M O N U M E N T U M B E L L I G E R M A N 1 C 1 ANN O
TR1MESTR1 SPATIO DI CTE SE B PR DEL IG ATI EX ÆRE CA PT O GLOR1.E EXERC1TUS MAXIMl BICAYIT.
Celte inscription, quoique écrite dans un latin des plus médiocres, jettera un grand jour sur cette histoire antique couverte de ténèbres. Cette colonne triomphale a été dédiée à la gloire d'une armée très-considérable, cxercitm maximi, par Nea Polion, général d’Auguste, Nea Polio, imperator Augusli. Rien de plus clair. C’est le monument de la guerre de Germa nicus, monument um belli Gennanici; achevée dans un trimestre, trimestn spatio ; fort, mauvais latin, mais fort clair. La colonne fut construite avec le bronze pris du vaincu, ex (Bre capta profligati, c’est-à-dire avec toutes les pièces de monnaie de cuivre trouvées chez l’ennemi, ou avec sou trésor, œre.
Nea Polion, général d’Auguste, eut donc la gloire de terminer la guerre de Germanicus; et il éleva celte colonne à Paris, probablement sous le règne du roi de Rome, dont le palais s’élevait sur les bords delà Seine, dit un historien. L’inscription est d’autant. plus précieuse qu’elle relève une erreur chronologique de seize siècles environ; qu’elle fixe le régne d'Auguste en 1805; qu'elle précise exactement la fin de la fameuse guerre de Germanicus, et qu'enfui elle prouve qu’en 1805 la langue latine, quoique bien dégénérée, était parlée à Paris. Ce ne fut donc qu’à la fin du dix-neuvième siècle que la langue française se forma de la putréfaction du latin.
Denis Zabulon et Jérémie Anémias ressentirent devant ces grandes découvertes une joie bien naturelle. Cela console de bien des maux. Tirer un rayon d'une ruine et illuminer l’histoire, quelle œuvre! et quel service rendu à l’humanité! Sans doute le sage roi Spirigh, qui llorissait en 5245, a bien mérité de l’univers en ordonnant l'incendie de tous les livres et de toutes les bibliothèques de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique. La terre était sur le point de n’être plus habitée que par des livres; les insectes et les animaux rongeurs qui vivent des papiers imprimés se multipliaient d’une manière effrayante, et il aurait bientôt fallu que l’homme abandonnât les villes aux bibliothèques et aux vers. Le sage roi Spirigh, le conquérant éclairé de t rois parties du
monde, a donc rendu un véritable service aux hommes eu livrant au feu ces innombrables montagnes de livres qui ne servaient plus qu’à infecter l'atmosphère' ; car ils étaient devenus si nombreux, que leur formidable masse décourageait la science et l’instruction. Le sage roi Spirigli a voulu donner a l'histoire du monde un nouveau point de départ, et faire regarder comme non avenu tout ce qui s'est passé avant son ère glorieuse. Mais, tout en rendant hommage au décret du roi Spirigh, nous devons aussi des actions de grâces aux savants qui, au
moyen de quelques lambeaux de papier arrachés aux flammes, et de quelques inscriptions nébuleuses, ont surpris à l’antiquité quelques-uns doses secrets historiques. Denis Zabulon a bien mérité de la science, puisque, a l’aide de trois lignes latines, il a comblé l'immense lacune que l’incendie de toutes les bibliothèques avait ouverte jusqu’à l'époque actuelle, 1844.
f La fin il lu prochaine livraison. )
BOCLEVARD 1)1 T K Ml» 1. K
MARTIN SCHONGAVER
i j’avais a Iracer une histoire des beaux-arts, je raconterais l'époque de leur croissance avec plus de développements que celle de leur maturité ; je m’arrêterais plus volontiers et.
