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Toutefois. mon zèle avait été remarqué et me \alut nue sorte d'hospitalité générale. Les habitants arrivaient successivement chez mon hôte, apportaient avec eux du lard et de la bière, et. vers le soir, la salle enfumée où nous étions se trouva remplie de groupes attablés qui dissertaient, en buvant, sur l'événement du jour. Au ton de mystère avec lequel on parlait de la cause de l’incendie et surtout du propriétaire qui eu était victime, le , meunier Corentin, je commençais à soupçonner quelque crime volontaire et je prêtai une oreille attentive aux diverses conversations. — « C’est la huitième année.
■i disait l’un. •> — « Et moi, je vous dis que c’est la ! ( neuvième, disait l’autre ; s’il ne voit pas son sort, ce j n’est toujours pas faute de lumière aujourd'hui. » Ce dernier interlocuteur n’avait pas fini sa phrase et son ricanement qu’une vieille femme lui assena un coup de broc sur la tête en disant : — « Plaisante donc, mauvais ( entant, pour attirer sur nous des malheurs. »
— K Gare la Pâque prochaine », reprenait un autre. — La forêt est déjà si peu sûre » . continua une jeune tille. — « Je ne la traverserais pas alors, ajoutait un jeune « homme . fût-ce pour aller épouser l'héritière de la " maison de Ponmarch. » — « J'ai bien peur que nous « n’ayons [tas 'a démarrer celui-là du t récit un ankou » i en français: le chemin des morts), route si mauvaise dans ces villages que quelquefois le chariot chargé des morts s’y embourbe au point qu’il faut aller chercher des renforts pour l’en tirer. Il paraît que je n’avais pas Pair de comprendre et que cependant l’expression de ma figure en indiquait le désir, car mon voisin, se penchant vers moi, me dit avec bienveillance : — » Vovezvous, monsieur, c’est que voilà maintenant la neuvième » année depuis que Corentin. le meunier, n’a pas ap- « pioché du tribunal de la pénitence. Il est bien clair < (pie si sa maison a brûlé, c’est un avertissement du ciel. Mais s'il laisse passer la dixième année, vous « savez bien, vous quiètes savant, qu’il deviendra loup-
.. garou, et nous n’aurons plus de repos, moi surtout « qui ai gagné deux procès contre lui. il vous a une bien « grande obligation, vous devriez l’engager à secoures « scr.» Je promis mon intervention à ce charitable interlocuteur, et une fois an courant du mystère que V n'avais pu d'abord deviner, je suivis avec plus d’intér' i le jeu des physionomies, le mouvement des dialogues et l’espèce d’inquiétude croissante qui s’emparait de Plus en plus des esprits à mesure que les plus hardis commentateurs racontaient les scènes effrayantes dont les environs avaient été le théâtre. Déjà une vague expression de terreur pesait sur les assistants, quand tout à coup la porte s’ouvrit et on vit entrer un homme. Væ\\ hagard, les vêtements défaits, les membres agités pur une sorte de danse convulsive et qui criait avec une voix sanglante: « Kcrgiuu,Kcrgiou, le Couriquet , le Couri- « quel ! ,» En un instant les verres, les brocs, les bancs, les tables, tout fut culbuté, chacun de fuirait plus vite! il ne resta plus dans la salle que la famille de mes hôtes et le malheureux convulsionnaire dont nous ne pouvions apaiser ni les cris, ni les étranges contorsions. On lui fit prendre, malgré mes conseils, une crêpe fricassée avec du miel et un grand verre de vin chaud
singulier remède assurément pour son état, mais proportionné sans doute à la force digestive des estomacs de son pays, car au lieu d'étouffer ou d’être saisi d une lii \ie ai dente, le malade ne tarda pas, après quelques derniers soubresauts, a s endormir d'un sommeil assez
lianquille. (.ependant nous crûmes devoir veiller auprès de lui : je soupçonne surtout que mes hôtes étaient bien aises que je ne les abandonnasse pas à la solitude et au silence de la nuit. Nous étions assis devant le foyer où brillait un feu assez clair, alimenté par des débris appui lés de la maison du meunier. Je demandai alors ce (pie voulait dire ces mots redoutables : Kergiouje Couriquet, qui avaient interrompu d’une manière si brusque nolie paisible assemblée, et voici ce «pu me lut raconté:
