‹ Les beaux messieurs de BoisDoré. 1Chapitre 13 sur 25 · J LES. BEAUX NESSIEUBS · texte numérisé non relu

J LES. BEAUX NESSIEUBS

- Kli bien, c'est Irès-faciie, Je suis fort son servitour, cl jo me chai'fie rto vous Taire arriver clin* lui sain fatigua ni misi-re. Or donc, io;ioscz-voua céans cl ikwmdci tout ce que vous voudrez. Voyous, Adamas, h (nJ;fo et l'enfant sont très-proprea, et leurs habits montagne no sont |K»til trop laids. Mais ils ont sur le corps, tou! ce qu'ils possèdent?

— Oui, monsieur, sauf les babils plus mauvais qu'ils portaient hier et ca matin; ils ont chacun deux elleini-es et le res'e a l'avenant. Mais cotto femme lave, raccommode et peigne son enfant tout le temps qu'elle ne marche pas. Voyez comme sa chevelure est bien tenue! Elle a toutes surto* de secrets arabe* pour entretenir la propreiù ; «lie sait frire iïos poudres do troène et îles élixirs que je veux apprendre d'elle.

~- C'est fort làon vu; mais songe* à lui donner du linge et des étrilles, pour qu'elle soit un peu nijipce. jusqu'elle est adroite, clic en tirera bon parti. Je m'en vais faire un tour de promenade; après quoi, si elle n'a point do déplaisir à chanter un air de sa nation, avec la guiterno du petit, je serai content d'ouïr leur musique étrangère. Au revoir donc, maître Mario! Comme vous avez très-civil entent parle, je vous ve;tx donner quelque chose tantôt : comptez que je ne l'oublierai point.

Le gentil Mario baisa la main du marquis, non sans jeter un regard bien expressif sur te petit chien Fleurial, qu'il eût préféré à loules les richesses de la maison.

Il est vrai de dire que Fleurial était une merveille : des trois cannois que choyait le marquis, il était le préféré à juste titre, et ne quittait jamais son maître dans la maison. IL était blanc comme neige, touffu comme un manchon, et, contrairement aux mœurs des petits chiens gâtés, il était doux comme un agneau.

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nrc hois-hdhB 113

l.ra=(|iio le marquis eut hit an promenadu ac.mu. tmiée, prli avœ bonté à cent do ses valait* qu'il iriipMrtra, et demandé dus nouvelle* de ceux qui ét:iii*ni malades, [mur leur envoyer dft quoi les roeon farter, il rentra ci fit appeler. Marnas.

-- Qui> donne ru i-je donc il ce joli Mario? lui dit-il. Il

— A quoi, mou vii-ux serviteur? ;m mariage!

— Mon, monsieur : ce n'étant point voira goflt, co n'inl pas le mien non pins; mais j'ai trouvé le Jouet pour donner il l'enfant,

— Vu le chercher bien vite.

— Voici, monsieur! dit Allumas en allant prendra l'o':ijet, qu'il avait ôep'jMi dans reiuln'iisiire de hif-ni'lr.'. tourne j'ai remarqué, que l'euFant ii'.muMit d'envie .l avoir Klourial, et que vous ne pouviez pas lui donner Hourial, je me suis rappelé avoir vu, dans les greuior*, plusieurs jouets oublié* depuis longtemps, et, un Ire autres, ce chien d'éloiqie, qui n'est pas Irtip mangé aux v.'ta et qui ressemble à Flourial, sauf qu'il est eu peau 'il! mouton noir et qu'il n';i |ûis beaucoup île <\av\.w.

— Et sauf mille autres ilill'ëreuces qui font qu'il na

lui ressemble pas du tout! Mais d'où vient donc ce jeu- Jou-la, Adaraas?

— Du grenier, monsieur.

— Port bien; mais... lu dis qu'il y en a d'aulresï

— Oui, monsieur; un petit cheval qui n'a plus que trois jambes, un tambour crevé, de petites armes, un reste de donjon crénelé...

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I3fi tes bbaox h usai bob.*

Adanias se tut brusquement en voyant le m.ir<inij profondément absorba devant le chien d'éioupu, litmlii qu'une grosso larme creusait un sillon dans ie fard de ai Joue.

— J'ai fait quelque sottise! s'écria le vieux serviteur, Pour Dieu, mon bon cher maltro, d'où vient que vuus pleurez?

— le ne sais... un moment de fnibles<e! dit le mer- i quis en a'essuyant de son mouchoir parfumé, où s'itnprima une notable partie des roses de son teint; j'ai cru reconnaître ce jouet, ot, si je ne me trompe, c'est la una relique qu'il ne faut point donner, AUaraas !... Cela vient de non pauvre frère !

— Vraiment, monsieur? Ali! je ne suie qu'un sot! J'aurais du m'en aviser, rai pensé, moi, que cela vous avait amuse' quand vous étiez petit enfant.

— Non! quand j'étais petit enfant, je n'avais point de jouets. C'était un temps de guerre et de tristesse en ce pays ; mon père était un hummo terrible et me faisait voir, pour récréation, des carcans, des chaises, des paysans sur le ciievalet et des prisonniers pendus aux ormes du parc... Plus tard, beaucoup plus tard, il eut une seconde femme et un second fils.

— Je le sais bien, monsieur; le jeune monsieur Florimond, que vous avez tant aimé! La (leur des gentilshommes, bien certainement! Disparu d'une si étrange manière!