plus longtemps a l’âge de Van Eyck et de Jean Mabuse qu'à celui de Rubens et de Van Dyck. .le m’étendrais plus complaisamment sur ces artistes laborieux et à peine connus, qui ont préparé les voies aux autres, que sur ces maîtres plus heureux, riches de la dépouille de tous leurs prédécesseurs, favorisés des hommes et du sort et parvenus au trône de l’art par une route déjà toute frayée à l’avance. Devant ceux-ci, on ne peut qu’adorer et se taire; l’admiration a épuisé pour eux toutes les formules de louange, et leur réputation , assise sur une base inébranlable, brave les attaques du temps et de la critique. Je négligerais un peu ces dieux, devant qui fume un éternel encens, et j’irais offrir mes hommages à ces martyrs de l’art pour qui la renommée n’a point de fanfares éclatantes, point de couronnes de laurier, point de char triomphal. Et pourtant, qui a mieux mérité qu’eux de vivre dans la mémoire des hommes? Ce sont eux qui ont défriché et ensemencé le champ que nous moissonnons aujourd'hui. Leur vie a été une lutte continuelle avec le sort, avec la nature, avec le public. Qui pourra apprécier les peines qu’ils se sont données pour faire faire à l’art quelques pas de pi us ! Que d’obstacles n’ont-ils pas eu à combattre! Que de jours sans loisir! que de nuits sans sommeil ! Que de regrets enfin, lorsque, après bien des années de travail, il fallait mourir sans avoir atteint cette perfection qui occupait toutes leurs pensées, sans avoir pu recueillir la glorieuse palme qu’ils promettaient à leurs mains !
L’histoire de ces premiers temps de la peinture est pleine d’intérêt dramatique et de délicieuse attente. Tout annonce le grand homme qui doit s’élever a ce haut degré de perfection que nul n'a encore pu atteindre; tout prend un air de fête pour le recevoir. Il vient enfin; il éclaire tout son siècle des rayons de sa gloire, il l’enrichit des trésors de sou génie, puis il disparaît et laisse après lui un vide que des générations entières ne peuvent remplir, une obscurité (pie plusieurs milliers d’étoiles ne peuvent dissiper. Ses disciples, incapables de le surpasser et même de. l’égaler, sont réduits a Limiter; ils se partagent le velours de suit manteau royal, et chacun en emporte un lambeau.
Au xivc et au xve siècle, l’art faisait partie inhérente du culte. Le peintre, avec une conviction profonde et sincère, prêchait par ses tableaux comme l’ecclésiastique par ses sermons. Il eût refuse de passer d’un sujet religieux à un sujet profane; il n’eût pas voulu employer à peindre une Vénus les mêmes pinceaux qui avaient servi à représenter une madone; il eût plutôt brûlé ses pinceaux et sa main' Le frère Angeliro de Fiesole se préparait au travail par de longs jeunes; il appelait l’inspiration par de longues prières; il s’interrompait souvent pour méditer sur la vie et sur la mort de son Sauveur. Aujourd’hui, il n’y a plus d’art religieux possible, car le peintre et le sculpteur rient des images qu’ils livrent à l’adoration des fidèles. Pour retracer les souffrances du Christ, il faut les avoir ressenties; il faut que sa passion se soit répétée en nous; et aujourd’hui, s’il revenait sur la terre, nous nous mêlerions volontiers à la tourbe de ses accusateurs. La foi s’en est allée, et l’art avec elle. La peinture n'est plusqu’une réminiscence; alors elle était une inspiration.
Les contemporains du frère Angelico ne se préoccupaient pas beaucoup de l’élégance de la forme ; ce
qui les animait, ce n'était pas le désir de dessiner de beaux contours, mais le besoin d’exprimer une noble ou pieuse idée. C’est l’idée et non la forme, c’est l’esprit et non la chair qui dominent dans leurs tableaux. Différence essentielle entre eux et les peintres de l'âge suivant, dont toute l’attention était portée sur la partie anatomique et matérielle de l’art.
Les peintres de la renaissance manquent de science , mais qu’importe ! Ce qui fait l’artiste et le poète, ce n’est pas l’étude des principes de l’art, ce n’est pas la connaissance des règles; c’est le sentiment, c’est l’inspiration , c’est l’enthousiasme ; la science n’est pas le principal, elle n’est (pic l'accessoire. Demandez à Michel-Ange si c’est le scalpel anatomique «pii lui a révélé son Moïse; demandez à Léonard de Vinci si c'est dans un traité de géométrie qu’il a trouvé les belles lignes de sa Chic. Us vous répondront qu’avant d’avoir étudié l’anatomie et les mathématiques, ils étaient déjà de grands maîtres. A treize ans, Michel-Ange avait sculpté une tète de satyre que les connaisseurs prirent pour un antique; a neuf ans, Léonard avait peint une tète d’ange si supérieure à celles de son maître, que celui-ci, honteux d’être surpassé par un enfant, fit serment de ne jamais plus toucher un pinceau de sa vie, et tint parole.
