‹ Les Beaux-ArtsChapitre 115 sur 204 · J X -ARTS. Ô4Î · texte numérisé non relu

J X -ARTS. Ô4Î

l’une blanche et violette, l’autre blanche et rose. Dame! monsieur, quand 011 ne sait pas.

La démonstration s’était arrêtée un moment. En effet , l’autre amateur était resté saisi d’admiration , écrasé devant le pourpre incomparable. Ah! monsieur, avait-il dit à AI. Reault, permettez que je m’arrête ici. AI011 ami, avait-il dit au garçon jardinier, apportez-moi , je vous prie, une chaise pour un instant. La chaise apportée, il s'était assis, avait appuyé ses deux mains sur la pomme de sa canne et son menton sur ses deux mains; là, il restait sans parler, les yeux fixes, la bouche entr’ouvcrte. L’autre quitta Arnold, el. vint, s’extasier aussi derrière son compagnon. Pour AL Reault, il était debout, immobile, laissant errer sur ses levres un sourire ineffable. Arnold ne vit dans le ponrprt incomparable qu’une tulipe blanche et rosi*, dont les couleurs se trouvaient répétées exactement dans quatre ou cinq cents autres, devant lesquelles ou avait passe silencieusement, et auxquelles on 11 avait accorde que des compliments qui ne dépassaient pas les limites «le la politesse. Enfin, l'enthousiaste se leva et dit :

.Monsieur Reault , je ne veux pas abuser du temps de ces messieurs; mais je vous demanderai la permission de venir seul passer une heure assis devant votre tulipe.

.Monsieur, vous lui faites trop d'honneur. Alonsieur, je ne lui fais que l'honneur quelle mérite.

Il faut dire, monsieur, car je ne fais pas ici de fausse modestie, que c’est une plante méritante.

Ah! monsieur, c’est un diamant.

Pardon, monsieur Reault, dit Arnold, et vous aussi, messieurs, pardon ; je vous demanderai la permission de dire un mot à AL Reault et de m'en aller: je suis attendu pour une affaire importante. Il prit Al. Reault à part et lui dit : Demain, quelques personnes me font l’honneur de venir voir mes tulipes....

Comment, vos tulipes ! qu’appelez- vous vos tulipes ?

Eh! parbleu, mes douze oignons, ceux que je voulais vous donner et que vous avez refusés.

Ab ! ah !

Voulez-vous me faire le plaisir de venir?

Voir vos douze oignons?

Me voir et déjeuner avec moi et trois ou quatre autres personnes ; en même temps, vous me direz ce que c’est, que mes tulipes ; mais, ce que je puis vous dire à l’avance, c’est que vous 11’avez pas une seule des douze.

Allons donc!

C'est comme je vous le «lis.

Parbleu! je suis curieux de voir c«*la. A quelle heure ?

A onze heures.

Je serai exact.

A demain.

A demain.

Le lendemain, Mlle Aglaé et sa sœur vinrent un peu apres 1 1 heures; maisAruold futdésngréahlemcnt surpris en voyant que c’était M. Dulaurierqui les accompagnait. Presque au même instant entrait M. Iteault ; lui et M. Dulaurier se connaissaient, tous deux se firent des excuses de n’avoir pas encore été visiter respectivement les tulipes l'un de l'autre. Ali ! monsieur, disait l’un, le mois de mars m’a fait hien du tort. Monsieur, disait l’autre, je vous prierai d'être indulgent, le mois d’avril m’a bien maltraité. Le déjeuner était servi; les dames furent surprises, annoncèrent qu elles ne mangeraient pas et finirent pas s’humaniser. Pendant le déjeuner, Arnold s'assombrit visiblement : il crut remarquer, entre Mlle Aglaé et M. Dulaurier, des signes d'intelligence qui le livrèrent en proie à une horrible perplexité; mais la sœur de Mlle Aglaé la lui ôta bientôt en lui annonçant que sa sœur et M. Dulaurier se mariaient dans trois semaines. Arnold comprit alors que « l’incertitude est le pire de tous les maux, jusqu'au moment où la réalité vient nous faire regretter l’incertitude. » Arnold était abasourdi du coup; tantôt il restait sombre et silencieux, tantôt il se livrait à des accès d'une gaieté peu probable et assez mal imitée. On le plaisanta fort sur sa muraille peinte et sur ses arbres a l'huile; enfin, on en vint aux tulipes, aux douze tulipes. C’étaient des tulipes prises au hasard et fort différentes entre elles : l’une était entièrement du plus beau jaune, une autre ouvrait son calice d’un rouge si éclatant, cpie la vue ne s’y pouvait arrêter; celle-ci avait le fond jaune, et sur ce fond s’étalaient des rameaux bruns et noirs; deux avaient le fond blanc, comme celles

