A NAPLES
Naples, juillet I81ô.
r. serait bien à désirer, pour le progrès des arts dans le monde entier, qu'un centre commun put réunir des œuvres de toutes les écoles et des artistes de toutes les nations pour ne former qu’une seule école qui serait celle du beau. Rome, qui à tan I de litres est métropole parmi les métropoles, pourrait être ce centre. Elle voit affluer dans ses murs des groupes de jeunes élèves étrangers et un grand nombre d’artistes isolés, tous venant s’inspirer aux souvenirs, à la richesse artistique, à la poésie de l’ancienne capitale du monde; ce sont là de précieux rudiments pour une institution si utile et si grande. Malheureusement, il n'y a pas de puissance qui ait le droit de réunir ces éléments épars, chacun prend une route fort indépendante des autres à cause des rivalités nationales, chacun se fait une manière, et la réunion n'est plus qu’un accident, qu’une impression de voyage.
Cependant il nous est difficile de renoncer à toute centralisation; les arts sont les mêmes d une extrémité du monde à l'autre, les artistes sont des frères, a ce titre ils doivent désirer de ne pas rester étrangers les uns aux autres. C’est à ce point de vue que nous nous plaçons pour amener des lecteurs français à trouver rationnel qu’on les entretienne d’une école de peinture étrangère: celle de Xaples. .Nous nous adressons à la presse parisienne parce que ce u est que Paris qui, grâce à sa langue universelle, envoie sur tous les points du globe ses journaux, ses revues, ses gravures et ses lithographies; parce que ce n’est que Paris qui a le facile moyen de faire la renommée des hommes d'élite et de répandre parlent leurs œuvres ou leur reproduction. Au moyen de cette féconde circulation, les Chinois renvoient à l’Europe les sujets, copiés par eux, des tableaux français les plus célébrés, et l'on en trouve, encore
| des imitations par la gravure dans les pampas de l’Amérique comme dans les steppes de la Sibérie.
Nous venons de voir l’exposition bisannuelle de Naples; nous ne connaissons pas d’autres pays où la France soit plus copiée. Ainsi, outre notre pensée de centralisation, c’était une recommandation auprès des lecteurs français. Enfin Naples reçoit, comme s’ils étaient ses enfants, les artistes français, et Paris offre la même hospitalité aux artistes napolitains ( I); cette noble réciprocité n’est-elle pas un lien de famille !
Jusqu’ici la part, de publicité due à Ions n’a pas été égale : à Naples, on connaît les peintres français et leurs principaux ouvrages ; a Paris, que connaîton de Naples? Rien, pas même des noms, pas même ceux portés avec distinction; c'est un tort fait aux uns étaux autres que nous voudrions réparer.
Il faut le dire, Naples qui est un petit pays pour inventer, et qui cependant a inventé quelquefois de glorieuses choses, est un grand pays pour imiter ; quand il le veut il imite bien. Il est possible qu’en leur qualité de méridionaux, ses habitants li aient pas le don de la persévérance, mais souvent l'élan ne lui manque pas , et son gouvernement l'a toujours; ce qui est nouveau lui plaît, ce qu'on lui apporte il l’accueille : il a des routes de fer, du gaz. des bateaux à vapeur, une exposition des produits de l’industrie, il a par conséquent une industrie qui se montre dans des manufactures et des usines, et, pour rentrer dans notre sujet, nous dirons qu’il a tous les deux ans un salon de peinture, sculpture, gravure, dessin, etc., etc., elc.
Son école n’est pas forte; en peinture et en sculpture elle a perdu les traditions qui ont donne une si grande célébrité aux anciens maîtres napolitains. En gravure et dessin il y a trop peu d’exceptions a la nullité pour qu'il y ait école. Ce n’est pas faute d’encouragements : le roi des Deux-Siciles achète beaucoup, beaucoup trop peut-être, on le voit bien sur les murs de ses palais, et le chevalier Santangelo, ministre de l’intérieur, chargé des beaux -arts , en
(I) Le roi des Français vient de donner la médaille d’or à XI. (lonzalve Carelli.
Ri