Les peintres primitifs sont aussi de grands artistes, bien qu’ils ignorent, comme Léonard enfant, la théorie et le technique de l'art; ils sont de grands artistes, parce qu’ils sentent vivement ce qu'ils peignent et qu’ils ne peignent que ce qu’ils sentent. Leurs ouvrages sont pleins d’énergie et de feu, parce que leur âme était énergique el brûlante. Us prenaient au sérieux l’art et la religion ; ils vénéraient, ils lisaient avec foi le livre où ils puisaient toutes leurs compositions; l’Evangile, pour eux, n’était pas un roman incroyable, mais la vérité même. Le souffle glacé du scepticisme n’avait pas éteint le saint enthousiasme des premiers âges; Luther n’avait pas condamné l’art comme une invention de l’enfer; le tremblement de terre de la réformation n’avait pas renversé les images et ébranlé jusque dans leurs fondements les cathédrales gothiques. L’art chrétien existait encore dans toute sa force, dans toute sa pureté, sans aucun mélange de pensées païennes. Cet art conservait fidèlement le caractère de sévérité et de componction particulier à la religion d’où il découle. Le dieu des païens se trouvait en dehors de l’homme; il se cachait dans les plantes, dans les arbres, dans les flots, dans la nature entière; le Dieu des chrétiens, au contraire, est dans l’homme même; notre âme est son sanctuaire, il s’y fait entendre par la voix de la conscience. L’architecture des anciens est extérieure comme leur dieu , elle place les colonnes en dehors des temples; l’architecture chrétienne, austère et recueillie comme la prière, les place dans l’intérieur de l’édifice. La pu¬
reté de la forme, la tranquillité des lignes sont le but de l’art grec. Jupiter et Apollon doivent avoir un front serein, une taille bien proportionnée, des membres bien arrondis : l’artiste divinisait en eux les instincts de la matière et les plaisirs des sens Jupiter est un dieu grand seigneur qui n’a jamais connu le besoin; il est le patron de ces sybarites romains qui nourrissaient les murènes de leurs étangs avec de la chair d’esclaves. Le Dieu des chrétiens, au contraire, a passé par toutes les épreuves de la douleur ; c’est un homme du peuple, c’est le frère des affligés, des mendiants, des proscrits; c’est le défenseur de tous les malheureux que les adorateurs de Jupiter oppriment et écrasent; c’est un Dieu pauvre, humble, souffrant ! Mais qu’il est grand dans sa pauvreté ! qu’il est noble dans son humilité! qu’il est beau dans sa souffrance! Lui seul a la véritable beauté, la véritable grandeur, car sa beauté, sa grandeur sont toutes morales. 11 ne veut pas effrayer les hommes, il vient les consoler et. les convertir; il ne se revêt pas d’éclairs et de tonnerre, son arme est la parole plus puissante que la foudre. 11 vient fouler aux pieds la matière et faire triompher l’esprit.
Ce caractère austère et sublime du christianisme se reflète admirablement dans les ouvrages des artistes venus avant la fusion de l’art chrétien avec l’art grec. Je n’en citerai aujourd’hui qu'un exemple, celui de Martin Schongaver, peintre et graveur, dont les ouvrages sont bien propres à justifier mon admiration pour l’art chrétien primitif. Regardez cette sainte Véronique et ce Christ crucifié, reproduits avec tant de soin par M. I'étrak : quelle vérité! quelle finesse! quelle grâce dans ces naïves compositions! Qui ne serait ému de la douleur de ces saintes femmes? C’est la même simplicité de style que dans l’Évangile, c’est la même profondeur de sentiment. Ces contours sont un peu maigres, ces lignes sont un peu roides, j’en conviens; mais ici, comme dans l’Évangile, il faut regarder à l’esprit et non pas à la forme.
