‹ Les beaux messieurs de BoisDoré. 1Chapitre 14 sur 25 · RS BEAUX MESSIEURS · texte numérisé non relu

RS BEAUX MESSIEURS

Laurtnne ne voyait plus d'Alvimar. Perdue dans una douce rêverie, elle no voyait pas non plus Lucilio. Elle omit trasportce dans lo passé, et, songeant à Charlotte d'Albrel, elle se disait :

— Non, non, je n'écouterai jamais la voix du démon 1 — Ami, dit-elle en se levant, lorsque le sourdelinier s'arrêta, tu m'as fait grand bien , ei je te remercie ; je n'ai rien à l'offrir qui puisse payer les belles pensées que tu sais faire comprendre ; c'est pourquoi je te prie d'accepter ces douces violettes, qui sont l'emblème de ta modestie.

Elle avait refusé ces violettes a. d'Alvimar, et elle affectait de les donner au pauvre musicien, devant lui.

D'Alvimar sourit de triomphe, se croyant provoqué par une agacerie plus provoquante qu'un aveu. Mais ce n'était point là la pensée de Uuriane; car, feignant d'attacher son bouquet au chapeau du sourdelinier, elle dit tout bas a celui-ci :

— Maître Giovellino, je vous demande d'être un père pour moi , et de ne me point quitter d'un pas cpiB je na vous le dise.

Grâce à sa vive pénétration italienne, Luriho comprit.

— Oui , oui, j'entends, lui répondit-il de son regard expressif; comptez sur moi !

Et il vint s'asseoir sur les grosses racines du vieil if, à une distance respectueuse, commo un serviteur qui attend les ordres qu'on voudra lui donner, mais assez près pour ne pas permettre a d'Alvimar de dire un mot qu'il n'entendit fort bien.

D'Alvimar devina tout. On avait peur doW; c'était encore mieux! Il avait un si protond dédain pour le sonneur de cornemuse, qu'il se reçoit a faire sa cour devant lui comme devant une bâche.

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»e aois-no*S 159

Mais son dangereux maiiii.Hisiiii; perdit toute vertu.

11 semblait à Laui'hnc l ; i t;vt ■ i-^uillu pr&eiicj d'un nomme do bien comme Lucilio fût un conlie-poison. Klio eût rougi d'être vaine devant lui. Elle se sentait sous sou regard , et c'était une protection. Elle vit rjUpagnol se piquer et s'irriter peu à peu. Elb essaya ses forces en lui tenant tète.

11 voulait qu'elle renvoyât cet importun, et il ledian.it, h dessein, de manière à être entendu de lui.

Lauriane refusa net, disant iju'elle voulait encore de la

Aussitôt Lucilio se mit en devoir de gonller sa mu-

D'Alvimar porta h main à son pourpoint , en lira un couteau espagnol bien affilé, et , l'ayant oté de sa gain.;, se mit à juuer avec comme pour se donner una contenance; tantôt faisant mine de vouloir écrire avec sur le vieil if, et lantot de le lancer devant lui en manière da jeu d'adresse.

Lauriane ne comprit pas cette menace.

Lucilio étàt impassible, et pourtant il était trop Italien pour ne pas connailre la colère froide d'un Espagnol, et pour ne pas savoir où peut aller la pointe d'un stylet lancé comme au hasard.

En toute autre circonstance, il se serait inquiété pour son instrument, que l'œil de d'Alvïmar semblait guetter pour le percer. Mais il obéissait à Lauriane, il combattait pour l'innocence, comme Orphée pour l'amour avec sa lyre victorieuse ; il entama bravement un des airs morisques qu'il avait entendus et notés la veille.

D'Alvimar se sentit bravé, et le foyer d'amertume qui couvait en lui commença à le brûler.

Adroit comme un Chinois à lancer le couteau, il rësc-

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160 m iiBsaiïuna

lut d'effrayer l'impertinent ménétrier, et comment a faire voler autour do lui cello lame brillante , qui vin] tracer des éclairs toujours plus serrés autour de lui , à mesure qu'il poursuivait son chaut plaintif et teudre. Lauriarto s'était éloignée de quelques pas, et, eu ce moment, elle tournait le dos a eette scène atroce.

— J'ai bravé les torturas et la mort, se disait Giovellino; eli bien, bravons-les encore, et quo l'Espagnol n'ait pas la joie de me voir pâlir.

11 lourua les yeux d'un autre côté, et joua avec autant de recueillement et de perfection que s'il eût été à la table de Bois-Doré.

Cependant d'Alvimar,' allant et venant , prenait plaisir a se placer devant lui et a le viser, comme s'il eût eu In imitation de le prendre pour cible; et, par une de ces étranges fascinations qui sont le châtiment des mâchantes plaisanteries, il commençait à éprouver réellement cette tentation monstrueuse.

11 lui en passait des sueurs froides par le corps et des vertiges dans la vue.

LucUlo le sentait plus qu'il ne le voyait; mais il aimait mieux risquer tout que de montrer un instant de crainte à l'ennemi de sa patrie et au contempteur de sa dignité d'homme.

Pendant que cette terrible partie se jouait, à deux pas de Lauriane inattentive, un étrange témoin veillait; c'était le jeune loup élevé au chenil, qui avait pris les habitudes et les manières d'un chien, mais non les instincts,

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de Boia-Dont 161 et le caractère. Il caressait volontiers tout la monde, mais n'était altanh* a porsonne.

Couché aux pieds de Luciiio, il avait regardé avec inquiétude te jeu cruel da l'Espagnol, et le poignard étant tombé deux on trois fois près da lui, il s'était levé el retranché derrière l'arbre, sans autre souci que celui da sa propre sûreté.

Cependant, comme le jeu continuait, l'animal, qui commençait à sentir ses dents, les montra plusieurs fois en silence, et, se croyant attaqué, eut, pour la première fois de sa vie, l'instinct de la haine de l'homme.

