‹ Les Beaux-ArtsChapitre 30 sur 204 · I. 'apporta du pays des mûres · texte numérisé non relu

I. 'apporta du pays des mûres

Avec un morceau de la croix Et d'autres choses non moins sûres.

Parfois nous ('contions béants.

Comment, pour première complète,

Il avait, à plusieurs géants ,

Kavi cette image parfaite

Du paradis des mécréants.

bien que sa légende baroque

Ait rejoint , Dieu sait en quels lieux .

Mes croyances d’une antre époque ,

le tiens pour cher et précieux

l.e beau vase qui les évoque.

Et comme il est pour moi sans priv , xinsi que l’amour de ma dame, le veux l’offrir... Mais tu souris.

Va donc, enfant, et, sur ton âme,

\ oie , puisque tu m’as compris !

l.e page embrasse avec adresse l e beau vase, cl, hardi jongleur, bientôt sur son front il le dresse Et s’incline vers chaque fleur (lui lui mendie une caresse.

Du frelon sonore et mutin Il sonde l’étroite cachette Avec la tige du plantain ,

Ou prend au fond d’une clochette En bourdon chargé de lmtin.

Puis il lance une pierre au braque Dont les abois l’ont poursuivi ;

Sur la planche qui ploie et craque 11 saute, et sc berce ravi,

Au dessus d’une verte flaque.

Narguant son fardeau précieux, il n’est péril qu'il ne le dompte,

11 n’est sentier capricieux,

Il n’est faux pas qu’il ne l'affronte.

Tout sourit aux audacieux.

Tout, jusqu’au regard angélique De la madone, astre serein ,

Qui dans les bras du chêne antique Sc penche, et montre au pèlerin Ee chemin du manoir gothique.

Ee messager sonne du cor:

Mais, près du terme de sa course, Imprudent, il s’arrête encor.

Et s’assied au bord d’une source.

Pour mieux contempler son trésor.

Sur les flancs du vaste calice Il voit la ligne, d’un seul jet.

Cercler l’émail ardent et lisse,

Et son esprit, dans le sujet,

Plonge et s’absorbe avec délice.

Ici, le riche et vieux nabab.

Assis aux bords fleuris du Gange.

Sous l’ombrage d’un baobab .

j Traduit l’enluminure étrange Dos livres sacrés du Penjab.

Sur les flots que sa main déroule.

Suivis du page hasardeux ,

Vierges et fleurs nagent en fouir Parmi les fétiches hideux Dont Lao-Tseu brisa le moule.

Vierges et fleurs s’en vont nageant.

Et babillant le long des saules.

oEil de jais, calice d’argent, Corolles d’or, blanches épaules,

Que confond le miroir changeant.

Mais quel chant s’élève sur l’onde , Pour bercer l’humaine douleur ?

C’est la fleur qu’attendait le monde, C’est le rayon qu'attend la fleur :

lloasu, la vierge féconde.

L’enfant ému la suit en vain Sous le saule aux vertes arcades ; Submergé par le (lot divin.

Jouet des sifflantes cascades .

Il échoue au bord d'un ravin.

La voix résonne sur la grève,

La voix au timbre de cristal,

Mais la terre jalouse élève Les murs épineux du nopal Entre le rêveur et son rêve.

11 pénètre en d'épais fourrés Où mille fruits au ventre énorme Sous ses pas roulent conjurés;

Là, contre lui , couleur et forme S’arment d’excès démesurés.

La figue qu’enfle trop de sève.

Laisse déborder ses écrias;

La fraise vers lui se soulève.

Et, louchant le sol de ses grains , Sur son front la grenade crève.

Enfin vers le sommet d’un roc O îi blanchit un palais d ivoire.

Use fait jour à coups d’estoc ,

Et brise le dôme illusoire,

< )Euf monstrueux de l’oiseau Itock

t .elle qui ranime et console 1. appelle encore en souriant.

C'est toi. Maïa, divin symbole En qui, pour l’aveugle Orient, S’incarna la sainte parole !

Près d’elle, nage triomphant.

Sur la mer caressante et lisse, le doux Eo-hi, son bel enfant,

Dont une fleur est la nourrice,

I t que des flots le ciel défend.

