‹ Les Beaux-ArtsChapitre 120 sur 204 · L E S H K AUX- A K T S · texte numérisé non relu

L E S H K AUX- A K T S

fait l’objet d’un de ses plus sérieux devoirs autant < 1 11e de ses prédilections et de. ses délassements ; luimême possède le tact artistique à un trop liant degré pour ne pas comparer et pour ne pas désirer vivement de voir son pays devenir un émule estimé de ses voisins. La médiocrité actuelle de l’ecole de Naples tient à une cause que nous allons expliquer : si l’amour de la gloire produit les grands artistes, c’est plutôt l’argent qui les fait éclore. A Naples il y a trop de vieux et d’excellents tableaux, et 1 on trouve trop facilement à les acheter pour qu’il vienne à la pensée d'un amateur napolitain de payer plus cher des tableaux modernes moins bons ; s’il se décide a en introduire dans sa galerie, c’est quand ils sont l’œuvre d'un peintre du pays déjà renomme et a 1 abri des besoins qui pressent le pauvre artiste ; de telles exceptions ne peuvent pas être réputées des encouragements pour l’école. C’est pendant l’epoque intermédiaire entre les premières études et la maturité «lu talent que les jeunes peintres soutiennent les luttes les plus difficiles avec la vie matérielle; l'argent leur faildéfaut quand ils font beaucoup pour le travail et pour leur réputation. Cependant , en France, dans cet état de transition, ils vivent et vivent assez bien; c’est qu’ils n'ont pas la concurrence des vieux et bons tableaux, c’est aussi qu'ils trouvent dans les hautes classes des protecteurs, et dans celles intermédiaires des amis; c’est que partout des mains bienveillantes leur sont tendues et qu’ils y placent leurs tableaux; ils les vendent peu, mais ce peu c’est le pain pour vivre, c’est le toit, pour s'abriter, c'est le salaire du modèle, et l’on va ainsi jusqu’à de meilleurs jours... Les voyageurs qui viennent hiverner à Naples y sont bien les pères nourriciers des artistes de tous les degrés; parmi les etrangers, tous les mérites, forts ou faibles, trouvent des acheteurs ; mais ces passagers ne viennent que pendant six mois tout au plus ; après il faut vivre, et quel est l'artiste qui amasse pour le lendemain? La prévoyance, ou le sait, n'esl pas la première de leurs vertus!

Mais si l'exposition dont nous nous occupons n’est pas brillante, il y a loin de ce qu'elle vaut à la réputation mauvaise qu'on lui a faite, nous trouvons que la première impression a été injuste, il nous semble qu’on s’est, beaucoup plus préoccupé de ce qui n’y était pas qu'on ne s’est occupé de ce qui y était; le public n’a pas vu des ouvrages signés des noms qu’il a coutume d’applaudir, et il a cru que tout était perdu. Il y avait, en effet, absence d’artistes justement estimes et affectionnés, mais plusieurs se sont rendus plus tard au rendez-vous, et la première impression a persisté; et puis il y avait à l’ouverture du salon des ouvrages fort dignes d’attention qu'on n’a pas appréciés. — Nous allons essayer de le prouver tout eu faisantlapart.de la critique. — En commençant par la toile la plus grande, nous examinerons la Su znunc justifier de M . (îentiaro Rtio. Le tableau