L'œil en feu, le jarret tendu, l'échiné hérissée el frissonnante, il était caché h d'Mvimar par la tige colossaln de in, d'où il guettait le moment favorable, et d'oi'i il s'élança tout a coup pour lui sauter à la gorge.

Il l'eût, sinon étranglé, du moins blessé, s'il n'eut été vigoureusement repoussé par un coup de pied de Lucilio, qui l'envoya rouler à distants.

La brusque interruption du chaut et le son ' plaintif que rendit la musette abandonnée par l'artiste, firent retourner vivement Lauriane.

Ne comprenant rien a ce qui se passait, elle accourut pour voir d'Alvimar, qui, transporté de colère, éventrait l'ardmal avec son couteau.

11 accomplit cet acte de répression avec toute l'ardeur de la vengeance. 11 était facile de voir, sur sa figure pale et dans son oeil injecté, la joie mystérieuse et profonde qu'il éprouvait d'avoir quelque chose à égorger

Il plongea trois fois l'acier dans les entrailles palpitantes, et, a la vue du sang, sa bouche se contracta d'une manière voluptueuse, que Lauriane, toute tremblante, serra de sesdeux mains le bras de Lucilio.en luidisant à voix basée;

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152 IES BEAUX MK9KIBUHS

Voyou, voycx! ijîsar normal <;Vsi lui en personnel

Litciliû, qui avait vu maintes fois b Homo le portrait pùnt par Raphaël, fut encore plus îi même do saisir celle ressemblance, et fit signe de lit tete qu'il an était vivement frappé.

— Mais quoi, monsieur ! (lit la jeune dame, tout émue, h l'Espagnol triomphant; vous croyea-vous ici nu cœur d'uni! foret, et pensex-rous m'atre agréable en me présentant la tfite on les pattes d'un animal que j'ni nourri de mes mains et caressé encore tout à l'heure durant vous î Fi ! vous n'avez point de civilité, et, avec ce couperet tout sanglant, vous avez l'air d'un bouche! plus que d'un gentilhomme 1

Ï.Buriane était fin colère, elle ne sentait plus qua de l'aversion pour cet étranger.

Lui, sortant comme d'un reve, s'excusa en disant que ce loup avait voulu le dévorer; que c'était une mauvaise compagnie en une maison, et qu'il était coulent d'avoir délivré madame d'un accident qui eût pu arriver a elle aussi bien m'a lui.

— Vous a-t-il donc attaqué î reprit-elle en regardant Lucilio, qui faisait signe que oui. — Alors, il vous a donc mordu ? dit-elle encore ; où est la blessure î

Et, comme d'Alvimar n'avait pas été touché, elle s'indigna de la frayeur qu'il avait eue d'uno bflte encore si jeune et si peu dangereuse.

— Le mot de frayeur n'est pas tres-juste, répondit-il avec une sorte ce rage; je ne croyais pas qu'on pùt le jelerà celui qui tient encore l'arme de mort?

— Vous voilà bien fier d'avoir tué ce louveteau l Un enfant l'eût fait, et la cliose lui serait pardonnable, mais non point à un homme, à qui un coup de fouet efit suffi pour s'en débarrasser. Je k dis, messire, vous avas ou

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DR BOIg-BOftK lt'S prand'peur, el c'est la matndiede ceux qui ai ment a verser le ^ang,

— Je vois, dit l'Espagnol souda iti orne. lit abattu, que j'ai encouru voira disgrâce, el je récura ici, connue dans luut, l'clfel de ma mauvaise fortune. Elle est su obstinée, qu'en bien des numiniils eu la pensée de lui coder le gain d'une ttdaille ;:ii je un liwvequo désavantage et déplaisir.

H y avait beaucoup de vrai dans ce que d'Alvimar venait de dire, et, comme, a près avoir xnaclihialenienl essuyé son pm'g ua rd, il semblait bésilcr à le remettre dans sa gaine, [.aeriane, frapper Je IVip-essiou sinistre de son regard, le crut un peu fuu, par suite de quelque grand malheur, et disposé à s'ùtnr la vie.

— Pour vous pardonner, lui dit-elle, j'exige que vous me remettiez farine dont vous veneï de faire tm si méchant emploi. Je n'aime point celle tome trait rosse, que les gentilshommes de France ne portent plus, si ce n'est à la chasse. L'épée suffit a un chevalier, et, pour la sortir du fourreau devant une dame , ii faut le temps de la réflexion. .Hennis toujours pr.ir d'un lionnue qui eneiie sur lui une arme trop prompte et trop facile a. manier, et, comme je ne vois point que celle-ci soit d'un grand prix, je vous demande de m'en faire le sacrifice, en rép.iraliju du dépiaidr qae v..u:, ni'avoK caiL.--.ii,

D'Alvimar crut qu'en le désarmant, on le caressait. Néanmoins il lui en coûtait de se séparer d'une arme aussi Adèle, et il hésita.

— Je vois bien, lui dit Lauriane, que c'est le rîon de quelque belle à laquelle vous n'êtes point libre de désobéir.

— Si vous avez cette pensée, répondit-il, je vous veux roter bien vite.

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1M *.BS BEAUX URBSIBUnS

Et, mettant un genou en terre, U lui présenta le poignard.

— C'est bien, dit-olle en lui retirant ait main, qu'il voulait baiser. Je voua pardonne comme à un hôte qu'un ne veut piint mortifier; mais ce n'est rien do plus, Je voua jure; et, quant à cette méchante lame, si Je la garde, ce n'est point pour l'amour de voua, maia pour empêcher lo mal qu'elle peut faire.

Ils étalent alors au pied du donjon, ou ils rencontrèrent le marquis et M. de Beuvre discourant avec feu.

Lauriane allait leur raconter ce qui venait de se passer ; mais son père ne lui en donna pas le temps.

