‹ Les Belges illustresChapitre 1 sur 18 · LES · texte numérisé non relu

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^j a philologie allait traverser Fâge du formalisine^ et s attacher de prëférenee à la discussion matérielle des textes, sans négliger les détails archéologiques. Pourelle, le moment de l'enthousiasme était passé, et celui d'une critique large, dominant toute

IBA BELGES ILLUSTRES. 1

une composition, si vaste qu'elle soit, n'était pas encore venu. Elle devait, s'occupant moins de la pensée que de l'expression, dépenser dans des recherches arides et minutieuses un immense savoir, de hautes capacités, et, en s'efforçant de rendre aux modèles du goût leur pureté primitive, s'exposer à contracter la passion des petites choses et à tomber dans une frivolité lourde et sérieuse; mais en même temps ses investigations étaient guidées par le scepticisme, et son respect pour l'antiquité ne l'empêchait point de douter quelquefois du témoignage des anciens ni même d'en établir la fausseté.

Un des hommes les plus influents de cette période fut sans contredit Juste-Lipse, dont les défauts mêmes fortifièrent l'autorité. 11 naquit à Isch, village entre Bruxelles et Louvain, le i8 octobre i547, l'année même où Charles-Quint se rendit maître de la personne de Jean-Frédéric, duc de Saxe, et de celle de Philippe le Magnanime, landgrave de Hesse.

Le demi-siècle pendant lequel vécut Juste-Lipse fut fécond en grandes choses. La réforme venait de porter une grave atteinte à lunité religieuse. A côté d'elle, un ordre fondé par un soldat enthousiaste, combattait bravement pour l'Église , et, à l'aide d'un enseignement habile, s'emparait des générations à venir. La Belgique , où l'esprit turbulent des puissantes communes du moyen âge avait été récemment réprimé, trouvait dans le schisme le moyen de satisfaire son amour du mouvement et de la nouveauté, passions ardentes et révolutionnaires, toujours inséparables d'un vif attachement à ses coutumes et à ses mœurs nationales. Charles-Quint avait donné au monde l'imposant spectacle de son abdication. Sous son fils, la résistance s'or-

ganise. Pour la punir, le duc d'Âlbe se lève inexorable et terrible ; le sang du vainqueur de Gravelines coule sur 1 echafaud, la Hollande se sépare de la Belgique, et celle-ci, excédée de désordres, de combats, d'abjurations, revient bientôt sans partage à son ancienne foi et à Tautorité espagnole, déguisée sous Tadministration caressante et assoupissanted'Albert et dlsabelle.

Il ne faut pas croire que les pays les plus fertiles en fortes intelligences soient ceux où règne une paix parfaite, une tranquillité inaltérable. Il arrive au contraire que les agitations jpolitiques communiquent aux esprits un eliranlement salutaire, retrempent les natures les plus timides, et font sortir les idées courantes du cercle étroit dans lequel elles gravitaient servilement. C'est ainsi qu'à la fin du seizième siède la Belgique comptait beaucoup d'hommes d'une rare habileté dans les affaires, dans les arts et dans les lettres. Il fallut bien de l'adresse et des années pour énerver complètement cette activité, et l'on était loin d'y être parvenu quand Juste-Lipse prit rang sur la scène littéraire, quoique même alors on préférât un peintre à un littérateur, une main qui broie artistement des couleurs à un esprit qui médite et combine, un pinceau à une pensée, ce qui s'adresse aux yeux à ce qui remue les âmes.

Âubert Le Mire raconte que la veille du jour de la naissance de Juste-Lipse, sa mère rêva qu'elle voyait apparaître la Science et la Modestie, vêtues de robes blanches et se tenant embrassées : si c'était un augure, il ne se vérifia qu'à moitié, car lenfant qui vit le jour quelques heures après eut la science, sans doute, mais on pouvait peut-être lui refuser la modestie.

Cet enfant subit le sort commun : il fut victime des vicieuses

méthodes d'enseignemeiit qu'on suivait dans les écoles, et dont les traces^ faut-it le dire? ne sont pas encore entièrement effacées. A 1 âge de six ans il fut mis à Tétude du latin et bégaya en pleurant les premières pages de Despautère. A dix ans^ on l'envoya au collège d'Ath, où on lui infligea un nouveau rudiment, celui de Jean De Coster, ea attendant qu'on le condamnât à une troisième grammaire, à Cologne; de sorte qu'il ne faisait qu'apprendre et oublier. Cet amas de règles mal digérées et de puériles rabtilités était capable d'étouffer l'imagination la plus heureuse. Juste-Lipse en réchappa. A douze ans il faisait des vers et des discours latins, entendait un peu de français, comprenait le grec, et s'était frotté de la philosophie alors en honneur, mais à laquelle il aurait voulu substituer quelque chose de pfus substantiel.

