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,\ Turc, en fouillant dans ses propriétés en ville, situées non loin de l’arc de triomphe qui existe dans la grande rue, près la porte de Calamari, pour y enlever des pierres, a découvert un sarcophage en marbre surmonté de deux statues; l’une de ces statues représente un homme barbu, mais jeune encore, couche, la tête appuyée sur son bras gauche; le bras droit est levé et tient dans la main un rouleau ; l’autre statue est une femme coiffée en natte, reposant en regard sur l’homme, ce qui fait croire qu’il s’agit du mari et de son épouse. Ces deux figures sont vêtues et les têtes tronquées, mais on lésa retrouvées. Tout le monument n’est pas encore dégagé; aussi il est a espérer qu’on trouvera, sur 1 une
(U Les deux documents qui suivent ont été communiqués par M. le consul de France.
des faces, une inscription explicative de ce groupe d’un beau travail. — A l’ouverture, l’on a trouvé dedans une boite en bois de cèdre, contenant six bagues, un colliei . une paire de pendants d’oreilles et d’autres petits objets: tous ces bijoux ont été remis au pacha qui doit les envoyer au grand seigneur.
« A côté du grand tombeau s’en est trouvé un petit avec une inscription grecque, qui porte en substance que Poppius, le Cimbre et sa femme l’ont érigé à leur fille poppia, morte a l’âge de dix-neuf ans( I ). Une urne auprès ne renfermait que des cendres. Ces deux petits monuments ne répondent nullement à la beauté du grand.
« Il est a croire que l’emplacement, lequel devait se trouver hors des murs de Tbessalonique, était réservé a la sépulture de la famille Poppia . qui devait occuper
(1) on verra que ce n’est pas exactement le sens de l'inscription
rime des principales charges, quand les Humains étaient les maîtres de la Macédoine.
(i Salonique, le 1 1 juin I Stô7.
« Signé : le consul ch’ France .
« C h. K n. fi ü y s . »
Extrait d'une lettre de M. Prassacachi au consul.
M-.TKta no n ri n 2 atkto F.T.QN 10 AETKIOS noriniOSKIMBPOS K M iionrii A KAAAITTXIl 01 TON IIS
« Voici . mon cher monsieur, l’inscription du tombeau découvert près l’arc de triomphe de Constantin ; il faut sous-entendre pour son explication ces mots : T ùp.Sov xvéô^xav, qu’en style lapidaire ou sous-entendait toujours, et alors il y a le sens suivant : « Lucius Poppius le Cimbre, et Poppia Callitychi . père et mère de « Lucius Poppius Uiclus, mort a dix-neuf ans , lui ont « élevéce tombeau . » D’après le premier et le sixième livre de Tacite, ce Poppius le Cimbre était parent de Poppius Sabinus qui a conquis la Macédoine et l'Achaïe sous l ibère, l’an xv de Jésus-Christ, et il a eu le gouvernement de la ville de Salonique. Le groupe de statues qui couronne le sarcophage est dans la perfection d’un beau style et dans les plus belles proportions.
« Votre dévoué serviteur ,
« Signé : .1 h . P a a s s v cachi.
« Pour copie conforme ,
« Le consul de France a Salonique ,
« Ch. En. G u y s. »
\u moment de la decouverte, personne n'avait songé au sarcophage. Les bijoux seuls avaient occupé l’attention, et le propriétaire n’avait, pas même soin de dégager la caisse des terres qui l’entouraient. On n'avait vu que le couvercle sur lequel reposent deux statues un peu plus grandes que nature, couchées dans la pose bien connue des urnes étrusques ou des tombeaux de Palinyre.
Personne n’avait pensé a découvrir les faces du coffre. Ce n’est que dans le courant de 1 842 que le propriétaire étant mort, les héritiers voulurent boucher le trou qui restait dans la cour. Ils tentèrent d’enlever le sarcophage, mais le poids seul du couvercle leur offrit des difficultés insurmontables; on en rompit un morceau, mais le reste fut abandonné dans la fouille ; cependant trois faces furent déblayées et l’on vit avec étonnement qu’elles étaient couvertes de sculptures d’une conservation parfaite.
Les deux petits sarcophages sont d’un travail assez imparfait; ils portent pour tout ornement une tête de bélier a chaque angle, et une guirlande de fruits il peine ébauchée.
I ne dalle de marbre de 0 m. 70 c. de hauteur, sur o m. L> c. de largeur, contient I inscription suivante :
A Lucius Poppius AuctuSf âgé de ilix-neuf uns, Lucius Poppius le Cimbre , et Poppia Callitychi ses parents.
Les caractères de cette inscription sont évidemment du second au troisième siècle de notre ère, et par conséquent beaucoup plus modernes que le grand sarcophage.
