CONCOURS DE SCULPTURE
MM. Maréchal, Lequesme, L avignr , Moreau, Thomas, Maillet, Leiiar ivel ni Guillaume.
k 1811, l’Académie impériale des Beaux-Arts indiquait, pour sujet du concours de sculpture, la Mort d’Epaminondas , et le premier grand prix était décerné à un jeune homme qui s’est illustré depuis , M. David (d'Angers). En 1845, les membres de la section de sculpture, réunis aux membres du bureau, dans la séance du 15 juin, donnaient aux élèves le programme suivant : « Epaminondas, blessé mortellement dans la bataille de Mantinée, avait été rapporté dans le camp avant d’expirer. Il voulut s’assurer que scs armes étaient sauvées; on lui montra son bouclier; il demanda quel parti était Vainqueur; on lui répondit que c’étaient les Thébains. A ces mots, il retira lui-même le fer de sa blessure, et rendît le dernier soupir au milieu des guerriers qui l’entouraient {Diod. de Sic., l.XV). » Nous ne chicanerons point l’Académie sur la rédaction de ce morceau ; le sujet, et c’est l’essentiel, s’y trouve nettement indiqué. Le fils de Polymnus blessé dans la bataille, est rapporte dons le camp; on lui dil que les Tbébains sont, le parti vainqueur; heureux de voir sa patrie triomphante, il meurt nu milieu des guerriers qui sont autour de lui. Rien de plus logique. Mais pourquoi persister avec acharnement dans la voie de l'histoire ancienne?
Nos annales sont-elles infécondes? N'y a- 1- il de héros que ceux qui sont morts l’an 565 avant Jésus-Christ? Faut-il n’avoir jamais recours qu’à Diodore, Plutarque, Xénophon, Justin ou Cornélius Népos? Les partisans des Grecs peuvent nous répondre : « Comment apprenez-vous le français? En étudiant des langues mortes. Vous n’entrez dans le sanctuaire de votre langue maternelle qu’en passant par le. vestibule du grec et du latin. I)e même c’est a force de copier la statuaire antique que les sculpteurs arrivent au moderne. » Ainsi l’hellénisme aux abois se retranche derrière l’Université ; il rend la discussion impossible eu la compliquant, en obligeant. ses adversaires à attaquer en même temps que lui ce système classique, qui, depuis tant d’années, enfante si laborieusement des nullités.
Le sujet du concours n’était pas moins grec : c’était les Adieux d'Hector à An il rom nr/ ne. « Le magnanime Hector s'approche de son fils, et lui tend les bras; reniant, à l’aspect de son père, se jette, eu criant, dans le sein de sa nourrice, effravé des clartés de l’airain et de l’aigrette menaçante qui flottait au sommet du casque *> Le résultat, de la lutte préliminaire a classé les concurrents dans l’ordre suivant. : MM. Moreau, élève de MM. Ilamey et Dumont; Thomas, élève de MM. Ilamey et Dumont; Maréchal, élève de MM. Ilamey et Dumont ; Lequesne. élève de M. Pradier-, Lavigue, élève de
LES BEAllX-ARTS.
