LA MORT DE MARIE-THÉRÈSE
parsemé d'étoiles, elle murmura ces mots, comme pour répondre à une voix mystérieuse : « Je viens, je viens! » On retendit sur sa chaise longue. « Vous êtes mal, » lui dit son fils. — « Assez bien pour mourir, » répliqua-t-elle. Puis, se tournant du côté de son médecin : « Allumez le cierge mortuaire, dit-elle, et fermez-moi les yeux, car ce serait trop demander à l'empereur. » Un instant après, elle rendait à Dieu sa grande âme.
A l'arrivée du courrier qui annonçait la fatale nouvelle, Louis XVI n'eut pas le courage de l'annoncer lui-même à la reine. Il chargea de cette mission douloureuse l'abbé de Vermond. Marie- Antoinette fut consternée. Elle éprouva une telle révolution qu'elle eut un crachement de sang qui inquiéta pendant quelques jours. Le 10 décembre 1780, elle écrivait à son frère Joseph II : « Accablée du plus affreux malheur, ce n'est qu'en fondant en larmes que je vous écris. Oh ! mon frère, oh ! mon ami, il ne me reste donc que vous dans un pays qui me sera toujours cher ! Ménagez-vous; conservez-vous; vous le devez à tous. Il ne me reste qu'à vous recommander mes sœurs. Elles ont encore plus perdu que moi ; elles sont bien malheureuses ! Adieu ! je ne vois plus ce que j'écris. Souvenez-vous que nous sommes vos alliés ; aimez-moi. Je vous embrasse. » La douleur de la reine touchait Versailles. « Son maintien, a dit Weber, sa noblesse, sa beauté, lorsqu'en grand deuil elle reçut les tristes hommages de la cour, sont restés
profondément gravés dans la mémoire de tous ceux qui ont vu cette imposante cérémonie. On a dit alors qu'elle s'était montrée digne d'avoir une telle mère par la manière dont elle avait senti le malheur de la perdre. »
Marie-Antoinette avait raison de pleurer. Elle allait se trouver sans guide, sans conseils, sans boussole sur un océan orageux et semé d'écueils. C'est au moment où le point noir, précurseur d'une formida le tempête, paraissait déjà dans le lointain, qu'elle se voyait privée de l'appui qui lui était si nécessaire. Une nouvelle période allait s'ouvrir pour elle. Mariée depuis dix ans, elle avait déjà échappé à bien des périls, et, en résumé, elle jouissait encore de tout son prestige. Mais l'heure des grandes épreuves approchait. Hélas ! quand, dans le fond de l'abîme, la malheureuse reine poussera des cris désespérés, sa mère, qui l'aurait si énergique vient protégée ; sa mère, qui était habituée à trouver tant de ressources contre les cris. s suprêmes, sa mère ne sera plus là pour lui répondre, pour la défendre, pour la sauver ! Non ! non ! Marie-Thérèse n'aurait pas laissé monter sa fille sur Féchafaud.