‹ Les beignets a la cour comedie en deux actes meles de chantsChapitre 12 sur 37 · LE ROI, LOUISE · texte numérisé non relu

LE ROI, LOUISE

LOUISE, mmue. Un étranger... pardon, monsieur.

LB BOl, ta reitnani, comme elle va e’HoigiMr. Conuneiit , ma présence vous fait peur!

LODtSE. Non , moDS... monseigneur, c’esi qu'il est défendu aux pensionnaires de se trouver seules devant un homme.

LE BOl. Ab! vous êtes pensionnaire ?

LOUISB. C’est-à-dire, j'étais tout à

l’heure encore;, mais je cesse de l'étre... je sors aujourd’hui du eouYciit.

LB ROI. Ah bien alors, vous ne pouvez refuser de causer un momviil avec moi , car je n’ai rencontré personne que le jardinier ipii m’a dit : que monsieur le duc était au parloir; je venais voir quel duc et je bénis le ciel de trouver une personne dont toutes les duchesses du monde envieraient les beaux yeux.

LOUISE, retenant un sourire de saiUfac— tient. Uousieur, larèglcnousdéfend... d'écouter...

LE ROI. Les hommes encore, n’^st-cc pas... puisque vous n’ètes plus pensionnaire, il n'y a plus de règle pour vous., mais d’ailleurs , voyti-vous . vous le seriez encore qu’Un’y aurait pas plus d’incouvénient parce que moi je ne suis pas un homme....

comme un autre.

LOUISE. Comment?

LE ROI. Non, je ne suis pas un homme ordinaire, il n’y a même pas long-temps que je suis homme.

LOUISE, surpris.. Ah! mais en&n, qui êtesvous donc?

LE ROI, mytUrieuetmoal. Je suis le roi de France.

LOUISE, ÙTêment. Sa majesté Louis XV. .

LE ROI. Oui.

LOUISE, toute tbahie. Vraiment! (Roteteamit d oUe. (Leroi de Fraocel attendez, je vais courir chez la supérieure.

LEROI. Oh! je ne suis pa.s pressé, restons un moment... (A pari.) Voilé une gracieuse demoiselle.

LOUISE, nairrmejit. Couunent, vous êtes le roi de France?

LE ROI. Lui-même, et vous?

LOUISE Je m’appelle Louise , et je suis la fille do marquis d’Humiércs.

LE ROI. L’un de mes respectables maréchaux... Eh bien, mademoiselle Louise , pourquoi donc me regardez-vous avec cet air de surprise et d’attention.

LOUISE. Ah! c’est que je trouve... vous n’avez donc pas de perruque ?

LE ROI. Vraiment non

LOUISE. Pourquoi rrb?

LE ROI. Parce que j’ai mes cheveux. Ily a bien assez de perruques é la cour sans moi.

LOUISE. Je croyais que tous les monarques portaient une grande perruque comme celle de Louis XIV dont le portrait est dans le réfectoire.

LE ROI. Et vous aimes mieux ma coiffure.

LOUISE. Et votre visage aussi.

LE ROI. Mon aïeul avait pourtant ui.e belle tête, iiv.

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LES atlCEETl k. Lk cota.

LODISB. Ah bien, ib lui ont fait une figure sévère, j'ai peur en le regardant; ça me rappelle toujours le père Porriquet quand il me dit : Ma fille, c'était un très grand péché!

LE ROI. Comment, comment, TOUS faites des péchés au couvent ?

LOl’ISE, Mais dam, sire, on en fait partout ; quand on ment, par exemple.

LE ROI. Des demoiselles I et moi qui croyais qu’on ne mentait qu’à la cour! — Ah! dites-moi donc, dans tos couvents , Touspasseï tout votre temps à prier, n’estce pas?

LOUISE. Oh! non. Mous avons nosmomens de récréation.

LEROI. AhI et à quels jeux jouez-vous?

LOUISE. A toutes sortes... à cachcK;ache.

mais Madame ne veut plus «h'puis un soir que l'esprit malin qui s’était fourré dans un bosquet sous l’habit d’un beau seigneur comme vous, a voulu, dit-on, emporter Atalante de Narbouiie, une Je mes bonnes amies, ôelle a bien pleuré, allez.