I. aventurier que rien n’alarme Vffronte les flots soulevés ; l.o désir, invisible charme, Soutient ses membres énervés sur les mers que sa foi désarme.

il aborde aux comptoirs d’Among, Ilot de sable, ardente zone,

Où la (die du marchand Hong Écoute, au bord de la mer Jaune, l.o ramage de l’oiseau Fong.

II voit l'empire aux cenl rivières, l.o royaume où champs et cités (.rouillent, brillantes fourmilières .

E ssaims sur les flots emportés , Peuples courbés sur les rizières.

\ ii \ gibets ornés de tableaux .

Vu \ mâts pavoises des gondoles .

\ux balcons chargés de fallots, Aux fronts encornés des idoles, brillent et sonnent des grelots.

LES BEAI \ - ARTS.

L’étendard qu’une vierge brode Flotte, splendide Labarum ,

Au front de la grande pagode Où le bonze ivre d’opium Du grand Tien commente le code.

C’est là qu’arrive en palanquin I. 'orgueil de l'empire du centre.

Le grand pontife de Pékin ;

Menton quadruple, large ventre Qui trône sous un baldaquin.

Voici l’heure où la foule encombre L’immonde étable des faux dieux Parmi les idoles sans nombre Dont un éclair arme les yeux ,

Le page voit glisser une ombre.

Il ose, en sa foi raffermi ,

Franchir le seuil du Relluaire .

Il marche, le bonze a frémi ,

Il approche, et du sanctuaire Le voile s’écarte à demi.

Qu’n-t-il vu ? Quel front angélique ’ D'où vient qu’à genoux il étreint Le chêne où la madone antique Se penche, et montre au pèlerin Le chemin du manoir gothique?

C’est encor toi, vieille maison.

Pommiers fleuris, fraîche églantine.

Troupeaux semés sur le gazon , Noms chers a la lèvre enfantine .

Ciel bleu pâle, étroit horizon'

Et voici les noires tourelles Du manoir aux toits effilé.'.

Où, déjà, la belle des belles.

Du haut de ses murs crénelés .

Sourit au porteur de nouvelles

Il se lève enfio moins léger.

Lui qui, sur l’aile do l’extase ,

(fiait d’effleurer le danger;

Tout lui fait ombrage, et du va«e Il ose à peine sc charger.

Le vertige de l’art sublime A saisi son jeune cerveau ,

Jusqu'à lui, sur la haute cime Où le transporte un sens nouveau.

Monte la fraîcheur de l’ablme.

Il vacille au souffle du vent ;

L’arbre que cherchait sa faiblesse Lui semble un appui décevant ,

Et du pont-levis qui s’abaisse Son pied tente le sol mouvant.

A pas c unptés, bien qu’on l’attende, Sers la dame il marche ébloui.

Entend sa voix qui le gourmande .

Chancelle et tombe évanoui Sur les débris de son offrande

Ainsi, rêveur jeune et distrait.

Tout aux sens, tout a la nature Sans leur soupçonner de secret Le poète erre à l’aventure De vain désir en vain regret

Épris de la forme et des choses Il va, candide spectateur.

Niant les ressorts et les causes .

Et, meme quand il est acteur.

Prenant les roses pour des rose».

Enfin il s'arrête épuisé Comme Narcisse aux bonis de l'ondt Sur sondeur las, mais non blase Il sc penche, il y voit un monde Ce jour-là son cmirest brise.

Le marquis ni lii i i.ov

1. Italie vient de perdre un artiste de mérite, Joseph SuwTELLi. peintre milanais, quia enrichi son pays de plusieurs compositions remarquables, et qui en promellail de plus remarquables encore lorsque la morl est venue le moissonner dans la fleur de son âge el de son talent. Florence, celle patrie des arts qui avait accueilli si favorablement ses premiers essais, a reçu son dernier soupir. Sa vie. de trente-deux ans, a été consacrée tout entière au travail et à l’étude, l u noble amour de l'art et de la uloire. un grand sérieux dans les idées, une moralité ri - -ide . une modestie vraie , qualités si précieuses et si rares, formaient le fonds de son caractère. On n’cslimaii pas moins en lui riiommeque l’artiste. Il laisse aux principales villes de sa chère Italie un brillant héritage: à Horence, un Saint shitoine de Padoue et la bataille du Sen.kio; a Milan , Ote lin et Desdemona , la mort de Sucraie et la mère des Gradues; a Lucques, un Saint Je rbme ; a Fisc , une Sainte Philomène; et il devait bientôl commencer le portrait de son généreux protecteur , k grand duc de Toscane, prince éclairé qui porte si dignement I dlustre couronne ducale des Mcdicis. Mais, dam les tab eaux de notre artiste , comme dans presque tom « oux de I Ecole florentine a laquelle il appartient . ot

admire plu loi le travail ducravonque celui du pinceau Sabalelli était meilleur dessinateur que peintre, vdessins a la plume sont très recherchés par les amateuis et Schlcgel les a cités avec éloge.

