‹ Les Beaux-ArtsChapitre 16 sur 204 · GALERIE A GU A · texte numérisé non relu

GALERIE A GU A

mérite, maison regrette de les voir eu trop d’endroits en si mauvaise compagnie; en somme, elle est ou trop grande

ou trop petite; trop grande, si on la considère comme un cabinet choisi d’amateur consommé et consciencieux, qui ne doit rien souffrir d’équivoque; trop petite, si on veut la prendre pour un de ces musées encyclopédiques, qui. comme celui du Louvre, admettent le mélange et les disparates.

M. \guado, en formant sa galerie, donna la préférence aux tableaux espagnols; c’est l’école espagnole qui y domine, et par le nombre des œuvres et par le mérite. Il aurait dû se restreindre a cette spécialité pour laquelle il était le mieux en mesure de se compléter. Scs emprunts aux autres écoles sont en général très malheureux. Si même on considérait cette collection uniquement comme un spécimen de I ecole espagnole , on aurait ledioit d être sévère, car depuis un quart de siècle, et surtout depuis ces dernières années, les maîtres espagnols ne sont plus tellement rares en France qu’un puisse se contenter, dans une collection qui se respecte, d’œuvres du second et même du troisième ordre. La peinture espagnole a été des dernières a se produire dans les musées européens, elle u y a pénétre qu avec difficulté et connue pai accident. Celle rareté relative avait pour cause principale la loi d'Espagne qui prohibait l'exportation des tableaux, sous les peines les plus rigoureuses. Cependant le I ouvre en possédait d’ancienne date quelques-uns d'un grand prix ; et on en v it passer quelques autres dans les collet lions de (adonne et de Lucien lîoiiaparle. L’invasion française, en ISOS. (U cesser la prohibition, et le marché de la peinture fut ouvert; les Anglais s\ présentèrent des premiers; leurs agents tirent, au milieu même des troubles de la guerre et des révolutions, de nombreux achats Les riches dépôts des palais.1 Santiago, d’ l/ha. Iltarnira . et du prince delà Paix, furent démembrés; I Kscurial même fournit son contingent, ainsi que le célèbre cou- «In I nr>/»tip<î • <•! les enlises eiïaleuieiit.

Le marquis de Las-Marismas, avec un titre si sonore et ses soixante millions, était autorisé a avoir des habitudes de grand seigneur. Il savait sans doute que le goût des belles superfluités est un des attributs distinctifs de la noblesse opulente ou de l’opulence titrée. Dans l’ancien régime, la fantaisie des tableaux n’était permise qu’aux ducs et pairs ou aux traitants.

La galerie Aguado a été placée beaucoup trop liant; elle veut être prineière; mais elle ne l’est que par le local. Sa composition se ressent de la hâte qu’on a mise ii remplir des places vides. Elle offre dans l’ensemble beaucoup de futraselde remplissages. En cabinet de peinture est une de ces choses qui ne s’improvisent pas; ce n’est qu’à la longue et par des épurations successives, dirigées par un goût sûr et suivies avec patience, qu’on peut amener a bien une telle œuvre. On doit y procéder surtout par voie d exclusion ; mais lorsqu’on est pressé de jouir et qu on a beaucoup d’argent, on est assez naturellement porte a croire qu’il ne s’agit que d’ordonner. Ce n’est pas qu d n y ail dans cette collection des morceaux d’un rare

C’est à celle époque que le maréchal Soult acquit les précieux morceaux de sa petite, mais incomparable collection. Enfin, il y a peu d’années, la formation du Musée espagnol } au Louvre, amis sous nos yeux une masse de peintures qui, bien qu’élrangemenl mêlées, donnent une idée plus que suffisante de l’école de la Péninsule.

Ainsi donc, comme choix, la galerie Aguado n’offre en peinture espagnole , sauf trois ou quatre exceptions, rien qu’on ne pût aisément trouver h Paris, soit au Louvre, soit chez le duc de Dalmalie. La collection Soult. toute seule, était, il y a peu de temps , et est même encore su périeure. Il faut par conséquent rabattre beaucoup de l’admiration un peu bruyante dont le cabinet du marquis de Las-Marismas a été l’objet dans ces derniers temps. On conçoit l’opportunité de ce bruit à la veille d une vente; mais les simples curieux ne sont pas tenus de penser sur ce point comme les prospectus.