LE ROI. Do a’avotr pas été emportéel

LOUISE. Non. Madame la supérieure l’a fait venir, et puis elle lui a dit des choses qn’Atalante n’a jamais voulu nous répéter; et puis on nous a interdit l'entrée du jardin pendant huit jours. Enfin, jamais le diable n’avait fait pareille esclandre... au dire des seaurs, depuis la fondation de l’abbaye.

LEROI, Ainsi, TOUS ne ponvei plus jouer

à cache-cache I

LOUISE. Nous serions damnées! mais nous jouons la comédie comme àSt-Cyr.

LE ROI. Et quels riMes jouez-vous?

LOUISE, groremenl. Le grand prêtre dans Atbalie.

LE ROI. Eh bien, et la barbe au menton?

LOUISE. Madame la supérieure en a une superbe qu’elle prête, et qui me monte jusqu’aux oreilles.

LE ROI. J’aimerais mieux vous voir en Esther et faire Assuéras.

LOUISE. Assnérus ! il faudrait vous mettre de la barbe, aussi; car, vous n’eu avez pas beaucoup plus que moi.

LE ROI. Ah, mademoiselle I pas plus que vous. .. il y a un an , je ne dis pas ; mais à présent... ça commence joliment à piquer... tenez. {Elit rtcule.) Ça ne vous fera pas mal.

LOUISE Toucher le menton d’un homme I

LE ROI. Moi, je toucherais bien le vôtre.

(J tui-m/me.) J’ai une envie de l’cmbraslerl.. (/I «n fait d moitU U geste, elle re- (uU detvantage.) Mais, puisque je vous ai

I dit que je suis le roi de France... Ah , ah, i ah! elle l’avait oublie... et moi aussi.

t part.) C’est extraordinaire! je me sens, ici, auprès d’elle, des idées qui ne me viennent I pas du tout au château, (tfaut.) Avant aujourd’hui, je o’aurais pourtant jamais pensé qu’on s’amusât dans un cluitre I

LOUISE. AhI mais beaucoup, beaucoup, et les jours de fêtes , donc , ou fait des beignets délicieux.

LE ROI. Des beignets! vous savez faire des beignets?

LOUISE. Certainement, j’ai même une réputation I est-ce que vous les aimez?

LE ROI. Si je les aime!., de passion ! surtout depuis qu’ils se sont avisés de m’empêcher d’en manger.

LOUISE-Vous cmpêcherl moi qui croyais que les rois pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient !

LE ROl.Oiii, les ministres laissent croire ça au peuple et font tout ce qu’ils veulent.

LOUISE. Et ce sont les ministres qui ont.. .

LE ROI. C'est mon gouverneur par ordonnance du médecin, parce que j’en avais trop mangé et qu’ils m’avaient rendu malade.

LOUISE. C’est bien dommage que vous ne soyez pas à l’abbaye , je vous en ferais en cachette.

LE nOl.Eh bien, écoutez, il ne faut rieu dire à personne, et... vous m’erf ferez à Versailles.

hOVlSE, foltemeîit. Je le veux bien. (Par réflexion.) Mais sire, et matante?

LE ROI. Ah! c’est vrai. (A part.) Et le cardinal! je n’y pcusaisplus, moi... si Lebel voulait arranger cela, lui, il est entendu ; il ne me contrarie jamais. (Il la regarde. )C’est qu’elle est chamiaolel et qu'elle me fait oublier mes gens, ma chasse.. .jusqu’à ma timidité ; moi, qui d’ordinaire n’ose pas regarder une femme en face je ne peux pas me lasser de la dévorer dc.s yeux !

LOUISE. Qu’est-ce que vous dites donc là tout seul... vous avez l’air de bouder dans votre coiu.t.

LE ROI. Au contraire : je me dis que je vous trouve si jolie !

LOUISE, à part. Ah! en voilà un déjà!

et un roi... ça doit compter pour deux.

LE ROI. Oui, si jolie et si douce, que je me sens plus à mon aise, auprès de vous, qu’auprés de toutes ces grandes dames qui pourtant se confondent devant moi en exclamations de respect, et en bcUas révérences.

LE MACA$n« Tnt:ATRAI..

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