N° 1411 de la Notice
3. La Vie de Madame Elisabeth, par M. A. de Beauchesne. 3 vol. chez Pion.
Provence, le 17 novembre 1 y55 ^ le comte d'Artois, le 9 novembre 1707. Mais, de caractère ils ne se ressemblaient pas. Louis XVI, sous une écorce un peu rude, et sous des apparences de brusquerie qui provenaient, non de l'orgueil, mais de la timidité, cachait des trésors de bonté, de dévouement et de religion.
Le comte de Provence était un bel esprit, pénétré de sa supériorité, aimant autant le pouvoir que Louis XVI l'aimait peu, habile homme, calculant toutes ses démarches, toutes ses paroles, prince diplomate, courtisant l'opinion publique, se targuant d'une expérience précoce, et se croyant destiné à jouer un très-grand rôle. Quant au comte d'Artois, ce n'était encore qu'un enfant, un enfant espiègle, étourdi, versatile, mais aimable, séduisant, plein d'entrain, de gaieté, d'imprévoyance, ayant déjà le caractère d'un brillant gentilhomme, d'un véritable chevalier.
Toutes deux filles de Victor- Amédée III, roi de Sardaigne, la comtesse de Provence, née le 2 septembre 1753, et la comtesse d'Artois, née le 3i janvier 1756, étaient mariées, la première depuis le 14 mai 1 77 1 , la seconde depuis le 16 novembre 1773. Ces deux princesses n'avaient rien de très-remarquable. On ne pouvait louer dans le visage de la comtesse de Provence que ses yeux qui étaient expressifs. Quant à la comtesse d'Artois, elle avait une petite taille, un beau teint, mais un nez trop long, qui déparait sa figure assez
délicate. La comtesse de Provence passait pour beaucoup plus intelligente que sa sœur, mais Tune et l'autre ne jouaient à la cour qu'un rôîe effacé.
Des sept filles de Louis XV, il ne restait plus que les quatre dernières, Madame Adélaïde, née en 1732; .Madame Victoire, en 1 7 3 3 ; Madame Sophie, en 1734, qui toutes trois habitaient ensemble dans le château de Versailles ', et Madame Louise, née en juillet 1737, qui, depuis 1770, était carmélite au couvent de Saint-Denis. Aucune de ces princesses n'avait été mariée, et à côté de grandes vertus on trouvait en elles des défauts habituels aux vieilles filles. Leur esprit un peu morose, un peu chagrin, était porté à la critique. La fraîcheur et l'éclat de leur jeunesse avaient disparu. Tout le monde les estimait, mais elles ne plaisaient point.
Les deux sœurs de Louis XVI, Madame Clotilde, née en 1759, et Madame Elisabeth, née en 1764, vivaient Tune auprès de l'autre, et s'affligeaient déjà de la pensée qu'elles seraient bientôt séparées. Madame Clotilde, que Ton surnomma Gros Madame, à cause de son embonpoint précoce, annonçait déjà les vertus admirables qui en ont fait une sainte. Mariée au prince royal, depuis roi de Sardaigne, elle partit en août 1775 pour sa nouvelle patrie, et Marie-Antoinette écrivait, le