‹ Les béguines de Paris [microform]Chapitre 16 sur 42 · IV. — Vie intp:rieure du béguinage · texte numérisé non relu

IV. — Vie intp:rieure du béguinage

Avant de décrire îa vie des béguines, il est à propos de jeter un coup d'œil sur 1 endos où elle secoulait.

Cet enclos, comme nous lasons dit, avait été choisi par saint

veissent et regardassent diligemment lesdiz statuz et ordenances, et se il y avoit aucuns poins qui fussent intollerables et trop durs pour lesdites béguines, il les attrempassent et corrigassent, lesquiex, par le conseil de la maistrcsse et des plus anciennes famés de l'osté et du commun, les modefierent et y adjousterent aucunes declaracions, si comme nous avons veu estre contenu en une lettre pendant scellée de leur seaux. Lesqueles ordenances et declaracions, à plus grant fermeté d'ycelles, nous avons depuis fait veoir par noz amez frère Wibert, nostre confesseur, et maistre Michel de Mauconduit et autres aussi de nostre conseil, lesquiex les ont veues et regardées bien et diligeaument si comme il nous ont rapporté, et nous, oïe la relacion et le rapport d'iceulz, et eue deliberacion avecques nostre conseil, avons faiz et ordenez les statuz et ordenances dudit béguinage en la fourme et en la manière qui s'ensuit... »

1. Voy. V Appendice. Pendant que nous rédigions cette étude, M. Bournon a publié le texte de ce règlement d'après une copie du xv* siècle conservée dans les titres provenant des religieuses de l'Ave-Maria (Arch. nat., S 4642, n" 1). Nous avons dû reproduire de nouveau ces statuts, en numérotant les divers articles de façon à y renvoyer facilement dans le cours de notre travail, et en comparant ce règlement à celui que confirma Charles IV.

2. Ces ordonnances otlrcnt absolument le même caractère que les différentes règles des anciens béguinages qui ont déjà été publiées, telles que celle d'Ypres, donnée en 1270 par Marguerite, comtesse de Flandre (Mirasus, Opéra diplomatica, t. IV, p. 253); celle de Valenciennes (Ryckel ab Orbeeck, Vita S. Beggœ, adjuncta historia Begginasiorum Belgii, Louvain, i63i, p. 329); celle de Tongres (Thys, Histoire du béguinage Sainte-Catherine de Tongres, Tongres, 1881, in-8*, p. 437); celle de Tournai (Delannoy, Notice historique Jes divers hospices de 7'ournai, Tournai, 1880, in-8°, p. iSg); celle de Liège {Notes et documents concernant l'ancien béguinage de Saint-Christophe à Liège, par l'abbé Edm, Van Wintershovcn, dans les Analectcs pour servir j Ihistoire religieuse de Belgique, t. XXIII, iKu2, p. 61 et ss.); celle de Strasbourg (Mosheim, De beghardis et tei^uinabus, Leipzig, 1790, in-8% p. i 38).

Louis le long des murs de la ville, près de la porte Barbel, sur la paroisse Saint-PauP. Les rues qui lui servaient de limite étaient : vers le sud, la rue des Barrés; à l'ouest, celle du Fauconnier; au nord, celle des Prêtres-Saint-Paul, et enfin à Test, après la désaffectation du mur d'enceinte, la rue des Jardins^.

Dans la portion des murailles qui servait de clôture au couvent des béguines, était percé « un petit huis et passage qui alloit sur lesdites murailles; » en i523, les religieuses de TAve-Maria, qui depuis une quarantaine d'années avaient pris la place des béguines, demandèrent au roi de faire boucher ce passage, devenu inutile par suite de l'accroissement de la ville bien au delà de Tenceinte de Philippe -Auguste. François I" lit droit à cette requête et autorisa en même temps la démolition du grand mur situé devant les fenêtres du grand hôtel, de façon à donner du jour à l'église^.

