‹ Les Beaux-ArtsChapitre 17 sur 204 · A 1)1 E U X A LIT ALI E · texte numérisé non relu

A 1)1 E U X A LIT ALI E

Impatient d'errer sur l'écumaut empire ,

Déjà, levant ton ancre, ô mon léger navire,

De la reine des mers tu fuis les doux remparts ;

La nuit sur ton chemin allume ses étoiles,

Le souffle d'Orient frissonne dans tes voiles,

Tes voiles s’enflent, et je pars !

Adieu forêts de pins, bosquets de lauriers-roses, Molles Heurs d'orangers nouvellement écloses ,

Neiges de l'Apennin qu'empourpre un ciel de feu , Temples où l’âme encor respire l'ambroisie ,

Terre des voluptés et de la poésie ,

Italie , Italie adieu !

Adieu Catnpo Santo,lier de tes tombes noires! Gouffre où vont s’engloutir nos rêves et nos gloires , Lit vaste où les pasteurs dorment avec les rois !

Adieu joutes sur l’eau, nocturnes sérénades !

Adieu mes chants d'amour, mes longues promenades, Mes promenades dans les bois !

Adieu jeunes beautés propices aux poètes ,

Qui le matin chantez comme des alouettes Dans la gondole errante au sein du flot riant,

Et qui, le soir, dansez au bord de la lagune Tandis que pour vous voir le flambeau de la lune Monte léger à l’Orient.

Adieu de l’art divin glorieuse phalange ,

Raphaël, Cauova, Corrège, Michel-Ange ,

De l’immortalité mystérieux élus !

Toiles qui respirez, marbres où le sang coule ,

Bronzes qui pleins de vie êtes sortis du moule,

\dieu ! je ne vous verrai plus!

Je ne vous verrai plus, jardins aromatiques,

Verts olympes peuplés de tous les dieux antiques, Labyrinthes de fleurs où j’allais m’oublier!

Cloîtres où des captifs usent leur vie entière A prier, à creuser leur tombe au cimetière,

A retourner leur sablier !

Je ne te verrai plus, tour gigantesque et grise.

Qui penches ton vieux front sur les débris de Pise Comme un père pleurant sur le cercueil d'un fils ,

Et qui, retentissant du fond de tes entrailles Semblés, pendant la nuit, sonner les funérailles De la gloire de ton pays !

Je ne vous verrai plus, lacs où vogue le cygne, Ormeaux entrelacés de guirlandes de vigne,

Torrents qui des rochers pleuvez à gros bouillons , Myrtes, acacias à l’élégante tige,

Monts où le thym fleurit, collines où voltige lin peuple ailé de papillons !

Je ne vous verrai plus, rochers, désertes cimes Où tous deux , elle et moi , souvent nous nous assîmes Pour contempler le ciel et pour nous reposer ;

Gazons voluptueux, forêts aériennes Où mes lèvres un jour puisèrent sur les siennes La chaste ivresse d'un baiser!

Harmonieux vallons, vaporeuses collines,

Palais éblouissants, portiques en ruines,

Précipices témoins de mes jeunes amours.

Et toi, de ma pensée ô blanche souveraine,

C’en est fait, loin de vous le flot jaloux m’entraîne !

Adieu donc, adieu pour toujours!

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