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UN TIRAILLEUR

Le lieutenaPxt Carré était, en 1914, sergent à la 22^ compagnie du 2^ tirailleurs. Blessé à la jambe, le 5 octobre, au village de Bailleul, entre Saint-Pol et Arras, il fut ramassé par Tennemi et transporté à Cambrai. Douloureuse traversée des pays français occupés par les Allemands !

De braves gens ne retenaient pas leurs larmes en voyant défiler les charrettes où étaient entassés, sur de la paille rougie par le sang, nos malheureux blessés, devenus des captifs.

A Cambrai, ceux-ci devaient être hospitalisés, mais si urgents que fussent les

soins que réclamait leur état, un major allemand refusa de les recevoir. Des heures de tergiversations, pendant lesquelles s'aggravaient les souffrances de nos soldats. Sans que leur pansement fût même renouvelé, ils furent embarqués dans des wagons sordides. Passant par Bruxelles, Liège, Verviers, ils entrèrent en Allemagne le 9, accueillis par des quolibets et des injures.

— Turkos, Wilden ! Turcos, bêtes sauvages ! criait-on, exi les apercevant passer dans les gares d'Aix-la-Chapelle, de Dusse Idorf, de Cologne.

Le sergent était épuisé par ce long trajet, qui n'en était pas encore à sa fin, car les prisonniers devaient être dirigés sur Hanovre. Un sous-ofFicier allemand, moins brutal, par hasard, que les autres, fit descendre le blessé à Munster, en même temps que deux tirailleurs qui risquaient de mour'r en route. Au buffet de la gare, on s'occupa d'eux sommairement. On venait d'apprendre la prise d'Anvers, et cet événement causait une vive joie. Une infirmière aile-

mande s'étonna même, par une singulière aberration, que cette joie ne fût pas par. tagée par les blessés français.

Parlant allemand, le sergent Carré fut, du mxoins, Tobjet de quelques égards. Il fut conduit à Thopital, où il resta un mois.

Brusquement, sans être guéri, le 10 novembre, on le fit monter dans une carriole servant au transport des betteraves, et cette carriole le déposa à l'entrée du camp deTHaus-Spital, où avaient été précédemment parqués quelque dix-sept mille hommes, prisonniers de Maubeuge. Cette entrée du camp était un véritable lac de boue. Il fal ait franchir un vaste esp ace, devenu un cloaque, pour arriver à 1 infirmer -e. Ne pouvant encore marcher qu'avec beaucoup de peine, Carré se fût enlizé dans cette fange, si un camarade, le voyant en détresse, ne fût venu à son secours et ne l'eût porté sur ses épaules.

Le surlendemain, ce camp était évacué.

Un autre, à quelque distance, avait été désigné. Le sergent, en boitant, forcé, à

chaque minute, de s'arrêter, dut faire la route à pied.

L'Allemagne, à cette époque, ne souffrait pas encore de la gêne alimentaire. Mais c'était au détriment des prisonniers qu'elle faisait ses premières économies. Le régime auquel elle les soumettait était terriblement parcimonieux, et la nourriture se composait d'un assez répugnant brouet, chichement mesuré. En ce temps-là, on pouvait encore acheter quelques vivres, à une cantine, mais le jeune sergent n'avait qu'une très petite somme d'argent, qui fut vite dépensée. Ce ne fut qu'à la Noël qu'il put entrer en correspondance avec sa famille et recevoir quelques colis de provisions indispensables.

Il ne pouvait alors songer qu'à se guérir. Mais les brutalités dont il fut le témoin, les rigueurs sans excuses, les coups de crosse amplement distribués aux prisonniers, le spectacle des recrues qu'on faisait passer intentionnellement, en chantant, devant le camp, lui faisaient sentir avec plus

d'amertume encore la misère de sa captivité, et éveillèrent en lui la pensée de la fuite.

A la fin de février 1915, cette pensée, il s'appliqua à la réaliser, bien qu'il ne marchât encore que péniblement. Un de ses compagnons d'infortune, un secrétaire d'ambassade dont la guerre avait fait un soldat, avait été repris, après une tentative d'évasion. Dans ses conversations avec lui, le sergent Carré, pensant être plus heureux, recueillit des indications utiles sur la route à suivre pour gagner la Hollande.

Il avait remarqué que la corvée qui allait du camp à Nieuberg — à quelque six kilomètres — pour des travaux, rentrait le soir assez tard, et que, à la faveur de l'obscurité, il devait être assez facile de s'écarter des rangs et de se di^imuler d'abord derrière un arbre. Il se fit inscrire, comme interprète, pour cette corvée.