Physionomie parisienne.

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LES BEAI \-\RTS.

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Nous ne sommes pas quittes en* core avec les tableaux d’histoire:

ils sont nombreux, et celui-là serait * Y fort habile qui pourrait les compter. Le tableau d’histoire a remplacé le tableau d’église. On ne croit plus guère aux saints delà légende, mais on croit.

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,, faute de mieux, aux héros historiques. On ne fait ^ f plus de miracles, même en peinture, mais on se lonne plus que jamais de grandissimes coups d’épée. D’ailleurs cela est si facile à copier, un roi couvert de son manteau de pourpre, un chevalier dans son armure, un cheval caparaçonné des pieds à la tète, car ils ont soumis, même le cheval , à cette loi générale du costume. Laissez donc venir à nous tousces grands hommes, puisqu’aussibien il nous est impossible de les arrêter dans leur marche. Salut à Guillaume le bâtard, de M.Debon, l'habile coloriste. L’armée normande est réunie à Saint-Valéry; le vent propice, si longtemps attendu, enile la voile obéissanté; avant peu Guillaume va s’écrier : « Compagnons, la terre anglaise mienne, et tant qu’il y en a, elle est à vous. » Salut à l’autre conque- JQjjj' rant, mais un conquérant qui ne savait pas garder ses conquêtes, le général Bonaparte, qui revient de l’Égypte au milieu delà joie universelle! Certes, il n’y a guère, à ce retour, le sujet d’un tableau ou d’un Te Deum! — Mais ^ silence ! nous assistons au triomphe d’un héros plus courageux que Guillaumc-le y Conquérant lui-même, plus grand et plus français que Napoléon Bonaparte en personne : Jeanne il Arc fait non entrée dans la mile d Orléans . Jeanne d Arc , la tille inspirée, la vierge qui se montre soudain au milieu de toutes ces passions brutales, l héroïne chrétienne dans ces temps de blasphèmes et de pillage; est-ce bien elle que nous avons sous les yeux? Elle arrive dans cette ville assez mal bâtie ; elle est montée sur un cheval noir, et couverte d’une armure blanche ; â son côté elle porte une petite hache et 1 épée de sainte Catherine : elle tient â la main un étendard blanc semé de fleurs de lys d or. « Elle entra dans la ville a huit heures du soir, lentement, car la foule avide se pressait pour la voir et pour la bénir; c était

a qui toucherait au moins son cheval. »

« Elle cependant, elle allait au pas de son cheval, tout en parlant doucement au peuple qui la bénissait. Sur le seuil de l’église, elle mit pied à terre, puis, sa prière achevée, elle se rendit à la maison du trésorier du duc d’Orléans, homme honorable, dont la femme et les filles la reçurent ; elle coucha avec Charlotte , 1 une des fi l les . »

Voilà toute cette scène; elle est simple, elle est imposante. Cette noble envoyée de Dieu et du roi,

i.i.s ut ai \-.\n rs.

c’est la dernière espérance de la ville assiégée. Mais, juste ciel! comment donc Al . Henri SchelTer, avec tout cet esprit et tout ce talent que personne ne lui refuse, s’est-il figuré cette entrée solennelle ? Où est le bruit , où est le mouve¬

ment, où est l'enthousiasme, où est le peuple, où est la sainte, la guerrière, la simple tille des champs? El les compagnons de ses batailles, La lliro, Saintrailles, Armagnac, où sont-ils? Je voudrais que la rue lut remplie jusqu au laite des maisons , je voudrais que l’espérance de tout ce peuple s’élevât jusqu au ciel ! Accourez, accourez tous, sortez de vos demeures, faites retentir l’air de vos cris dejoie et de bonheur, portez en triomphe cette noble lille qui vient a votre aide; que les cloches des églises, que le canon des remparts, que les trompettes éclatantes, que le Te Deum des prêtres, éclatent

