SCÈNE PREMIÈRE
BOIS-DORÉ, MARIO. (Us descendent les marches de droite.)
...Tu vois, mon enfant, qu’il y a une providence; tu verras qu’il y a aussi une justice. Pose cette arme funeste bien en vue, sur la table de pierre.
mari o.
Sur ce coussin.
BOIS-DORE, comparant la» deux poignards.
C’est cela; elle attirera forcément ses regards. Le poignard dont tu t’es emparé hier est un peu plus petit que celui... dont la vue m’est si cruelle. Mais c’est bien le même chiffre S.-A. C’est bien la même devise. Ton cœur, cher Mario, avait vu clair tout de suite. Et cependant ne faudra-t-il pas encore que ce d’Alvimar se trahisse et dénonce lui-même son nom et son crime, pour juger, pour condamner, pour frapper?
MARIO
Père, vous êtes sûr, n’est-ce pas, de l’issue du duel? Jovelin est
homme d’étude plus que de combat. Et n’ai-je pas vu, il y a deux jours, dans cette salle où nous sommes, l'autre, le meurtrier, vous atteindre et vous marteler à tout coup de son fleuret. Dieu du ciel! j’en frissonne encore !
Sois tranquille, Mario! ton aini Jovelin ne court aucun danger. Et même, — retiens bien ce que je vais te dire, — ce serait moi, le vieillard, moi le vaincu de l'autre jour que menacerait l’épée de ce d’Alvimar, tu n’en devrais |>as concevoir plus d'inquiétude.
MAHIO.
Oh ! mais ce n’est pas vous ! c’est Jovelin, qui est du moins jeune et alerte...
BOIS-DORK, souriant.
Sans doute; seulement, vois-tu, pour le scélérat le plus endurci, la partie est bien différente, de faire parade d'adresse et de ruse avec un fer émoussé, ou de jouer sa vie à l’encontre d'une épée loyale sous le regard qu’un honnête homme a dans les yeux. Encore une fois, Mario, au lieu d’être le témoin de Jovelin, je serais l’adversaire de d’Alvimar, tu n'aurais toujours rien à craindre, et je te répète que c’est la conscience ferme qui fait la main assurée.
M a ri o.
Mon Dieu! pourquoi me le répétez-vous? Pourquoi avez-vous dit à Jovelin que le rendez-vous était pour onze heures, et à monsieur d’Alvimar qu'il eût à venir ici à dix?
BOIS— DO a K.
Eh! n’ai-je pas à l’éprouver et à le confondre avant l’arrivée de son adversaire?
MARIO
Oh ! il est si audacieux et si insolent! je ne sais pas pourquoi je tremble.
b oi s- DORÉ.
Mais quand le moment viendra, lu sentiras l’âme de ton père avec nous et tu ne trembloras plus.