— Écoutez ça , ma tres-chèro fille , lui dit-il en prenant sa main, qu'il passa sous le bras du marquis; notre ami veut voua dite un secret, et, du temps qu'il vous le contera, je tiendrai compagnie de mon mieux a M. de Villareal. Vous le voyez, ajouta-Ml en s'adressant à Bois- Doré, je voua confie ma brebis sans crainte de vos grandes dents , et je ne lui dis rien pour vous déconsidérer devant elle! Parlez-lui donc comme vous l'entendrez. S'il vous en cuit, je m'en lave les marna, vous l'aurez cherché!

— Je vois bien , dit madame do Beuvre au marquis , que vous avez quelque requête à me présenter.

Et, comme elle croyait qu'il s'agissait, comme de coutume, de quelque partie de chasse chez lui, elle ajouta que, quoi que ce fût, elle le lui octroyait d'avance.

— Prenes-y garde , ma Ûlle I s'écria M. de Beuvre en riant, voua ne savez point à quoi vous vous engagez I

— Vous ne m'effrayez point, répondit-elle ; il peut viteraent parier.

— OuaisI vous croyez I mais vous voua trompe* bien, reprit y. de Beuvre. Je gage que son compliment

des nars-Dûiifi 105 durera plus d'une heure. Aile? donc lotis les deux en queùjne salle où tous ne serez point dérangés, et, quand voua aurez tout dit, vous viendrez nous rejoindre.

Le marquis ne se démonta point de ces plaisanteries. Il n'en était pua venu à la résolution de foiru ss demande sans étouffer en lui-même quelques vives appréhensions 4e cet état de mariage ajourné par lui depuis une quarantaine d'années.

S'il était enfin décidé, c'est parce qu'il voulait (aire la fortune et le bonheur de quelqu'un, et, celte idée une Fois adoptée, il regardait comme un devoir de ne pas s'en labâer détourner.

A peine donc fut-il au salon, qu'il offrit son cœur, son nom et ses écus en style de l'Astiéc, avec cette passion échevelée qui ne parle de rien moins que de tourments effroyables, de soupirs qui pourfendent le cœur, de frayeurs qui causent m Me mo ris, d'espérances quiôtent la raison, etc.; tout cela d'une convention si chaste et si froide que la plus farouche vertu ne pouvait s'en effaroucher.

Quand Lauriane eut compris qu'il s'agissait de mariage, elle n'en fut pas aussi étonnée que son père.

Elle savait le marquis capable de tout, et, au lieu d'en rire, elle en ont pitié. Elle avait de l'amitié pour lut, et même du respect pour sa bonté et sa loyauté. Elle sentit que lu pauvre vieillard se livrerait à d'interminables brocards , pour peu qu'elle en donnât l'exemple, et que les railleries amicales et modérées dont il était l'objet allaient devenir blessantes et cruelles.

— Non, pensa cette jeune et sage enfant, il n'en sera pas ainsi, et je ne souffrirai pas que mon vieil auiî seit la risée des valets. — Mon cher marquis, lui dit-elle en a'ellorçant de lui parler dans sou s«le, j'ai souvent

3 HBAOJt MESSIEURS

lité et a la eooviwnco du projet que riiw.. levais i]i;viii,i votre tvlifs cl !i >n-

i [ tfjiur mu Niii'lc, il si: jinuriM fiii'ii qu'il |>arli! ris

vous. Mais ceci ost défit dans le It.'fo de$ destinées, et vous me dovun laL-ser le lemiii : l'interroger la iirieimo. Si, par quelque fatalité, je devais être ingrate envers voua, je voua lo confesserais aw- candeur et avec repentance, car ce serait tout dommage et toute honte pour moi; mais vous aveu le cœur si grand et si excellent que vous me seriez encore ami et frère en dépit de ma sottise.

— Certes, je vous le jure! s'écria Bois-Doré avec un naïf enthousiasme.

— Eh bien donc, mon loyal ami, reprit I.auriane, attendons encore. Je vousdeiuandeseptannées d'épreuve, comme c'est l'antique usage des parfaits chevaliers, et faites-moi la grâce que cette convention demeure secrète entre noua. Dans sept ans, si mon âme est restée insensible k l'amour, vous renonceres à moi, de même que, si je partage votre passion, je ne vous en ferai pas mystère. Je vous jure également que, si, avant le terme de cette convention, je suis touchée, malgré moi, des soins de quelque autre, je vous eu ferai l'Luuiute et sincère confession. A cela, il n'y a guère d'apparence; pourtant Je veux tout prévoir, tant je souhaite, perdant votre amour, de garder au moins votre amitié.

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de sais-non* 101

— Je me soumets i« tout, répondit le mardis, ot jo cous jure, :idoraule Laimanc, lu foi d'un gonlilhoimiio et la ikleïùé d'un amant parfoii.

— C'est suc- iHioi je CL;inpii>, dil-nlle eu lui l^irliiiit la main ; je vous sais homme île iwur et l>erger incnmprable. Sur co, retoiuiiuns aiipiys do mou père, et labsi*

iuHS-UOJB point • |U,.ii;U0 ■~K^'-''-

— Quelï Parlez, j'y cillions m;iis que. ce nu soit point i:n anneau. Songez qu'étant voave, je ne puis en porter d'autre que celui d'un nouveau mariage.

— Eli bien, permetU'a-uioi dû vous envoyer demain un présent digne de vous.

~ Non pas! eu serait inellre du monde dans la confidence..- Donnes-moi la première babiole que vous aurez sur vous... Tenez , co petit drageon* d'il oirj éraaillé que vous avez là en 1» main!

— Soit! mais que nie don lierez- vous donc ? Car je vois que vous entende; connue il faut cet échange. Il faut que ce soit chose que l'on ait sur soi au moment où l'on s'est donné parole.