Ordinairement, c’est l'épitaphe des hommes célébrés qui apprend à la postérité la date de leur naissance el de leur mort. Martin Schongaver n’a ni épitaphe ni tombeau ; ce que nous savons de plus positif sur sa vie, nous le devons à une inscription qui se trouve au bas de son portrait, peint par Lavijkmair , son élève. Voici cette inscription : «Maître Martin Schongaver, peintre, nommé le « beau Martin, par rapport à son art, né à Colmar, « mais du chef de ses parents bourgeois d’Augs- « bourg et noble d’origine. Mort à Colmar, l'an « I -MM), le deux février. Dieu lui fasse grâce. Et « moi, Jean Lavgkmair, je fus son disciple en l’au- « née U 88. »
La date de sa naissance n’est pas bien connue. Bartsch la place vers l’an 4 445. Il était orfèvre en même temps (pie graveur, comme son contemporain
Fiuiguerra, à qui on doit l'art d’imprimer une gravure sur métal, art qui n'a aucun rapport avecl’impression des gravuressur bois. Cependant, par un hasard extraordinaire, ces deux arts ont pris naissance presque à la même époque, l’un en Italie, l’autre en Allemagne. Les recherches de l'abbé Zani, confirmées par Al. Dueliesne, ne laissent plus aucun doute a cet égard. « Qu'il me soit permis, dit AI. Duchesne, 'i de publier à haute voix l 'arrêt, que sa découverte ■i le mettait dans le cas de prononcer lui-même; « qu’on sache que toutes les incertitudes sont fixées; « qu’il est démontré enfin que l’art d’imprimer des ii gravures sur métal est dû à l’Italie; que cette in- K vention eut lieu dans la ville de Florence, en 1452, « et que son berceau fut l’atelier du célébré Thomas « Finiguerra (t). »
Notre Martin est l'un des plus anciens graveurs allemands en taille-douce dont on connaisse l'époque. .Mais bien que l’histoire ne fasse pas mention de sou maître, il est certain qu’il en eut un, et il fallait que ce maître fût déjà très-habile pour former un «déve aussi distingué.
Outre la gravure et. l'orfèvrerie, Martin cultiva aussi avec succès la peinture. Itealus lUiénanus et Wimpelung font de grands éloges de son talent. « Que dirai-je, écrit, ce dernier, de Martin i Schon de. Colmar, qui excelle dans l’art de la pein- ' turc à un degré si éminent, que ses tableaux sont h recherchés et transportés en Italie, en Espagne, i .'O France, en Angleterre et en différents autres
pay* du monde. A Colmar, dans l’église de Saint- <1 Alartin-ct-Francois , existent des tableaux de sa i main, que les peintres qui s’y rendent de tous
t i'.ssni sur 1rs Xi elles , page 2‘2.
empressent à l 'un vi de copier. En effet , 1 suivant l'avis des connaisseurs, personne au monde " ne saurait exécuter des peintures on l’énergie et « 1 élégance fussent réunies d’une manière si par- « faite, a
Albert Durer a aussi rendu hommage au talent de Martin, en écrivant au bas d'un dessin de ce maître : •< (à* morceau a été exécuté par le beau Martin, eu
i 1470, étant jeune homme. Moi, Albert Durer, j’ai
appris cela et ai écrit ces ligues en sou honneur.
ii eu l'année 1517.
Dans une de ses lettres, le même artiste raconte que son père avait voulu l'envoyer à Colmar et le mettre sous la direction de Martin Schon. lorsque la nouvelle de sa mort arriva à Nuremberg.
Aujourd’hui, nous ne partagerions pas tout l'enthousiasme des contemporains de Sclmngaver. Cet artiste a tous les défauts de l’école spiritualiste à laquelle il appartient ; mais il en a aussi les beautés et à un degré supérieur. Il rachète1 presque toujours, par la Un esse des détails, les imperfections de l’ensemble. Si ses fonds présentent une perspective peu agréable, en revanche ses premiers plans ont beaucoup de vigueur et. de relief. Si ses draperies sont un peu roides, elles ont du moins le mérite de la simplicité et de la majesté dans les plis. En un mot, les ouvrages de ce maître sont du nombre de ceux dont on doit conseiller l’étude à tous les artistes qui font quelque cas de la vérité de l’expression et de la simplicité noble et pudique des formes.
Louis IIei.atke.
(La fin à la prochaine livraison.)
LES BEAI X- Alt T S.
(ôtes s’
COR RESPONDANCE ALLEMANDE.