En coup d’œil jeté sur cette galerie suffira pour justifier et ces éloges et ces critiques.

L’ccole espagnole entre pour plus de moitié dans le total des peintures. D’après le calcul du catalogue, qui compte toujours largement . il n’y aurait pas moins de

lks re u \ - un s.

cinquante-cinq Murillo , dix-sept Velasquez, douze Zurbaran, treize Ribera, quatorze AlonzoCano. Nous ne (lisru terons pas en détail l’authenticité de chacun des ouvrages attribués aces maîtres, quoiqu’il y eût des raisons liés valables d’opérer sur cette liste une notable réduction. Mais quelque opinion qu’on ait sur l’originalité des «ouvres inscrites sous ces noms retentissants, on ne peut guère se faire illusion sur leur valeur intrinsèque. La majeure partie sont des productions relativement peu importantes. L’ensemble a, s’il est permis de le dire, un air de pacotille qui contraste assez désagréablement avec la richesse des bordures et la magnificence architecturale des salons; c’est ainsi qu’au théâtre on intercale aux premiers sujets un certain nombre de comparses pour remplir les vides de la scène.

Le morceau capital de Murillo est la mort de sainte Claire y œuvre qui peut compter parmi les bonnes du maître, mais non parmi les meilleures. Il y a dans le ton général une certaine faiblesse et un défaut d’unité qu’on ne rencontre pas d’ordinaire dans les peintures . même moins importantes, de ce peintre. Les ligures, tontes féminines, sauf celle du Sauveur qui, sans sa barbe, pourrait facilement être pris aussi pour une des jeunes filles de son escorte, ont cette élégance et cette grâce délicates qui charment dans les femmes de Murillo. L’exécution , assez inégale , a pourtant toute la légèreté aérienne et vaporeuse propre a ce maître , et qui rend souvent sa peinture un peu superficielle. Quant au style, à l’idéal , au sublime, soit de la forme, soit du sentiment, on sait •pu; ces qualités supérieures sont a peu près absentes «le l’école espagnole, et particulièrement inconnues de Murillo. Le beau n’y atteint presque jamais jusqu’au grand. Murillo vous fait rarement perdre terre: il vous relient dans une région moyenne. Chez lui tout est aimable dans le sens le plus favorable du mot , mais rien ne surprend, ne frappe, ni ne pénètre. \ l'époque où la peinture était définie un art d'agrément , Murillo aurait pu être donné comme le type delà perfection. Son Saint François eu inière est d’une exécution vigoureuse et achevée. La figure «lu saint est remarquable par le sentiment d’exaltation ascétique qui y est empreint. L’ ascétisme monacal , dans ses diverses formes , est le seul côté élevé «le l’âme «pie les Espagnols aient su exprimer avec une certaine grandeur. La tête juvénile de l’ange est d’une vivacité à la fois spirituelle et ingénue qui ravit. La Réception de saint Gilles par un pape a, en effet, comme dit le catalogue, un air magistral que n’offrent pas communément les tableaux de Murillo. La vérité parfaite des têtes , la justesse du geste , la fermeté inusitée du dessin , la sobriété «le l’exécution, recommandent cette peinture, qui manque cependant encore de ce qu’on appelle style dans le sens élevé du terme. La Madone dans une gloire estime de ees compositions favorites où Murillo déployait a son aise, ('I comme en se jouant, les mille et une charmantes prouesses de sa touche. Des nichées de chérubins y montrent leurs faces rebondies, ii peau transparente, aux lèvres rosées, a l’œil souriant et espiègle. La couleur douce, vive, souple et insaisissable, donne aux hommes du métier, pour parler leur langage, un de ces délicieux

