‹ Les beaux messieurs de Bois-DoréChapitre 28 sur 86 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

MARIO

Oh ! ce n’est pas moi qui parlerai, c’est la destinée.

BOIS-DORÉ, souriant.

La destinée, soit ; mais si ses arrêts devaient blesser quelqu'un, tu aurais soin de garder le silence.

MARIO

C’est bien, monsieur, vous serez obéi.

Tu es un doux et gentil enfant, Mario 1 je m’intéresse à toi, pauvre petit orphelin. Tu t’en vas présentement à Paris , sous la conduite de maître Jovelin; si au retour tu veux venir et dejneqrçr avec moi, je te promets de t’achever une éducation de gentilhomme. Mais d’abord, réponds bien sincèrement à mes questions.

MARIO

Oh ! oui, bien sincèrement.

Voilà une figure qui n’est pas faitëpour tromper, Aclamas, et un regard d’enfant qui va droit au cœur. — Il n’y a pas longtemps, je crois, que tu le connais, Jovelin ?

MARIO

Non, monsieur, il n’y a que trois mois. Mais le temps n’v fait rien, je l’aime de tout mon cœur. Il est si bon, si grand, si savant! et il ne me traite pas du tout en enfant ! C’est mon ami I je l’admire !

Bien! mais ce n’est pas lui, j’imagine, qui t'a appris à dire la bonne aventure? Aurais-tu, dans ta vie abandonnée, connu de ces bohémiens, de ces mauvaises gens?...

MARIO

Ohl non, Dieu merci! celle qui m’a montré à tirer les cartes, c’est une pauvre vieille Moresque réfugiée d’Espagne, qui était bien malheureuse, mais bien honnête, allez 1 et qui m’aimait comme son enfant. Je suis resté trois ans avec elle. Elle m’a appris aussi à jouer du tvmpanon et à faire des paniers d’osier. Oh ! je sais très-

bie;i les faire, et si je reviens ici pour être gentilhomme, je vous ferai tous les paniers de la maison.

Et quand l'as-tu quittée, celte pauvre bonne femme ?

MARIO

C’est elle qui m'a quitté, monsieur, pour mourir. Mais alors j’ai été recueilli par M. Anjorrant, un pasteur protestant du Dauphiné, chez qui j’ai demeuré quatre ans. Voilà encore un homme du bon Dieu ! Il était vieux, et obligé de se cacher, et pauvre! mais aussitôt qu’il avait une piécette, il la donnait aux autres pauvres. Une nuit de cet hiver, il est sorti dans la neige pour secourir des enfants égarés; car chez nous il y a de la neige quelquefois aussi haut que votre maison. Il a sauvé les enfants, mais il est tombé malade, et tout à coup il est mort. Ah ! j’ai tant pleuré que je ne sais pas comment j’ai encore des yeux pour y voir clair! Avant de mourir, il m’a confié à Jovelin, son ami, et il nous a remis tout ce qui pourra me servir à retrouver ma famille, avec une lettre d’explication sur mon histoire pour M. de Luynes. C’est cette lettre— là que nous allons porter à Paris.

Ta famille ? Ainsi, Mario, tu aurais connu tes parents ?

MARIO

Certainement, monsieur, j’ai connu mon père et ma mère.

Tu sais leurs noms?

MARIO

•Je sais que ma mère s’appelait Maria et qu’on m’appelait Mario, voilà tout. Quand j’étais avec mes parents, je pense qu’ils voyageaient et qu’ils changeaient très-souvent de résidence, et personne ne les nommait devant moi. Je me rappelle avoir entendu, un soir qu’on me cro\ait endormi, ma mère dire à mon père : Pauvre petit! il ne sait seulement pas s’il a une famille! Mon père a répondu : Il faudrait donc lui faire comprendre comme les hommes sont cruels pour l’amour, et que ses parents ont été maudits par •leurs parents.

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