Sommaire. — Arrhilccturo : article du Foreign (luarterlj lleview. Ecole architecturale de Munich. Galhéilralr de Pologne. \nl< | impose à \ieiuie. — (ir«\vures : vente de la collection de II. Wurtemberg. — Publications : travaux archéologiques de Panofka sur la Grèce. Antiquités de l’ompéi par le professeur Zaliti.
A a en itec'I i a e. — 1 n article du Fureign Quarlerhj Rceiciv , sur l'architecture allemande , vient d’être l’objet, d’une réponse de Al. Gevilt. Le pamphlétaire anglais, auteur inconnu de V Fuciiclopedia nj nrchiieclurc. refuse toute espèce de mérite aux architectes allemands, et surtout à Scliinkel, auquel il reproche de manquer d’originalité. Scliinkel, à la vérité, s’inspire des monuments antiques, mais il sait meleraustyle grec un cachet, moderne qui le rajeunit.
L accusation de n avoir point de caractère propre est toutefois applicable à l’école architecturale de Munich, la plus célébré de l’Allemagne. Sans chercher a innover pour répondre aux besoins et aux mœurs de notre époque , elle se borne à des imitations grecques, byzantines ou gothiques. Encore ses pastiches de pierre ne sont-ils pas toujours heureux, l'aulùt. elle charge d'ornements surabondants des
édifices construits à l'exemple des temples anciens, sans songer qu’elle dénature la pureté de leurs lignes; tantôt, exagérant l’art gothique, elle fait de la guipure sur une grande échelle. La petite eglise bâtie dans le faubourg de Munich est la seule qui soit d’un gothique irréprochable. La nouvelle, eglise protestante ressemble à un théâtre, et la Chapelle de ions les saints, construite par Klcnze dans le st yle byzantin, ne rappelle aucunement la majestueuse sévérité des basiliques. L’extérieur est maigre et froid. L’or a été prodigué dans l’interieur. Les piliers, le chœur, les tribunes, les chapiteaux, sont dorés; desfresques peintes sur un fond d’or resplendissent dans les trois coupoles et sur les murs des bas côtés, que huit colonnes de marbre de couleur séparent de la nef. Le faste de ces monuments n’en déguise pas le mauvais goût.
LES BEAI X-A BIS.
Le style Byzantin se retrouve dans la nouvelle université de Munich , le séminaire «pii est en face, et la nouvelle bibliothèque; mais tous ces bâtiments sont lourds et sans grâce. I. 'église de Saint-Louis, dont l'intérieur seul est terminé, est plus conforme aux saines traditions. Ses deux tours massives, terminées en pointe, sont d’un aspect imposant; mais l'effet de la façade est détruit par les arcades qui lient l’église à la maison épiscopale. On pense que cet édifice sera inauguré à la fête de Saint- Louis : attendons ce jour solennel pour porter sur l’ensemble un jugement définitif.
Non contents de chercher des modèles dans les •ouvres des dixième et onzième siècles, nos artistes copient les basiliques romaines du cinquième siècle. Le professeur Ziebland vient d’en construire une dans le couvent des bénédictins de Munich. Cet immense bâtiment, de trois cents pieds de longueur sur cent vingt de large, est partagé en cinq nefs par soixante colonnes «le marbre gris, dont les chapiteaux sont eu marbre blanc. Le plafond n’est, pas voûté; on l'a peint en bleu et. parsemé d’étoiles; les poutres ont été revêtues d’une couche de couleur brune, et les barres de fer dorées. Ces décorations puériles contrastent avec la grossière simplicité du plan général.
En fait de monuments grecs, nous avons à Munich la Pinacothèque, dont malheureusement le rez-dechaussée manque de lumière; un lourd palais, imité «lu palais Pitti, et la Glyptothèquc , dont l’emplacement calme et solitaire , le portique soutenu par douze colonnes ioniennes, le fronton représentant les arts libéraux, rappellent l’Académie d’Athènes.
Aucune de ces constructions, l’orgueil moderne de Munich, ne vaut la vieille cathédrale de Cologne, dont les travaux se poursuivent avec une infatigable activité. Plusieurs centaines d’ouvriers y sont employés; d’énormes échafaudages montent à l'intérieur et â l’extérieur de l’église. Les parties nouvellement achevées des piliers, des fenêtres et des tarasques , égalent en fini et en élégance les plus précieux morceaux de l’art gothique.