« Kergiou était un jeune homme de notre paroisse, qui était né dans la grâce de Dieu, car il servait souvent la messe à l’église. Mais le malheur voulut qu’il partît soldat, et quand il revint au pays, ce n’était plus un sage jeune homme, c’était un diable, un antcchrist. Il ne se mêlait jamais a nos usages, aux usages de nos pères, que pour y insulter. Quand il se maria, il ne voulut pas admettre les mendiants il sa noce ; il n’y eut point de repas pour eux, bien qu’ils se fussent présentés comme de coutume, et quand le biniou donna le signal de la gavotte des pauvres, il s’élança furieux contre le ménestrel et brisa le biniou dans ses mains. Dès qu’il fut marié, il se retira avec sa femme et ne voulut pas attendre le troisième jour. Son père, un vénérable, tomba malade et lui ne voulut pas faire allumer un cierge devant l’autel de la Vierge, il ne lit pas dire la messe de tu-pe-zu qui pouvait le guérir, et quand le pauvre homme fut mort il n’y eut ni crêpes, ni vin , ni bière a ses funérailles. Cette fois encore les pauvres se présentèrent et furent chassés, il brisa lui-même, avec colère, la béquille de l’un d’eux qui boitait depuis trente ans, mais Dieu, pour le châtier, lit aussitôt un miracle, et le mendiant se trouvant tout a coup sain et vigoureux entama avec lui une lutte où il succombait déjà quand ses serviteurs vinrent bien à propos le délivrer. Les avertissements du ciel ne lui manquaient pas. lin jour qu’il conduisait plusieurs personnes dans son chariot, il passa devant une vieille femme qui filait sur le bord de la route, et celle-ci oublia d’arracher le lin de son rouet. Alors ses compagnons lui rappelant le présage voulurent descendre et lui conseillèrent ensuite de verser volontairement dans un endroit commode: mais lui, ne tenant compte de leurs paroles, piqua gaiement scs bœufs, et il n’avait pas fait cinquante pas qu’il ('•tait culbuté avec son chariot et se blessait gravement. Une fois on trouva devant sa porte une hermine et une belette qui étaient venu expirer là pendant la nuit, et comme on lui disait que c’était signe de mort, qu’il eût à se confesser bientôt, il se prit à rire et n’en tint compte. Cependant Dieu l’avertissait de plus en plus. Quand il rentrait tard , on entendait la srrigerez-noz, la cricuse de nuit, le suivre en poussant des gémissements plaintifs. Il est bien certain que deux fois le buguel-noz , l’un des spectres les plus redoutés, lui apparut à l’entrée de la forêt tout vêtu de blanc, et comme lui. le railleur, approchait avec audace, le buguel grandit si bien, si bien que déjà il était haut comme les plus grands arbres et que Kergiou finit par prendre peur et se sauver ; mais en revenant il rencontra les kannerezed-noz , ces terribles lavandières qui étaient là sur le bord d’une mare, lavant de longs draps au clair de la lune, et elles lui donnèrent l’ordre de les aider, et comme il refusait elles lui fouettèrent la figure avec leur linge mouillé tant et tant qu’il rentra chez lui épuisé de fatigue. Parfois, lorsque la
musette aérienne faisait descendre le soir du sommet de la montagne ses sons si doux cl qu’on entend si bien sans qu’on ait jamais pu voir celui qui en joue, elle s’arrêtait soudain; c’est que le moqueur venait h passer, et alors ceux qui prêtaient l’oreille pouvaient ouir distinctement le karikel ankou , le redoutable chariot de la mort , rouler au-dessus de nos têtes dans le sens où marchait Kergiou. avec le bruit des squelettes maudits qui l’accompagnent et les cris des oiseaux funèbres qui le traînent.
» Vint la Noël, et le mécréant n’avait jeûné, ni fait jeûner ses bestiaux. Il riait, lui, quand on lui disait (pie dans cette sainte fête les bœufs se trouvent tout a coup doués de la parole et prédisent l’avenir. Tout le monde sait partout que ce privilège leur a été accordé en souvenir de ce qu’ils ont. eu le bonheur d’assister, dans la crèche, h la naissance de Noire-Seigneur. Enfin il arriva que. vers le minuit, Kergiou, le railleur Kergiou, rentrant chez lui. passa par son étable, et il entendit ses deux bœufs qui se parlaient de la sorte : — « Eh ! bien , disait le premier, qu’y aura-t-il de nouveau cette année? » — « Ce qu’elle aura pour nous de plus remarquable, dit le second, c’est qu’avant de finir elle nous verra porter notre maître en terre. » Kergiou ne raillait plus; la peur le prit, il voulait vendre ses bœufs à quelque voisin, pour les faire mentir, mais il demandait un prix trop élevé; le temps s’écoulait, on n’était pas à la moitié de l’année qu’il mourut, et ses bœufs, attelés à sa charrette, conduisirent son corps en terre sainte, mais son âme était allé rejoindre la troupe des couriqucls, ces nains difformes et si vigoureux qui font danser jusqu’à la mort ceux qui ont le malheur de les rencontrer. Kergiou est le plus redoutable de tous, il rôde toujours autour de nos habitations, et c’est lui que ce pauvre garçon aura trouvé ce soir sur son chemin. Prions pour lui et préparons du vin chaud pour son réveil. Que Dieu nous garde du Couriquct!»