Lauriane chercha dans ses poches et n'y trouva que son mouchoir, ses gants, sa bourse et le poignard de M. Sciarra.

La bourse venait de sa mire : elie donna le poignard.

— Cachez-le bien, dit-elle, et, tant que je vous le laisserai, espérez en moi; de même que, ai je viens à voua le redemander...

— Je m'en percerai le seinl s'écria le vi(„is Céladon

— Mon! c'est une chose que vous ne ferez point, dit Lauriane avec on grand sérieui; car j'en mourrais do

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16B iks beaux MEssimrna

douleur, m ce serait, d'ofllimra, manquer a la promets*

que vous me faites de rester mon ami quand mémo.

— C'est juste, dit Bols-Bon! en «'agenouillant et en recevant le gage. Je vous fait le serment da n'en point mourir, comme je voua fais celui de n'aimer ni seulement regarder aucune autre belle , tant que vous ne m'aurai point arraché l'espoir de vous plaire

Ils retournèrent au jardin, ou M. de Beuvre les accueillit d'un air goguenard.

L'air sérieux et tranquille que prit Lauriane, l'air attendri et radieus qui ne pouvait dissimuler le marquis, le jetèrent dans une surprise si grande qu'il ne put se tenir de les interroger, a mots couverts asseï transparents, devant d'Alvimar.

Hais Lauriane répondit qu'elle était parfaitement d'accord avec le marquis, et d'Alvimar, ne voulant pas en croire ses oreUIes, prit encore cette assertion pour une coquetterie a son adresse.

Alors l'inquiétude de M. de Beuvre devint très-vive, tt, prenant sa fille à part, il lui demanda si elle parlait sérieusement, et si elle était assez fblte ou assez ambitieuse pour accepter un beau galant né sous le roi Henri H.

Lauriane lui raconta comment elle avait réservé sa réponse et remis tonte explication à sept ans de là. Après avoir ri à crever sa ceinture, do Beurr*. à qoi

ni pois- nos S 1B9 Lauriane recommandait le secret, cul quelque peine à comprendre ta délicate bonté de sa fille.

Il se fût bien diverti de la déconvenue du marquis, et il trouvait que c'eut été une bonne leçon a lui donner que de lui rire au nez.

— Ne», mon père, lui répondit Laurianc, c'eut été lui faire un grand chagrin, et rien de plus. Il n'est point d'âge à so corriger do ses travers, ut je ne vois point ce que nous gagnerions à outrager un si excellent homme, quand il noua est facile de l'endormir dans ses rêveries. Croyez bien que, si la coquetterie des femmes est innocente, c'est envers de tels vieillards, et c'est peut-être même faire une bonne action que de les laisser dans leur fantaisie. Soye* assuré que, le jour où Je dirais h celui-ci que j'ai du gofit pour quelqu'un, il en serait peut-être fort aise, tandis que, si je lui avait dit que je n'en pouvaispas avoir pour lui, il serait peut-être fort malade à cette Jieure, non point tant de ma cruauté que de celte de sa vieillesse, laquelle je lui aurais fait voir en face, sans ménagement ni compassion.

. Lamiane avait quelque ascendant sur son père. Elle obtint qu'il s'abstiendrait de bafouer le marquis sur ses belles amours avec elle, et d'Alvimar, malgré sa pénétration, ne devina rien de ce qui se passait entre eux.

C'était bien réellement une bonne action que Lauriane venait de faire, et, comme il y a un compte ouvert entre nous st la Providence, celle-ci l'en récompensa tout de suite en lui envoyant cet invisible secours qui est la rémunération, souvent immédiate, de tout mouvement généreux de nos âmes.

Lauriane était très-enfant; mais il y avait en elle l'étoffe d'une femme forte, et, si etle était capable, comme toute fille d'Ève, de subir une dangereuse faset-

17(1 IES BEiHÏ HEBBIKIFM

nation, du moins elle était capable aussi de "éaslr et do trouver un solide appui dans sa conscience.

Elle passa donc lu imw du la journée- sans aire touchée des insinuation» galantes do d'Alviniar, et même il lui sembla qu'en donnant son poignard au marquis oommo un gage d'une génércu-sn smith!, «Ile s'était débarrassée de quoique cbose qui latroubiait et lui brûlait les mains. Elle eut soin do ne plus ee trouver seule avec l'Espagnol, et de n'encourager aucun des efforts qu'il fit pour ramnner la conversation sur les délicates banalités de l'amour.

iViiillenrs m iu-idmit vint raifiprc tout ûntretini particulier et distraire fa compagnie.

Un jeune bohémien se présenta, demandant à réjouir l'illustre assistance par l'ow ruer. iîo sm talents; jecrois même que lo drôle disait a son génie. »

A peine fut-il introduit , que d'Alvimar reconnut lo jeune vagabond qui avait servi de truchement entre M. d'Are et la Morisque, sur la bruyère de Champillé, et qui avait déclaré i-w. Kraurais et s'appeler LaFlèclie.

Cétait un gars d'une vingtaine d'années, nsses joli garçon, quoique llétr : . déjà par la débauche ; Posil était pénétrant, effronté', la bouche phto et perfide, la parole sotte, impudente et railleuse; du reste, bien fait dans sa petite taille, adroit de son corps comme un mime et de sas mains comme un larron; intelligent en toutes choses servant a inal faire; crétin en fitee de tout travail utile ou de tout bon raisonnement.

Ce personnage, comme tous ceux de son état, possédait quelques guenilles de rechange dont il se faisait un costume de fantaisie pour se livrer â ses exercices.

Il se présenta donc velu d'une sorte de cape génoise doublée de rouge, et coiffé d'uadoiw dmoeaui cU'aiou.

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DE BOIS-DOBÊ lll

ehos, hérissés do plumas de coq, chapeaux sans nom,

désespérées, dont CM>: a immorUliso lu splondidu in— vraisemMinee dans ses ;;r<ite signes Maliens.