— Je l'aimais plus que je ne saurais te dire, Adamasl non point tant pour les rapports que nous eûmes ensemble quand il eut âge d'homme, puisque alors nous suivions des partis différents, et que nous nous rencontrions bien peu, le temps seulement de nous embrasser et de nous dire que nous étions amis et frères quand

ns Pois-nont 1S7

ftktm, mais pour les gentillesses de son enfance, dont, ■Mioiiiu je te l'ai conté, j'eus occasion de prendra soin et fiiirilo en une absence do moi) père qui dura environ un bd. [.a seconde femme de celui-ci était morte, M le paya fort inquiète. Je savais mon pore liai dos calvinistes, et je mis devoir apporter proteclinn, ici, îi ce pauvre enf.mi que je ne connaissais point, cl qui se mit h me r lierir comme s'il ont compris l'injustice de notre pfcra cuivra mol. Il était dou\ et heau comme ce petit Mirio <ini est céans. It n'avait ni parents ni amis autour do lui, pair ce qu'un ce temps les uns mouraient depnsieel les autres de peur. Il fût mort aussi, faute de soins et de gatté , si je ne l'eusse pris en si grande attache, que je jouais avec lui des jours entiers. C'est moi qui lui apportai ces jouets-ci, et j'ai quelque raison do m'en ressouvenir, a présert que. j'y songe, car ils faillirent mo conter cber.

— Contee-moi ça, monsieur; ça vous distraira.

— Je te veux bien, Adamas. Celait en quinze cent... n'importe la datet

— Sans doute, sans doute, monsieur, la date n'y fait rien.

— Mon cber petit Piorimond s'ennuyait de ne point sortir, et je n'osais l'exposer dehors, à cause qu'il passait des bandes de tous les partis, qui tuaient tout et no connaissaient point d'amis. Je m'avisai d'une amusatto qui m'avait bien tenté dans ma propre enfance.

» J'avais vu, au château de Sarzay, beaucoup de ces animaux d'étoupe et d'autres babioles dont se jouaient les petits Barbancois. Les seigneurs de Barbançois, qui ont possédé ce fief de Sarzay de père en fils, depuis longues années, étaient des plus enragés contre les pauvres calvinistes , et, a cette époque-là , ils étaient à

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US les «eikVK messieurs

Issoudun, Faisant pondre et urfitor tan; qu'ils pouvaient.

En leur absence, le manoir de Sar/ay n'était pas trop

bleu gardé. Le pays d'alontonr étant toui diivouo' an*

catholiques et a al. «te la ChAlre, on lie se niellait point

de mol qui étais trop seul et irû|> pauvre pour rien

entreprendre.

d Je m'imaginai d'y pénétrer sous un prétexte et d'y taira raniu basse sur les joujoux, à moins quo quolquo valet nu m'en voulut vendre, car il n'en fallait pas clwrchar ailleurs. CtHait marchandise de inxfi, et que l'on ne débitait point dans les petits endroit",

s Je me présente donc hardiment, ranime venant de la par*, de mon père, et je demande l'onirée du château' comme pour parler h la nourrice des jaunes gens, qui, iors, étaient déjà h cheval, comme mai, et battant le pays. J'entre, je m'explique, es la nourrice me reçoit mat.

« Elle savait que j'avais déjà guerroyé pour les calvinistes et que mon pere ne m'aimait point ; mais l'argent l'adoucit : elle mnnw en une chambre hante et m'apporte ce que les enfants, devenus grands, avaient laissé de moins endommagé.

s Me voila donc parti avec un cheval, un chien, une citadelle, six canons, un chariot et beaucoup de petite vaisselle de fer, le tout dans un grand panier couverd'une toile, que j'avais attaché derrière moi sur moi cheval. J'en avais jusqu'aux épaules, et, tout en sortant: 4e la cour de Sarzay, j'entendais les valets rire du uaul des croisées, et se dire entre eux :

t — C'est un grand innocent, et, si nous n'avons jamais maille à partir avec d'autres réformés, nous en aurons vite bon marché.

» Quelques-uns avaient bien envie de m'envoyer

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M. BUiS-DÛRt Uit quelque pou d'arqueliusadc ; mais j'en fus quitte p,.ur Ir, pewr.

> je pupiai des ilt-nît avue m»» kmelan, qui me s,mluit on derrière comme h ferraille «"un euauJruiiiiiei du l.iujuuain

t Cependant, tant allait bimi, ut je m'en revenais i iMiiquillemcni par la traverse, pour ne point passur

il passer la Couarde, sur le pont du chemin d'Ai ; :tir.miio, nt c'est ulors que je me trouvai eu faru d'util bande de dix à douïo retires qui se dirigeaient w.e* la ville.

n Ce n'étaient que dos maraudeurs; mais ils avaient avec eux un des plus niécliants parlions de ce (empala, un certain dfolc dont le père ou l'oncle avilit le cuiuniaiidemflnt de la grosse tour do Bourges, et se faisait ;il>liolnr In ciipitoine S'aeanre.

• Ce gar.jou, qui était à peu près de mon agi-, mais qui était diijà vieux en malice, servait do guide à mus le„ pillards qui voulaient bien lui laisser faire sa main

bien que, m'étaat battu pour les calviiiist.-s, je ne

point être traité eu ennemi par ces Allemands. Mais, a voir mon chargement , il me crut de bonne prise , et, se donnant un air de capitan, il me commanda de mettri pied a terre et de livrer cheval et bagage a ses gens, qui s'intitulaient, pour lors, cavaliers du duc d'Alonçon.