de toutes parts . Mais non, M. Henri SchelTer

s'est contenté de placer, dans un coin de son tableau, une femme qui embrasse son enfant, un vieillard qui porte la main à son chapeau sans trop savoir s'il doit saluer l'héroïne qui passe. — Le cheval de cette fille triomphante est un cheval fantastiquecouvert d'un mauvaisjupon dont un danseur de corde ne voudrait pas: Jeanne d’Arc elle-même, figure sans noblesse, regard sans fierté, n’est posée là que pour montrer sa jolie tête et son sourire de comédienne qui va créer demain un nouveau rôle : rien de mêle, rien de fier, rien d’héroïque , sinon les mains, qui sont des mains viriles, — tout au rebours del’admirable Jeanne d’Arc à qui la princesse Marie a donné un si ferme visage et de si belles mains! M. Henri SchelTer s’est cruellement trompé en tout ceci. Bien plus, celle fille des champs, cette femme austère et jeune a qui les deux reines elles- mêmes avaient

elmisi pour écuyer un brave chevalier d’un âge unir, nommé Jean Dauhon, le plus honnête. homme des serviteurs du comte de Humus, M. SchelTer lui a donné, pour dame d’atours, un véritable petit page d’opéra-comique, un troubadour tout en satin, tout en velours, les gants blancs, et des plumes blanches à son bonnet ; ainsi accompagnée et suivie par ce chélubin a 1 œil éveillé, on ne dirait jamais que le pu* elle couchera cette nuit avec cette bonne 1 1 simple Chai lotte, la fille du trésorier.

Heureusement pour luiet pour nous, M. Henri

SchelTer a pris sa revanche de celte <euvre incomplète avec plusieurs portraits pleins de vie et de force, et notamment avec le portrait de M. de Blainville , qui est le digue pendant du beau port mil d’Armand Larrel, du beau polirait de AI. Ara go.

Mais c’est assez de batailles, c’est assez de triomphes pour un jour. C’est assez vous raconter Lhisloire sans lin : Il était une fais un rai et une reine. Prenons un ton moins sérieux, une allure moins dramatique, laissons là la trompette du jugement et contentons-nous des pipeaux rustiques, (amibien je préfère à ces toiles immenses , à ces déclamations ampoulées : sesijuipedalia verba , comme dit Horace, les (ouvres d’une moindre dimension, mais élégantes, mais bien ordonnées; nature prise sur le fait , vérité ornée : faciles tableaux que chacun peut comprendre et qu'on aime du premier coup-d'<eil. Laissez-nmi donc m’abandonner à la douce fantaisie; pourquoi, je vous prie, 11e monterions-nous pas, nous aussi, dans la barque hollandaise de Van-den-Volde et de Ruyler? Le combat naval va commencer, mais tout au loin: nous arriverons quand la bataille sera finie, car il faut que le peintre illustre ait le temps d'achever sou tableau. Lotte barquedeM. Le Poitlevin est bien habillée, bien remplie : chacun est à son poste, seulement nous y ferions triste ligure, nous autres, les marins d’eau douce de IS'iT», avec //<»> vilains feutres et nos horribles habits noirs. — La prairie de Paul Potier est bien une prairie des environs de La Haye; c’est le calme.

c’est la fraîcheur, c’est la feuille odorante .

c’est l’eau qui coule au-dessous de cette herbe

lieu rie; seulement ce jour-là, belle et nombreuse

compagnie entoure le peintre ordinaire de ce>

gazons, décos prairies , de ces vieux arbres,

de ce calme soleil dont le ravon s'abat don-

cernent , sans la ternir, sur toute la fraîcheur d’alentour.

Ou bien encore, dans un paysage plus austère, [dus complet, un paysage d’Italie, laissezmoi m’étendre tout à l'aise à coté de ce jeune pâtre qui regarde sans rien voir, qui écoule sans rien entendre, — jeune homme à demi éveillé qui ne s’endort pas tout-à-fait , pour ne pasgàterson beau rêve. Le paysage de M . Edouard

Bertin est une de ses meilleures

découvertes

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