De (Milites Loues dentelées., ['une beaucoup u\>p grande, l'autre beaucoup trop petite pour son pied, laissaient voir des chausses d'un rotigo tourné a h lie de vin. Un énorme a capillaire courrait celle poitrine de mécréant, écriteau de tamrcgarflo contre l'accusation, toujours suspendue fur sa téte, de paganisme ei de ma- Rie noire. Une chevelure d'm.e Ir.n.^i.eiii in-e." .On rt d'-.in li'.onii fade- tombait plaie si::- s:i faci; nv-'w, enluminée d'oci'e rou-e. et une nnrjs.[::i:lie naissante allait rejoindre

deux crocs de poii follet blanchâtre, plantés sous le menton lisse et luisant.

Il commença d'une voix de trompette fâlée :

— Que l'illustrissime ■ noa^oie di:i::ne excuser l'Imr-

genco. Kn efict, convient-il à un bélître do mon acabit,

.1 ■((.!(:; sa puysionauiié Iiui'i; s.;;:, ei'.;a!rii:rs de ruil 'H^ , puiiit et son el;n:;i :ui i{ui ■..!:■■.!: il.: depuis I 'n^tei.ips pivir survir (:'é]y)n T ii'i[r; : l de cbèiieïière, de comparoir durant une dame dont les yeux fonlhonte a la lumière du

soleil, pour v:irii:- dohii.er ici une niulliplieiic de soLl.i-

sesï Elle me dira peut-être, pour me remettre le cœur au ventre que Ja ne suis point un Mtier de paysan, ni un méchant batteur d'estrade, ni un valet grenier

à coups de ha ton, car il est dit des valets qu'ils sont comme les noyers, k'MpiHs tant pbis Ils sont battus, tant plus ils rapportent. Elle me dira encore que je ne suis ni un escogriffe, ni un tire-laine,ni un damoiseau, ni un

lk;r-à-b:ss, ni un oiiljrîus, ni un ^odeliii i^n. ni mi pourfendeur, ni un ostrogoïh, ni un escargot; qnc. j'ai as-

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n-2 LRS BBiUX HISSIEOHS

b6e bonne mine, nonobstant uns physionomie no peu subalterne; mais, devant un mérite comme celui de la dame- que je vois ( on n'estropie pas une déesse pour la regarder ), et devant une réunion de seigneur» jui ressemblent plus à une assemblée de monarques qu'à une charretée de veaux en foire, le plus vaillant homme du monde perd la tramontane et n'est plus qu'un égout d'ignorance, une seniine de stupidités et lebaasin de toutes les impertinences. . .

Maître La Flèche eût pu parier demi heures sur ce ton, avec nne volubilité insupportable, si on ne l'eut interrompu pour lu! demander ce qu'il savait faire.

— Tout I s'écria le vaurien. Je puis danser sur les pieds, sur les mains, sur la tété et sur le dos; sur une corde, sur un balai, sur ia pointe d'un clocher comme sur celle d'une lance; sur des œufs, sur des bouteilles, sur un cheval au galop, sur un cerceau, sur un tonneau, voire sur l'eau courante, mais ceci à la condition qu'une personne de la société voudra bien me faire vis-a vis sur l'eau dormante. Je puis chanter et rimer en trente-sept langues et demie, pourvu qu'une personne de la société me voudra bien répondre, sans faire une faute, dans trente-sept langues et demie. Je puis manger des rats, du chanvre, des ëpées, du feu,..

— Assez, assez, dit de Beuvre impatienté; nous connaissons ton chapelet : c'est le même pour tous les hâbleurs tels que toi. Vous prétendez savoir toutes choses, et vous n'en savez qu'une, qui est de dire la bonne aventure.

—Adiré le vrai,répondit La Flèche, c'est en cela que j'excelle, et, si Vos rayonnantes Altesses veulent s'inscrire, je vais tirer au sort pour savoir par qui commencer ; car le destin est un esprit bourru qui ne connaît ni la esse ni le rang des personnes.

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M BOis-nosé. 173

— Va, tire au sort; vofli mon gage, dil l», de Beuvre en luiielsnt une pièce à 'argent. A vous, nia fille.

Lauriane jeta une pièce plus grosse, le marquis un petil écu d'or, Lucilio une monnaie de cuivre, ei d'AMmar un caillou, en disant :

—Comme je vois que les gages seront donnes au devin je trouve que celui-<:i ne mérite que d'otre lapidé.

— Prenez garde, lui dit Lauriane en souriant, il ne vous prédira que des enuuis; on sait bien qu'en fait d'horoscope, on n'en a jamais que pour son argent.

— Ne croyez pas cela ; le destin est mon maître, dit La Flèche, qui brouillait les gagea dans une espèce do tirelire, et qui tout à coup affecta de parler sans phrase et d'un air fatal.

11 retourna son indescriptible chapeau, qui menaçait le ciel comme un donjon insolent, et le rabattit sur ses yeus comme une lugubre éteignoir, il fit plusieuis grimaces, prononça des paroles dépourvues de sens qui prétendaient èlre des formules cabalistiques, et, s'etant détourné pour essuyer a la dérobée son fard grossier, il montra sa face blemie par la prophétique inspiration.

Alors il traça sur le sable la grande asphère des nécromants ignares avec tous les signes de l'astrologie des carrefours ; puis il plaça une pierre au milieu et y jeta la tirelire, qui, en se brisant, répandit les gages sur tes différents signes tracés dans les compartiments.

En ce moment, d'Alvimar se pencha pour ramasser

— Non, non I s'écria le bohémien en e'élancant sur sa conjuration avec l'adresse d'un singe, et en posant le bout du pied sur le gage de d'Alvimar, sans effacer aucun dea signes qui l'entouraient; non, messire I vous

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174 LSS BEAUX ItlUIDU

n„ pouvHï plus empêcher la destinée. Elle eist au-dessus du vous comme de moi !