de M. Reaull; de ces deux l’une était panachée de violet, l’autre de rose. M. Reaull et M. Dulaurier se regardèrent. M. Dulaurier sourit, mais M. Iteault, après quelques efforts difficilement comprimés finit par se laisser aller à la plus violente explosion de rire. Les deux femmes et Arnold le regarderont avec inquiétude, craignant qu'il ne fût pris de quelque accès de folie; mais après cinq ou six minutes il put parler, et ses paroles étaient entremêlées de nouveaux éclats de rire. Ali! mon cher Arnold, je ris trop, cela me fera mal. Vous appelez cela?

Parldeu ! des tulipes.

Des tulipes! ah! mou Dieu; mais vous me ferez étouffer, parole d’honneur. Kl il se mil à rire de plus belle. Arnold, qui avait pour d'autres raisons tant de colère dans le cœur, était trop heureux d’avoir une occasion de se fâcher contre quelqu'un; il ne regrettait qu’une chose, c’était que ce quelqu’un ne fût pas M. Dulaurier. Cependant, faute de mieux, il demanda froidement à M. Reaull s’il serait assez lion , quand son accès serait passé, pour lui en expliquer le sujet.

Ah ! mon cher monsieur, ne vous fâchez pas, mais vraiment ce n’est pas ma faute. Je serais désolé de vous offenser ; mais c’est que c’est trop drôle, et surtout, si vous vous étiez vu, quand vous m’avez dit que vous appeliez cela des tulipes.

Mais vous, monsieur, quel nom donnez-vous à ces fleurs ?

Quel nom ? mon cher monsieur, je ne leur donne pas de nom, elles n’en méritent pas. Ecoutez, monsieur Dulaurier, parlez donc aussi; car je veux que M. Arnold sache que ce n’est pas moi seul qui trouve ses tulipes un peu drôles. Oh! la, la; non, cela fait mal de rire comme cela.

LGS BEAUX-ARTS.

M. Dulaurier , plus calme , expliqua a Arnold que, il y a cinquante ans environ, les amateuis de tulipes, à bon droit appelés ions- tulipiers, n tiraient que des tulipes à loud jaune panaché de rouge et de bruni que toute tulipe a fond blanc était, alors rejetée des collections. A cette époque, comme on avait épuisé toutes les folies imaginables pour les tulipes à fond jaune, on songea à en recommencer une série toute nouvelle pour les tulipes a fond blanc. Après des essais malheureux, de longs débats entre les révolutionnaires et les partisans des anciennes tulipes, les fonds blancs l'emportèrent et les fonds jaunes furent honteusement expulsés des plates-bandes et publiquement traitées dans des livres et des pamphlets de fleurs dégoûtantes. Ceux qui s’obstinèrent à en laisser fleurir chez eux s attirèrent les épithètes de fleurit lions et de curiolcls. Pour ce qui est des tulipes d une seide couleur, jamaiselles n’ont été admises par les susdits amateurs, pas plus par les partisans des fonds jaunes que par les séides des fonds blancs ; et enfin pour vos deux tulipes à fond blanc, elles sont absurdes, les [létales sont pointus.

Alors une conversation s’engagea entre MM. Dulaurier et Brault.

C’est singulier, disait celui-ci, de voir le goût de nos pères; voici le bizarre, noir (pie nos ancêtres trouvaient très-bon marché pour leurs dix écus, et dont je ne voudrais à aucun prix dans ma bassecour avec mes poules.

Mais, disait M. Dulaurier, n’est-ce pas ici la tulipe de Maastricht qui lit tant de bruit en 18 1 I et 1812?

Eli ! mon Dieu, oui.

Cela fait pitié.

Ne m’en parlez pas.

Enfin la visite se termina à la grande joie du malheureux Arnold, (|ui put., une fois seul, se livrer à son chagrin et à sa colère. Depuis ce jour, tout alla de mal en pis.

Le voisin Durut gardait, dans son cœur une blessure immortelle, immorutle vidons. Dans l’espace de quatre mois, il entama contre Arnold cinq procès, sous prétexte que le mur mitoyen avait besoin de réparation ; il le lit démolir et reconstruire à frais communs au milieu de la belle saison en mettant les maçons à même le jardin d’Arnold, qu’ils écrasèrent.

