‹ Les Beaux-ArtsChapitre 67 sur 204 · UUU · texte numérisé non relu

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Je voyageais il y a quelques années clans la Basse- Bretagne ; je m’étais enfoncé de paroisse eu paroisse dans le centre de ces contrées où l’on ne retrouve plus aucune trace de la langue que nous parlons, des mœurs auxquelles nous sommes habitués , de la civilisation qui éclaire plus ou moins le reste de la France. Si je fusse tombé tout a coup, sans savoir comment j’y étais parvenu, au milieu de ce peuple dont le temps n’a pu modifier encore les traditions primitives, a son langage saxon, a ses habitudes négligées, a son ignorance profonde de toutes les choses sociales, a la gloutonnerie de ses repas, a ses joies et à ses querelles également grossières, je me serais cru sur une terre demi-sauvage, h quelques mille lieues de mon pays, ou je me serais pris a douter du temps dans lequel je vivais. Mais je m’étais familiarisé peu a peu avec ces mœurs si tenaces, si opiniâtres, si fidèlement transmises de générations en générations ; je comprenais, je parlais cet idiome rude, pauvre, sans élégance, dont tout le génie demeure résumé, dont le caractère original se conserve dans quelques proverbes traditionnels, auxquels l’esprit national peu inventif n’ajoute rien depuis des siècles. Je pouvais ainsi satisfaire ma curiosité naturelle et démêler plus facilement qu’un autre ce qu'il pouvait y avoir d’intellectuel dans ces natures si brutes en apparence et je dirai même en réalité, car je partage peu cette disposi¬

tion des esprits de notre temps a poétiser les diverses dégradations de l’humanité. Toutefois il y avait l’a des familles, dès lors des affections ; il y avait des églises, des croix , des prêtres , le christianisme, dès lors des pensées religieuses ; il y a avait des chansons légendaires, dès lors une sorte de poésie. La part de l'intelligence était faible, mais elle existait, et je me plus à la rechercher. C’est assurément une chose étrange que cette situation d’un peuple qui, a quelques pas du foyer le plus brillant, le plus actif de la civilisation, n’en reçoit pas un rayon de chaleur, n’en reflète pas un rayon de lumière, n’acquiert pas une idée, naît, vit et meurt sans sortir d’une véritable enfance, dont la foi obéissante se soumet aux pratiques du christianisme, mais dont l’imagination , incapable d’en comprendre le magnifique programme social , se renferme encore avec terreur . même en sa présence, dans le cercle fantastique de ces contes de nourrices qui entouraient autrefois nos berceaux de fantômes.

Un incendie avait eu lieu le matin dans un village où je venais d’arriver, et j’avais vu avec étonnement chaque habitant courir a la chaumière, en rapporter un morceau de bois à demi brûlé, et le jeter au milieu du brasier. Je ne m’expliquais pas ce soin étrange qui les portait à fournir un aliment de plus a l’activité du feu. et quand mes efforts plus intelligents eurent réussi â diminuer son action, j’appris que c’était une vieille coutume dans chaque ménage de conserver précieusement un tison arraché aux feux de la Saint-Jean et que quand un incendie éclatait, on lançait ce bois consacré au milieu des flammes pour les éteindre.

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