Nous avons pu admirer pendant plusieurs jours, dans l’église des minorités de Vienne , un autel
gothique destiné â l'une des terres de la riche et noble famille Potocki. Il a été exécuté d’après les dessins du professeur Itoesuer, et orné de peintures par Léopold Kupelvvieser. Au-dessus de la table est représentée la gloire de la Peine des cieux; trois autres tableaux, «b; moindre dimension, nous montrent. un Christ sons le tilleul, le Sacrifice île Jésus- Christ et la Vier () e auprès de l'agneau expialeur. L’autel est surmonté de trois statues de Kabsmann, saint Pierre , saint Paul <>l saint Jacques.
Gkavl kes. — On vient de vendre, à Dresde*, la magnifique collection «le gravures qu'avait formée M. Wurtemberg, mort a Dantzig. Elle comprenait trois mille trois cents pièces, classées par ordre chronologique «‘t méthodique. On y trouvait le recueil complet des gravures d’après et par Mantegna, Raphaël, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Albert Durer, Lucas Cranach , Audran, Wille , Edelinck, etc.
Publications. — L’archéologue Panofka continue son remarquable ouvrage sur les antiquités grecques, le plus propre â les faire connaître dans tous leurs détails. Déjà il a passé en revue l’éducation, les jeux gymnastiques, les courses, la musique, la chasse, la guerre, la médecine, les beaux-arts, la danse, le jeu, les noces, les repas, les sacrifices, la vie champêtre, la marine, le commerce, les métiers, la vie intérieure, la mort, et les funérailles. Ces savants travaux sont d’autant plus précieux «pie chaque livraison est accompagnée de huit ou dix dessins reproduisant des bas-reliefs ou des tableaux encore, inédits.
Le professeur Zah n publie avec un éclatant succès la collection des antiquités de Pompéi et d’Herculanum. Le septième cahier reproduit plusieurs maisons curieuses et de belles peintures, Phèdre, J pli i génie, les Aventures de Psyché. Nous signalons avec plaisir les travaux de MM. Zahn et Panofka; des œuvres de cette importance méritent d’être popularisées dans le monde artistique, et, convaincu de leur haute valeur, nous voudrions inspirer aux amateurs français le désir de les posséder.
hhS H K AUX -Ali T S.
Souvent, le. jour, je rêve Que revient celte heure forium Où, à mi-chemin de la montaitii .1 allai près de la tour en ruim
Censées, passions, plaisirs, iuul n‘ <l"i «pile celle mortelle enveloppe, I nul obéil à l'amour, l'-l nourrit sa (lamine sacrée.
hile se tenait appuyée contre la statue !) un chevalier couvert de son armure, ht, debout, elle écoulait mes chants, Au milieu de la pâle lumière.
Ml lliouglits, ail passions, ail deli” ht- \\ lialcver stirs lliis mortal frai ne.
AU are but ministère of Love,
And feed his saered Haine.
()fl il) my wakinjr (Ireams do I lave o’er ngain thaï linppy liour,
'A lien midway on llu* niomil I lay iîeside tl»e roi ued tuwer.
The moorisliine, slealing o'e Ihe seene liad Ideinled willi Ihe lighls ol eve:
A tu i s lie was tbere, niv liope, myjoy, My own dear Genev ieve 1
She leailed against I lie aniied maii.
The statue ol ihe aniied knighl :
She stood and listeued to my lay.
Amid tbe lingering liglit
LES H IC A U X -A H T S
Elle a peu souffert dans s;i vie,
Mon espérance! ma joie ! ma Geneviève!
Jamais elle ne m’aime mieux que lorsque je elianle De douloureuses histoires.
Je jouai un air doux et plaintif',
Je chantai une vieille cl émouvante histoire: C'était un vieux et rude chant qui allait bien A ces ruines sauvages et chenues.
Elle écoulait le Iront rougissant,
Les yeux baisses et avec mie grâce modeste : Car ellesavailbieu que, malgré moi.
Mes yeux ne quittaient pas les siens.
Je lui dis l'histoire du chevalier qui portait Sur son écu une torche cnllammée.
Et qui, durant dix longues années, aima La châtelaine du lieu.
Je dis combien il souffrit. .
La voix profonde, voilée, sympathique Dont je chantais l'amour d'un autre,
Lui révélait le mien.