> Comme ils ne savaient pas un mot de français, et que le fils Macabre leur servait de truchement, il eût été bien inutde de vouloir parlementer. Sachant à qui j'avais affaire , et qu'après m'ètre soumis et laissé démonter, je serais bien battu et peut-être arquebuse, par manière de

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140 lks BEAUX UBSSIKttna

passe-temps, comme c'ôlait assez U coutume des msranitour», je risquai le tout pour le tout.

i J'allongeai, de la boile et de l'étrier tout ettuewWa, un grand coup do pied dans l'estomac du Macabre, cjui (Suit déjà descendu pour me jeter uns, et t'étendis unit a plat sur le dos, jurant comme quarante diables,

— lit bien voua fîtes, monsieur ! s'écria Adainas enthousiasme.

— Les autres, poursuivit Hoia-Doré, s'attendaient ai peu a voir un blanc-bec comme j'étais faire pareille chose au milieu d'eux, tous vieux routiers armés jusqu'aux dents, qu'ils se mirent à rire ; de quoi je profitai pour filer comme un trait d'arbalète ; mais, leur étonnement passé, ils m'envoyèrent une grêle de prunes allemandes, que l'on appelait dans ce temps-la des prunes de Monsieur, à cause que ces Allemands servaient les desseins de Monsieur, frère du roi, contre les troupes de la reine mère.

> Le sort voulut qu'aucune balte ne m'atteignit, et, grâce a ma bonne jument Brandi no, qui m'emporta dans les chemins creux et tortus de la Couarde, Je rentrai sain et sauf au logis. Grande fut la joie de mon petit frère en me voyant déballer toutes ces bamboches.

s — Mon mignon, lui dis-je en lui donnant la citadelle, bien m'a pris d'être si bellement fortifié ; car, sans ces bonnes murailles que j'avais de long du dos, je pense que vous ne m'eussiez peint vu revenir.

* Le fait est, Adainas, que, si l'on décousait ce chien d'étoupe, je crois bien qu'on lui trouverait quelque plomb dans le ventre, et que, si la citadelle ne m'a point garanti, tout sa moins les animaux ont dû garantir la Citadelle.

— S'il eu est ainsi, monsieur, je veux garder Lcut

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DR iiots-nouft lût

ti'Li chèrement, et en faire un trophée d'honneur dans quelque aille du chatenu.

— Non, Àdamas, on se moqiiftcnit de nous. Et, puisque voici venir co bel enfant, il lui faut donner )e chien il'iilouno et le reste ; on- ce qui vient d'un ange doit reumaev ii un autre aiigo, et je vois dans lea y eu* de ce Mario l'innocence et l'amitié qu'il y avait dans ceux de nie» Jeune frire... Oui, c'est chose certaine! continua le marquis en regardant enlrer Mario et Mercodès, conduits par le page Clinder ; si Florimond eût eu un fila, il eti été en tout semblable S ce garçonnet, et, si lu vuus que jo te dise pourquoi il m'a pin à première vue , c'est parce qu'il me remet en mémoire, non point tant par ses iraits que par son air, aa voix douce et ses manières caressantes, mon frère tel qu'il était vers L'âge oii voici cet orphelin.

— Monsieur votre frère ne s'est jamais marié, dit Adamas, qui avait l'esprit encore plus romanesque que son roalire ; mais il peut bien avoir eu des bâtards, et qui sait si... I

— Non, non, mon ami, ne rêvons point ! J'ai bien eu une nuire songerie, tandis que celte Morisque nous racontait l'histoire du gentilhomme assassiné' Ne me suis-je point imaginé que ce pouvait être mon pauvre frère?

— Eh bien, au fait, monsieur, pourquoi ne le serait-ce point, puisque nul ne sait comment il a péri î

— Ce ne l'est point, répondit le marquis, et la raison, c'est que le père de ce petit Mai io a été défait quatre jours avant la mort de note bon roi Henri, tandis que j'ai une dernière lettre de mon frère, datée de Gênes, le seizième jour de juin, c'est-a-dire environ un mois après que ces choses se furent passées. Donc, il n'y a point de rapprochement à (aire.

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lES DBAUK MKKîill-iiniS

fendant qiia lo marquis si A damas échangeaient œi réflexions, la Muiïsi|ut- s'était préparée ù chanter, et l.ueilio était arrivé pour t'nnlftitilru.

marquis goût» si fort sa manière, qu'il pria l.uïllo de lui noter ses airs. Luuilio lus prisa mvacv davantage, comme étant, disait-il, a choses rares et antiques, d'une grande perfection de beauté. *

Mercédèalos disait de mieux en mieux à mesure qu'on l'encourageait, et Mario l'accompagnait très-bien.

D'ailleurs, il était si joli avec sa longue guitare, son air sage, sa bouche cuir'ouverto et ses beaux cheveux ondes sur ses épaula, qu'on no pouvait se lasser do le regarder. Son habillement, composé d'une grasse chemisa blanelie, de courtes braies de laint; brune, avec une ceinture rouge eldiss chausses grises avec des brides de lune rouge enroulées autour de la jambe, était très-fa voi-ahlo a la grâce do son corps et à l'élégance de ses formel délicates.

Il reçut avec éblouiasoment tous les jouets que l'oi alla chercher au grenier, elle marquis vit avec plaisir qu'ayant ad-piré toutes ces merveilles, il les rangea en un coin avec une sorte de respect.