Arnold avait fait faire un bassin qui recevait l'eau de la pluie ; M. Durut déterra «pic la Coutume de Caris, art. 217, ne permet de. faire des cloaques qu’à six pieds de distance du mur mitoyen, et le bassin était à cinq pieds un tiers. Celle fois, l’homme d’affaires d’Arnold ne lut pas de l’avis de M. Durut; il répondit qu’un bassin ne devait pas être appelé cloaque, et que plusieurs législateurs avaient fait cette distinction, entre autres Goupi, qui observa que la Coutume de Caris , eu prescrivant celte distance de

six pieds, n’a pas eu eu vue d’obvier au dommage que pourrait causer de nuit la tiltration des eaux, puisqu'elle ne l’exige pas pour les puits, quoique le même danger de filtration s’y rencontre ; d’ailleurs, à quelque distance que soit le pu i ts ou cloaque, celui qui les fait construire est toujours responsable du dommage qui serait causé par la filtration. La principale raison, dit. Goupi et disait l’homme d’affaires d’Arnold, n’est que pour éloigner de chez le voisin la mauvaise odeur qu'exhalent certaines fosses à eau et cloaques; mais, et ici Desgodels, autre légiste, est d’accord avec Goupi, la disposition de l’art. 217 de la Coutume île Caris ne peut pas s’étendre aux puisards et fosses recevant l’eau de la pluie, laquelle n’exhale pas de mauvaise odeur. La Coutume d'Orléans, art. 2Lï, établit également cette distinction, et Pothier le fait hautement dans son traité du Contrat dcsoeiélé, art. 5, de la communauté des murs mitoyens.

M. Durut répondit ; l’homme d’affaires répliqua, les tribunaux furent invités à juger la question ; on donna raison à l’homme d’affaires dans sa distinction, ce qui fut confirmé en appel et en cassation ; mais Durut ne s’abattait pas pour si peu, il fit un nouveau procès. Dans ses nouvelles conclusions, il admettait la définition et la distinction adoptées par le tribunal; il demandait à faire preuve que le bassin d’Arnold méritait le nom de cloaque, et conséquemment rentrait sous l’application de l’art. 217 de la Coutume de Caris , et de l’art. 2î5 de la Coutume d'Orléans. Des experts furent nommés à l’effet de faire une descente sur les lieux et d’éclairer le tribunal. Or, dans la nuit qui précéda la visite des experts, Durut, par-dessus le mur, jeta tant d’ordures, d’eaux inqualifiables et de débris étranges dans le bassin, qu'il se trouva métamorphosé en mare infecte, et. par suite déclaré cloaque par les experts, ce qui amena contre Arnold une condamnation avec dépens, l’obligeant à détruire son bassin.

Un autre procès l’obligea à manger ses jugeons qui détruisaient la maison du voisin.

Enfin, un jour, dans un accès de colère, il s’emporta, je ne sais comment, jusqu’à menacer M. Durut d’un coup de fusil.

Celui-ci commença un procès criminel qu’Arnold ne put arrêter qu'en achetant à l'amiable , et un tiers en sus de sa valeur, la propriété de Durut.

En un mot, au bout de deux ans, les douze oignons de tulipes revenaient à Arnold à la somme <b‘ 400,000 fr.

Pour moi, mon bon ami, je n’ai des fleurs que pour les voir et non pour les montrer; je n’ai qu'une cinquantaine de tulipes de toutes les couleurs; je n’en rejette aucune de celles qui me font l’honneur de fleurir chez moi, pas même celles selon le cœur des grands amateurs, et je n’ai pas de voisin, ce (pii

mt* rappelle deux aphorismes remarquables (le je ne sais (|uel jocrisse :

N'ayez pas de voisins, si vous voulez vivre en paix avec eux, et ne donnez rien à vos enfants, si vous voulez qu’ils aient pour vous une reconnais¬

sance égale au bienfait. » Il y a bien des losophes qui ont fait de gros livres e l ien dit d'aussi raisonnable

garnis pin- * ’h'i n *on t

h a ii n .

LES BEAL X-A BTS.