Un jour, ayant établi son itinéraire, ayant réuni quelques vivres, il se résolut à partir, au moment du retour de la corvée.

Un hasard fit qu'elle rentra plus tôt, avant la nuit. Il était donc impossible d'exécuter la plan qu'il avait conçu.

En réalité, ce hasard le préserva d'un échec certain. Cette hâte, dans la préparation, très incomplète, de sa fuite, ne lui eût pas permis d'aller loin. Puis il boitait encore, et il n'eût pu surm^onter la fatigue.

Il attendit jusqu'aux derniers jours de mars. Cette fois, il se lança dans l'aventure. Il possédait une carte d'état-major, copiée par un dessinateur. Sur ce décalque, les -chemins à suivre étaient tracés en rouge. Mais des circonstances l'arrêtèrent dès le début.

« Je devais partir du camp, raconte-t-il, ce qui me donnait l'avantage d'emporter le plus de provisions possible.

« Un fossé, longeant un des carrés qui formaient les baraquements d'habitation, allait aboutir dans la plaine, passant sous les trois rangées de fils de fer d'enceinte. Je savais que celle du milieu était électriséc à 5 000 volts de tension.

« Entre les deux blocs, était une allée où les prisonniers pouvaient se promener jusqu'à sept heures du soir. A ce moment, la promenade devait être évacuée.

« Avant la rentrée de mes camarades, je profitai d'un instant d'inattention du personnel de garde pour me cacher dans la baraque servant à l'épluchage des pommes de terre. Ce bâtiment se trouvait entre les fils de fer et des carrés d'habitation, à proximité du fossé qui m'intéressait.

« A huit heures, j'entendis les clairons allemands sonner leur lugubre extinction des feux. Je me préparai alors à sortir de ma cachette.

« Le pourtour du camp était éclairé de grosses lampes à arc de chantier. Pour aller vite, je traversai un terrain crûment éclairé, debout, au pas. Je me vois encore atteignant le fossé. J'avais apprécié la profondeur de l'eau qui y coulait à une trentaine de centimètres. Malgré les bottes que j'avais achetées à un Russe, j'avais de la peine à me mouvoir dans ce fossé, dont les bords étaient de glaise durcie par le gel, s'efîritant facilement et tombant dans l'eau avec un bruit qui me paraissait inquiétant.

4 Je fis une centaine de mètres. J'arrivai alors

derrièri les latrines, à l'endroit où le fossé passait sousles fils de fer, j'enlevai une palissade assez peu solide ; je passai le ventre dans l'eau sous les fils électrisés et j'atteignis les fils de fer extérieurs. Mais, chose imprévue, le fossé s'arrêtait là. J'essayai bien, avec un morceau de bois, de travailler pour passer sous ces fils de fer, mais ils s'enfonçaient profondément en terre, ce que j'ignorais, n'ayant pas assisté à la construction du nouveau camp. Ce travail, qui devait être stérile, je ne pouvais même le poursuivre que malaisément, une sentinelle ayant sa guérite à une quarantaine de mètres de là. J'étais forcé de surveiller ses allées et venues. Je n'étais favorisé que par ce fait que le mouvement était presque incessant dans les latrines. Le bruit des galoches sur le bois du baraquement masquait celui que faisaient les mottes gelées tombant dans l'eau.

(( Comprenant qu'il était inutile d'insister, je me décidai à refaire, dans le fossé, le chemin en sens inverse, et à retourner à la baraque d'où j'étais parti.

« J'attendis là, grelottant, que le jour se levât. Par le premier prisonnier aperçu, je demandai des vêtements dans ma chambre.

où je repris ma place sans avoir éveillé les soupçons des Allemands. »

C'était manqué ! L'espoir de la liberté était retardé. Cette tentative, forcément connue des camarades, avait été discutée par eux. Quelques-uns l'avaient estimée absurde. D'autres s'accrochaient à l'illusion que la guerre ne pourrait pas durer longtemps encore. Le sergent Carré, impressionné par sa malechance, essaya de se résigner. Mais l'évasion heureuse d'un belge de sa « korporalschaft », un étudiant de Liège, raviva en lui la pensée de la fuite. Il comprit toutefois, qu'il devait réduire le plus possible, la part du hasard. Puis, il importait que, par la réflexion, par une volonté toujours tendue, il se mît dans l'état d'esprit nécessaire à la réussite. La mésaventure lui avait valu quelques sarcasmes.

