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contraire. Il \ a <ln Paris et <1 u Léandre dans sa manière déjouer Olello, et l’imagination n’a certes plus grand effort a faire pour comprendre comment l’Hélène vénitienne s’est éprise d’un pareil noir, qui ne diffère guère du dandy le plus blanc que par la légère teinte de bistre dont il se cuivre le visage. Gentilhomme vénitien au premier acte, a la façon de l'aima. Africain pur sang au second, Mario change de costume a chaque scène; c’est un luxe de cachemires et de turbans dont rien n’approche, un appareil de sabres damasquinés, de burnous et de kanjiars à confondre de stupeur dans sa stalle le dilettante habitué depuis dix ans a cette admirable casaque rouge et aux classiques pantalons verlsqui composaient l’accoutrement forain de Uubini dans ce rôle. Au bon temps d’EIleviou, dans l’âge d’or des bottes a revers et des aigrettes de diamants, un pareil déploiement d’armes et d’étoffes eût fait à coup sûr la fortune d’un chanteur. Heureusement Mario se recommande par des litres plus sérieux, et si sa voix, plus vibrante qu’agile, ne se prête pas volontiers aux vocalisations dont abonde la cavatine d’entrée, elle prend, nous pouvons le dire, une belle et glorieuse revanche dans le magnilique amiante du duo avec Iago au second acte, où le jeune ténor sait trouver, meme après Uubini, des accents pathétiques d’un rare effet. La représentation de Mario est jusqu’ici le plus brillant bénéfice que les bouffes aient donné cet hiver. Au moins cette fois les loges étaient remplies, et l’on n’y voyait pas de ces figures de l’autre monde, qu’on rencontre trop souvent les jours où vaquent les abonnements accoutumés ; car, il faut bien en convenir, il n’y a qu’un public pour les Italiens , public élégant, difficile, qui se connaît, qui aime a se retrouver, a se coudoyer, a se rendre visite de loge a loge, et qui a fini par faire de celte jolie salle, toute d’or et de lumière, un lieu de réunion où le spectacle et la musique ne sont plus qu’un charmant accessoire. En dehors de ce public, le vrai, l’unique maître du logis, point de salut, et ce qui peut advenir de plus heureux a une représentation extraordinaire du lundi, c’est de ressembler a la plus ordinaire des représentations de la semaine. La soirée de Mario avait cet avantage, et l’enthousiasme des spectateurs, chaque fois qu’il a voulu se faire jour, s’est tout simplement traduit par des bravos sans appeler a son aide toutes ces ridicules démonstrations auxquelles on avait pu assister aux bénéfices précédents. Nous avouons, pour notre part, avoir fort peu goûté l’a-propos de cette couronne monstrueuse jetée a M. Lablache et qui risquait de l’assommer du coup. Quant aux deux colombes décochéesa la Grisi lesoirde la première représentation d ’ütel/o, et venant s’abattre chastement aux pieds de la belle Desdemona éplorée et toute frémissante encore des chants du Saule } quelle que fût l’allusion pure et délicate contenue dans ce pudique et doux envoi, nous eussions volontiers préféré aux blanches messagères de Paphos les sublimes accents de la fille d’Elmiro en butte a la rage du Maure, et cette magnifique scène du dénouement, si déchirante et si tragique. dont l’hilarité de la salle , provoquée par la malencontreuse boutade, a rendu l’exécution impossible. Cependant . en dehors de ces ovations faméliques , si
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complaisamment décernées par d’honnêtes amis a toute épreuve, on trouve généralement que l’enthousiasme du public à l’égard des chanteurs italiens a de beaucoup diminué cette année. Déjà, l’hiver dernier, il s’en fallait que l’empressement fût tel que nous l’avions tous vu . sinon aux temps éternellement mémorables de la Mali bran et de la Sontag, du moins aux premiers tempsde h troupe actuelle, qui n’a pas moins fourni d’une carrière de dix ans; terrible chiffre lorsqu’il s’agit de voix! L’administration fera bien d’y songer, et le plus tôt possible . aujourd'hui ou demain, car a la saison prochaine peutêtre qu’il serait trop tard. En dix ans, une voix , si robuste qu’en soit le métal, une voix s’altère et s’ ébréche: et, resterait-elle invariablement dans sa fraîcheur et sa beauté premières, on doit finir par se lasser de l’entendre. Uubini a compris a merveille la situation. Quoi qu’on en ait dit, il y a deux ans, il a quitté notre scène a propos, et les mêmes qui gémissaient de sa retraite â celte époque la lui conseilleraient de toutes leurs forces aujourd’hui. Qu’on cesse de répéter qu’il n’y a point de combinaison possible en dehors de ce que nous avons. Celle quiétude béate où l’administration s’endort sur la foi d’antécédents glorieux sans doute, mais que le temps en partie a déjà périmés, aura pour résultat, si l’on n’y prend garde, d’engendrer la routine. En Italie, de grands chanteurs se forment, pour (pii, depuis plus de cinq ans, Mercadanle, Donizetti, Ricci, écrivent