Sommaire. — Munich. tv|iosilioib particulières. Paysages de Félix de Schiller. Dessin de haulbaeli. Plan de palais par Julien Lange. Eglise gothique construite à Alunir h, par Ohlmuller. Eglise gothique de Berlin, par Schinkel. Puiakolhèque de Munich. Gravures allemandes. Chansons populaires illustrées. Dessins de Sleinle. Alhum des artistes allemands. Poésies allemandes illustrées. Mosaïques de Saint-Marc, par Jean kreulz. Bas-relief de Thor- «aldsen. Musique en Allemagne, \oyage de Berlioz. Giorgio lloneoni.

uoi y UE Berlin se llatle d'avoir surpassé Munich et s'applaudisse de lui avoir enlevé Cornélius, la capitale de la Bavière, si longtemps sans rivale , est encore une des villes où l’on cultive les arts avec le plus de zèle et rie succès. Une foule de jeunes (deves y vient etudier les compositions des grands mailles et briguer la publicité des expositions. Il y en a de permanentes en différents salons, et il n’est pas de semaine qui 11e voie surgir quelques productions remarquables. On signale en ce moment deux paysages de Félix de Schiller ; tous deux représentent les mêmes sites, l/un est éclaire par la douce lumière

d’un jour de printemps; on voit sur le premier plan une forêt, qu’un chevalierlraver.se avec son escorte, et dans le fond, un manoir gothique. Dans le second tableau, les ténèbres du crépuscule s’abaissent sur la plaine; l’orbe pâle de la lune se lève sur le lac et blanchit les ruines du manoir démantelé. Uuoique ces compositions rappellent deux tableaux du paysagiste Sohr, elles en diffèrent totalement par l’exécution, dont la vigueur et la correction ont excité un enthousiasme universel.

Kaulbach, si connu en France par sa Cour il'uu hôpital de fous, a dans son atelier un beau dessin destiné au sculpteur Wichmanii, qui vient de lui envoyer un buste. Le peintre suppose que le Bore éternel, considéré comme patron des sculpteurs.

ooi

vient de tirer l’homme d'un bloc de terre. Les anges, portant, les attributs des vertus, s’approchent processionnellement de l’œuvre récemment achevée, et d’un autre côté, les démons s’élancent sur elle pour la détruire ou la souiller.

De tous les objets d’art actuellement exposés à Munich, le plus populaire est un plan de palan, par Julien Lange. Ce plan réunit toutes les conditions imaginables de beauté, d’originalité, de distribution commode, de grandeur, de magnilicence. Lange, ainsi (pie notre premier architecte, le professeur Melzger , a compris que ni le style grec ni le style gothique ne convenaient aux besoins de notre époque. 11 en est de l’architecture antique comme des tragédies athéniennes, qu’on a représentées récemment à Berlin, et dont l’exhumation maladroite a été si froidement accueillie. Le style du moyen âge, plus eu harmonie avec nos mœurs, avec notre climat, avec nos habitudes, n’a pu cependant, jusqu'à ce jour, être imité avec avantage. Feu Ohlmuller en a scrupuleusement suivi toutes les règles dans la construction d’une église à Munich, sans produire un ensemble satisfaisant. Sa basilique étroite est écrasée par une tour chargée d’arabesques, et n’a pointde bas côtés. Schinkel, architecte de l’église de Werderinischen à Berlin, n’a pas été plus heureux qif Ohlmuller. Toutefois, les vitraux de ces deux édifices valent les plus beaux produits des peintres sur verre du quatorzième siècle. Nous devons des remerciments au graveur Eggert, qui les a reproduits et en a composé, un recueil, dont la troisième édition vient de paraître il y a quelques jours.

La Pynakothèque de Munich s’est enrichie de deux tableaux de Giolto, d’un portrait d’André Mantegna, et d'un portrait de Jean Bellin peint par lui-même.

Un publie en Allemagne beaucoup de lithographies et surtout de gravures. Quoique les inventeurs du dessin sur pierre, nous nous sommes laissé déliasser par les Français, dont nous sommes loin d’égaler la grâce et la légèreté. Nous cultivons plus fructueusement la gravure. Le recueil de Chansons populaires , parJules Buddeus, de Dusseldorf, est une suite d'airs nationaux, enrichie d'encadrements variés, de sujets, de paysages, d’ornements habilement agencés. Dans la collection publiée par l’éditeur Buddeus, on distingue trois compositions de Steinie, gravées par Joseph Relier: une Vierge, le liepos de la 1 ierge sous des palmiers et un sujet symbolique dont voici le sens. Jésus est attaché à la croix ; à ses pieds est un pressoir couronné de pampres, avec un calice où tombe le sang du Sauveur. Une abondante moisson couvre le lointain.

Les originaux de ces trois gravures sont la propriété de M. J. Buddeus (I).

Nous signalerons encore à votre attention l’ Album

(1) Les trois gravures signalées par notre correspondant feront partie des sujets que nous donnons avec chaque livraison ; le sujet symbolique est celui que nous donnons aujourd'hui.

des Artistes allemands , recueil de gravures originales de nos plus célèbres peintres. La douzième et ,|cr nière livraison renferme des dessins de Lessin«, <[,. Schinner, et un charmant morceau de Jacob Geuslor, l'Equipage d'un navire.