i manque de l’unité, première condition d'un sujet quelconque, surtout quand il est étalé sur des proportions aussi fastueuses et qu'il ne peut cacher scs défauts en se cachant lui-même. Suzanne et Daniel paraissent s’occuper de toute autre chose que (|eS triomphes étroitement unis de l’intelligence inspirée de l’un et de l'innocence reconnue de l'autre. Nous ne goûtons pas l’exagération des hideuses passions dans la peinture, mais nous n’aimons guère le calme plat des passions élevées. 11 est fort louable en soi que Suzanne remercie le ciel, mais elle aurait dii porter son attention vers son libérateur, et celui-ci qui vient de confondre l'imposture aurait pu, par son indignation, exciter celle du peuple. Si fou ne connaissait pas le récit des saintes Ecritures, ce tableau resterait inexpliqué. Quand vous n’avez pas le talent (l’exprimer sur votre immense toile la joie du jum* celle de la victime sauvée , la confusion et la ramdes coupables, la brutale colère du peuple, laissez ce beau sujet dormir eu paix. M. Duo a fait de Suzanne une fille assez jeune. Ce n’esl pas ainsi que l'imagination nous la représente : nous avons vu tant de Suzannes et toujours dans un si grand négligé, «I ue nous la reconnaîtrions bien mieux dans une forte femme «pii par son bel âge et ses proportions justifierait sa résistance aux attentats des deux infâmes coalisés. Les deux vieillards sont presque parfaitement tranquilles et se laissent enchaîner par les pieds; quand on les voit ainsi garnîtes, on ne pont se défendre de se demander pourquoi le peintre les a privés de leur locomotion; il veut donc qu’on les porte? Le peuple ne parait pas généralement trop emu ; pour la plus grande partie il s'est réfugié sur les derniers plans; c’est peut-être plus pittoresque , c'est, incontestablement plus facile à arranger, mais ce n'est pas vrai. Il y a eu de tout temps empressement autour des scènes de places publiques, et il ne faut pas y toucher quand on est avare de foule et d'agitation. Nous paraîtrons sévère; mais quand on fait des ouvrages gigantesques, on affiche des prétentions gigantesques, et tant pis pour soi si le talent n’est pas proportionné. La couleur du tableau est trop sage ; comme le reste, les draperies pourraient être plus correctement dessinées. — M. Duo a mieux réussi dans son Samaritain. Il \ a là de belles et bonnes couleurs, nu torse superbe, peut-être un peu long, et un beau sentiment de la nature demianimée, demi-morte. Je préfère ce sujet si simple a la Suzanne. M. Duo n a pas été aussi heureux dans la Visite aux enfers île Dante et Vinfile, et pourtant c’est une imitation d'un bon tableau de M. Flamlrin. Les ombres qui dans ce bon tableau soûl des ombres, dans le tableau de M. Duo sont des hommes en chair et en os qui ne paraissent pas trop seniiiiver de leur situation infernale, ou les croirait plutôt dans une école de natation dont les réglements seraient fort relâches; pourquoi, puisque ! M. Duo voulait en faire des créatures vivantes, n a-

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i-il pas pris sur sa palelte les excellents tons des chairs du blessé du Samaritain? — M. l'omasso de Vivo a fait deux grands tableaux qui représentent deux des actes de la tragédie d'Holopherne; l'exposition et le dénoûmeut.

L’exposition est une nouveauté en peinture, et l’idée n’est pas heureuse. On voit Judith qui se rend de Gétulie au camp d'Holopherne dans la classique compagnie de la vieille femme; c’est déjà donner au spectateur une pensée d’avenir qui pourrait bien l’effaroucher, enfin elle glisserait peut-être.. . Mais M. de V ivo n’a garde de s’en tenir là; il vous montre dans la main de la vieille le traversin ou sac de nuit, on ne sait trop lequel, et un vase qui contient robablement des ustensiles de toilette : c'est une bonne précaution quand on va se coucher sous la tente ; mais c’est fort... Judith met un doigt sur sa bouche pour imposer silence a sa compagne, qui, en ell’et, avec l’attirail qu’elle porte, ne devait pas tenir îles discours fort édifiants, et les voilà toutes deux qui cheminent.

Le dénoûment, deuxième tableau, est celui si souvent répété par la peinture : Judith va trancher cette belle tête, si énergique même pendant son sommeil. Là, on trouve une réminiscence un peu trop littérale du tableau si connu d’Horace Yernet. Toutefois ce qui appartient en propre au peintre italien, c’est l’expression de la tête de Judith ; ou le voit, elle regrette violemment le meurtre auquel elle se prépare. C’est la première fois que l'idée matérielle a été si intimement liée, dans Judith, à son sublime dévouement. Du moment que vous lui faites quitter cette haute région, vous dégradez Judith et vous nous montrez une prostituée. M. de Vivo s’est trop préoccupé des actes et pas assez du but; poursuivons : une lampe va éclairer cette scène, sa lumière est-elle blanche, est-elle rouge ? C’est ce que le peintre n’a pas pu décider, et dans le doute, il a répandu du rouge et du blanc; les étoiles sont d’une grande richesse et les plis bien entendus. Ces deux pages n’ajouteront rien à la réputation de M. de V ivo. Le même peintre a fait un tableau de chevalet qui représente Sully quand il déchire la promesse de mariage faite par le roi Henri IV à la belle Clémence d Entraigues. Le roi est là comme de raison. Nous dirons à M. de Vivo que, quand on traite un sujet historique et qu’il s'agit d’un personnage aussi connu que Henri le Grand, il n’est pas permis d’oublier de faire son portrait fidèle. Sully, tout aussi populaire, n’est pas représenté davantage. Ce n est paslegrandmaître de l’artillerie de France, le conseiller, I ami du roi ; c’est une espèce de garde des sceaux bien opulent , avec une belle simarre empourprée et bien fourrée d’hermine. Savez-vous, monsieur deVivo, que quand Sully eut cette hardiesse il était en colère, et non pas tranquille comme vous l’avez fait, et que Henri l\ n’était pas en colère comme le vôtre, mais plutôt fâché et reconnaissant! Ce qui le prouve, c’est qu’il