leurs opéras; et nous autres, nous n’en savons rien. Que M. Lablache et M. Tamburini trouvent fort commode de s’en tenir a leurs \icilles leçons et de ne pas changer une seule note a leur répertoire, rien de mieux : mais que nous soyons assez dupes pour nous laisser éternellement payer de la même monnaie, et battre bénévolement des mains chaque fois que nous voyons apparaître cette espèce de serinette organisée, qui fonctionne régulièrement, six mois a Paris et six mois a Londres, et qu’on appelle aujourd’hui la troupe des Italiens, voilà ce qui ne saurait se concevoir. On va se récrier sans doute et dire que nous traitons les chefs-d’œuvre avec bien de l’irrévérence. Personne plus que nous n’admire les grands maîtres delà scène italienne; mais aussi, qu’on y pense un peu, toujours les mêmes chefs-d’œuvre et toujours les mêmes chanteurs pour les interpréter! Qui ne sait aujourd’hui Tamburini et Lablache par cœur? Qui ne sait que la voix de l’un chevrotle au point de ne plus pouvoir procéder que par saccades, et que, dans le sublime organe de l’autre, le temps a fait d’irréparables trouées? Je ne prétends pas dire ici que tous les opéras qui se composent au-delà des Alpes sont des chefsd’œuvre; mais encore serait-il bon de les entendre au moins une saison , ne fût-ce que pour connaître ce qui se fait au pays de Cimarosa et de Rossini , que pour apprendre au juste où en est la musique sur cette belle terre des orangers et de la mélodie. Quant aux virtuoses, Poggi, Moriani, la Trczzolini, sont des renommées européennes (pie personne aujourd’hui ne conteste. Milan. Naples, Rome, Vienne et Londres, toutes les capitales ont reçu la visite de ces hôtes chanteursqui voyagent portant avec eux tout un répertoire inédit ; à nous seuls
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il est donne d’ignorer tout, chanteurs et répertoire, et cela par le seul fait de l’invincible résistance d’une combinaison illustre qui se sent vieillir et répugne aux modifications les plus indispensables. Qu’arrive-t-il quand une four refuse absolument de réparer ses brèches? un beau matin elle croule en masse et rien ne subsiste de ce qu’on aurait pu sauver : ainsi il en adviendra du Théâtre Italien de Paris si l’administration n’y prend garde; qui sait , le Théâtre-Italien est peut-être destiné a périr par les éléments mêmes qui ont si fort contribué a fonder pour un temps sa gloire et sa fortune. Remarquez bien que nous ne prétendons pas qu’on doive renvoyer personne et faire, comme on dit, maison nette; a Dieu ne plaise! La Grisiel la Persiani ont encore de beaux jours a fournir, Mario commence et grandit, et Tamburini lui-même ainsi, que le vieux Lablache, peuvent rendre encore des services; mais tout en restant ce qu’on est, ne pourrait-on essayer de se régénérer, de s’infuser dans les veines quelque peu de sang nouveau, et convient-il a l’administration d’épouser les petites querelles de certains artistes au point de conspirer elle-même avec eux contre les seules chances qu’il y ait de raviver dans l’avenir un enthousiasme qui s’éteint? Voyez en effet ce qui se passe a l’endroit de Roneoni, l’un des illustres de celte jeune Italie musicale dont nous parlions tout-à-I’heurc. Ronconi que Milan, Venise, Naples et Rome accueillent par des ovations triomphales, aux pieds de qui Vienne jette ses couronnes et Londres ses guinées, Ronconi se prend un beau jour du désir bien naturel chez un grand artiste de briguer les applaudissements du public de Paris et de venir faire consacrer par lui un talent de premier ordre et qui compte la jeunesse au nombre de ses avantages. Sitôt arrivé, il chante, quoi de plus simple ! il chante une cavatine à l’ambas sade de Naples, il en chante une autre au Luxembourg, chez Mme la duchesse Decazes, et de ce moment le voilà connu, le voila célèbre; on l’accueille, on le fête, on le choie, les salons se le disputent â prix d’or, il n’y a plus dans le monde de musique sans lui, et les plus illustres patronages se déclarent en sa faveur. Après un tel début d semble naturellement que l’administration du Théâtre italien n’aura rien de plus pressé que de se mettre à la disposition de Ronconi et de saisir à la volée celte occasion qui s offre d’elle-même de signaler son zèle dans avenir, las du tout, l’administration but la sourde oreille; au lieu d’applaudir de toutes ses forces a cette gloire naissante, elle s’en offusque; les amours-pro- |),es ^ irr,te,U? Ics haines s’enveniment, et bientôt il n’est
pas de vexations, pas d’ennuis et de tracasseries mes-
'Punes qu on épargne au pauvre grand chanteur assez . pou,- « avoir compté que sur son talent , assez fou
Ronconi représente pour nous tout un système nouveau, car il est le jeune et brillant coryphée de toute une école de chant que nous ignorons encore, de l'école moderne italienne, aux débuts de laquelle il faudra bien pourtant que nous assistions.