces paroles, l’huissier prend patience et boit encore. On vient annoncer enfin que le four est chaud.
— Eh bien, dit le marquis, saisissez-inoi cet animal, et faites-le cuire.
Les domestiques prennent l’huissier par les pieds et la tète, et le jettent tout vif dans le four où il est encore. Je ne sais si le procès se poursuivit; mais pour des huissiers et des assignations, on n’en revit plus au palais D***.
Un autre seigneur du même nom possédait deux tableaux de Caravage, achetés par son père. Ces tableaux ne lui plaisaient pas; il imagina de les couvrir d’une couche de blanc d’Espagne, et de les j laisser ainsi dans sa galerie. Au milieu d'une unit, le marquis fut réveillé par une main glacée posée sur son bras. 11 vit debout , auprès du lit, une figure pâle et d'un air féroce qui l’appela parson nom.
— Je suis Michel-Ange de Caravage, lui dit le fantôme. Si mes tableaux n’ont pas le bonheur de te plaire, il faut les donner ou les vendre. Je n’entends pas qu’ils demeurent ensevelis tout vivants.
— Va-t’en au diable! répondit le marquis.
El le seigneur D*** se retourna sur l’autre oreille, et se rendormit. Ee lendemain il sentit encore la main froide et villa même figure. Celle fois les yeux du fantôme lançaient des feux comme deux émeraudes.
— Seigneur marquis, dit-il. le Turc qui enferme une esclave et la dérobe aux regards la vend quand il ne 1 aime plus; et toi, qui ne sais pas le prix de mes tableaux, tu ne veux ui les regarder ni les laisser voir aux autres. Crois-tu que j’aie dépensé mon talent pour vj ii e mes ouvrages dorment sous celte
fange? Apprends que les descendants seront mûris depuis des siècles quand le dernier de mes tableaux sera tombé en poussière; mais enfin, mes toiles n’ont qu'un temps à vivre. Celles-ci sont de mes meilleures. Si demain tu ne les a pas rendues à la lumière, je t’étranglerai sur la place.
Ec seigneur D*** était opiniâtre, il se mit dans la tète de ne point céder. La nuit venue, il veilla tout armé, son épée d’une main et son poignard de l’autre. Ses gens entendirent des voix qui se querellaient, des blasphèmes et des bruits semblables a ceux d’une lutte; puis le silence se rétablit. A son réveil, le marquis dit à son valet de chambre qu’une espèce de vision l’avait importuné; mais qu’il avait chassé le fantôme en lui passant son épée au travers du corps. 11 paraît que ce Caravage, si fameux par ses duels et ses vengeances, avait trouvé à qui pal ier. Ses tableaux restèrent sous leur vêtement de blanc d’Espagne jusqu’à la mort du propriétaire.
L’avocat me raconta encore des histoires sur d’autres palais de Gènes, et le lendemain, je partis armé de ma lettre d introduction , pour essayer d’entrer au palais D*“.
— Le marquis actuel, pensais-je, ne me fera pas cuire dans un four, puisque je ne lui apporte point d’assignation ; et comme je ne lui chercherai pas querelle, il n’y a pas d’apparence que nous nous battions à l’épée au milieu de sa chambre a coucher.
Arrivé dans un pâté de maisons où devait être cette habitation, je demandai plusieurs fois mon chemin sans qu’on voulût me l’indiquer. En lin je m’adressai à une jeune fille qui mangeait une écuellée de pois, en compagnie d’un chat . Elle ne leva pas même la tète à nies questions, et me répondit :
— Parlez à Nica, qui n’a rien à faire.
— Allons, Nica, dis-je à une petite fille de sept ans, conduis-moi au palais D***.
La petite leva les yeux au ciel, lit claquer sa langue et remua l’index de la main droite, ce qui constitue le vo)i italien le plus formel.
— Pourquoi ne veux-tu pas me conduire? demandai-je.
— La cogna, la cagna ! répondit l’enfant.