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n’a pas fait une seconde promesse de mariage, quoiqu’il l’eût au bout de sa plume et au besoin au bout de son épée. Là aussi de belles étoffes, un beau tapis et des accessoires soignés. — L'Adieu des Parpaillotes à leur patrie, de M. Yincenzo Catalano, est un tableau plein de mérite et dont plusieurs parties, vues isolément , approchent de la perfection; mais la composition générale manque de mouvement, elle est privée de ce lien mystérieux qui lait qu un tableau qui représente une scène animée et tumultueuse offre un ensemble saisissant ; ici , au cont i ail e, chacun est. à son affaire pour son compte personnel, sans s’occuper de son voisin. 11 y a des reproches à faire au paysage «pii manque d’études serieuses. — On autre tableau du même auteur, la Première Croisade, ne mérite pas le reproche de defaut d’unité; il y a plus que du mouvement; celte foule de tous rangs qui entoure le pape est électrisée. Nous pensons que le ton de ce tableau est a l’état d’ébauche, autrement il y régnerait trop d’incertitude et de vague. M. Catalano a montié dans les Parpaillotes que sa palette avait de la couleur, il en distribuera aux croisés. Cet artiste doit é\itei un défaut véritable, c’est, de rendre flexibles et élégants les guerriers bardés de fer ; on veut lairesentii le nu. et l’on habille ses chevaliers comme au théâtre avec delà toile ou du carton —Nous regrettons de ne pouvoir louer sans restriction 1 estimable tableau «lu Socrate en prison, «pii est aussi de M. Catalano. Il serait trop grand si, comme nous le supposons, il n'était pas commandé. Le peintre a voulu donner de la dignité à la figure de Socrate alors qu il reluse de recouvrer par ruse sa liberté ; c est une faut* . Nous convenons «pie Socrate était laid, mais sa laideur est gravée dans tous les souvenirs, et c’est l’affaire du peintre de la conserver tout en l'anoblissant; autre observation : l’ami <|ui tente de I arracher à ce cachot lui montre, pour le tenter, la lumière du jour à travers une fenêtre grillée étroitement.. placée, selon le règlement, à deux mètres au-dessus du sol ; son geste est tellement significatil et il y a si peu d’autre issue visible, que c’est par cette fenêtre qu’il veut perpétrer l’évasion; or on ne peut s’empêcher d’approuver le philosophe pour n’avoir pas tenté l’impossible. — Le Marin calabrais sautant dans la mer après avoir lue une sentinelle, est un bon tableau deM. Luigi Bocco. Le marin a la pose un peu académique, mais nous convenons qu’il était difficile de satisfaire complètement l’œil dans la position obligée qui lui était imposée par le sujet. La couleur est bonne, les lointains sont «lu paysage satisfaisant; la sentinelle égorgée nous paraît rendre le dernier soupir avec beaucoup trop d'ordre et de tranquillité ; quand un soldat, meurt sous le poignard, il y met plus d'étonnement et «1 abandon, et son fusil n’est pas rangé à côté de lui comme si c’était par le commandement de son capitaine. — Nous avons entendu beaucoup critiquer