Elle écoulait, le front rougissant,
Les yeux baissés et avec une grâce modeste;
El. elle me pardonna d’attacher Trop amoureusement mes yeux sur les siens.
Mars lorsque je dis qu'un cruel dédain Hendit fou ce hardi et séduisant chevalier Qu’il courait sur les monts, dans les bois,
.Ne reposant ni jour ni nuit ;
Que quelquefois d’un antre sauvage.
Quelquefois d'un épais fourré.
Il s’élancait tout à coup Sur la verte et lumineuse clairière ;
■iifi
Few snrrows lialli she of lier nwn,
M\ hope, iny joy. my Geneviève !
Sbe loves me best wheneVr I sing The songs. that ma l<e lier grieve,
I played a soft and doleful air,
I sang an old and moving slory —
An old rude Ming, Ibat suited vvell That ruin vvild ami Imary.
Slu* lislened willi a tlitling blush,
Willi downeast. eyes,-and modest grâce; For vvell she knew I cotild m i cfioose, But gaze upou lier face.
1 lold lier of llie kniglit thaï xvore Upon liissliield a burning brand ;
And thaï for ten long y cars lie vvooed The Lady of the Land.
I told lier how lie pined : and ah!
The deep, t lie lovv, tlic pleading loue, With vvliich I sang another’s love, tnterpreted my ovvn.
She lislened xvith a llitting hluMi,
Willi downeast eyes, and modest grâce; And she forgave me, thaï 1 gazed Too fond ly on lier face!
But vvlien 1 told the cruel senrn That crazed thaï bold and lovely knighi , \nd thaï lie crossed the mountain-woods \or rested day nor night ;
That sotnetimes from the savage den,
And sometimes from the darksome sliade, And sometimes starting np at once In green and sunny glade, —
LES IÎËAUX-AKTS.
tôS
Que là venait et le regardait l u ange brillant et beau ,
El qu'il savait que C'était un démon !
Le malheureux chevalier !
Et que ne sachant ce qu'il faisait,
Il bondit un jour au milieu d’une troupe homicide,
Et sauva d'un outrage pire que la mort
La châtelaine du lieu.
wr„ ni i,
Et combien elle pleura et embrassa ses genoux ! Combien elle prit vainement soin de lui ,
El s’efforça d’expier Le dédain qui l’avait rendu fou î
Et qu’elle venait le voir dans un antre;
Et comment la raison lui revint,
Lorsque, étendu sur les feuilles desséchées.
Il allait rendre le dernier soupir.
Et ses dernières paroles. .. Mais lorsque j'arrivai A cet endroit le plus triste de la chanson,
A ma voix tremblante, aux accords expirants de ma harpt Son âme fut émue de pitié.
Tout avait touché l'âme et les sens De mon innocente Geneviève ,
La musique ma lamentable histoire.
Le riche et parfumé paysage ;
Elles espérances, et les craintes qui enflammaient l'espérance Mélange confus,
El les doux désirs longtemps comprimes,
Gomprimés et longtemps caressés en secret!
Elle pleura de pitié et de plaisir.
Rougit d’amour et d’une honte virginale ;
Et, comme le murmure d'un rêve.
Je l'entendis soupirer mon nom.
Tliere came and looked bim in tlie face Xn angel beautiful and briglit ;
And thaï lie knexv it was a fietid;
This misérable knîglil !
And tliat, unknowing what lie did,
Ile leaped amid a murderous band ,
Xml saved from outrage xvorse l liait dealli Tlie Lady of tlie Land.
And how she wept, and clasped bis luiees; Xud how she teuded him in vain —
Xnd ever slrove to expiate
Tlie scorn thaï crazed Dis brain : —
Xnd that she nursed him in a cave; And liow bis madness went away, XVhen on lhe yellow lorest-leaves A dying man lu* lay; -
His dying Word s. — H ut when I reaclied Thaï lenderesl slrain ofall lhe dit ty,
My faltering Voice ami pausing harp Dislurbed lier soûl witli pi t x !
Alt impulses of soûl and sense liai) thrilled my guileless Genevieve; Tlie inusic and lhe doleful taie,
The rîcli and balmy eve;
Xml hopes, ami fears tliat kindle liope, And undistiuguishable tlirong,
X ml gentle wishes long subdued, Subdued and cherisbed long!