Quelques années plus tard, les religieuses devinrent ellesmêmes propriétaires des anciennes murailles, grâce au don que leur en fit Jean Hennequin, conseiller au Parlement^; mais cette

1. Arch. nat., J 1678, n' bi : Vente faite par Jean c de Civili i et Béatrix, sa femme, à Thomas Mauclère et à sa femme, moyennant 43 s. 3 d. p. de cens, c super manerio, seu domo et ejusdem pertinentiis beguinarum parisiensium, sita Parisius ab oppositis domus fratrum de Barbeello parisiensis, contigua muro parisiensi. »

2. Raunié, Epitaphier du vieux Paris^ t. 1, p. 207, plan de restitution.

3. Arch. nat., S 4642. Ancien inventaire des titres de TAve-Maria : a ... Lettre du roy François, roy de France, signée en blanc : Par le Roy, monseigneur le cardinal de Sens, légat..., par lesquelles Sa Majesté ayant recongneu par la remonstrance desdictes religieuses de l'Ave-Maria que, joignant leur monastaire, qui est scitué et assis près la faulce porte Barbel et les vielles murailles de ladicte ville, il y a ung petit huis et passage qui va sur lesdites vielles murailles, qui est bien inutil, ne servant que de voirie, auquel se font plusieurs inssolences et dissolutions, et par lequel l'on peult entrer en leur monastaire, les desrober et leur apporter beaucoup d'incommoditez, il auroit ordonné que ledict passage seroit bouché, et le grand mur qui est devant les fenestres du grand hostel seroit osté et abbatu pour donner veue à leur église; lesdictes lettres en datte du dixhuictiesme may MGXXXIIII. »

4. Ibid. : Analyse du transport fait à J. Hennequin par Guillaume le Gentilhomme, le 3o mars i539 (n. st.), des i anciennes murailles de la ville faisant clostures du monastaire de l'Ave-Maria, à commencer à une tour qui est proche la maison des héritiers de feu M» Hallegrin du costé de la rue de Jouy jusques au bout qui finit en la rue devant le Barbeau, et les tours qui y sont, » et de la donation faite par ledit Hennequin desdites murailles aux religieuses de l'Ave-Maria le 22 avril 1539.

LES BÉGUINES DE PkRlS.

propriété ne fut pas exempte de troubles, et elles durent faire appel au prévôt de Paris pour obtenir l'expulsion de « mauvois garnimens » qui avaient élu domicile dans une des vieilles tours de l'enceinte*.

Au XVII* siècle, leurs droits furent reconnus par la Chambre du trésor, mais, pour bien marquer que le couvent n^était qu'usufruitier et que le fonds appartenait au roi, elles durent « faire insculpter une fleur de lis sur la jambe de la principale porte du monastaire^. »

De nos jours, remplacement du couvent, après avoir longtemps servi de caserne, est occupé par une école de filles et par une annexe du lycée Charlemagne. Le nom de l'Ave^Maria, qui a été donné à l'ancienne rue des Barrés et au marché qui fait face à l'hôtel de Sens, rappelle dans ce quartier le souvenir des religieuses qui succédèrent aux béguines.

L'enclos du béguinage présentait un coup d'oeil très varié. Les béguines pouvaient, à leur choix, vivre en communauté ou avoir chacune leur petite maison. On avait donc construit un grand corps d^hôiel destiné à celles qui désiraient « vivre en couvent^; » c'était, sans doute, celui qui s'élevait, comme nous venons de le voir, le long du mur d'enceinte. Il renfermait un dortoir et un réfectoire, où les béguines couchaient et prenaient leurs repas. Tout autour, se dressaient des maisons bâties et aménagées au gré des béguines et offrant Taspect d'une petite ville, comme dans les grands béguinages de Belgique. Les maisons qui donnaient directement sur la rue étaient soumises à une réglementation, et leurs fenêtres devaient être munies de grilles'* pour empêcher toute personne malintentionnée de s'y glisser furtivement. Une de ces maisons, plus grande sans doute et plus belle que les autres, était réservée à la maîtresse, qui occupait l'étage supérieur, tandis que le rez-de-chaussée formait une salle appelée couvent^

I. Ibid, : Analyse d'une requête adressée par les religieuses et d'un rapport fait en conséquence, le 12 juillet 1378, par deux maîtres des œuvres de maçonnerie et charpenterie de la ville, concluant « qu'il est bon de mettre ladicte tour es mains desdictes relligieuses et d'en faire sortir ces meschans garnimens. •

a. Arch. nat., S 4642. Extraits et mémoires de titres.

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