— Eh bien, la c»<jn(\, repris-je, as-tu peur qu elle le mange, cette chienne? Voyons, je te donnerai deux pièces de huit sous.
— A la slradasi, al palazza un.
— J y consens; mène-moi seulement jusqu à la rue, j’irai tout seul au palais.
Nica partit comme une (lèche. Elle me guida par un dédale obscur, jusqu'à une rue large de cinq pieds, lendit la main, prit l’argent et disparut. Je m’avançai dans le coupe-gorge, et une vieille marchande d’oranges m’indiqua enfin le palais D* • A peine avais-je monté la première marche de I escalier, qu’un chien de garde énorme me coupa la retraite et se mit à hurler après moi eu montrant ses dents. Un domestique arriva fort à propos le pren-
LES BEAUX -A RTS.
lire par le collier. Je demandai le marquis I)“*. On me lit entrer au premier étage. Là, j’expliquai le luit de ma visite, et tandis qu'on portait ma lettre et qu’on demandait s'il plaisait an patron de me laisser regarder les tableaux, je restai seul dans une vaste antichambre poudreuse et noire, mais ornée de belles fresques. Trois bouledogues attachés aux pieds d'une grosse table se réveillèrent alors, et, voyant un inconnu, se mirent en devoir de le manger. A force de tirer leurs chaînes en aboyant , ils faisaient avancer la table par secousses, et avec une vitesse qui commençait à m’inquiéter, lorsque le valet de pied rentra et m’ouvrit la porte de la galerie. Les trois quarts des tableaux étaient conformes au caractère des anciens I)“*. C'étaient des Ca ravage, des Salvalor lîosa, des Espagnolet abandonnés aux araignées et à la poussière. Tous représentaient des sujets sinistres. L’odieux épisode de Lolli enivré par ses tilles s’y trouvait deux fois, traité par Caravage et parGherard delà Nuit. Une énorme Judith me présentait la tète d llolopherne avec un cynisme barbare ; et quant aux paysages, ils étaient enjolivés par des baltes de brigands, des scènes de guet-apens ou des incendies. Les artistes de la décadence ont beaucoup aimé à se délasser des sujets pieux par ceux de Loti», de Suzanne au bain, de David amoureux. C’étaient, les seuls tableaux de la galerie D*** qui eussent quelque prétention à la grâce. Je remarquai bien au milieu de ces noirceurs une charmante Vierge de IVllegrino l’iola ; mais par une singulière, coïncidence d'idées , la mort du peintre l'ioln est une lugubre aventure des rues de Gènes. Quelle fut ma surprise en aper¬
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ce va d t un tableau couvert de blanc d’Espagne et dont on ne voyait que le cadre !
— Qui donc a voilé ce tableau? demandai je.
— K U sujnor Ma> chose, répondit le domestique.
— C’est sans doute afin de prouver qu’il ne craint
pas les apparitions?
Le valet de pied fit unsourire et un signe de croix en répondant :
— Nonlo correi avenir Ha ivia enviera.
— Ni moi, je ne voudrais pas non plus avoir ce tableau dans ma chambre. Et savez-vous de quel peintre il est?
— Credo die sia un Salvalor llosn.
— Bonté divine! un Salvalor Bosa. Le signor marquis a bien du courage d’oser braver un bandit Comme celui-là.
Je regardai encore une très-belle collection de camées antiques. On me reconduisit ensuite jusqu’à la rue au milieu d’un concert d’aboiements, et je me relirai fort satisfait de m’échapper sain et sauf de cette infernale maison.
Dans notre siècle décoloré, l’énergie du caractère n’est plus. Dieu merci, que de 1 originalité; mais tel que se montre encore ce palais étrange, avec la cacjna de l’escalier, les bouledogues de l’antichambre, les toiles d’araignées qui vont du nez de Loth à celui de Judith, et le tableau couvert de blanc d’Espagne, il présente un ensemble imposant de bizarreries sur lequel je serais prêt à témoigner que les anciens D*11* n’ont point dégénéré.
I* a u i. de Musset.
•S A I.VATOR R O s a