ACTE DEUXIÈME
II plaît à Lauriane, cet enfant. Je suis content de l’avoir retenu, ainsi que son compagnon. Un musicien rare, ce Jovelin, et qui nous est d’un merveilleux secours pour les fêtes que j’offre à la souveraine de ma vie.
AD AMAS
Et je réponds bien , monseigneur, malgré ce qu’en peut dire monsieur d’Alvimar, que maître Jovelin n’est nullement de Bohême... (Ajustant au marquis sa perruque) quoiqu’il ait les cheveUX
aussi noirs que les vôtres.
BOIS-DORÉ, avec un peu d’impatience.
Est-ce fini, Adamas? est-ce fini ?
AD AM AS
Dans la minute.
Quant à Mario, il me réjouit vraiment par sa vive et charmante humeur! Tiens, il y a des moments, Adamas, où cet enfant si aimable me rappelle un autre enfant, qui jadis égayait ce château, à présent si vide.
ADAMAS
Ah ' le jeune monsieur FlorimOnd? le cher frère qu'en l’absence de son père, monsieur le marquis a élevé comme un fils !
Ne trouves-tu pas, Adamas, que Mario a quelque chose de mon frère quand il avait cet âge? C’est la môme grâce candide et caressa n'e. Il a son âme vive et mobile, enjouée pour plaire, sérieuse pour aimer. Il faut le voir auprès de Lauriane, ce gentil cœur tendre avant l’amour I ce n’est pas l’aurore, c’est l’aube !
ADAMAS
Monsieur votre frère, de son mariage secret, n’avait-il pas un fils?
Oui, un fils, disparu avec son père et sa mère. O les cruelles guerres d’opinion et de croyance, qui déchirent la famille comme la patrie! Mon pauvre frère, pour avoir aimé, lui protestant, une
catholique, lui'Français, une Espagnole, a été maudit et chassé à la fois par mon père, huguenot inflexible, et par le père et le frère dé sa femme, plus fanatiques encore. Et quand la mort des uns, le pardon des autres allait enfin me le rendre, — perdu ! perdu ! pas une trace de lui , de sa femme et de son enfant ! et depuis sept ans, j'ai fouillé vainement la France, l'Italie et l’Espagne h.. — On frappe encore...
Oh! j’ai fini, et monsieur le marquis peut se montrer avec tous ses "avantages. (Allant a i« porte.) Est-ce déjà vous, espiègle ?
M A n I O , h travers la (>orte.
J’ai attendu un pou.
Maintenant, qu’il entre, Adamas, qu’il entre!