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la Vestale du même auteur; c est, selon nous, a tort. Si ce tableau a manqué son effet, c’est pour avoir été placé trop près de l’œil du spectateur, car cette ligure est bien peinte, elle est d’une belle couleur, et la bouche est bien antique.— Que dire du Raphaël présenté au pape Jules II, de M. Nicolas Sessa qu’il n'y a rien d’oublié sur cette toile, si ce n est la lumière, le dessin et la couleur. O Raphaël, comme ton ombre doit être irritée de cette profanation ! — De ce tableau à celui qui représente un sujet analogue, de M. Guiseppe Vlancinelli, il y a toute la distance qui sépare le chaos de la perfection. \ oi la un vrai tableau, un beau tableau! C’est la Présentalion du Tasse nu pape Clément VIII. Profonde intelligence du sujet, belle ordonnance des personnages, correction du dessin, admirable entente de la lumière , perspective irréprochable , exactitude des costumes, étoffes traitées largement, pinceau facile, pâte grasse, moelleuse, tout se trouve dans ce tableau. Ce jeune peintre porte bien sa belle réputation. On pourrait désirer plus de grâce dans la pose du Tasse, il a les genoux trop serrés et la tète un peu trop inclinée. C’est pourtant bien ainsi qu'on se prosterne aux pieds d’un pape; mais tout le monde n'est pas Torquato Tasso, et ce qu’on demande à ceux qui le représentent , c’est de nous faire voir qu'il n agit pas comme tout le monde. Il \ a beaucoup de profils; nous en avons compté dix, ce qui est plus de la moitié des personnages, et les quatre principaux sont vus dans cette position. — Le Rémouleur, de 31. Ferdinando Tomasso, est vrai dans toutes ses parties ; c’est une bonne étude.

Le Vendeur de fruits, de M. Salvator Komano; la femme qui achète et son enfant sont bien peints ; nous supposons que c'est une manière ingénieuse de grouper trois portraits, car autrement ce n’aurait pas été la peine de traiter un sujet aussi innocent dans d’aussi grandes proportions, l’enfant surtout est une création charmante. — Nous ne nous arrêterons pas devant la Zingara bohémienne tirant l’horoscope d'une jeune fille, ce sujet est trop use, et quand ou le traite par réminiscence à la manière de VI. Niccola la Yolpe, on devrait bien ne pas s’en mêler. Nous remarquerons cependant un certain mérite dans la ligure de la bohémienne. — Voici un autre Samaritain de VI. Guiseppe Vlartorelli ; passons... Nous devrions passer plus vite encore devant l'immense toile de VI. Felippo Balbi, représentant Jésus au jardin des Olives, mais il y a la trop de prétentions pour que nous ne nous arrêtions pas un peu. La couleur générale est fausse, celle du Sauveur est cadavéreuse ; il a une énorme tète, et l’ange qui en soutient le poids paraît être vraiment une femme. D’autres anges suspendus dans les airs portent les appareils de toute la passion ; c'est une imitation ; la colonne tronquée de la flagellation est beaucoup plus grande que la croix. Espérons, dans l’intérêt du peintre, que celte malheureuse production sera

ensevelie dans une obscure chapelle d'un obscur village d’une obscure province. — Lessaintes femmes et saint Jean au pied de la erai.v, de VI. Luigi Ferrante, montrent à l’école napolitaine une des routes que parcourt une partie de la jeune école française. Peu de relief, une timidité calculée dans la couleur et dans le dessin, une grande roideur. (.'est dommage. car ce tableau est remarquable pai l’expression touchante de la douleur de la mère, et du disciple chéri du Sauveur ; c'est, sans aucun doute, le tableau qui émeut le plus, mais ou passe et l'on ne tient pas compte à l’artiste du talent qu’il a déployé dans ces deux ligures. Nous conseillons du profond de notre cœur à M. Ferrante de ne pas remonter aussi loin pour s’inspirer; ce ne sont pas Cimabüe, Guirlandajo et leurs contemporains, qui ont illustré les écoles italiennes ; les véritables gloires de la peinture ne sont venues qu après. — La Flagellation, de VI. Rafaële Posliglione, est d’une belle couleur et d'un dessin anatomique bien étudié, quoique manquant un peu de fermeté. Nous aurions désire que le vieillard qui assiste, impassible, a cette scène cruelle, s en occupât un peu plus. — Dans line salle séparée, nous avons vu deux tableaux faits à Rome par VL Vincenzo Vlorani, élève de l’académie de Naples. Cet aparté est une coquetterie, mais le mérité des œuvres la justifie, et personne n'a songe a s on plaindre. I n de < es tableaux de grande dimension représente la naissance des amours à Angélique et Mcdor : l'homme blessé, la femme qui le secoure, le cheval qui fuit, le cheval qui reste, l'amour qui tire une flèche, enfin toute la poétique du genre: VL Vlorani veut évidemment imiter lecole vénitienne, et il a pris le 1 i lien pour son maître c’est bien un peu ambitieux, mais sou mérité lui permet cette tentative, et sa témérité n’est qu'une hardiesse honorable. Nous lui recommanderons de briser la couleur uniforme de ses végétations, de donner plus de profondeur a ses horizons eu les baissant de ton, et plus de vigueur aux parties qui sont trop limées. Pour Vlédor, passe encore, ce n’est ni un Roland, ni un Ferragus; mais le grand cheval, mais le gardien qui le retient avec elloit, voilà où il fallait faire voir des muscles tendus et des veines gonflées par la résistante et la \igueui. Rien n’égale l’effet de la sympathie qui s’élance enflammée des yeux des deux amants; nous ne connaissons en peinture rien de plus remuant, La tète d’Angélique manque de noblesse , car enlin toute coureuse qu elle était, c était une reine, et un peintre ne doit pas oublier qu une reine est de in<< distinguée ; toutefois elle est bien jolie. Celle d< Médor est d’une beauté étourdissante, sa couleui m nous paraît pas avoir assez de solidité ; on a du diic au peintre que les chairs de son héros étaient un peu diaphanes; dans un coin il va un homme moil vu eu raccourci qui n’occupe pas plus de quatu pieds carrés. A propos de ce tour de force, nous

