‹ Les Beaux-ArtsChapitre 139 sur 204 · ETUDE · texte numérisé non relu

ETUDE

A NAPIjES,

o i; s arrivons au paysage, aux marines, aux tableaux de genre. On doit s’attendre à des merveilles dans ce pays où la nature est si belle, jsi variée , si riche , où toute inspiration est poétique. Mnlheiireuset ment, nous voyons tou- > jours les mêmes sites,

les sites voisins qu'on r.y ;i 1

copie sans se déranger,

• -N presque sans (putter sa ■fenêtre. Le peintre tombe dans la monotonie, et son talent s’engourdit •\r-- . dans un ennui qu’il écrit S f-r sur sa toile. Cela tient \ /encore à la pauvreté des . artistes; ils copient et rc- ^ copient ce que les voyaj geurs leur achètent le rV T l mieux, et comme les voyavisitent seulement et sa banlieue , qu'ils

c’est toujours là puisent. L'étranger aime en effet, sous son ciel brupXjJjmeux ou dans son atmosphère glacée, à montrer à ses parents, amis et connaissances , la représenta- ') Ttion des lieux riants qu'il a P^visites ; c’est bien naturel, on ne peut pas le lui reprocher.

l Oui nous délivrera donc des vues du château de l'Œuf, du

geurs

Vésuve, de Pompéi , des ruines de Pouzzoles, de Baja, de Baüli? et quand donc les peintres napolitains voyageront-ils au sauvage Monte-Cargano, sur les ruines pittoresques du Crate, sur les rivages des mers Tyrrhéniemie , Ionienne, Adriatique, dans la chaîne de l'Apennin qui traverse leur pays, et finalement dans leur Sicile a peine explorée, a peine connue? quand prendront-ils souvent des sujets de genre chez ces colonies de Grecs et de Normands (pie les anciens conquérants ont oubliées et (pii sont restées si nationales? Alors ils tenteraient les étrangers, qui peut-être iraient voir ou qui diraient. : .l'ai vu. l'n mensonge de voyageur est sitôt improvise! et pour les peintres ce serait la meme chose.

Eu l’absence de MM. Smargiassi, Vervlool. Légalité, Gonzahc, Uarelli, etc , etc., le paysagiste qui s’offre le premier à nos regards par la fécondité de son pinceau est M. Salvator Fergola. Nous voudrions en vain le taire, mais cela se voit trop, cet artiste fait de grands efforts pour devenir chef d’école, el son école fait gris, froid, vague, pial et lâché. Il emploie cette mauvaise manière quelquefois avec bonheur; alors il surprend, il trompe l'œil pour un moment, mais ses élèves jamais. M. Fergola serait un peintre du Nord, un décorateur au faire large et facile, plutôt qu’un peintre d’un pays ardent, qu’un peintre au pinceau fin et délicat. Cette année pourtant il a produit desœuvres qui attestent des repentirs et des regrets. La Vue il' Ischia est d'un ton chaud, animé, vrai, le dessin est arrêté et ferme; c’est une heureuse dérogation que les élèves de M. Fergola devraient s’empresser d’imiter. Pour lui servir de contre-poids, il a fait un clair de lune où l’incomplet de sa manière a repris tout son empire; et puis, est-ce bien la lune qui dore si richement la molle surface de la mer? Si ce jaune vigoureux était adouci, le ciel et l’horizon paraîtraient

L K S KE A l’X-A H T S.

moins froids. Nous parlions tout à l'heure de décoration : le chêne dcM. Fergola vient immédiatement nous justifier ; c’est une élude belle sans doute pour la foule par sa dimension inaccoutumée, par son éclat, et la facilité incroyable de la main ; mais bonne, non; l’arbre ne tourne pas, la lumière n'y prend pas franchement, ses ébats; des détails importants sont négligés, d’autres, par exemple le tronc, sont oubliés, et quel froid, quel froid ! Cela fait déjà trois tableaux, il nous en reste deux autres: deux marines. E’une représente un Xavire combattant contre une trombe; il y a du mouvement et de l'élégance dans la touche de ce tableau; l’autre est le Naufrage <l' une barque. La critique n’aurait rien à dire sur la composition si l’on n’avait pas vu vingt fois la reproduction à peu près exacte du même sujet. Le ciel noir île pèche est entièrement privé de chaleur, et c’est un ciel du golfe de Naples! D'ailleurs, voyez ces Ilots, ils sont transparents et reflètent de la lumière d’un ton chaud; d’où vient-elle? du ciel sans aucun doute; eh bien, dans le ciel il n’y en a pas, c’est un contre-sens. Ce tableau, du reste, a beaucoup d’effet, la barque est bien placée, l’attitude de ces infortunés marins est remplie de vraisemblance, ils inspirent un douloureux intérêt, c’est le vrai paraissant pris sur le fait. Sans vouloir diminuer lemérite de ces deux marines, et sans jeu de mots, on peut dire que M. Fergola était la dans son élément, car si des ciels et la mer exigent seulement une main habile, il est incontestable que cet artiste possède celte qualité.