On avait, au camp, trouvé un mot pour désigner ceux qui n'avaient eu que des velléités de brusque départ : on les appelait « les faux-fuyants ». Il s'appliqua à ne

rien laisser deviner de ses projets, tout en ne cessant de les agiter, en se représentant fortement sa situation, une fois qu'il aurait franchi Tenceinte de fils de fer.

« Je pensai que, à ce moment, il me faudrait prendre la mentalité d'un patrouilleur ayant à remplir une mission en pays inconnu et présumé ennemi. « Lorsque je serai seul en pleine campagne allemande, me disais-je, il faudra bien que je me débrouille...»

Ainsi, par avance, imaginait-il tous les cas qui se pouvaient présenter. Puis, si rude que fût la vie qu'il menait en cette accablante détention, il s'habituait à s'endurcir encore contre toutes ces misères, à se tremper le cœur. « Il ne s'agit pas, se répétait-il, d'avoir une âme de vaincu ». Il pensait à ceux des siens qui se trouvaient encore parmi les combattants.

A la copie de la carte d'état-major qu'il possédait, il avait joint une petite boussole de porte-carte, qui lui avait été donnée par un adjudant. Il avait calculé que, pour

atteindre la frontière hollandaise il lui faudrait cinq jours au plus. Avec les provisions dont il disposait, quinze galettes de pain de guerre, provenant des colis envoyés par sa famille, cinq boîtes de conserves, trois boîtes de chocolat, une fiole d'alcool de menthe, il pourrait tenir ces cinq jours. De Munster à la frontière hollandaise, il y avait 60 kilomètres environ. En somme, selon ses provisions, le plan de son évasion présentait 50 p. 100 de chances au départ, 90 p. 100 pendant la route et 30 p. 100 au passage de la frontière. On voit que c'était bien froidement, maintenant, qu'il envisageait les périls à affronter.

' Il n'ignorait pas, d'ailleurs, que le passage en Hollande serait rendu particulièrement difficile, du fait qu'il faudrait s'avancer au milieu des marais, car il n'y avait pas à songer, à ces heures décisives (s'il n'était pas arrêté au par avant) à prendre une route les traversant. Ce serait s'exposer à recevoir un coup de fusil. Mais on était au mois de juin ; les marais, peut-être, commencé-

raient à s'assécher. Enfin, il s'inspirerait des circonstances. Un souvenir de ses lectures lui revenait à Tesprit, aussi. Il se rappelait le conte d'Edgard Poë, la Lettre volée. Les gens d'intelligence moyenne portent surtout leurs recherches sur les points difficiles à explorer, tandis qu'ils négligent les plus apparents. Qui sait si certaines éventualités ne se présenteraient pas où, d'après ce principe, il dérouterait mieux ceux qui le poursuivraient, en se cachant peu?

Une corvée travaillait au cimetière municipal de Munster. Il n'en était pas l'interprète titulaire, mais il lui arrivait de le remplacer. Ce tour de remplacement étant revenu, le sergent Carré décida de ne pas perdre l'occasion. C'était le 22 juin.

La matinée se passa sans incident.

L'après-midi, la corvée se séparait en deux : des hommes allaient à la pépinière ; les autres arrosaient les pelouses du nouveau cimetière. C'était là ce qu'il fallait éviter, car il n'y aurait eu aucun moyen, en ce

terrain plat, d'échapper à une constante surveillance. Le sergent trouva un prétexte pour rester du côté de la pépinière.

Le sous-offîcier allemand de garde se préoccupait fort du passage de quelques jeunes femmes sur la route. En veine de confidences, ce lourd bellâtre confia même au prisonnier français qu'il attendait Tune d'elles : confidences reçues, comme on l'imagine, avec des semblants de compliments sur le pouvoir de séduction de ce conquérant.

A trois heures, Carré annonça à ses compagnons de la corvée qu'il allait gagner le large. Il était forcé de révéler au dernier moment, son projet, car il avait besoin qu'on fît le guet pour lui. Il se dirigea vers les feuillées, parmi les bosquets, et fit ses derniers préparatifs, arrachant le liséré jaune du pantalon de soldat belge, presque neuf, qu'il avait récemment « touché )), abandonnant sa chéchia pour une casquette civile dont il s'était assuré la possession ; quant aux boutons de métal de sa veste.

il les avait déjà remplacés par des boutons d'os. Il n'était pas, assurément, en très brillant équipage, mais il n'avait plus, à première vue, une apparence militaire.

Au moment où il allait sauter par-dessus la clôture, il fut aperçu par un prisonnier^ Celui-ci, extrêmement déprimé,, laissa percer quelque aigreur :

— Si tu te sauves, dit-il au sergent, tu vas nous faire punir.

