‹ Les beaux jours de Marie-AntoinetteChapitre 5 sur 37 · I duis XVI donna à ses tantes le château de Bellevue · texte numérisé non relu

I duis XVI donna à ses tantes le château de Bellevue

îo septembre, à l'impératrice Marie -Thérèse : « Depuis son départ, je connais beaucoup plus ma sœur Elisabeth ; c'est une charmante enfant qui a de l'esprit, du caractère et beaucoup de grâce ; elle a montré au départ de sa sœur une sensibilité charmante et bien au-dessus de son âge 4 : cette pauvre petite a été au désespoir, et a eu une attaque de nerfs très-forte. J'avoue à ma chère maman que je crains de m'y trop attacher, sentant pour son bonheur et par l'exemple de mes tantes, combien il est essentiel de ne pas rester vieille fille dans ce pays-ci. »

Les princesses de la famille royale passaient presque inaperçues à côté de Marie- Antoinette. C'est le détracteur de la royauté, c'est M. Michelet lui-même qui l'a dit : « Quelle joie de voir enfin s'asseoir sur le trône purifié de Louis XV l'honnête, l'excellent jeune roi, et cette reine charmante. Qui n'eût tout espéré ? Un grand mouvement d'art décorait ce moment, illuminait la scène. Et la reine en était le centre» Une seule femme semblait exis^ ter. »

Les membres de la famille royale habitaient Versailles. Quant aux autres princes du sang, les d'Orléans, les Gondé, le duc de Penthièvre, ils continuaient à avoir des appartements au château., mais ils ne s'y montraient que par intervalle, dans

1. Madame Elisabeth, née le 3 mai 1764, avait un peu plus de onze ans.

les jours marqués par l'étiquette. L'admirable discipline de famille à laquelle Louis XIV tenait si fortement la main, et que Louis XV avait longtemps fait respecter, tendait chaque jour à s'affaiblir. Les d'Orléans résidaient à Paris, au Palais- Royal, les Condé à Chantilly, le duc de Penthièvre à Sceaux. Ils s'habituaient à vivre loin de l'œil du souverain, et le temps approchait où cette grande maison de Bourbon se condamnerait à la faiblesse, en éparpillant ses faisceaux. Versailles, qui autrefois était le centre de toutes choses, ne tenait plus une assez grande place dans les préoccupations générales. Mais l'heure n'était pas encore venue où le Palais-Royal deviendrait le centre des idées révolutionnaires.

Le duc d'Orléans, né en 1725, veuf depuis 17:19 de Louise-Henriette de Bourbon-Conti, et marié morganatiquement, depuis 1 7 7 3 , à la marquise de Montesson, n'avait rien qui portât ombrage à la couronne. C'était un homme honnête, loyal, modeste, beaucoup plus occupé de la femme dont il raffolait que de la politique. On disait à la cour que Son Altesse Sérénissime n'ayant pu obtenir la permission de faire de Mme de Montesson une duchesse d'Orléans, s'était fait lui-même M. de Montesson. On ajoutait qu'ayant demandé à M"1C Du Barry son intervention auprès de Louis XV, il avait reçu de la favorite cette réponse : « Epousez toujours, gros père, nous verrons après. » — Il épousa, en effet, mais il ne put jamais obtenir la

permission de déclarer le mariage ; au contraire de cela, le roi lui signifia que si Mme de Montesson tentait par les moindres manières à se mettre audessus des femmes de qualité, il la ferait jeter à la Bastille sans le moindre ménagement. Il fallut bien accepter cet arrêt et s'en tenir à son exécution. Le prince en gémissait presque tout haut; il était fou de la marquise ; il se désolait de ne pouvoir lui donner le rang dû à ses charmes ; il lui en donnait au moins la fortune, car il dépensait un argent immense, soit à Sainte-Assise, soit à Paris1. » Mme de Montesson se consolait de ne pas être duchesse d'Orléans, en jouant la comédie et en faisant des pièces de théâtre. Ses flatteurs lui disaient que, :omme actrice et comme cantatrice, elle égalait Mlle Clairon dans la tragédie, Sophie Arnould dans l'opéra, et Mlle Colomb dans l'opéra-comique.

Plût à Dieu que le fils du duc d'Orléans, le duc de Chartres, celui qui devait s'appeler Philippe- Egalité, eût suivi les exemples tranquilles et inoffensifs de son père! Né en 1747, le duc de Char- :res avait épousé, en 1769, une héritière excessivenent riche, fille du duc de Penthièvre, petite-fille iu comte de Toulouse, arrière-petite-fille de Louis XIV et de Mme de Montespan. La baronne fOberkirch raconte que Louis XV, frappé comme l'un pressentiment, ne donna qu'avec la plus grande répugnance son consentement à ce ma-

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