La base de l’arc- de triomphe de Constantin est enterrée de quelques mètres, et le terrain entre ce monument et la porte de Calamari s’est exhaussé considérablement ; il a recouvert tous les monuments funèbres placés sur le prolongement de la voie Egnatienne ; mais, de tout temps on a trouvé en faisant des fouilles des sarcophages plus ou moins ornés, qui servent aujourd’hui a faire des auges de fontaines. Il \ a peu de sarcophages qui portent des inscriptions ; nous citerons cependant la suivante
ATP. MAPKEAAINA Tfl KPATETft AIAIÜ
neikostpato i'atkttato anaim
EK mx K0IM2N K0II12N MNI AS XAP1X ElAE T IL T0AM1ISI (l) ANOIHOI EAfiEl TOI£ EMOIS KAIIPONOMOIS M. A II A AS.
« Mi relia Marcellina, a la mémoire du très-puissa ni Velius Xicoslrale. son doux mari ; élevé par les soins publics. Si quelqu'un s’avise d'ouvrir (ce tombeau), il donnera a mes héritiers dix mille drachmes. »
Ce u’est pas d’aujourd’hui qu’on est dans l’usage d’élever des tombeaux par souscription. Ce monument ne porte qu’une décoration de peu d’importance; c’est une vaste cuve «le marbre recouverte d’un couvercle orné de masques. Il se trouve aujourd’hui dans la maison de lladji-Aga et sert de réservoir.
Lu autre sarcophage, orné de sculptures assez belles représentant un sujet lire de l’Iliade, fait pendant à cela de Nicostrate. Mais la pruderie des Turcs a l’égard de toute figure peinte ou sculptée , ne leur a pas permis de laisser sous les fenêtres du harem les portraits des héros
(1) Sic
LES BEA l\ -A RTS.
urées* on a tourné contre le mur la face ornée de ligures.
Ces sarcophages et un grand nombre d’autres qui ornent les fontaines du quartier, sont tirés des excavations faites dans l’intérieur de la ville. C’est a une centaine de mètres de la porte de Calamari , et au nord de la rue, que fut découvert le sarcophage attribué à un membre do la f imille Poppia. peut-être a l’un des ancêtres des jeunesgens dont les ossements ont été retrouvés dans le petit sarcophage. On voit dans la rue des tombeaux à Pompéi. que chaque famille avait une enceinte réservée, quoique le grand sarcophage tic porte aucune inscription, le voisinage de l’inscription tracée sur une dalle peut faire présumer que les deux personnages dont les portraits sont arrivés jusqu’à nous, ont appartenu h cette famille.
Le terrain où fut trouvé ce tombeau servait de cour à un caravansérni. Le propriétaire voulant ajouter quelques constructions, lit creuser dans la partie est delà cour, et, ii trois mètres de profondeur, trouva les deux statues.
En creusant plus profondément, on arriva jusqu’à la caisse du sarcophage, maison n’alla pas au delà. Le couvercle du sarcophage étant scellé avec des crampons de fer et du plomb, tout indiquait que le tombeau était parfaitement intact. L’attente du propriétaire ne fut pas trompée, et le couvercle arraché avec peine mit à découvert deux squelettes d'une parfaite conservation, couchés l’un îi côté del'autre; il ne restait aucune trace deschairs, aucun lambeau de vêtement ; une couche de cendres humaines , étendue au fond de la cuve , indiquait que les corps n’avaient point été embaumés. On voit encore incrustée sur le marbre la ligne noire marquée par les cendres. Entre les deux squelettes se trouvait une petite caisse de bois de cèdre bien conservée, et qui fut rompue avec peine. Celte cassette était presque sans ornements, mais il est fâcheux qu’elle n’ait pas été gardée, car il n'existe dans les cabinets aucun de ces petits meubles de bois dont les dames romaines se servaient pour leur toilette.
Les bijoux conservés dans le coffret ne présentaient qu’un intérêt médiocre ; c’étaient des bagues de filigrane d'or, ornées de petits grenats, une chaîne, un bracelet, des boucles d’oreilles soufflées, le tout parfaitement intact. Les bijoux trouvés dans les tombeaux ne portent presque jamais la trace d’un usage quelconque. On en trouve qui, montes avec tout l’art imaginable, sont tellement ténus et délicats, que le moindre froissement les écraserait infailliblement. Aussi un antiquaire qui s’est beaucoup occupé de l’étude des bijoux grecs et romains, prétend-il que les bijoux déposés dans les tombeaux ne sont qu'un simulacre des ornements que portaient les défuntes, et qu’ils étaient fabriqués exprès pour les sépultures.