Le fait est que tout cela uc lui disait pas grandchose, et que, la surprise passée, il se mit à repenser à Fleurial, qui était vivant, joueur et caressant, et qui eût pu le suivre dans sa vie errante, tandis que la possession des chevaux, des canons et des citadelles n'était

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(|iio la r&va d'un Instant, dans cette vin du misera tu du

pawagi'.

b: ivstuilo la jnurniie a'(iu'i»i|a sans nouvel oragu de la part de M. d'AWimar.

11 rovitM. Poulain, ut luidit cgii'il otaitdccldâà entonnr m niagc de la geoliUeUuiiuno.

ennemi , ou tuut au moins un wutradieliiur 'aii|ir&H D'elle, dans ta personne du marqua, <-l il parvint tmcoru !i so faite trouver aimable. Il ne rencontra, dans la maison, ut la Morisque ni 1\ nfaiit, u'unloudit plus parler d'etis, et se retira de bonne heure pour revêt a ses projets.

Toa'fi la suilo du marquis fut aise de garder Mario quelques jours ; ainsi l' annonçait Adamas. Uelui-ei le fit manger, ainsi que sa mère, ii la seconde tadlo, celle on

il muiigeiiit lui-mènn: eu qiuiiini de valut île eliaiimir, avec maître Jovelin, que Hois-lloni lésait, I dessein, passer pm:r un sul^lt.ernt:, h ^ouvi;ni;i:ilc liullinile et la

page CUmlor.

La carrosseuï et les autres valots mangeaient à d' autres usures et dans un autre local. C'était k troisième table.

U y en avait une quatrième pour les gens de la ferme, les passants, les pauvres voyageurs, les moines bosaliors; ensorle que, de l'aube à la grarul'mit, c'est-aâire huit à neuf heures du soir, on mangeait au manoir de Itriantes, et l'on voyait fumer sans relâche quelque Cheminée à odeur gnisse qui attirail de loin des volées de gamins et de mendiant';. Ovjx-ci r^ evatent toujours bonne pitance de reliefs à la grand 1 pono, et dressaient la cinquième table sur le gaion de l'avenue, ou sur ies mers des fossés.

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|5& LUS BEAUX MESSIEUR

Malgré cette large hospitalité et ce nombreux personne), qui n'étaient point en rapport avec l'exigui'e ilu, manoir, le revenu du marquis taisait face à. tout, et il avait toujours de l'argent de reste pour ses innocentes fantaisies.

11 n'était guère volé, bien qu'il ne s'occupât d'aucune comptabilité; Adamas et Bellinde se détestant, ils sa surveillaient l'un et l'autre, et, quoique Bellindo ne fin pas femme à se priver d'un peu de pillage, la crainte de donner prise aux soupçons de son ennemi la rendait prudente et forcément modérée à l'article des profits. Largement payée et toujours magnifiquement habillée aux frais du châtelain, qui tenait h ne voir « chiffons ni crasse ■ autour de lui, elle n'avait certes pas de prétexte pour malverser ; mais elle ne s'en plaignait pas moins, étant de celles qui chérissent un sou volé et dédaignent un louis bien acquis.

Quant à Adamas, s'il n'était pas la probité même dans toutes ses relations (ayant fait la guerre et pris les mœurs des partisans), il aimait tellement son maître, que si, dans le poste éminent d'homme de confiance où il était parvenu, il eût encore osé piller et rançonner les gens du dehors, c'eùtété uniquement pour enrichir le manoir deBriantes.

Clindor taisait cause commune avec lui contre la Bellinde, qui le baissai et le traitait de chien habillé.

C'était un bon petit garçon, moitié fin et moitié sot, ne sachant encore s'il devait se draper en homme du tiers, litre qui prenait chaque jour plus d'important* réelle, ou se blasonner en futur gentilhomme, vanité qui devait encore longtemps retenir le tiers dans une attitude équivoque et lui faire jouer, en dépit de sa supériorité intellectuelle, un rôle de dupe entre les partis.

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M ROIS-DQRg. us

Le secret de l'«rigino de la Hormqne fui gardé, pour un pas l'exposer à l'intolérance soupçonneuse de ta Hotlinde, qui faisait de grands semblants de diivotion, Adamas la <U passer pour Espagnole, purement et simplement.

l'as un mot de son histoire ne transpipa, non plus <jue de celle de Mario.

— Monsieur la marquis, dit Adamas a son maître en fe déshabillant, nous sommes des entants et nous «"entendons rien à l'artifice delà toiletta. Celte Morisqtjc, avec qui j'ai causé de choses sérieuses à la veillée, m'en a plus appris dans une heure que tous vos accommodeurs de Paris n'en savent. Elle a les plus beaux secrets sur toutes choses, et sait extraire des plantes dos sucs miraculeux.

— Cest bon, c'est bon, Adamas 1 parie-moi d'autre chose. Récite-moi quelque poésie en faisant ma barbu , car je me sens triste, et Je dirais volontiers eumme M. d'Urfë, parlant d'Astrée, que ■ le rengagement de mes ennuis trouble le repos de mon estomac et le respirer de ma vie. »

— Nantes célestes! monsieur, s'écria le fidèle Adamas, qui aimait â se servir dss formules de sor maître, c'est donc toujours le souvenir de votre frèreî

— Héias ! il m'est revenu aujourd'hui tout entier, je ne sais pourquoi. Il y a des jours comme cela, mon ami, où une douleur endormie se réveille- C'est comme leshlessures que i'on rapporte de la guerre. Sais-tu une chose à quoi la gentillesse de cet orphelin m'a fait songer, tout ce tantôt? C'est que je me fais vieux, mon pauvre Adamas!