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conseillerons a M. Morani de renoncer à l'imitation dos toiles à la forme longue et haute : une telle surface est, nous le savons, plus diflieile à remplir: mais c’est toujours en torturant le dessin et en sa- < ri liant d’avance l'immense effet des belles lignes.

1/aulro tableau représente K al hcr dénonçant Aman au roi Assuérus. La composition est simple* et sage, le roi à droite, le ministre à gauche et la reine au milieu ; la noblesse (cette fois ftl. Morani n'a rien à se reprocher), la noblesse de geste d’Ksther est sublime, et sublime est son regard, sa ligure, toute son attitude. Assuérus pourrait paraître plus étonné ou plus ému , mais n’oublions pas (pie c’était un despote de l’Asie un peu blasé sur les émotions; la ligure et la pose d’Amari sont ce qu'elles devaient être, toute l'admiration se porte sur le personnage principal. Kstber; l’artiste lui a quelque peu sacrifié les autres. Les accessoires sont élégants, choisis avec goût et sans anachronisme, les étoffes sont touchées de main de maître, le fond est un paysage à la manière des peintres d’histoire, et. il n’est, pas pour cela moins chaud et moins gracieux. .Nous ne devons pas oublier le groupe de femmes de la reine, il y en a trois; le peintre pouvait aller jusqu'à sept, d’après l’Ecriture, et nous ne nous en serions pas plaint, car elles sont bien séduisantes. Il est facile de voir que M. Morani a été prendre ses modèles au Ghetto (quartier des juifs à Borne , et qu'il n’a pas hésité à faire son

profil du beau type hébreu dont on trouve encore des exemples dans cette nation dont les alliances ont été si peu mêlées avec les autres nations; on ne sait pas assez que la race juive était belle, et que sous les baillons et la malpropreté souvent calculés, il se trouve des créatures magnifiques. Tâchez, incrédules, de vous introduire en Orient dans quelques maisons j uives opulentes, et vous verrez ! La ïlehecca de Walter Scott n’était pas une création purement poétique, le grand observateur l avait vue certainement.

M. Morani a un bel avenir, et pour y arriver il doit se délier des éloges hyperboliques qui bourdonnent à ses oreilles et peuvent lui monter au cerveau. Il a des défauts, voilà qui est aussi certain que ses belles qualités; nous ne voulons pour preuve de celle ombre à nos éloges autre chose (pie la vue du portrait qu'il a eu la malheureuse pensée de décrocher du clou qui le soutenait et qui aurait bien dû le retenir. En faisant la part du noir que la toile ou I huile ont repoussé dans les chairs, la couleur n est pas bonne, et d’ailleurs le dessin est incorrect. On voit aussi, par ce malencontreux portrait, que le peintre a une passion prononcée pour les accessoires; ils sont vraiment admirables, mais il est trop fort maintenant pour dépenser son temps a ces bagatelles.

A. San Germano.

La fin à In prochaine livraison. )

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