Les bijoux trouvés dans le tombeau sont , dit-on , aujourd'hui dans le cabinet de Vienne; quelques pièces sont restées entre les mains d’un antiquaire de Smyrne.
Les deux statues qui couronnent le monument sont évidemment romaines ; les corps ne sont qu’ébauchés, mais les têtes très-achevées sont évidemment des portraits.
f>ans I antiquité comme de nos jours, les fabricants de tombeaux en avaient toujours en magasin un certain nombre de préparés, qu’on achevait ensuite en mettant le nom de l’acquéreur et le portrait du défunt.
Lorsque I équipage de Y Expéditive vint pour opérer I extraction, le tombeau était placé au fond d’une fouille de quatre mètres, et orienté nord cl sud. Il se compose d'un coffre de marbre blanc de 2 mètres <i 5 de longueur sur I mètre 07 de largeur et I mètre 17 de hauteur jusqu’au couvercle.
Le coffre pèse 7 ,(MK» kilogrammes, déduction laite de l’évidement de la cuve. Ce coffre est surmonté d'une sorte de lit funèbre sur lequel sont sculptées deux statues représentant un homme et une femme à demi couchés et appuyés sur des coussins.
L’homme a une chevelure épaisse, une barbe courte . et paraît dans la force de l’âge; il porte le costume civil ('l tient dans sa main une sorte de livre que les Romains appelaient diplonm , qui se roulait en deux parties : celte (igureindiquequerhomme couché dans le tombeau avait occupé des charges civiles.
La femme est vêtue d’une chlamyde légère: tout b* corps n’est qu’ébauché, et devait appartenir a une jeune femme, tandis que la tête sculptée avec un soin tout particulier a du appartenir à une femme d'un âge mûr. Cela confirme l’opinion que nous avons émise que ce sarcophage a été préparé de fabrique. La femme tient dans la main une couronne de narcisse. Toute cette sculpture quoique à peine dégrossie , ne manque pas d’un certain style; les prunelles évidées rappellent la sculpture du temps des Antonins.
Lorsqu’il s’agit d’enlever de la fouille le sarcophage pesant sept tonneaux, plusieurs difficultés se présentèrent: ce monument était enfoui dans un terrain formé de remblais qui ne paraissaient pas d’une antiquité trèsreculée; il était contigu à un mur en pierre et en terre dont la solidité était très-douteuse, et , de toutes les maisons du voisinage, il n’y en avait pas une seule qui pût offrir un point d’appui suffisant. Il fallait donc, pour ainsi dire, créer un système qui trouvât en lui-même ses points d’appui.
Le capitaine Gucsnctqui s’était muni à Toulon de tous les apparaux nécessaires pour enlever les plus lourds fardeaux, fit débarquer trois grandes Lignes ou mâts, de neuf mètres de longueur et de soixante centimètres de diamètre. Soixante juifs se chargèrent de les transporter en ville sur leurs épaules : les portefaix de Thessalonique sont tous Israélites. Les bigues furent portées dans la cour, on établit un pilotage pour servir de semelles, ensuite, par le moyen d’un cabestan et d'une chèvre , on dressa les trois bigues en triangle au -dessus du sarcophage, les mâts ayant été ajustés et haubanés par le moyen d’ancres à jet.
On établit au sommet une poulie de caliorne; le cabestan ayant été assujetti par le moyen d’ancres, tout l’équipage vira au cabestan , et peu à peu le sarcophage s’éleva de la fouille. Les précautions les plus grandes avaient été prises pour mettre au sarcophage les élingues, c’est-à-dire les cordes qui devaient l’entourer pour qu’il
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les b k a lx-ahts.
(Vit happé par le croc île la culiorne. Ln grand nomhre h ihitants de Salonique assistaient a celle opération . et applaudirent d’autant plus au système appliqué parle commandant, qu’il avait été déclaré absolument impossible de tirer de la fouille une masse pareille.
I n chariot avait été préparé avec des roues d'affûts de canon : le sarcophage fut enlevé et placé sans secousse sur le chariot, et chacun put admirer les belles sculptures qui le décorent, et surtout sa merveilleuse conservation.
I.a face principale du monument représente un épisode de la guerre de Troie, Achille vainqueur de Penthésilée : ce sont les vers animés de l’Enéide traduits sur le marbre impérissable :
Ducit Amazonidum lunatisagmina peltis Penthesilea furens, mediisque in millibus ardet,
Aurea subnectens exsertœ eingula mammæ ,
Bellatrix, audetque viros concurrere virgo (1).