Pidn d'affection pour des maîtres qui ont toujours eu le secret de s'attacher leurs élèves, il montrait l'intention de se faire jésuite, quand ses parents le rappelèrent de Cologne à Louvain. La il reprit la philosophie et s'adonna à la physique. Il avait seize ans. Parmi ses condisciples se trouvaient plusieurs jeunes gens qui se sont fait plus tard une réputation : Martin-Antoine Delrio , le crédule et rigoureux démonographc; André Schott, le profond helléniste; Victor Ghiselm, qui cultiva la médecine avec succès; Janus Lemutius, poëte et philologue. Tous furent ses amis, et lui conservèrent plus tard une affection née au milieu des livres, des rivalités de la classe et des naïves distractions de Tadolescence.

Pendant qu'il s'appliquait à la jurisprudence, il perdit son père, qui commandait la garde de Bruxelles : honune de réso-

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luUoo et d'actîoD^ bon compagnon, bon convive et qui, en traitant SCS amis, avait mangé 8on patrimoine.

Cependant le pays n était pas tranquille : Tirritation se manifestait partout : pour calmer une aristocratie jalouse, le cardinal de Granvelle avait été obligé de se retirer en Francbe-Comté. Juste^Lipse, âgé de dix-neuf ans, lui dédia le premier essai de sa plume, sons le titre de Fariœ lectianes. C'était un recueil d observations critiques sur des passages d auteurs anciens. OranveUe reçut cet hommage en véritable Mécène; il devina sans peine le mérite du jeune écrivain, et s'en Gt accompagner à Rome, où il le garda deux années en qualité de secrétaire pour sa correspondance latine.

Dans la capitale du monde chrétien, qui était aussi celle des lettres, Juste-Lipse visita tous les monuments de l'antiquité, rechercha les vestiges de ce qull avait admiré dans ses lectures, pénétra, par la faveur du cardinal Zirleti, dans la bibliothèque du Vatican et se lia avec les savants les plus distingués, Paul Manuce, Fulvius Ursinus, Latinus Latinius, Jérôme Mercurialis, Plautus Bencius, Antoine Muret, Pierre Yittorio et Cbaries Sigonius.

De retour à Louvain, il y passa un an dans la dissipation. Les troubles politiques qui agitaient les Pays-Bas, rengagèrent à se retirer à Liège. Ensuite il visita Dole, Vienne, et donna des leçons dans l'université de Jéna, ville où il professa ouvertement le luthéranisme. 11 ne tarda pas à céder au désir de revoir son pays, et vint à Cologne où il se maria. Ce fut alors qu'il donna son édition de Tacite, encore la meilleure que Ion connaisse, et quil écrivit ses Àntiquœ lectianes. En 1576, il

prit à Louvain le grade de licencie en droit, et expliqua publiquement les Leges regiœ et deeemvirales. Sa liaison avec Plantin date aussi de cette époque.

Ruiné par la guerre civile, sans fortune, sans avenir, Juste- Lipse alla en 4579 s'établir à Leyde, où les états généraux lui avaient fait des offres avantageuses, et où il compta parmi ses écoliers le prince Maurice et le célèbre Jean Gruter qui fut son auditeur pendant sept années consécutives. On prétend qu'après avoir été catholique à Louvain, luthérien à Jéna, de nouveau catholique dans son pays, il se montra calviniste à Leyde. Il y donna du moins des preuves d'une érudition profonde dans ses Ekcta, ses Satumalium libri, d'autres traités analogues et des révisions d'anciens auteurs, Valère Maxime, Senèque le Tragique, Paterculus, etc. Son livre sur la PoUtiqt^, où il affichait des principes d'intolérance peu d'accord avec sa propre conduite, lui attira des désagréments qui le forcèrent à quitter clandestinement la Hollande. Ayant feint d'aller à Spa pour sa santé, il se rendit à Hambourg, puis à Mayence, où il rentra officiellement dans le giron de l'Eglise. Plusieurs princes et gouvernements l'invitaient à se Gxer dans leurs : états le pape Clément VUI, Henri IV, roi de France, Ferdinand de Médicis, duc de Toscane, le duc d'Urbin, la république de Venise, l'électeur de Cologne, le duc de Bavière, etc. On le souhaitait en même temps àPise, àPadoue,à Bologne. L'université de Louvain lemporta, et, malgré la modicité du traitement qui lui était accordé dans cette Belgique, toujours un peu parcimonieuse à l'égard de ses écrivains, Juste-Lipse y accepta les titres de professeur et d'historiographe. Il succéda à Jean Stadius, dans la chaire

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