MM. Ramey et Dumont; Maillet, élève de M. Feucliéres; Leharivel, élève de MM. Ramey et Dumont; Guillaume, élève de M. Pradier. Les candidats ont travaillé eu loge du 15 juin au I 1 septembre; l’exposition de leurs bas-reliefs a eu lieu les 43, 14 et Ici du même mois, et le samedi l(>, jour solennel, la quatrième classe de l’Institut a accordé le premier grand prix à M. Maréchal, le premier second prix à M. Lequcsne, le second second prix à M. Lavigne. La cour du palais des Beaux-Arts présentait ce jourlà un touchant spectacle, que les mêmes circonstances ramènent d’ailleurs tous les ans. Des groupes de jeunes gens circulent, dans l’attente de la suprême sentence ; on échange des vœux et des conjectures; les yeux se iixcnt sur la partie de l’édi lice où délibère l’aréopage. Vers les trois heures, l’apparition de quelques académiciens annonce la lin prochaine de la séance. Comme les cœurs battent!! comme les gestes, les mouvements, les regards trahissent l’anxiété! On va donc savoir la décision des juges; on la sait! M. Vinit s’avance, une feuille de papier-ministre a la main , et proclame les noms des vainqueurs. Les félicitations éclatent; les poignées de mains se distribuent; le premier prix embrasse les seconds prix; des pleurs de joie coulent de leurs yeux, pendant que les vaincus, cachant leurs émotions sous une indifférence affectée, se consolent par l’espoir d’une meilleure chance, ou par la supposition d’une injustice. Supposition souvent fondée, si l’on réfléchit que la quatrième classe se compose des peintres, îles sculpteurs, des architectes, des graveurs et des musiciens! Le moyen d’obtenir un jugement correct avec une pareille organisation! Un peintre peut à la rigueur connaître d’un bas-relief, quoique, s'il est coloriste, il ne retrouve pas dans la plastique les qualités qu’il all’ectionne. Un sculpteur appréciera passablement les tableaux, bien que disposé par ses études à ne tenir aucun compte du coloris; mais qu'ont de commun avec la sculpture les graveurs, les architectes, et surtout les musiciens? Qu’il nous soit permis de ravaler un moment les beaux-arts, en les assimilant aux travaux manuels : le tailleur va-t-il consulter son voisin le maçon sur la coupe d’un habit? Chaque branche des arts nécessite des études particulières, qui font infailliblement négliger toutes les autres. Plus l’artiste acquiert dans la spécialité qu il la choisie, plus il s’écarte de celles qu il a négligées. On ne prime dans l'art de Philibert Delorme ou d’Edeliuck, qu’à la condition de devenir étranger à la peinture et. à la sculpture. Pour déterminer le mérite d’un bas-relief, il faut avoir manié 1 ébauchoir, façonné l'argile, disposé une armature, vu mouler et mettre au point; et, parmi ceux qui décident. sans appel du sort, de nos jeunes statuaires, il y en a certainement qui ignorent ce que c’est qu’une armature ou une mise au point.
Celte année, la commission du concours de sculp- |
(me comprenait MM. Raoul Rochette, archéologue; Desnoyers, graveur ; Blondel, peintre; Rosio, David, Petitot, Lobœuf-Nantcuil, Pradier, Ramey et Dumont, statuaires. A oilà trois professeurs dont les élèves ont concouru. L’Académie, en leur confiant le. soin de rédiger un rapport sur le concours, a compté sur leur impartialité; elle a pensé que chacun oublierait les siens; quoi de plus naturel! ou plutôt l’Académie n'a rien prévu; elle a seulement consacré par un nouvel exemple un de ces abus que tout le monde signale, et que personne ne détruit.
Le premier prix n a pas été adjugé sans contestation. Pendant six épreuves consécutives, les voix ont été constamment partagées entre MM. Maréchal et Lcquesne. Les sculpteurs penchaient pour celuici; MM. Raoul Rochette, Blondel et Desnoyers faisaient cause commune avec MM. Ramey et Dumont. Enfin, M. Maréchal l’a emporté, à la majorité de six voix contre quatre; puis M. Lequcsne a obtenu le premier second prix à l’unanimité. Une considération puissante militait en faveur de son concurrent; ce dernier avait déjà obtenu un second prix ; il avait fait ses preuves, il avait à demi gagné ses éperons, et c’est à sa victoire passée qu’il a dû celle d’aujourd'hui.
La composition de M. Maréchal est sage et. raisonnablement entendue. Un soldat présente à Epaminondas son bouclier; un autre lui tend une branche de laurier, symbole de victoire. Le bras de ce messager, s’avançant entre le guerrier du premier plan et le médecin placé en arrière, jette quelque confusion dans la partie gauche du tableau. A droite se lient debout un vieillard nu, appuyé sur sa haste, absorbé dans une douleur muette et sombre. Cette figure, vue de face, est expressive et annonce une connaissance approfondie du modelé. En général, les nus de M. Maréchal sont sévèrement traités, mais les draperies ne sont pas exemples de Vanlootncjr.