Penthésilée était venue avec ses Amazones au secours de Priam. Achille combat les femmes guerrières , et , les ayant vaincues, emmène Penthésilée captive et blessée. C’est un des plus beaux sujets de la sculpture antique. Le moment choisi par l'artiste est celui où Penthésilée affaiblie par ses blessures s’abandonne a son cheval ; le hérosgrecseprécipiteel saisit l’Amazone par les cheveux, sans qu’elle fasse le moindre mouvement pour se défendre. I n homme barbu et coiffé d’un casque conique, représente sans doute Ulysse, quoique les poètes ne fassent pas participer l lysseau combat des Amazones. La ligure d’Achille présente un beau mouvement; le torse est très-bien étudié: la tète est couverte du casque héroïque a large cimier.
Le reste du tableau est occupe par une mêlée de chevaux cl de comlfaUants qui présente l’aspect le plus animé; dans les angles du tableau sont deux Grecs blessés, l'un est couvert de la thorachique , l’autre est terrassé par une Imazone, il se défend avec Acharnement. Trois chevaux sculptés avec une légèreté sans égale, ajoutent au mouvement du combat; et dans le fond les Amazones la hache levée, le bouclier échancré ( lunulis fieltis ) opposé au glaive des Grecs, terminent le tableau d’une manière pleine de noblesse.
\ chaque angle sont deux termes de jeunes lilles vêtues du costume léger de l’Allique, les cheveux tombant en tresses ondoyantes, qui soutiennent le couronnement du tombeau ; leur tôle est coiffée du modius ; les deux termes de la face postérieure représentent des hermès d’Hercule. La base du sarcophage est ornée d’une guirlande traitée exactement de la même manière que les ligures du couvercle : c’est une ébauche peu avancée et d’un ciseau évidemment romain. Les faces latérales du monument contiennent des épisodes du combat : celle de droite qui est la plus linie représente une lutte corps a corps entre des Grecs et des Amazones ;
I une d’elles est terrassée . un guerrier grec lui pose
(1) EneicL, 1 , 508.
un pied sur la poitrine, d’une main la tient par les cheveux et de l’autre lui assène un coup d’épée: l’autre Amazone se dégage du flanc de son cheval abattu et la bâche levée résiste a un Grec qui . la retenant par le cimier de son casque . s’apprête a lui plonger son poignard dans la gorge.
La face latérale de gauche représente Achille soutenant Penthésilée mourante; la reine est coiffée de la tiare asiatique, et près d’elle une Amazone esclave est plongée dans le désespoir. Achille a demi penché , le pied posé sur un socle, semble déplorer le sort de sa captive, c’est le moment qui précède la mort deThersile. Achille, ayant dépouillé I Amazone de ses armes, fut tellement frappé de sa beauté qu’il ne put s’empêcher de répandre des larmes ; Thersiteayant osé se moquer de cette faiblesse fut aussitôt tué par Achille. Cette sculpture est inférieure ;i tout le reste du sarcophage, et la composition est tellement au-dessus de l’exécution que, sans nul doute, nous n’avons devant les yeux qu’une copie de quelque ouvrage d’un sculpteur plus habile.
La face postérieure du sarcophage est ornée d'un ajustement tout a fait dans le goût romain. Au milieu un aigle, les ailes étendues, soutient deux lourdes guirlandes de fruits qui tombent en feston de chaque cédé. Dans le champ du tableau se trouvent deux griffons ailés galopant l’un vers l’autre. Ces animaux rappellent complètement ceux qui se trouvent dans la frise du temple d'Anton in et de Faustine'a Home. Le cachet de l’art romain, imprimé ii ce monument, ne saurait être l’effet d’une re-
LES BEAI \- ARTS
louche d'une époque postérieure. Il faut dire cependant que c’est l’opinion de quelques amateurs distingués qui s’appuient sur un fait bien connu, c’est que bien souvent les anciens se sont servis de vieux tombeaux pour ensevelir leurs morts. Nous ne saurions partager leur avis.
\ la belle époque de l’art, les Grecs n’avaient pas pour usage de faire des sarcophages dans ce style. Il est plus probable que le sculpteur a orné son monument d’un sujet qui était si souvent répété sur les monuments anciens, qu’après deux mille ans on en retrouve encore un grand nombre de vestiges. L’in¬
vasion des Amazones en Ulique, les exploits d \ehille. d' Hercule, de Thésée contre ces femmes guerrières mit été un sujet inépuisable qui était national chez les (ireo et qui a passé par imitation chez les sculpteurs romains.
Si le monument que nous publions n'est pas d'art purement grec, on doit le regarder comme une belle copie d’un chef-d’œuvre de la bonne école, et comme tel il mérite tout l’intérêt des artistes et des hommes qui s’occupent de l'histoire de l'art.
Lu. Tkxikii.
I VCK C O S T K H I E il H E 0 1 SAUCOPH-VGE