LE VIRTUOSE
Damné, cheval, qui sur le sable Ose me renverser ainsi !
J'en suis, ma foi, méconnaissable,
Et j’en ai le corps tout meurtri!
A peine je l’enfourche, au diable Comme un trait le voilà parti !
Il va donner contre un érable ,
Et du coup je tombe étourdi!
Que diront les impératrices ,
Les papes et les cardinaux,
Les duchesses, mes protectrices.
En lisant demain les journaux ?
(Il aperçoit l’èlang.)
Un lac ! une eau vive et profonde ,
Vrai Dieu ! je le trouve à propos ,
J’y veux laver ma tête blonde Et rafraîchir mes pauvres os.
Beau lac azuré qui reposes ,
Distille en ton sein amoureux Tes lys, tes nénuphars, tes roses ,
Car le prince des virtuoses Va te confier ses cheveux !
LA MORT, sortant du lac et l'entraînant.
Bouffon, ta mascarade est jouée! A nous deux !
(Elle s'engloutit avec lui dans l'abîme.)