M. Lequesne surpasse tous ses rivaux par l'énergie de l’exécution ; son bas-relief est un drame mouvementé, comme ou dit au théâtre. Le héros, par un dernier effort, se lève sur son séant. Un soldat fait un pas en avant pour le soutenir; le médecin, debout derrière Epaminondas, prépare l’appareil désormais inutile. A gauche, le porteur du bouclier s’approche, tout armé, le glaive à la main, encore palpitant de l’animation du combat. A droite, un vieux Thébain pleure, appuyé sur un jeune homme demi-nu. Aux pieds du personnage principal est assis à terre un jeune soldat. Il y a dans les raccourcis de toutes ces ligures une grande et généreuse hardiesse ; l’artiste a franchement abordé les plus épineuses difficultés, et s’il ne les a pas toujours surmontées,
Si de vous agréer il n'emporte le prix,
Il a du moins l'honneur de l’avoir entrepris.
Moins dramatique que M. Lequesne, M. Lavigne
LES LE A L \ - A Kl S.
„0US offre encore une conception plus originale que ct.|lo du premier prix. Èpaminondas, la main gauche étendue, semlde remercier les «lieux; «le l’autre main il arrache le fer, et l'inévitable résultat de ce mouvement est habilement inditjué par un soldat «pu, posant la main sur le cœur du blessé, échange avec le médecin un regard significatif. Le torse d Epamiuondas est savamment modèle; le soldat nu qui occupe l’extrémité droite «lu bas-relief est une bonne tigur«i d'étude.
Nous dirons peu de mots des concurrents qui ont échoue. A quoi bon augmenter l’amertume de la défaite par des critiques inopportunes? Loin «le nous le ne rie lis de Hreuuus; appliquons ici ce mot célèbre : « Honneur au courage malheureux ' » 'I emperons le blâme par l’éloge, et n’ayons eu vue que «l’encourager l«;s débutants dans la bonne vtiie <m de les prémunir contre les écueils.
Lue profusion «le casques, d’armures, de bottines, donnait à l’œuvre «le M. Moreau l’aspect d’une panoplie. Le nu y était timidement évité; l’artiste, dans certaines parties de sa composition, s était montré cependant capable de rendre la chair vivante aussi bien «pie les draperies. L‘s mains croisées sur l’abdomen d’un personnage uehout a l’extrémitc gauche étaient exécutées avec une perfection magistrale. Le mouvement d’Kpaminomlas, touchant son bouclier d’une main défaillante, était bien compris et bien rendu.
Le bas-relief de M. Thomas manquait «le style. M. Maillet avait abuse de ce qu’en terme d’atelier l’on nomme qaleUex «m camées dcqaqès. Il avait, découpé ses
personnages comme «les silhouettes, eu termina m seulement, les faces et s<* contentant «le masser grossierementles fonds. Ainsi, une tète d’homme, placée au-dessus de celle d’Epamimmdes et imitée «lu Jupiter ülfivipicn, ressemblait, de profil à un imis- <pn* antique. Le morceau de M. Leharivel avait le caractère simple et naïf de la sculpture religieuse; mais c«î qui eût pu constituer une (piaille dans toute autre circonstance devenait un défaut dans un sujet grec. Il importe d’abord de se transporter a l’épo- «jue qu’on veut retracer, d’en saisir le type et le costume. C’est ce «|u’a parfaitement compris M. Guillaume, dont on peut sans désavantage comparer le bas-relief à celui de M. Lavignc. Tout son travail était empreint d’un goût antujne. lu* soldai nu «pu présentait, une palme au general thebaiii. le médecin «pii tenait sa coupe vide, la figure même «l’Epamiuundas, les accessoires, les boucliers suspendus aux parois de la tente, toute la composition portait fi* cachet grec. Si l'exécution avait répondu eu Ions poinis à la pensée. M. Guillaume aurait été eu droit d’aspirer au prix. La main «pie le messager «le victoire appuyait sur le bouclier n’elait pas correctement dessinée; la main droite d’Epaminondas semblait, faute tlt* saillie, incorporée au pectoral. Abstraction faite de ces imperfections, l’ouvrage de M. Guillaume nous a paru recommandable. Jeune encore, ce sculpteur sera appelé à rentrer en li<«*. et nul doute «ju’il ne doive un jour prendre, aux frais de l'Etal, le chemin de la Ville Etemelle.