ragoûts dont ils savent seuls apprécier la saveur. Il en est de même de la petite composition de Jacob luttant acre l’ange , remarquable par un effet de crépuscule et par son charmant paysage. Murillo a souvent peint le paysage, qu’il traitait d’une manière toute conventionnelle et fantastique. mais piquante et pleine d’imagination. 11 a aussi deux portraits. Celui d’un moine (n»6o)estle plus beau. Les Espagnols ont excellé dans le portrait. Celui-ci peut être donné comme un des plus beaux types du maître cl de l’école. Nous ne parlons pas d’une quarantaine d’autres Murillo plus ou moins sincères, dont la plupart pèchent par le. défaut le plus habituel «le ce maître, l’insignifiance de la composition et le lâché de l’exécution.

Velasquez est avec Murillo le plus grand talent de son école; mais quoique moins fécond , il a plus de physionomie, et une individualité bien plus caractérisée. Sa peinture a un cachet de puissance , d’imprévu . d’originalité , de spécificité dont on n’a guère que trois ou «plâtre autres exemples aussi saillants dans le Corrège , dans Rubens, dans Rembrandt. Il est le roi du portrait. Il v en a plusieurs dans la galerie Àguado. Celui de la dame a la mantille a conquis tous les suffrages; ceux des profanes, par la grâce coquette de la pose, le goût piquant «le rajustement, et la vérité puissante de la tête; ceux des habiles, par la fraîcheur et la vivacité de la touche , et par cette étonnante désinvolture de l’exécution qui en d’autres mains serait une fanfaronnade, mais qui dans celles de Velasquez est le superlatif de la distinction. La Bohémienne est aussi une œuvre de marque. Nous nous taisons sur le reste.

Treize Ribera ! c’est beaucoup; c’est trop pour la responsabilité du catalogue. Il y en a un cependant hors ligne, c'est la descente de croix. Celui -ci n’a pas besoin de certificat d’experts. Il est a regretter qu’il ait un peu poussé au noir; car le noir n’est pas ce «jui manque a la peinture de Ribera. Comme composition, style et caractère, «ni n’a pas beaucoup â attendre de ce peintre; mais il nous donne ici tout ce qu’il eut jamais de plus saisissant comme imitateur savant et profond de la nature, rendue avec cet accent d’exagération qui est le propre de l’art. Le corps nu du Christ, et surtout sa main gauche et le bras pendant, sont peints avec une étonnante vigueur. Il est probablement impossible d’aller plus loin en ce genre. Le catalogue, qui est un grand dissertateur, est ineffable sur ce tableau. « Sans renoncer, dit-il, aux oppo- «« sitions qui donnent à sa peinture tant de ressort et de «« relief, et produisent toujours un effet si magique et si «« puissant, le grand peintre a tempéré, cette fois, h's « témérités, l’audace de son génie, en imprimant a sa « compostion un caractère particulier «le grandeur et « de majesté. » La grandeur et la majesté de Ribera! O catalogue, tu es un puissant critique!

Le Repos de la sainte famille est exécuté dans la manière de Y adoration des bergers du Louvre, a laquelle il ferait un intéressant pendant; c’est aussi un morceau d’élite et du meilleur temps de Ribera.

Sous le n. 1 90, le livret nous donne un martyre de saint Barthélemy. Ce prétendu Ribera n’est . si nous ne nous

maphrodile, avec uncteiule presque pornocratiquc; ces

travaillée avec ce fini coulant et

une figure gracieuse

celle recherche un peu académique de la ligne que poursuivait ce statuaire. Eu face, se trouve la ligure de Schadow, froide, raide et guindée, et qu'on a mise la sans doute pour faire voir ce que devient un marbre dans les mains d’un Italien et dans celles d’un Allemand. Quant à la Madeleine , ou sait qu’elle liasse pour le chefd’œuvre de Canova ; c’est la plus grande réputation de statue de notre siècle. Elle est si connue qu d serait sti-

ûlmpons infiniment , qu’une copie , et une copie assea médiocre d’un original qui est, comme chacun sait, a «alerte de Dresde. L’histoire de ce tableau esl 1res connue Il fut peint pour le duc d’Ossone , vice-roi a apis, qui l’envoya en Espagne ; d’Espagne, il alla a Hambourg; vendu ensuite au roi de Pologne, il revint en dernier lieu a la galerie des ducs de Saxe, il a été grave par keil. l,a méprise est donc un peu forte, même pour un catalugue officiel. , .