— Monsieur plaisante t

— Non, nous noua Msons vieux, mon ami, et mon

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1iB IES BEAOX ME8SIKBHS

nom s'éteindra avec niùi. J'ai bien quelques arrUVe-cousiiis dont je nu ma soucie guera et qui perivitueMut, s'ils le peuvent, lu nom île mon pero ; mais, mol, jo serai lo premier et le dernier do* Hois-ltaro, et mon marquisat ne paiera a personne, puisqu'il est lout tonotifique et île loh plaisir royal.

J'y ai souvent songd, et je regrette que monsieur ail eu !a lete trop vive pour consentir a faire une On ii su vie de jeune homme, en épousant quelque belle nymphe de ces contrées.

— Sons doute, j'ai eu lort de n'y pas songer. J'oi trop couru do belle en belle, et, bien que je n'aie guère rencontré M. d'Urfé, je gagerais qu'entendant parler de moi en quelque lieu, ii m'a voulu peindre sous les traits du berger Hylas.

— Et quand cela serait, monsieur ! Ce berger est un lort aimable homme, infiniment spirituel, et le plus divertissant, selon moi, de tous les héros du livre.

— Oui ; mais il est jeune, et je te répète que je commence] à ne plus l'être et à regretter fort amèrement de n'avoir point de famille. Sais-tu que vingt fois j'ai eu l'ilice ou formé le souhait d'adopter quelque enfant?

— Je le sais, monsieur; toutes les fois que vous voyez un enfantelet joli et plaisant, cette idée vous re- 'prend. Eh bien, qui vous en empêche ?

— L'embarras d'an trouver un qui soit d'une heureuse figure, d'un bon naturel, et qui n'ait point de parents disposés à mole reprendre quand je l'aurai élevé ; car de raffoler d'un enfant pour qn'a l'Ûge de vingt on vingt-cinq ans on vous l'emmène...

— D'ici là, monsieur...

— Eh ! le temps passe si vito 1 on ne le sent point passer I Tu saie que j'avais songé a prendre obéi moi

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»g BOM-bOfut m

quelque jeune parent pauvre ; mais ils sont tous vieux ligueurs dans ma famille, et, d'ailleurs, leurs pallia pool laids, turbulents ou malpropres.

— Il est certain, monsieur, .nie la branche cadette ilus Mouron n'eut point belle. Vous aveu pris pour \\w h taille, tout l'agrément, toute la braveiio de. la famille, cl ii n'y a que vous-même qui puissiez vous donner nu liénUer iliftiie du vous.

— Moi-même ! dit liois-ltoré, un peu étourdi de cette assertion.

— Oui, monsieur, je parla sérieusement. Puisque vous voilï eunuye do votre liberté ; puisque, peur la dixième fois, jo vous entends dire que vous voulez vous ranger...

— Mais, Adamis, lu parles do moi comme d'un débauché ! H me semble que, depuis la triste mort do notre Henri, j'ai vécu comme il convient !i un homme accablé de chagrin et à un gentilhomme sédentaire obligé de donner le bon exemple.

— Certainement, certainement, monsieur, vous pouvez me dire là-dessus tout ce qu'il vous plaira. Mon devoir est de ne vous point contredire. Vous n'êtes point obligé de me raconter toutes les belles aventures qui vous arrivent dans les château* ou bocages des environs, n'est-ce pas, monsieur! Ça ne regarde que vous. Un fidèle serviteur ne doit point espionner son maître, et jo ne crois pas avoir jamais tait de questions indiscrètes à monsieur.

— Je rends justice a ta délicatesse, mon cher Adamas, répondit Bois-Doré, à la fois confus, inquiet et flatté des suppositions chimériques de son idolâtre valet. Parlons d'autre chose, ajouta-t-il n'osant appuyer sur un sujet si délicat et cherchant a se figurer qu'Ado-

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I'iK les beaux vkssikhbs

mas savait do lui des aventures qu'il ignorait lui-même.

l,o marquis n'était ni hâbleur ni vantard ouvertement. 11 était de trop bonne compagnie pour raconter les bonnes fortunes qu'il avait eue*, et pour inventer celles qu'il n'avait plus. Mais il était charmé qu'on lui en prêtât toujours, et, pourvu qu'on ne compromit aucune femme on particulier, il laissait dire qu'il pouvait prétendra h toutes. Ses amis se prêtaient à sa modeste fatuité, et le grand plaisir des jeunes gens, celui do Guillaume d'Ara en particulier, était de le taquiner sur ce point, saclwint combien cette taquinerie lui était agréable.

Mais Adamas n'y faisait point tant de façons. Il n'était pas trop Gascon pour son propre compte ; ayant confondu sa personnalité dans le rayonnement de celle de son maître, il l'était pour lui et a sa place.

Aussi reprit-il la parole avec aplomb sur ce chapitre, déclarant que monsieur avait raison de songer au mariage.