Pour en finir avec M. Fergola, nous dirons que le paysage de son frère, M. Francesco Fergola, celui de M. le baron Fenoehito, et peut-être ceux de quelques autres que nous n’avons pas notés, sont de son école, avec ses défauts, sans son talent.

M. Fenoehito est surtout peu habile lorsqu’il a à représenter des personnages. Cet artiste devrait toujours, pour que leur absence soit motivée, choisir l’heure de la messe ou des vêpres.

M. Casati, peintre français, a fourni un notable contingent de tableaux. Nous ne savons pas si nous devons le classer parmi les peintres de genre, de marine ou de paysage, car il fait de tout cela, et bien; son coloris est en général harmonieux et. doux, sa touche est. ferme et consciencieuse, c’est l’antipode de celle de M. Salvator Fergola. La Procession de sainte Rosalie a Païenne manque de perspective, d’espace, d’air ; qui empêchait M. Casati d'élargir son terrain et de se donner le moyen de placer tant de monde ? Comment n’a-t-il pas vu que ces petits soldats du second plan montaient sur la tète des spectateurs du premier plan ? Pourquoi en a-t-il fait des soldats de plomb; la couleur uniformément ronce de leurs habits prête à celte illusion. Nous reprocherons aussi le défaut d espace à la Fêle napolitaine de PiedigroUa. Quelle nécessité de se gêner ainsi, de n avoir pas ses coudées franches? On

s'oblige à entasser son monde qui étouffe. Toutefois, dans ce dernier tableau, ce n’est pas la chaleur qui doit incommoder beaucoup la foule, nous offririons volontiers des châles à cos dames, fl’o,-, viennent les ombres, puisque la présence du soleil n’est pas accusée par le ton du tableau? Nous voudrions que tout ce blanc laiteux fût un peu doré, rien qu'un peu; le défaut capital de ce gracieux ouvrage se trouverait ainsi atténué, Nous désirerions que, dans l’intérêt de la correction de son dessin. M. Casati déshabillât quelques-unes de ses figures; il verrait que si la mode torture les formes en les exagérant, elle ne les fait pas tomber. On voit dans ces deux ouvrages de beaucoup d’importance un immense travail et un désir persévérant de bien faire; c’est une heureuse organisation pour un artiste, quand cela ne le mène pas au delà du luit, car à force de perfectionner on devient lourd et sec. Nous ne disons pas cela pour M. Casati qui s’arrête presque à propos. Quoique très-harmonieuse, sa couleur n'est pas toujours vraie dans le paysage, et nous appliquerons aussi ce reproche aux quatre ou cinq marines qu’il a offertes aux regards du public : la légèreté de l’air, sa transparence, son je ne sais quoi de doux répandu partout, sa couleur, enfin le soleil, tout cela manque un peu aux compositions de M. Casati : quand il aura mieux saisi les secrets de l’atmosphère italienne et renoncé tout à fait a ses traditions d’atelier, les tableaux de M. Casati prendront place au premier sang. — 1 n autre peintre français, M. Mayer, parait être moins fécond que son compatriote; il ne nous a fait voir qu’un seul tableau, une l ne du Bosphore, l'eul-être dans d’autres ouvrages nous aurait-il montré moins de pénible labeur, moinsde minutieux détails et plus d’unité dans son style ; FumI ne sait où s'arrêter. — Quand on voit les efforts de ces messieurs pour faire plus «1 ne bien, on ne peut s’empêcher de regretter qu'ils ne puissent donner a M. Fergola un peu de cequ il> ont par surabondance, et (pie celui-ci ne leur cède un peu de sa désinvolture et de son laisser-aller. — M. Salvatore Guilli a fait un immense paysage ; peine perdue; nous eu dirons autant de celui de M. Scipion Clari . Nous leur en demandons pardon, mais pourquoi, par l’étendue de leurs toiles, forcent-ils les yeux à s'y arrêter? — Un Intérieur d'église au moment d’une prédication animée, est un charmant tableau (h* M. Marsigli. 11 y a la une facilité dans le faire et une pâte grasse et lumineuse qui nous ont fait désirer que ce peintre eût expose des ouvrages plus importants : nous espérons pourtant que 1(3 sans-façon de cette peinture qui, dans cette proportion, a du mérite, serait exclu d’une composition plus importante. — M. Gabriel Corel li a fait aussi un Intérieur d'cglisc: c’est froid et timide, et il y a quelque chose â reprendre dans la perspective linéaire des parties supérieures du chœur. C est égal, voilà un début qui promet. — Legrand paysage

Page 1