Je n’entrepris pas de discuter avec ces robustes convictions, mais lelcndcmain, pour payer mon hospitalité, et préserver le pays d’un nouveau génie malfaisant, je déterminai le meunier à ne pas laisser venir la dixième Pâque sans s’être mis en règle avec les croyances du pays.
Qu’on cherche la poésie sur les côtes de la Bretagne, là où se retrouvent tour à tour la grâce et la sévérité de la nature, là où le flux et le reflux de l’Océan disent et redisent sans cesse l’éternel mouvement du monde; que l’imagination se plaise, dans ses recueillements scientifiques, à renouer la chaîne des siècles et des races qui ont passésurce sol ; mais le spectacle que l’humanité actuelle y présente ne peut lui inspirer qu’un sentiment triste et douloureux. Quand c’est la grossièreté et l’ignorance que le temps perpétue, la perpétuité n’a plus rien d’auguste ni de grand.
MII1C la Baronne de Ménunvit.i.e.
LES RE MJ X- A RTS.
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A Société (le musique i meule, classique et religieuse poursuit le cours de ses succès.
Letroisième concert a eu lieu lundi dernier avec une splendeur diiute des précédents.
La séance a commencé par uneantiennea deuxchœursde l’ v lesthi na. Quelque chose de piquant et d’inattendu rehausse toujours cet effet de deux masses disposées aux extrémités de la salle, se répondant symétriquement et continuant avec un art extrême les nuances d’une meme phrase scindée entre les deux chœurs a quatre parties chacun.
0,1 ,el™l>ve dans cette antienne tout le cachet du ~ral“1 mailre : la mélodie, sans en être trop accentuée, se prête aux développements et aux grandes combinaisons
harmoniques qui forment le principal caractère de I ancienne musique sacrée.
Le style austère de Palestrina a semblé ajouter une valeur nouvelle a un air de la Création d'il \ \ on chanté par M. de Soucy ; le sujet contemplatif de cet oratorio fait surtout admirer les beaux effets que le maître a su y accumuler. La poesie quelque peu bucolique de ce morceau n était guère dénaturé à inspirer le eomposii«iii. Mais comme tous les grands artistes. Havdn cherchait a apporter dans ses compositions ce mobile puissant qui autrefois faisait élever jusqu’aux nues les tours des cathédrales et qui donnait aux œuvres d art un cachet de grandeur et de sainteté*. El ce mobile était la loi, que I on peut appeler la muse des maîtres a nciens.
L air du Sla/tul Muter d’HAVDB, Far me erre (ecum flere est empreint a un haut degré de ce grand caractère Madame lamarquisede (iabriacl’a chaulé avec un vrai talent. Son excellente méthode, sa belle voix de contralto, ont été fort appréciées : quelques agréments tout à fait
appropriés ont paru du meilleur goût, quoiqu’il importe en général d’être sobre de ces sortes d’agréments.
Le quatuor avec chœurs, en mi bémol, Virgo Virginum prccclaru , extrait du même ouvrage, est de la plus belle facture. Le motif, en forme de gamme ascendante, commence par le mi du médium de la basse-taille; il est repris par le ténor a la dominante supérieure, repris ensuite ;i la quarte supérieure du ténor par le contralto, et répété enfin à la dominante encore par lesoprano. Ce morceau , quoique composé en style fugué libre, grâce a la féconde et gracieuse imagination du compositeur, ne se ressent nullement de la sécheresse du genre scientifique.
On a exécuté ensuite la première partie du Miserere , d’ALLEGRi. Ce psaume, dont il était défendu aux artistes de la chapelle Pontificale délaisser prendre copie, fut recueilli par Mozart, qui l’écrivit de mémoire. Il n’existe rien de plus beau, de plus grand. Les voix admirablement groupées en deux chœurs, a neuf parties, embrassent un intervalle qui remplit l’oreille d’un accord majestueux; puis tout a coup cette somptueuse harmonie s’arrête, et deux voix de basse seules psalmodient sur une seule note tout un verset, auquel succèdent de nouveau les masses harmoniques dont le chant soutenu pianissimo produit le plus grand effet. Depuis deux cents ans, ce Miserere s’exécute le Vendredi Saint, dans Saint-Pierre de Rome, et ce qui ajoute encore une sorte de prestige dramatique a celle magnificence, les cierges s’éteignent successivement, et à mesure que le chant continue, les ténèbres se répandent dans l’immense basilique. Rien n’est comparable a celte solennelle cérémonie. M. le prince de la Moscowa a été dignement secondé; l’exécution a été sublime : les nuances suivies, les voix purement unies dans un ensemble irréprochable auraient fait croire â un quatuor exécuté par les quatre plus habiles chanteurs du monde. — On a demandé bis au milieu des applaudissements les plus enthousiastes.