C'était une conversation qui revenait souvent entre eux, et dont ni l'un ni l'autre ne ee lassaient, bien qu'elle n'eût jamais d'autre résultat, depuis trente ans, que cette réflexion de Bois-Doré ■

— Sans doute, sans doute ! mais je suis ai tranquille et si heureux ainsi! Rien ne presse, nous ea roparle-

Cette fois, pourtant, il parut écouter les hâbleries d'Adamas sur son compte avec plus d'attention que de coutume.

— Si je croyais ne point épouser une femme stérile, dit-il à son confident, je me marierais, en vérité 1 Peutêtre ferais-je bien d'épouser une veuve ayant des enftats!

— HI monsieur, s'écria Adamas ne songez point à

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bb Bois-noai U9

eela,PrfneK-moi une jaune et belle demoiselle, qui vous donnera une lignée à voire image.

■— Adnmasl dit le marquis «près avoir un peu hésita, J'ai quelque doute que le ciel m'envoie ce honneur. Mais lu me suggères une idée agréable, qui est d'épouser une si jeune personne, que je puisse mu figura qu'elle est ma flllo et que je puisse l'aimer comme si j'étais son pere. Quu dis-tu de eelaî

— Je dis qu'en la prenant bien Jeune, bien jeune, à ta rigueur, monsieur pourra s'imaginer qu'il a adopté mi enfant. Alors, si c'était l'idée de monsieur, il n'y ii pas à allerbicnloin; la petite dame de la Motto-Seuilly est tout a fait ce qui convient a monsieur- C'est beau, c'est bon, c'est sage, c'est rianl ; voila ce qu'il faut pour égayer notre manoir, et Je suis bien Bfir que son père y a pensé plus d'une fois.

—Tu crois, AdamasT

— Certes I et elle-même ! Croyez-vous que, quand ils viennent ici, elle ne fait point de comparaison entre son vieux manoir et le votre, qui est une maison de fées? Croyez-vous que, toute jeunette et innocente qu'elle est, elle ne se soil pas avisée de ce que vous êtes par rapport à tous les autres prétendants qu'elle pourrait regarder?

Boia-Doré s'endormit en songeant précisément a l'absence de prétendants autour de la belle Laurjanc, aux rancunes des voisins contre le franc et rude de Beuvrc, et au chagrin que celui-ci éprouvait de cette circonstance, momentanée sans doute, mais dont il s'exagérait la durée possible.

Le marquis se persuada que sa proposition allait être agréée comme une grande faveur de la fortune.

U question religieuse allait d'elle-même entre eux. bailleurs, si Lauriane lui faisait un reproche d'avoir an-

154 ISS BEAUX MESSIEURS

juré lo calvinisme, il no voyait pas grand embarras h l'embrasser jiaur la seconde fois.

Sa fatuité no lui permit pas do s'arrêter beaucoup sur l'objection qu'on pourrait faire relativement a son rïgo. Adamas avait lo don d'éloigner, chaque soir, par sas flatteries, ce souvenir désagréable.

Le bon Sylvain s'endormit donc, ce soir-la, plus ridicule que jamais ; mais quiconque eût pu lire dans son cœur lo sentiment vraiment paternel qui le suidait, la grande tolcraneo philosophique dont il était doué <• en prévision do cocuage, » et les projets do gâterie, d; soumission et de dévouement qu'il formait pour sa jeune compagne, lui ent certainement pardonné, tout en se moqua nt de lui.

Lorsque A-damas passa dans sa chambre, il lui sembla entendre, dans l'escalier dérobé, un frolonmnt de robe.

11 s'élança aussi vite qu'il put dans ca passade, mais sans atteindre llcllinde, qui eut lo temps de disparaître après ayoir, comme il arrivait souvent, entendu toute la causerie des deux vieux garçon».

Adamas la savait bien capable de cet espionnage. Pourtant il crut s'être trompé, et barricada toutes les partes lorsqu'il n'y avait plus rien a surprendre que te rjnflement sonore du marquis et les aboiements étouffés du petit Kleurial, couché sur le pied de son lit, et rêvant d'un certain chat noir qui était pour lui ce que Beilinde était pour Adamas.

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DE BOlB-UOEUl

On arriva ft la Mot'e-Soiiilly lo U-ndemaln , air lus neuf lia lires.

l.e [retour n'a pas oubli.; qu'à celui époque, le dlixw au servait a dix heures du malin, le snupix à six heures

Cotto fois notre marquis, bien résolu h hiro iW tire de ses projets matrimoniaux, avait pensii nu'il Jftvait arriver en plus leste équipée que sa belle grande rarroche,

Il avait enfourché, sans trop d'efforts, son Joli andalous nommé ItosMflr (toujours un nom de IMsbw), eitcellente créature aux allures douces, au caractère tranquille, un peu charlatan, comme il convenait del'tortt pour faire briller son cavalier, tfeal-a-dir,! sacliant.au moindre avertissement de la jambe ou de la main, rouler

comme un mauvais diable, voire faire assez haut la courbette, eufln se donner des airs de méchante béte.

An demmirant, le meilleur fila do monde.

En mettant pied à terre, le marquis ordonna aClindor de promener «on cheval un quart d'heure autour du préau, sous prétexte qu'il avait trop cliaud pour entrer tout de suite • en l'écurie, » mais en réalité, pour que l'on sût bien, dans la maison, qu'il chauvauchait toujours ce brillant palefroi.