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esquisse u«; bas-uelie r ue ij. lequksm: il’romier St-comi |>rix).
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k goût «les Allemands pour la classification n’est pas toujours heureusement appliqué, et s’égare parfois , sinon jusqu’à la puérilité, du moins jusqu'à la bizarrerie. Ainsi, pendant que le roi de Wurtemberg et le prince de la Tour-Taxis recueillent dans d'immenses galeries, et avec un luxe inouï, d’innombrables pièces de sellerie et d’objets de manège, un bibliophile de Munich amasse de son côté, et avec une persévérance digne d’un sujet plus utile, des Bibles de toutes les époques et de lotis les pays; mais, quoique riche déjà de six mille Bibles environ, cet intrépide bibliomane a la douleur de voir sa collection éclipsée par celle de la bibliothèque de Stuttgard , qui compte un peu plus de huit mille cinq cents exemplaires de l’Ancien et du Nouveau Testament.
Voici quelques singularités du même goût :
Un amateur de Wurtzbourgest parvenu à réunir une si prodigieuse quantité d’ailes de papillons, qu'on ne sait ce qu’il faut le plus admirer «le la portée philosophique de celte collection, ou de la rare patience du naturaliste. Au reste, ces délicates membranes sont disposées avec une symétrie si parfaite, et produisent par leur combinaison une diaprure si étincelante, qu'elles délient l’art du plus habile mosaïste; c’est le côté recommandable de cette singulière nomenclature. On voit à tîoëtlingue une collection hyperbolique de crânes; cet immense ossuaire est dû aux soins passionnés de M. Blumenbach. Brunswick possède une merveille qui ne le cède point, pour l’étrangeté, au trés-célébre onyx conservé dans le musée de celte ville. Il s'agit d’un véritable musée de pipes, formé dans l’Altstadt par un (lillet tante ilrllc belle cose. Le catalogue de celte curieuse collection ne comprend pas moins de cinq mille articles très-variés, se rattachant tous à l’art du fumeur. Faut-il parler de ces cabinets philoplatisques que l’on rencontre en grand nombre, et.
dans lesquels, sous prétexte d’art, sont conserves des modèles en liège «les plus beaux monuments v Au vrai, ces sortes d’ouvrages, «pii ont d’ailleurs h* tort de satisfaire la curiosité un peu moins bien qu'une bonne gravure, sont des superfluités dispendieuses, aussi étrangères a l’art «pie le serait tinLancoon exécuté en sucre candi. — Arrêtons-nous la et tirons des exemples rapportés cette conclusion, <| ne l’esprit de classification a ses écueils, mais que des abus, mêmes nombreux, ne sauraient faire nier les bons résultats que l’on doit attendre de son application intelligente et sage.
Ainsi, les galeries d’art, dignes d’intérêt ne sont pas moins nombreuses que les collections scientifiques ; et nous ne craignons pas d'affirmer qu’à quelques égards, notamment pour les pierres gravées, l'Allemagne peut entrer en rivalité avec 1 Italie. On est surpris de trouver celle ville sans monuments publics, sans académies, enrichie de plusieurs musées particuliers. Nous citions tout à l’heure Wurtzhourg à propos d'une singularité; nous sommes heureux de rappeler, par compensation, ce nom a propos des onze galeries de tableaux et d’ouvrages d'art que les voyageurs sont, admis a visiter dans diverses ma isons de celte ville: Wurtzbourg compte a peine vingt mille âmes. Gotha, dont le beau musée occupe un des premiers rangs parmi les musées d’Allemagne, offre aussi plusieurs galeries particulières. Stuttgart possède quatorze expositions de tableaux appartenant à des amateurs.
Parmi les villes qui comptent les plus belles collections particulières, la capitale de l’Autriche peut se placer au premier rang. Indépendamment du musée impérial si riche en tableaux des écoles italienne et hollandaise. Vienne possède un grand nombre de galeries qui, en raison de leur importance, peuvent passer pour de vrais musées; telles sont les galeries du prince Esterhazy, du comte Schoenborn, du baron Dietrich, de M. de Czernin, et enfin la magnifique collection du prince Lichtenstein, dont nous parlerons prochainement. I- M.