‹ Les Beaux-ArtsChapitre 73 sur 204 · LE CŒUR. DE SAINT LOUIS · texte numérisé non relu

LE CŒUR. DE SAINT LOUIS

Il a été affirmé, lors de la récente discussion qui s'est élevée il propos de la découverte faite à la Sainte-Chapelle, d’une boite en plomb contenant un cœur que l'on croyait être celui du roi saint Louis, que le cœur de ce pieux monarque n'avait point étéapporté en France, mais qu'il avait été déposé dans l’église de l’abbaye de Montréal, près de Païenne.

Cette assertion est complètement erronée , et sans nous prononcer sur l’importance de la découverte qui a été faite, ni prétendre qu’elle ait la valeur qui lui avait été d’abord attribuée, nous apportons a notre tour dans celle discussion historique des preuves positives qui démontreront complètement la réaliléde la translation en France du cœur du roi saint Louis.

Dom Michel Felibien, dans son histoire de l ' Abbaye royale de Saint-Denis, édit, de I70(>, page 217, dit :

« Ils mirent le corps dans de l’eau et du vin, qu’ils « firent bouillir. La chair elles intestins furent donnez au « roi de Sicile, qui les fit porter dans l’abbaye de Mont- « réal, près de Païenne. Pour les ossements, après les « avoir lavez, on les enveloppa d’une étoffe de serge rem

LES BEAUX- A RTS.

« plie de parfums, (pie l’on mit avec le cœur, pour être « envoyez en France, a l’église de Saint-Denvs. »

Ainsi donc, suivant la version de dom Michel Fclibien, le cœur du roi saint Louis aurait été déposé dans l’église de l’abbaye de Saint-Denis, et non confié au monastère de Montréal. La découverte faite dans l’intérieur de la Sainte-Chapelle ne pourrait être expliquée par ce texte.

Le IL Daniel, au tome m de son Histoire de France, page 501 , édit. in-4°, sans s’expliquer sur le lieu où ces précieux restes auraient été ensevelis , rapporte une lettre de Thibaut, comte de Champagne et roi de Navarre, témoin oculaire de la mort du roi saint Louis, dans laquelle lettre écrite a l’évêque de Thunes, ce prince raconte que l’armce ne voulut pas permettre que le cœur du saint roi fût emporté, et qu’elle le retint au milieu d’elle.

Le P. Daniel dit : « J’ai entre les mains une lettre de « Thibaut, comte de Champagne et roy de Navarre, sur « la mort de saint Louis, a laquelle il estait présent. Cette « lettre est tirée d’un beau manuscrit appartenant a M. de « Chezelles, lieutenant général de police de la ville de « Mont luron. »

Ces différents textes nous semblaient suffisamment authentiques, pour établir que le cœur du roi saint Louis, non-seulement n’avait pas été déposé dans l’église de Montréal, mais encore qu’il avait été apporté en France. Cependant, et sans accepter aveuglément l'autorité de dom Fclibien et du P. Daniel, nous nous sommes livré a la recherche des anciens textes, qui pouvaient confirmer ou détruire ceux (pie nous venons de citer. Enfin nous avons trouvé dans la bibliothèque de Sainte-Geneviève un manuscrit catalogué sous le litre et les indications suivantes :

M. M. Latins IL B. in- {°, n° 25.

Ce manuscrit commence par un calendrier, et comme la fête de saint Louis ne s’y trouve point indiquée, nous supposons qu’il est antérieur au I I avril 1207, jour de la canonisation de ce monarque. L’écriture et les miniatures de ce manuscrit offrent d’ailleurs tous les signes caractéristiques qui font reconnaître les manuscrits du xme siècle, et l’on y trouve écrit d’une écriture postérieure la note suivante placée en marge, au sixième jour des noues de septembre, fêle de saint Berlin :

Obiit bouc memoriœ Dominât Margharita Jerus/ialem et Sicilie Regina comil issu Tornoduni , an/io Dotnini I/. CGC. VUI (I).