M,le Alice Thorn a chanté d’une manière distinguée un air de Hændel, Lascia cliio pianga. Quoique fort intimidée, la jeune cantatrice a dit ce morceau avec une voix fraîche, sympathique et une expression charmante.
Nous remarquerons a ce sujet que si l’on fait la part d une émotion bien naturelle en face d’un auditoire aussi distingué , quelque bienveillant qu’on le suppose avec raison , il est facile de rencontrer dans la haute société des talents qui ne le cèdent en rien â ceux qui sont les plus applaudis sur nos scènes lyriques. C’est assurément le plus noble privilège de la fortune que de rendre ainsi aux arts par un culte sérieux ce qu’elle en reçoit chaque jour d’hommages et de jouissances.
f'o pressa dcl mio Gesu de S. Bach, est une grande page de 1 oratorio de la Passion. M. Alexis Dupont et les chœursont fait preuve de grande habileté dans celte œuvre difficile. On y reconnaît bien le cachet un peu âpre de l’auteur. On dirait une fugue instrumentale sur laquelle on aurait mis des paroles; il y a dans l’accompagnement fugué une sorte de fausse relation d’une harmonie dure à l’oreille, et qui serait a éviter, surtout dans le style vocal. On n’en trouverait pas un exemple dans les maîtres italiens de la grande école du xvi1' siècle.
La première partie du concert a été terminée par un autre fragment du Stabat d’HAYDN. Au milieu du tutti , madame la comtesse de Sparre a eu une sorti/a éclatante, où sa belle voix a brillé dans des traits multipliés et d’une incroyable agilité. Le caractère et la couleur ne sont pas les qualités dominantes de ce passage beaucoup trop madrigalesquc et surchargé de notes pour les paroles Paradisi g/oria.
La scène d’Orphée aux Enfers, exécutée par M. Delsarte, a commencé la seconde partie. Celte admirable musique n’a pu être convenablement appréciée. M. Delsarte est un homme de talent, renommé pour sa méthode, comprenant la belle et grande musique ; mais son organe peu favorable, contrastant avec les voix pures et suaves des chœurs , semblait intervertir les rôles, de façon que les habitants de l’Erèbe avaient des accents mélodieux et angéliques, tandis que l’amant d’Eurydice ne faisait entendre que des sons pénibles et étouffés. Les mouvements n’étaient pas non plus irréprochables : le chœur du commencement n’a pas été pris assez vite. L’opposition avec le cantabile du solo doit être profondément accentuée.
On a exécuté ensuite un alléluia de Leisuing à double chœur. C’est encore aux soins de M. de la Moskowa qu’on doit d’entendre pour la première fois, â Paris, une œuvre de ce compositeur assez obscur. Le travail des deux chœurs est fort bien conçu et tout a fait alla Palestrina ; mais la couleur grave et sombre de cette musique sied médiocrement â un alléluia.
Un charmant duo de l’abbé Clari , Non ti sdegnar , chanté par madame la comtesse de Murat et M. Alexis Dupont , a fait le plus grand plaisir. La mélodie simple, naturelle, contraste avec la manière ordinaire de ce maître.
Un des morceaux les plus applaudis a été V Ave Maria d’ARCADELT, maître de chapelle du cardinal de Lorraine (1540). La mélodie en est des plus suaves; l’harmonie, belle, originale et surtout d’un système fort avancé pour l’époque. Elle consiste en une suite d’accords parfaits habilement enchaînés et d’un effet ravissant.
Mademoiselle de Chancourtoisa chanté ensuite un air de l’oratorio de Jephté de Hændel. Cet air est fort difficile et ingrat. Il ne fallait pas moins que le talent a la fois expressif et agile de cette habile chanteuse pour le faire valoir. En général, la musique de IIændel est entachée d’une sorte de rudesse septentrionale qui semble se ressentir de la langue dans laquelle tous ses ouvrages ont été écrits. Celte remarque est frappante, surtout dans Y Alléluia extrait du Messie qui a terminé le concert dont toutes les parties on tété également belles. On ne peut trop applaudira l’exécution dirigée par M. le prince de la Moscowa. Les chœurs sont prodigieux d’ensemble, de justesse et d’expression.
Il faut aussi payer un tribut d’éloges au sous-directeur accompagnateur, M. Niedermeyer, qui s’acquitte de sa mission en maître consommé. La précision, la puissance, la netteté, l’intelligence profonde du style de chaque auteur, rien ne lui manque dans cette spécialité si nécessaire a l'effet de la musique ancienne.