She wept witli pity and deliglit,
She blushed with love, and Virgin sliame. And, like the murmur of a dream,
I heard lier breathe my name.
LES BEAU X- A BTS.
Son sein palpitai t . Elle SC déroba un instant
Pour ccliappor à mon regard.
Puis , loin ;i coup , l'œil iremblani.
Elle accourut à moi et pleura.
Elle me tenait à demi serré dans ses liras El me pressa il doucement;
Puis, rejetant sa tête en arriére, elle leva les veux sut moi El me regarda fixement.
(l'était moitié amour . moitié crainte:
C'était encore un innocent artifice Pour i|iie je pusse sentir plutôt que voir Le gonflement de son cœur.
.J'apaisai ses craintes et réussis à la calmer;
Elle médit alors son amour avec un timide orgueil.
El c’est ainsi que je conquis ma Geneviève,
Ma belle ei tendre fiancée.
Traduit f/c rouillais de
Go i. k i< i no r
Mer bosom heaved slie stepped r.side.
As coitscious of ni y look she Stept — Thon suddenly, witli timorous eye She fled tn me and wept.
She liait enclosed me wilh her amis,
She pressed me with a meck embraee;
\ nef . bending back lier head , lookeil up, And ga/ed iqioii my face.
T was partis love, and parlly fear.
\ml partis *1 was a bashful art .
Thaï 1 inight rallier feel, than sec, The swolling of her hearl
I ealmed her fears, and she was câlin.
Vn.l told her love willi virgin pri le.
Vnd so I won my Benevieve,
\fy bvight and heauleous bride.
Coi. f. ni ne i
LES UEAl X-AUTS.
Dis, <| iiol est ion secret, providence divine. Sphinx, que personne ici ne voit et ne devine .'
Il était nu artiste à peine à son printemps, Léopold Robert, peintre aux tableaux éclatants. Qui, du pays romain que son art divinise.
Copia le soleil, et mourut à Venise :
F.t mourut, en laissant au début du chemin Tout un monde nouveau qu’il tenait dans sa main, llri monde flamboyant d'auréoles romaines Que l'ange Raphaël légua sur ses domaines !
le connais un artiste inconnu, bon vieillard Qui, dans sa vie, a fait cent crimes contre l'art; Qui. des coups répétés d'un pinceau centenaire.
A deux fois égorgé les martyrs qu’on vénère.
A pris l’histoire sainte et profane à deux mains Avec les héros grecs, gaulois, hébreux, romains,
SONNET T U A 1) t I T UE M IC H EL - A N G F..
l es terrestres beautés servent ilechcllr vers le Créateur.
La forme d’un beau front jusqu’au ciel m'éperoime, (Car c’est bien ici-bas tout ce que je chéris)
F.t je monte vivant parmi les purs esprits,
Gloire dont rarement un mortel se. couronne
Avec son créateur si bien l'œuvre s’ordonne,
Que jusqu’à lui j’atteins par mes élans hardis,
Et modèle à son gré mes pensers et mes dits.
En brûlant pour l’amour d’une belle personne.
Donc, si de deux beaux yeux je ne sais détourner Mon regard, je connais en enx quelle lumière Montre vers Dieu la voie et doit m’y ramener.
Mon âme à leurs rayons s’embrase tout entière; Mais en ce feu divin j’ai senti rayonner La joie où vit des deux l’éternelle prière.
Les pieux chevaliers du sanglant moyen àgr Morts dans la Palestine en saint pèlerinage.
Et les :i tons noyés, en versant a plein seau Tout un océan gris conduit par uu pinceau;
F.t qui demande encore à sa blanche vieillesse Quelque héros futur que l'avenir lui laisse.
Prince, roi. général, ou soldat, condamné A périr de sa main, même avant d’être né!
Douze enfants, relégués dans un sixième étage De ce père éternel attendent l'héritage Et s’il meurt quelque jour, ce père, ils trouveront Douze tableaux moisis dans un atelier rond. Chefs-d’œuvre d'un arpent, qui, vendus» renchéri Par l'huissier, aujourd'hui que la toile est peu ebèi Donneront à chacun des douze lils souffrants Lofi droits d’encan déduits, un êeu de cinq francs.
Physionomie Parisienne.
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