— Mon vieux, lui répondit le fugitif, si c'était toi qui fus à ma place, je t'assure que je me moquerais bien de la punition !

En de tels instants, il n'était pas disposé à la patience. Il passa outre à ces objections, mais cette sorte d'altercation eut des suites fâcheuses pour lui :elle lui fit oublier deux objets qui devaient lui être précieux, sa montre et une boite d'allumettes.

Il se trouva en face d'un sentier encaissé entre le mur du cimetière et un champ de seigles très hauts. Il marcha jusqu'au bout du chemin, où il fut arrêté par le grillage du nouveau cimetière. Il chercha un passage, et en trouva un, mais il s'aperçut

bientôt qu'il allait du côté où ses camarades travaillaient à Tarrosage de la pelouse. Il ne put même les éviter. Quelques-uns le reconnurent, mais eurent la présence d'esprit de réprimer tout signe d'étonnement et de paraître absorbés dans leur tâche. La sentinelle le regarda bien d'une façon assez inquiétante, mais il eut raison de sa défiance en la saluant d'un « Mahlzeit », prononcé avec un accent de « platt deutsch » auquel il s'appliqua.

(( Mon idée, dit-il, était de gagner du chemin le plus rapidement possible. Je croyais sortir du nouveau cimetière, mais l'allée tournait, et je tombai, à cent mètres de ma première rencontre, sur un groupe de marbriers posant une pierre tombale. Je répondis à quelques mots qu'ils m'adressèrent d'une façon un peu bourrue, pour les détourner de leurs velléités de sociabilité. Ce chemin conduisait à l'extrémité du cimetière. Heureusement, il y avait là des cyprès. Je me cachai derrière l'un d'eux, je me couchai à terre et. je cherchai, de nouveau, une brèche. Finalement, je profitai

d'une dépression du terrain pour passer mes pied^ sous le grillage, et je fis sauter ses attaches, en m'arc-boutant du dos et des talons. Je repris le paquet de mes provisions, enveloppés dans un numéro de Mûnsterischer-Anzeiger^ et je me brossai autant que je le pus. Je suis blond, j'ailes yeux clairs ; je portais la moustache coupée à l'américaine, genre très répandu en Allemagne. Peut-être mon allure générale ne devait-elle pas trop attirer l'attention.

Au bout d'un kilomètre, sur une route dans la banlieue de Munster, ayant croisé quelques cyclistes et quelques piétons, j'avisai devant moi deux soldats qui se promenaient avec une Gretchen. Je ralentis ma marche, mais je les aurais forcément rattrapés si je n'eusse trouvé un chemin, sur ma droite; je le pris, je me heurtai bientôt à un vieux paysan qui m'interpella en patois du pays.

A la réflexion, je distinguai le sens de ses paroles :

(( Tu vas à la maison? Il n'y a personne!» Ce chemin n'aboutissait donc qu'à une ferme. Je me glissai le long d'une haie et, passant de prairie en prairie sans rencontre, j'arrivai jusqu'à une nouvelle route. Je la suivis pen-

dant quelque temps. Mais j'avais compté qu'une heure se passerait avant que ma fuite fût signalée. J'imaginais la scène de la pépinière. D'abord, le sous-ofTicier revenant de son rendez-vous, prêt à de nouvelles confidences... Ne m'apercevant pas, mon Westphalien s'enquérait de moi... On lui disait que j'étais aux feuillées... Au bout d'un quart d'heure, ne me voyant pas revenir, il me cherchait — et ne me trouvait pas... L'idée que j'aurais bien pu m'évader lui venait alors à l'esprit, et, très inquiet à la pensée des trois mois de prison qui l'attendraient, en ce cas, il se livrait à de plus sérieuses investigations... Fort penaud, il se décidait alors à rassembler les travailleurs et à courir prévenir le poste le plus voisin. Oui, tout ceci demanderait bien une heure, et cette heure était écoulée. Il était temps de se cacher dans les seigles. A peine y avais-je trouvé un abri provisoire que j'entendais, en effet, les sirènes des trois camps de Munster, donnant l'alarme. De ma cachette, je guettais la route : il me sembla qu'elle s'animait, et j'y vis passer des cyclistes et même des automobiles.

Au coucher du soleil, alors qu'une pluie fine tombait, je quittai les seigles pour gagner

un bois voisin. Puis, à la nuit, je me mis en marche. Je faillis, tout d'abord, tomber sur un soldat en patrouille, monté sur une bicyclette. Je demeurai immobile, et il passa sans m'apercevoir. Je pris soin, alors, de ne suivre que les bas-côtés de la route. J'arrivai jusqu'à un pont, sur une rivière assez importante — TEms, probablement — et, promptement, je me jetai encore dans les seigles, au bas de ce pont.