Après ce calendrier viennent quelques cantiques dfsaïe, plusieurs prières toutes en latin, puis le récit en français de l’administration des sacrements au duc d’Alençon , les préceptes du roi saint Louis a son lils, un cantique <>n vers alternativement français et latins, accompagné de sa musique, et enfin le récit de la mort du roi saint Louis, écrit par le roi de Navarre a l’évêque de Thunes.

Cette version , la plus ancienne qui soit connue , puisque tout porte a croire qu’elle est contemporaine, est a peu près semblable a celle donnée par le P. Daniel,

(1) Marguerite de Bourgogne, née en 1208, mourut dans son comté de Tonnerre, en 1308, veuve de Charles Fr. roi de Jérusalem et de Sicile.

d’après le manuscrit de M. de Chezelles , et il en confirme l’authenticité. Nous allons la rapporter textuellement.

C’est la Ire q li rois Tfdebaut de Navarre envoi a à lesvesque de Thunes.

« Thibaut par la grâce de Dieu Roys de Navarre de « Champ et de Brie. Cœns paznis a Mesire O. Evesque « de Thunes. Saluz et lui tout. Sire je receve vre lettre « en laquelle vous me pez que nous vous feissons a sali voir lestât de mon chier seigneur Louys jadis Roys de « France. Sire du comencemt et du milieu savez vous « plusq nous ne fesons. Mais de la fin nous pourrons tes- « moigner par la veue des eauz qonques en toute noie « vie ne venues si sainte ne si devote fin en home du « siecle ne de religion et autel avons nous oi lesmoi- « gnier a touz cens qui le virent. Et sachiez Sire que des « le diinenche a cure de Nonne jusques au lundi apres « tierce sa bouche ne cessa de jour et de nuit p toutes « parties Iepace de 15 cures de louer nre seigneur et « de prier pour le peuple qui 1 avoit la mené. Et la ou il « avoit ja perdue une partie de la parole crioit il aucune « foiz en haut. Fac nos domine pspera mundi despicere « cl nulla ci advsa formidare. Et mit de foiz crioit il en « haut. Esto domine plebi lue sanctificator et custos. « Après leure de tierce il perdi ausi coin du coût la pôle « mes il regardoit les genz mit deboneremt et sourrioit « aucune foiz. Et entre cure de tierce et de midi fist « ausi cum semblant de dormir et fu bien les eauz clos u iepace de demi lui. Apres il ouri les euz et regarda « contre le ciel et dist cestvers. Introïbo in domum luam « adorabo ad templum sem tum. Onq puis il ne pla. El « entour cure de nonne il trespassa. Et des leure qui « trespassa jusques en lendemain quen le fendi il estoil « ausit biaux et aussuit vermauz ce nous semblait coin « il estoit en sa pleine saute. Et sembloit a mit de genz « qui vossit rire. Aps Sire ses entrailles furent portées « a Mont Royal en lesglise près de Palerne , la ou nre « Sires a ja comancie a fere mit de gnz miracles por lui.

« Si cum nous avons entendu p larcediacre de Palerne qui « la mande par sa lettre au Roy de Secile. Sirez li cuers « de lui et li cors demeurent encore en loost li pueplez en « nu le manière ne veut soufrir qui/ en feut porte.

Ainsi , comme on l’apprend par la lecture de ces documents, le cœur et le corps du roi saint Louis furent apportés en France. Le cœur trouvé derrière un autel de la Sainte-Chapelle ne saurait être celui du saint roi, que dom Michel Fclibien affirme avoir été déposé dans l’église de St. -Denis ; nous ne venons donc point donner à celte découverte une importance que tous nos renseignements lui refusent ; mais nous avons cru devoir nous inscrire contre une erreur historique et chercher a la rectifier.

Coin te flou x cf. de Y î e i. c a s t e l .

L ES BEAI \-A BTS.

l’étoile sainte.

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