- Certes, dit l.iuiriarie en étendant sa peiite canne entre d'Alvimar et Lu Fh'tfiie. Le devin tsl mallre dans son cercle magique, et, en dérangeant votre destinée, vous pcuve* déranger aussi les noires.

ll'AWimar se souiiiil; mais sa ligure traliil uno agitation singulière <ju'il comprima aussitôt.

La Fieche commença par le gage le plus rapproche dj la pierre centrale qu'il appelait lo Sinaî.

C'était celui de Lucilio ; i! fit mine de mesurer des angles, de supputer des chiffres, et dit, en prose rimée :

Homme sans langneatila grand urar, Savoir rie misère cal yiiaquoor,

Voyez-vous, dit Bo's-Doré bas k d'AIvimar, que

le droie a bien deviné le triste cas de notre musicien!

— Cela n'était pas difficiie, répondit d'ALvimar avec dédain. 11 y a un quart d'heure que le muet vous parle par signes!

— Vous ne croyez donc point du tout à la divination? reprit Bois-Doré pendant que la Flèche continuait ses calculs d'un air absorbé, mais l'oreiue ouverte à tout ce qui se passait autour de lui.

— Eh bien donc, y croyes -vous vous-même, messire!

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I*K ■013-POftg 175 di! d'Alvimnr feiRnant d'clnt étonné du serin « aveu lequd ](» iiwnpiis lui :iv;iii faii colin igno^lïon.

— Moi? Mais... oui, un peu, iiouimu 1 'Ul le mounol

— Personne m: croit plus à e^s l.^li-i'o.s es!

■ Mais si, j'y ciMis tii'îuiii:v,i:), moi, itit J.aiiri;!!!;'. Surrier, je l(> prie, si ma lic-tiii^ <:-■! onuvaiso, il,: m. ! serun peu da doute, ou de tnuivur daus ta scii-iwole moyeu du la conjurer.

— Uluslre reino dos ciiitirs, répondit h ri:v.!],',j\.!,.'s a vos ordre*. Un grand dau^i' vous uicuaco; mais si, p aidant seulement trois .jours, à partie du uiomont où m, us sommes,

Vous m ilunnei pninl volin cuMif , Dd dial.li! il aan lo viimijuritr !

— Ne saurais-tu Iromer d'autres rime*? lui crbd'A> vimar. Ton dictionnaire n'est pas riche !

- N'est pas riche qui veut, mnssirn, ropomlil lo luhdmienjel pourtant il y a des gens qui veu lent bien fort, si fort qu'ils font tout pour la richesse, au risque de Ui liacfie et de la hart!

— Est-ce dans la dosmv.:o dt: ce gentilhomme que tu lis do pareilles choses? dit Lauriane, qui avait été très-

dovio, i.'t qui s'o:lb:vait. do Looroor l:m\ 0:1 plaisanUiri;:.

— Peut-être! dit avec aisance M.d'Alvlmar; ou ne sait ce qui pont arriver.

— Maison peut le savoir! s'écria la Fièche. Voyons, qui veut le savoir?

— Personue, dit le marquis, personne, s'il y a du fâcheux dans l'avenir de quelqu'un de nous.

— Vraiment, mon voisin, vous avtw la foi ! dit de

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Beurre, qui ne croyait précisément à rien. Vous êtes une litre pratique pour tous les bateleurs qui voudront voua en couler !

— Comme -ous voudrez, répliqua Bois-Doré, mais jo n'y peux nen. J'ai vu des clioses si surprenantes ! Dis fois co qui m'a été prédit m'est arrivé.

— Comment voulez-vous , lui dit d'AMmar , qu'un idiot el un ignorant de celte espèce pénètre l'avenir, dont Dieu seul a le secret î

— Je nu crois pas à la science de l'opérateur, répondit le marquis, si ce n'est que, par état, il sait calculer des nombres, et que ces nombres sont pour lui comme les lettres d'un livre, avec lesquelles la propre fatalité des nombres compose des mots et des phrases.

De Bauvre se moqua du marquis et somma le devin de tout dire.

D'Alvùnar eut souhaité qu'il en fût autrement, car son incrédulité était feinte ; it croyait à l'action du diable dans tout ce qui est maléfice, et il se promettait de recommander La Flèche à M. Poulain, pour qu'il avisât a le faire coffrer et brûler dans l'occasion. Hais il n'en était pas moins dévoré, malgré lui, de l'anxiété d'ouvrir le livre de sa destinée, et il se trouvait d'ailleurs entraîné à faire l'esprit fort devant madame de Beuvre.

La Flèche, sommé de parler, vu qu'il avait assez étudié son grimoire, réfléchit en lui-même sérieusement. Q se méfiait de l'Espagnol. 11 savait qu'il ne risquât rien avec les gens qui ne croyaient à rien, ce ne sont pas ceux-là quidénoncenl ou accusent les sorciers, et il était trop pénétrant pour ne pas avoir compris qu'en essayant de retirer son gage, d'Alvimar avait voulu se soustraire o ces révélations qu'il feignait de mépriser.

11 prit le parti dans lequel il se retranchait quand il

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DR BOIS- DO r( 171 ta trouvait avec des gens disposés à s'émouvoir trop; co tut do dire des bannlit^s !i tout te monde.

11 espérait que d'Alvimar se retirerait, et qui] pourrait faire aux autres, à coup sùr, quelque prédiction agréable qui lui serait grassement payée ; car, depuis trois jours qu'il errait dans les environs, se glissant partout, écoutant aux portos, on feignant du ne pas comprendre le français pour bisser causer dorant lui, il avait appris Won des clioscs, et, quant a. d'Alvimar, il en savait une sur son compte, que celui-ci eût bien voulu eusovelir dans un profond oubli.