Buddeus vionl .de faire paraître le septième cahier de ses Poésies allemandes, avec des encadrements composés et gravés par J. B. Sonderland. Nous v avons remarque les compositions qui accompagnent te Thésauriseur, de Goethe, vil' Apothicaire, romance comique de Frédéric Bückert.

Jean Kreutz, peintre de Berlin, va reproduire, dans une série de gravures et de lithographies, les mosaïques de l’église Saint-Marc, à Venise. L’empereur d'Autriche a accepté la dédicace de cet ouvrage, auquel l’artiste s’est préparé par de longs et studieux travaux.

Nous avons des nouvelles récentes de Tliorwaldsen. L’illustre sculpteur a terminé un bas-relief de dimensions gigantesques, représentant la Fêle île \oè‘t au ciel. Au milieu voltigent trois anges tenant, l’un une harpe, les deux autres un cahier de musique. Autour d'eux sont groupés des anges, qui jouent de la flûte, du violon et du tambour de basque. Une couronne d’étoiles s’arrondit sur la tête des divins instrumentistes.

Cette œuvre nous rappelle à la musique, que nous allions oublier. Les journaux français ont retenti de réélûmes en l’honneur de Berlioz, qui s’es! fait entendre dans les principales villes d'Allemagne. La vérité est que, tout en lui reconnaissant un beau talent, nous avons trouvé sa musique trop excentrique. Nos meilleurs musiciens, nos feuilletoimislcs les plus compétents, le blâment d'avoir tout sacrifie pour obtenir des effets extraordinaires, et d'être arrivé à la bizarrerie en cherchant l'originalité. Il a cependant recruté quelques admirateurs parmi les musiciens de second ordre, auxquels des passages brillants et hardis ont rappelé la manière de Beethoven. Le plus exalté des partisans de Berlioz est un certain Griepenkerl, qui a écrit un ouvrage pour le préconiser, pour l’élever au-dessus de tous les compositeurs français. Selon Griepenkerl, « Berlioz est un messie musical qui, en dépit de l’incrédulité germanique, doit régénérer l'harmonie. On le calomnie en disant qu il imite les immortelles symphonies de Beethoven ; les rapprochements qu’on peut établir entre le grand maître allemand et le premier des compositeurs français n’excluent pas l’incontestable originalité de celui-ci. » L opuscule de Griepenkerl contient des passages curieux sur les caractères de la musique de Beethoven.

Giorgio Bonconi, engagé au Théâtre-Italien de Paris pour la saison prochaine, a [tassé quelques mois à Vienne, où il a excité les plus vifs transports. La vie de cet artiste a des particularités singulières. Il est ne à Venise en 1812. Son père, Dominico Bonconi, ténor et professeur distingué, était h

(•hauteur favori de Napoléon , a Paris et a Milan, et s’attacha plus tard à la cour de Maximilien de Bavière. Il compte parmi ses élèves l.onati, Schecliner, Sabine Ileinefîetter , etc. Son excellente méthode développa rapidement les belles dispositions de son (ils, qui, à l’âge de sept ans, chantait déjà en public avec succès des airs d<* Cimarosa. Quand Dominico quitta Venise pour Munich, Giorgio interrompit ses études musicales pour s’adonner à la médecine; puis, par un brusque retour, il conçut le projet d'acquérir une force supérieure sur tous les instruments. Son ardeur se ralentit bientôt, et il laissa là le violon et le piano pour se faire écuyer. Il parut un moment auCirque de Milan ; mais il abandonna tout à coup les exercices équestres, et revint à la musique, à laquelle il est resté fidèle. Son frère

ainé, Felicc, lui servit de maitre jusqu’au retour de son père, qui lui prodigua les soins les plus assidus, les conseils les plus judicieux. Giorgio Koncoui venait d’atteindre sa dix-neuvième année, quand il débuta à Paris dans la Strnniera de Bellini. Depuis ce jour, son nom a retenti dans l’Europe entière. Le nombre desopéras composés pour lui, pendant un espace de onze années, ne s’élève pas à moins de t rentecinq, dont les principaux sont : Il Riniu ijalo , de Persiani ; Avcrlimoito ai t /closi , de Balte; Prorida, du prince Poniatowski ; Torqualu Tassa, il Turiosa et Maria di Rolian , de Donizelti ; c’est dans ce dernier opéra séria , et par le rôle de Ghevreuse , que Giorgio Honconi débutera cet hiver aux Italiens.

Fil K I) ÉRIC G UN T II ER.

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