Mais l’indulgence et la libéralité du cata ogue, i tja si i . ..Uvr Sl,r cette célébrité un avis qui, n’étant

marquées a l’endroit des peintres espagnols, peu ont ton pei l’opinion générale aurait besoin d’être

frein avec les maîtres d’ttalie. il annonce d’abord imper- pa co^o™e a Upmmn ^ ^ ^ ^ ^ ^

lurbablcment cinq Rapbaèl, ni plus ni moins. . urus ! on u |omc fortune. Canova esl pour

cinq, on ne peut raisonnablement lui en accorder qu’un, Huant erii>m ' £une on le leur a dit en lia-

la petite madone, qui provient originairement delà ga- eux en n , Madeleine passera le

Je du Palais-Royal, et qui même a été tenu longtemps | lie. Su.vant toute prnbabibte , la Madeb I

pour suspect.

Le catalogue n’est pas moins magnifique pour le Cor-

rège. 11 nous en promet huit. Ce maître n’est pointant , — . - - 1 c vmjsmie/ des Murillo

pas commun : le Louvre n’en a que trois. Nous douions du Louvre de que ques-uus des i

'mil venait un seul d'authentique. Lam«<foue(n.28t| et des R, liera deM. Agi. ado. Elle ne romnnlma. pou est, suivant toute apparence, un fragment copié du cé- être pas ici les dillirulles diplomatiqii^ i. .qui " J ^ lébre tableau dit de saint Georges et de saint Pierre échouer les longues négociations relatives a ul.i

détroit.

Nous ignorons si la liste civile fera quelques aequ.sitions. Elle serait bien inspirée de soutenir ses Espagnols

/wr*rr,qui est a Dresde, et qui a été grave plusieurs fois.

Les quatre petits tableaux des évangélistes n ont pas de rapport avec les compositions despendentifsde la coupole de Saint-Jean de Parme. S’il fallait les attribuer a quelqu'un. ce serait peut-être a Lanfranc. Le catalogue n’est pas moins précieux, au sujet d’un de ces Corrège bâtards (le n. 2S5, épisode (lu massacre des innocents ) : « Nous « avons examiné ce tableau avec tout le respect et la cir- « conspeclion (pie commande le grand nom du Corrège.

« 11 résulte de cet examen... que son authenticité ne sauit rait être le sujet d’un doute pour nous ; toutefois, nous « ne voulons exprimer ici qu’une conviction personnelle d qui, pour n’ être pas une autorité, n’en est pas moins « entière. » O catalogue ! lu es un bien grand diplomate!!

Léonard de Vinci et André del Sarto ne sont pas mieux traites, ainsi queMantegna.

Le catalogue nous leurre aussi d’une fausse espérance pour ses trois Rembrandt. La tête de vieillard esl une bonne peinture , mais elle est fortement suspecte. Quant îj la grande composition des deux mendiants , on peut la considérer comme apocryphe.

On pourrait beaucoup étendre ces observations ; cellesci suffiront pour édifier les simples sur la valeur des étiquettes du catalogue.

Cependant, malgré ces nombreuses illusions, la galerie Aguado est encore assez riche pour tenir un rang honorable dans l’histoire des pinacothèques. Les Murillo , les Velasquez, les Ribera et autres Espagnols, le petit Raphaël . deux beaux paysages de Rubens, un Téniers exquis, un bon Yan-Dyck (Christ mort), un excellent Canaletti, composent un ensemble de peintures fort distingué. Nous ne repoussons que les exagérations.

Il y a aussi quelques marbres a la galerie Aguado, deux Canova et une figure du sculpteur allemand Schadow. La nymphe couchée de Canova est une réminiscence de l' bor¬

de la même école.

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