Mais d'Alvimar, calmé par l'insignifiance des prédictions, ne se retirait pas; personne ne s'amusait plus, et La Flèche faisait fiasco, après avoir travaillé d'avance à tue belle recette.

On allait le renvoyer. 11 se redressa.

— Illustres seigneurs, dit-il, je ne suis pas sorcier, Je le jure par l'image du saint patron que je porte sur la poitrine; je proteste contre tout pacte avec le diable, Je n'exerce que la magie blanche, tolérée par les autorités ecclésiastiques; mais...

—Mais, si tu n'es pas vouéau diable, va-t'en au diable ! dit M. de Beuvre en riant ; tu nous ennuies !

— Eh bien, dit La Flèche effrontément, vous voule* de la cabale, vous en aurez, à vos risques et périls! mais ce n'est pas moi qui en ferai, et je m'en lave les mains!

Il se retourna aussitôt vers un panier qu'il avait apporté avec lui, et où l'on supposait qu'il tenait quelque attirail d'escamotage ou quelque bète curieuse, et il en tiraune Dllette de huit à dix ans, qui paraissait n'eu avoir que quatre ou cinq, tant elle était petite et menue; avec cela noire, laide, ébouriffée un véritable lutin tout de

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178 LES BEAUX HESB1RDHS

rouge hahlllé, qui commença, pendant qu'il l'apportait dans ses bran, par lui appliquer vingt soufflets, N tirer los cheveux et lui rtéeliirer la Usure avec ses griffes

On crut d'abord que cette résistance oiiragén faisait partie de la représentation ; mais on vit le sang couler en grosses gouttes tout lo long du nos du sacripant.

Il s'en émut peu, et, sVssuyaut avec sa manche :

— Ce n'est rien, dit-il; la princesse dormait dans son panier, et elle □ le réveil acariâtre.

Puis il ajouta en espagnol, parlant bas à la petite :

— Sois tranquille, va I tu la danseras ce soir ! L'enfant, placée sur la pierre du SfïMT, s'accroupit

en singe et regarda autour d'elle avec des yeus de chat sauvage.

li y avait dans sa laideur malingre un caractère Si accusé de souffrance et de colère, de malheur et de haine, qu'elle en était presque-belle et, a coup sfir, effrayante.

Lauriane eut le emur serre de voir la maigreur ilo celte misérable créature, presque nue sens la pourpre snr lide de ses haillons.

Elle frémit en songeant au sort de cette enfant, eiaspi'riîc sans doute par la tyrannie et les coupa d'un métSiant salli m banque, et elle s' éloigna de quelques pas, appuyée sur le bras de son bon Céladon Bois-Uorc, lequel, sans le dire, se sentait presque aussi attristé qu'elle.

Mais de Beuvre avait l'écorce plus dure, et il pressa La Flèche de faire parler l'esprit malin.

— Voyons, ma belle Pilar, dit la Flèche en accompagnant chaque parole d'une mimique grosse de menaces intelligibles pour sa victime; voyons, reine des farfadets et des gnomes, Il faut parler. Uamassea la pièce qui est 1s plus prés de vous.

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rendormir ; olle grelottait la fièvre,

— Allons, allons, gibier de potturc, éloupi> <ln libeller I reprit U\ FIMk, riiiii.is.xr-/ w llo pièce d'or, et je vous dirai uii ust Marin, votre uien-aime.

— Hein I lit le ui.u-.j-.iis en »e rotum Haut, mie itil-il Oc Mario î

— . Qu'est-ce que Mario ; lui domamla I.aurintio.

— Silence ! cria de Bctivre; le diable pnrlp, et c'est de vous qu'il s'agît, mon voisin !

L'enfant parla ainsi en français avec un acoait prononcé et une voix criarde :

Ciliii Je qui iHpeMI m gjgo.

S'il mut écorner Jepniiaja Et so bien garer >le l'amour...

— J'en ai assez dit, je n'en veux plus dire, ajoutât-elle en espagnol.

tille ne se souvenait plus do sa leçon. Ni prières ni menaces ne purent lui faire retrouver la mémoire ; mois elle n'avoua pas qu'on l'avait serinée; elle étail déjà sorcière et vaniteuse de son état. Elle connaissait le grimoire beaucoup mieux que La. Hèche , et elle aimail il prapl .étiser. En voulant lui apprendre des vers, ce qu'elle appelait une autre magie, La Plecba l'avait irritée, et le sentiment qu'elle ne s'en tirerait pas avait mortifié son amour-propre.

Elle secoua sa tète hérissée de cheveux noirs comme l'encre, frappa du pied et se livra à une colère do py- Ihonisse.

— C'est bien ! c'est bien I s'écria La Flèche résolu j en tirer parti, n'importe comment. Voilà que ça vient ; lu diable lui outre dans le corps, elle va parler 1

181 us aaauï naasiEtiae

— Oui, dit l'entant en espagnol ei en sautillant dans la cercla arec fureur, et je sais tout micuxque loi, mieux que loua les autrsa. Voila I voila 1 voila 1 Je sais, deioan-

Trions français, dit La Flèche. Que doit-il arriver nu seigneur dont tu tiens le gagée C'était celui du marquis.

— Liesse et confort 1 dit l'enfant.

—Très-bien 1 mais quels?

— Vengeance! répondit-elle.

— A m<A, vengeance! dit Bois-Doré : ce n'est point là mon humeur.

— Non certes, ajouta Lauriane en regardant d'Alviœar malgré aile. Le diablese sera trompé de gage.

—Son ! Je ne me suis pas trompée, reprit la gnomide.

— VraiT dit La Flèche. Si voua en êtes bien sûre, parier diablesse I Vous pense* donc que ce noble seigneur, ici présent, a quelque injure a laverT

— Dans le sang I répondit Pllar avec une énergie de tragédienne.

