MONTRÉAL
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Monsieur l’Abbé,
Je viens d'apprendre que le Gouvernement Provincial ‘le Québec vous a confié la charge si importante de travailler à établir un courant d'immigration Belge vers les forêts encore inculles du Bas-Canada.
C’est avec bonheur que je vois notre Gouvernement vous confier Je soin d’une œuvre si vitale pour notre Pays ; car je suis convaincu qu'en vous acquittant d’une telle mission. vous n'aurez en vue que de procurer l'honneur de la Religion et !e bien de ces contrées, sans vous jaisser gagner, au détriment de celte belle œuvre, par des considérations personnelles ou nationales.
Je prie en conséquence le bon Dieu de bénir vos pas et vos démarches. afin que, lorsque vous viendrez ici avec une colonie de vos compatriotes, nous ayons tous à : “us réjouir. de vous voir placé à la tête d’une œuvre dont le succès. doit procurer tant d'avantages à la Religion et à notre Patrie.
Je vous souhaite donc un heureux voyage ct me souscris bien sincèrement,
‘Monsieur l’Arné, Votre très-humble et Gévoné serviteur, Signé :: Ig. Ev, de Montréal
Aperçu général.
Le Canada se compose actuellement des provinces de Québec, d'Ontario, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle- Ecosse, de Manitoba, de l'immense territoire du Nord-Ouest ou de la Baie de Hudson et de la Nouvelle-Colombie.
Il s'étend depuis l'Atlantique jusqu’au Pacifique, et comprend presque toute l'Amérique Britanniae du Nord, soit 3,400,060 mille carrés, environ l'étendue de tout le continent Européen.
Le Canada est un pays nouveau : il fut découvert par un navigateur de Saint-Malo, Jacques Cartier, qui avait recu du roi de France, François 4e, la mission de faire des découvertes dans l'Amérique du Nord. Les premiers colons, français d’origine, furent transportés su Canada en 1541,
En 1867 les provinces se réunirent en Confédération, dont la population a environ cinq millions d'habitants. La capitale de toute la confédération est Oftawa, une ville agréablement située sur l'Outaouais dans la province d’Ontario. Le gouvernement fédéral est constitutionnel ; il a la direction et le contrôle des intérêts généraux des Provinces Confédérées. Il comprend trois pouvoirs : un Gouverneur-Général, nommé par le Gouvernement Anglais, une Chambre Haute ou Sénat dont les membres sont nommés à vie, et une Chambre Basse ou Chambre des communes qui est élective.
Chacune des provinces confédérées possède un gouvernement constitutionnel, et règle à son gré toutes les affaires locales. Les pouvoirs locaux se composent d’un Lieutenant-Gouverneur et d’une ou deux chambres.
Les provinces sont divisées en com's, qui, à leur tour, sont subdivisés en communes ct municipalités de villes et de communes.
Le Gouvernement ne perçoit aucune contribution directe quelconque ; les droits d'entrée sur les marchandises importées de l'étranger et sur la fabrication d's boissons distillées, ete, ete, sufisent à couvrir ses dépenses,
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sn Le droit de vote est presque universel ; il n’est tempéré que par quelques restrictions aussi prudentes que sages.
Les habitants du Canada jouissent non-seuleinent de la
liberté politique la plus entière et des droits civils les plus étendus, mais encore de la plus grande tolérance en matière de religion ; les populations protestantes et catholiques vivent ensemble en parfaite intelligence et sont également dévouées à l’accomplissement dé tous les devoirs de la vie. . L'instruction gratvite développe les facultés de la jeune “génération et la prépare à occuper dignement sa place dans le pays, où l'intelligence .secondant l’industrie, amène un excellent résultat,
Dans presque toutes les paroisses on trouve des collèges, des couvents ou communautés religieuses, dans les quelles se donne une instruction complète à un prix tellement modique que la grande majorité des cultivateurs peut en faire profiter leurs enfants.
Les classes nécessiteuses de la vieille Europe, qui n’y ont, malgré leur travail assidu, qu’une existence difficile et précaire, dépourvue des avantages qui la rendraient agréabie, pourvaient trouver à utiliser fructueusement leurs capacités et leur énergie au Canada, dont les grandes ressources territoriales, minérales et maritimes ne demandent que l'exploitation.
Que l'ouvrier sache bien que ce pays fertile, plein de ressources, lui offre en échange de son travail l’aisance dans le présent, l'indépendance dans l'avenir.
, Une fois éclairé sur les avantages qu'il peut trouver dans .ce pays neuf, il s’empressera sans doute d'en profiter.
La mendicité est inconnue au Canada. Il y a pour l'artisan des travaux publics et privés, auxquels il peut trouver à s'occuper avantageusement ; et l'émigrant, dès son arrivée, a la certitude de trouver un emploi constant et bien rémunéré, dans un pays où la vie est à bon marché et où l'on jouit de la plus entière liberté civile et religieuse.
Les deux provinces offrant aujourd’hui ie plus d'avantages aux émigrants catholiques, sont celles de Québec et de, Manitoba, où domine l'élément français et la religion catholique;
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dans celles d’Ontario, de la Nouvelle-Eccsse et du Nouveau- Brunswick l'élément britannique et protestant est prépondérant. C'est la première de ces belles provinces qui a fait l'objet de mes explorations plus particulières, et tout me porte à croire que c’est celle-la, que doivent choisir les émigrants de ces contrées.
La province de Québec présente des avantages sérieux à l'émigrant Belge, soit Wallon soit Flamand : nulle part il ne trouvera une hospitalité plus franche et plus bienveillante, que parmi les populations si catholiques de ce pays, où à peine un sixième est protestant. (1) J'ai vu des émigrants, arrivés là il y a à peine quelques années, sans autres ressources que leurs bras et leur énergie, qui sont aujourd’hui à la tête d’un joli capital et se trouvent tout heureux de pouvoir laisser leurs enfants dans une position auw’ils n’auraient jamais osé ambitionner dans le pays natal.
(1) L'Hon. P. J. O. Chauveau, dirige d'une manière remarquable les affaires de cetie Province, depuis la constitution de sa Législature locale, en 4867. Pendant mon s‘jour à Québec j'ai eu l'occasion de lui entendre défendre, avec cette éloquence qui lui est familière, la politique.de son Gouvernement, relativement à l'immigration étrangère, contre les attaques d'un sertain nombre de Membres, qui l’accusaient d'offrir plus d'avantages aux immigrants nouvellement orrivés qu'aux enfants du 80l même. Il démontra victorieusement, qu'une populatien morale, industriéeuse et amie de l'ordre, remarquable par ses connaissances des arts et des métiers, de l'agriculture surtout, méritait un encouragement spécial. En se mêlant à la population et en partageant avec elle les avantages naturels du sol, elle lui servirait de modèle et contribuerait largement au développement du pays. L'Hon. Ministre a visité la Belgique, il y compte de nombreux amis, et il a considérablement contribué à faire connaîtte son pays en Belgique.
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