Maïs, avant de paraitn. devant Lauriane, le bon

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152 LBB BEAUX MESSIEURS

M. Sylvain entra dans la chambre qui lui était réservés ehtt sun voisin, puur se rajuster, se parfumer et se recoslumor da la façon la plua leste et la plus éléganle.

lie son coté, M. Seiarra d'Alvimur, tout en «tours et satin noir, a la mode espagnole, avec les cheveux couris et la fraise do riches dentelles, n'eut qu'à changer ses lioties centra des chaussures do soie et des souliers couverts de rubans pour sa montrer dans tous ses avantagea.

Bien que son costume sérieux et devenu < antique a eu France eut mieux convenu h l'âge de Bols-Doré qu'au sien, il lui donnait je ne sais quel air de diplomate et da prêtre, qui faisait d'autant mieux ressortir sa jeunesse extraordinairement conservée, cl l'élégance aisée de sa personne.

Il semblait que lu vieux do Bourre eût pressenti un jour de fianrailles; car il s'était fait moins huguenot, c'est-h-dire moins austère en ses habits que de coutume, et, trouvant sa fille trop simple, il l'avait engagée à mettre une plus belle robe.

Elle se Et donc aussi belle que le lui permettait le deuil de veuve qu'elle devait garder jusqu'à un nouveau mariage. L'usage alors ne transigeait pas.

Elle s'habilla tout en taffetas blanc avec la jupe de dessus relevée sur un dessous d'un blanc grisâtre, que l'on appelait routeur de pain bis. Elle mit un rabat et des rebras (manchettes) de point coupé, et, dispensée par le chaperon de veuve (le petit bonnet à la Marie Stuart) de se conformer a la mode de l'affreuse perruque poudrée qui régnait encore, elle put monirer ses beau! cheveux blonds relevés en un bourrelet crépelé qui découvrait son joh* front et encadrait ses tempes unement

Pour ne pas sembler trop provinciale, olto se permit

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DE uois-nmtÊ ISS seulement un nuage do poudra de Chypre, qui la faisait d'un blond plus enfantin encore.

Bien que les deux proie iidantt se fussent promis d'Clrn aimables, il y eut, pendant le diuer, un pnu de giine <io leur part, comme si ju ne sais quel doute leur fût venu qu'ils se taisaient concurrença l'un ii l'autre. ■ le fait est que Bcllinde avait raconté à la gouvernant ide M. Poulain la conversion qu'elle avait surprise, la veille, outre Adamos et le mari|uis. La gouvernante en avait fait part an recteur, lequol on avait averti d'Alvimar par un billet ainsi conçu :

« Voua avez, en la personne do votre note, un rival dont vous saurez vous divertir : tiroit parti de la circonstance. »

D'Alvimar ne fit que rire en lui-même de cette concurrence; son plan était de s'attaquer, tout d'abord, au cceur de la jeune dame.

Peu lui importait que le pfere l'encourageât. Il pensai que, maître des sentiments de Lauriane, il aurait boa marché du reste.

Bois-Doré raisonnait autrement.

11 ne pouvait pas mettre en doute l'estime et l'attache ment qu'on avait pour lut. Il n'espérait pas surprendre l'imagination et tourner la tete; il eût voulu se trouver seul avec le père et la fille, pour exposer tout simplement les avantages de son rang ctde sa fortune; après quoi, il comptait, par d'humbles galanteries, se faire deviner ingénieusement et honnêtement.

Enfin, il voulait se conduire en fils de famille bien élevé, tandis que son rival eût préféré enlever la place en héros d'aventure.

De Beuvre, qui voyait bien d'Alvimar devenir tendre, contraria fort son vieil ami en le urenantà pari, le long

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1M LES IEAUX MESSIEURS

de la petite riviùra, pour lui adresser nombre du qnosa lions sur le rang et ln fortune do sou hùit. ; !i ijuiii H,iisllnr.i ni! pouvait rien répondre, sinon que M. d'Ara Je lui avait recommandé comme un homme de qualité dont il Taisait le plus grand cas.

— Guillaume est jeune, disait M, de Rouvre ; mais il sait trop ce qu'ilnous doit pour nousavoir présenté un homme indigne de notre bon accueil. Je m'étonne pourtant qui! ne vous ait rien dit de plus; maû M. de Villareal a du s'ouvrir a vous des molifs de sa venue. Comment so fait-il qu'il n'ait point suivi Guillaume aus fùti'S de Bourges?

Bois-Doré no pouvait répondra a ces questions; mais, dans sa pensée intime, de Bouvre se persuadait que ce mystère ne couvrait pas d'autre dessein que celui de plaire à sa Mm.

— Il l'aura vue quelque part, se disait-il, sans qu'ella ait fait attention à lui ; et, bien qu'il me semble fort catholique, il me semble aussi fort épris d'elle.

11 se disait encore que, dans l'état des choses, un gen dre espagnol catholique relèverait la fortune de sa maison, et réparerait le tort qu'il avait fait à sa fille en se jetant dans lu Réforme.

Ne fût-ce que pour (aire mentir les jésuites, qui l'avaient menacé, il eut souhaité que l'Espagnol fût d'asseï bonne maison pour prétendre k la main de Lauriane, même quand il eût été médiocrement riche.

M. de lieuvre raisonnait en sceptique. Il ne taisait pas des Essais de Montaigne le même bruit que Bois-Doré faisait de l'Astrie, mais il s'en nourrissait assidûment, et c'était même le seul livre qu'il lût désormais.