— Hélas I dit le marquis baB à Lauriane, il n est sans doute que trop vrai 1 Vous savez bien, mon pauvre frère 1

Et il dit tout haut :

— je vêtu interroger cette petite devineresse moi-

Faites monseigneur ! répondit La Flèche. Attention, tamouche noire! et parlez honnêtement à qui vaut mieux que vouât

Le marquis, s'adressant alors à Pilar .

— Voyons, ma pauvre petite, qu'estee que j'ai perdu'

Elle répondit :

- Un fil* I

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DE BOIS-DORG 1S1

— Ne riez pas, mou voisin, dit le marquis a de Beuvre, elle dit la vérité. Il était comme mot) fils ]

Et h Pilar :

— Quand l'ai-je perdu r

— D y a ouïe ans et cinq moi».

— Et combien de jours?

— Moins cinq jours.

— Ici, aile aa trompe, dit le marquis a Lucillu ; car j'ai eu de ses nouvelle» depuis l'époque qu'il lui filait do dira; mais voyons si elle verra clair dans le reste.

Et, s'adressant a l'enfant ;

— Comment l'ai-je perdu? dit-il.

— Do malemortl répondii-elle ; mais voua aurez consolation.

— Quand ï

— Avant trois mois, trois semaines ou trois jours.

— Quelle consolation î

— De trois sortes : vengeance, sagesse, famille. ~ Familier Je serai donc marié ï

— Mon-, vous aérez pèrel

— Vrai? s'écria le marquis sans se troubler du gros rire de H. de Beuvre. Quand serai-je père?

— Avant trois mois, trois semaines ou trois jours. J'ai tout dit sur vous, je veux me reposer.

La séance fut suspendue par un déluge de plaisanteries de M. de Beuvre au marquis.

Pour que l'événement de l'héritier prédit eùtlieu avant trois mois, trois semaines ou trori jours, il fallait que trois femmes en eussent • reçu la commande. »

Le pauvre marquis savait si bien le contraire que toute sa foi lia magie en fut refroidie.

Ose laissa railler, protestant de son innocence et

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l^î 1ER BEAUX MRSSIBltBS

ne désirant point trop qu'on la crftt aussi réelle qu'elle

ratait.

L'entml demanda h recommencer ses conjurations pour le dernier gage..

C'était le caillou de d'Alvimar,

Mais.pourriulellit'L'iicode ce qmvjisuivre.il faiitiiuo le lecteur saclic ce qui était convenu entre Pilar ot sou propriétaire, La Flèche.

Ce que La FlOelir; savait e! vm,' ; ,'i'i faire savoir à lîois- Uoré, il comptait le faire dire par l'enfant hors de In présence de ri'Alvimar.

L'enfant, par caprice et nsiei;tsi™,iic voulut plus tenir compte iic la c:)iive-nioiil;d:e outre eux. Elle voulait réciter touie sa leçon, dot-elle eu souffrir et dût La Flèche y perdre la vie ou la liberté.

Peut-être aussi ces dangers qu'elle pouvait allïrersur lui, et qu'elle n'ignorait pas, allécha tenl-ils ses instincts de haine.

Elle parla donc comme elle l'enicndnit, en dépit des avertissements et des grimaces de son maître, lequel ne pouvait lui n'en dira en espagnol qui ne fit compris d« d'Alvimar.

Elle ramnssa le caillou, examina les signas qui l'entouraient, lit la mimique du calcul, et dit en espagnol avec une effrayante ardeur à la menace :

—Malheur, mécompte et ili-gràce à celui dout le gage esttomné sur l'étoile rouge !

— Bravo ! dit d'Alvimar en riant d'un rire nerveui efforcé; continuez, sale créature I Allons, allons, ract de chiens, rebut de la terre, dites-nous les arrêts du ciel!

Pilar, irritée par ces injures, devint si sauvage qu'elle

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DR BOIR-DORfi <B3

fît peur îi tous cous ijui ta regard, .ii-nt et à La V\bc'.i lui-

— Sang et meurtre ! sVeriiut-i-lle on !v>n!lis*auiavoc des pestas convnlàfe ; meurtre el damnation ! sans, sans et sang!

— Tout cela pour moi ? ilit d'.Uvimar, nui, en l'e moment, no put canlter sou épuwiiii e.

— Pour toi ! pour toi ! cria cette guepu furii use, et la mon, l'enfer! liiontôt, tout de suite, avant trois mois. Irais semaines ou trais jours, datant! ! damné ! IVnfi-r !

— Assez! assez! ilit Bois-tKirp, qui lie coin prenait presque pas l'espagnol, mais qui vit d'Ahimar pâle et prêt à défaillir; cetic enfant est p;ïssoi!i ; o U'uu mauvais diable, et c'est peut-être péché que du l'écouter.

— Oui, sans doute, monsieur, répondit d'Alviniar, elle est possédée du diable, e! ses menaces sont vnii es el méprisables, car IVtifïir ne •mv.i rien sans la vuloiitj de Dieu; mais, si j'étais ici ob.Velaiu et j i :.-.:L L -î i ;e ferais enfermer ce bandit et cette vermine, et je les livrerais...

— La la ! dit M. de Beurra, il n'y a point tant h su fâcher! Je ne sais ce qui vous a été di|,maisjo m' étonne que vous ayez fini d'en rire. Pourtant j'avoue que les transports do cotte gueuuclie enragée sont une laide comédie, et je vois que ma lillo en est troublée. Allons, drôle, dit-il à La ¥ lèche, c'est assez. Gardez pour vous les Gages si chacun y consent, et allez vous faire pendre ailleurs.

La Floche n'avait pas attendu cette permission pour plier ba-aye. il eUrtful pressé (h so s:M::4[ !i;re ;jh intentions bienveillantes de l'Espagnol à son égard. f

La petite Pilar n'en fut pas émue. Tout au contraire, clli, ramassa les pièces d'or et d'argent qui avaient servi

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