Bois-Doré, plus honnête en politique que son voisin, n'eftt pasraisonné comme lui, sli eût été pire, Il ne te-

de aois-noné ISS nait pas plus que lui à lu reli^um ; mais, d..>i miyammi du rien* temps, il avait gaula celte do la pairie, et l'eaprit do la Ligue ne l'eût jamais fait iran^er.

11 ne devina pas les préoccupa lions de son ami, absurlu! qu'il était par las siennes propres, et, pendant un quart d'heure, jouant aux propos interrompus, ils parlèrent, sans so comprendre, del'iirKenccU'mi bon mariage pour Lnuriaue.

Enfin, ta question s'e'claircit.

— Vous! s'écria de Beuvre stupéfait du surprise, quand le marquis se lut déclaré. Kh ! qui diable pouvait s'attendre à cela? Je m'i ma gi nais quo vous me parliez à mots couverts de votre Espagnol, et veiià qu'il s'agit devous-memoîOui-dal mon voisin, parlez-vous sensément, et ne vous prenez-vous point pour votre petit-fils?

Bois-Doré mordit sa moustache ; mais, habitué au* railleries de son ami, il se remit bien vile et s'efforça de lui persuader qu'on se trompait sur son âge, et qu'il n'était pas si vieux que l'était son propre pere, lequel, à soixante ans, s'était remarié arec succès.

Pendant qu'il jrerdait ainsi le temps, d'Alvimar s'efforçait de le mettre à profit.

[lavait su arrêter madame de Rouvre sous le gras if, dont les branches, pendantes jusqu'à terre, tonnaient comme une salle de sombre verdure où l'on se trouvait isolé au milieu du jardin.

n débuta assez maladroitement par des compliments exagérés.

Lauriaiie n'était pas en garde contre le poison de la louange; elle connaissait peu les belles manières des jeunes gens de condition, et n'eût pas su distinguer le mensonge de 1» vérité; mais, heureusement pour elle.

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ISS IBS PEkUX MESSIEURS

son cœur n'avait pas encore senti les ennuis 4a la cc'iludo, welleélaii beaucoup plus enfant qu'ellen'en avait l'air. Elle trouva Tort plaisant le langage hyperbolique de d'AMmar, et se prit à rire de sa galanterie avec un entrain qui le déconcerta,

Il vit que ses phrases ne faisaient pas fortune, at s'efforça de parler d'amour plus naturellement.

Peut-être en fùt-il venu à bout et peut-être oùt-il amené quelque trouble dans cette jeune ame ; mais Lucilio vint tout à coup, comme envoyé par la Providence, rompre ce dangereux entretien par les douées notes de sa sourdeline.

Il n'avait pas voulu venir avec Bois-Doré, sachant qu'on lo ferait dîner à l'office et qu'il ne verrait pas Lauriane avant midi.

Lauriane, pas plus que son pere, n'ignorait la tragique histoire du disciple de Bruno, et, à l'exemple de li. lis- Doré, on affectait, à la Motte-Seuil !y, de le traiter comme un simple artiste, dans la crainte de le compromettre, bien que !'on fit de lui le cas qn'U méritait.

Lueflio était le seul qui n'eût pas songé a faire toiletta pour la circonstance. Il n'avait aucun espoir de se faire remarquer, et même il n'avait aucun désir d'atlirer les yeux sur sa personne, sachant bien que le commerce mystérieux des âmes était le seul auquel il pût prétendre.

Aussi approcha-t-îl de l'if sans vaine timidité et sans fausse discrétion; et, comptant sur ta vérité et sur la beauté de ce qu'il avait il dire en musique, il se mit à Jouer, au grand déplaisir et au grand dépit de d'Alvimar. j

Lauriane aussi fut un instant contrariée de celte interruption; mais elle se le reprocha en voyant but la

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PR BOIS-nORE 1S7

belle ligure du sourdolinier l'intention naïve da lui être agréable.

— Je ne sala pourquoi, pensa-t-elle, il y a sur cette figure-là comme un rayonnement d'affection vraie et île conscience salue que ie ne trouve pas sur celle du Vautre.

E\ elle regardait encore d'AMmar, maintenant tout contrario 1 , boudeur, hautain, et olle sa sentait comme un froid do peur, soit de lui, soit d'elle-meuie.

Soit, encore, qu'elle fïu très-sensible à la musique, soit que son esprit fût disposé à une certaine exaltation, elle se figura entendre dans sa tête les paroles des beaux airsque lui jouait Lucilio, et ces paroles imaginaires lui

• Vois le clair soleil qui brille dans le ciel doux, et les vires eaux qui reçoivent sas feux sur leurs facettes eli;mgoanteal

■ Vois les beaux arbres courbés on noirs berceaux sur le fond d'or pâle des prairies, et les prairies ellesmêmes, redevenues riantes comme au printemps, sous la broderie des fleurs roses de l'automne; et lo cygne gracieux qui semble voguer en mesure a les pieds, et les oiseaux voyageurs qui traversent la-bas les nuages diaprés.

» Tout cela, c'est la musique que je te cliante : c'est la jeunesse, la pureté, la foi, l'amitié, le bonheur.

* N'écoute pas la voix étrangère que tu ne comprends pas. Elle est douce, mais trompeuse. Elle éteindrait le soleil sur fa tète, elle dessécherait l'eau sous tes pieds; flétrirait les fleurs dans les jirés et briserait l'aile des oi seaux dans le nuage; elle ferait descendre autour de toi l'ombre, le froid, la peur, la mort, et tarirait a jamais la source des divines harmonies que je te chanta. >

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