La pluie avait cessé. C'était une belle nuit d'été, tiède et parfumée, invitant les gens des fermes environnantes à sortir. Je les entendais causer entre eux, rire, chanter. Ma crainte était qu'il n'y eût un poste placé sur ce pont. Quand, après une attente qui me parut bien longue, le silence se fut fait, je grimpai sur la berge avec précaution, et je me livrai à une inspection minutieuse des environs... Le pont, décidément, n'était pas gardé...

Il ne le traversa, toutefois, qu'en étouffant ses pas, puis il accéléra son allure. A sa droite, dans le lointain, il apercevait encore les lumières du camp qu'il avait quitté. Il fit, cette nuit-là, une dizaine de kilomètres, en suivant la direction de

l'ouest. L'aube pointait quand il se trouva à la hauteur d'un des villages indiqués sur la carte. Il le dépassa, puis chercha un gîte dans les champs. Il s'y dissimula et s'y endormit vite, malgré l'humidité du sol.

Quand il se réveilla, il pouvait être neuf heures, à en juger par k position du soleil. Les champs fumaient, une buée s'élevait. La chaleur était étouffante. Il fut obligé de quitter son coin pour se réfugier dans un bois, où il ne put retrouver le sommeil. A peu de distance de lui, il entendait des jeunes gens, revenant probablement d'un conseil de révision, entonner à tue-tête le Deutschland iiber ailes.

Ce jour-là, il déjeuna d'un biscuit, se nourrit, un peu plus tard, d'une boite de conserves, garda un autre biscuit pour le soir. Mais la soif le torturait. N'ayant aucun récipient pour l'eau, il devait en être réduit, pendant ses étapes, à boire dans les fossés, dans les mares, et même dans les creux faits par les pas des chevaux.

Il recommençait à marcher le soir, vers

dix heures. Sa boi:issole s'était désorientée pendant un violent orage, et il se guidait sur Tétoile polaire. Aux premières lueurs de Taurore, il cherchait une cachette. Il méditait les enseignements pratiques de la journée et étudiait sa carte. Puis il tâchait de dormir. Une fois, il eut une sorte d'hallucination ; un merle sifflait. Il lui semblait que ce qu'il sifflait, c'était : « Le Français est ici... on va le prendre?... »

Il se perdait fréquemment. Il lui fallait alors retourner en arrière, retrouver la bonne route, ne s'arrêter, au matin, que lorsqu'il était dans la bonne direction :

Dans cette période de ma vie, il me semble que j'ai été un somnambule, avec quelques éclairs de souvenirs nets, pourtant. Par exemple, je me rappelle avoir traversé une propriété, où les grands tilleuls embaumaient, après la pluie, où les sapins, également, sentaient la sève, et où je me suis dit : « Malgré tout, si je ne réussis pas, j'aurai fait de belles promenades nocturnes, dans l'impression de la liberté aprèg l'esclavage.

LES BËLLES ÉVASIONS 149

Une nuit, il s'était engagé dans le village de Kœsfeld. Il y trouva soudain de Tanimation ; on y fêtait la Saint- Jean, et, avant d'avoir pu Téviter, il se rencontra face à face avec un fe]dwobel, qui portait sur les bras un enfant. La mise de Tévadé, après son séjour dans les seigles, était forcément assez désordonnée. Le feldwebel le regarda d'un œil soupçonneux, mais le sergent Carré s'appliqua à ne donner aucun signe d'émoi, il se hâta d'enfiler seulement une rue qui se présentait à sa droite. Continuant à marcher, il rejoignit une route sur laquelle il fit quelques kilomètres, mais il reconnut alors qu'elle le menait dans la direction nord. Cette nuit était à peu près perdue pour le rapprocher de son but.

Cependant, ces étapes, accomplies sans entraînement, le fatiguaient beaucoup. Ses souliers, durcis par l'eau, le blessaient. Ils s'étaient même déchirés, et il avait dû les réparer sommairement en se servant du poinçon de son couteau pour faire des trous où il passa ses lacets comme fils poissés.

Il avait pris, maintenant, un chemin forestier, indiqué sur sa carte, qui lui semblait interminable, dont il désespérait de voir la fin. Il pleuvait, ses vêtements étaient mouillés. Cet épuisement amenait chez lui de la surexcitation. Des légendes fantastiques lui revenaient à Tesprit. Il croyait voir des formes d'elfes, de lutins, de rois des aulnes se mouvoir dans les vagues du brouillard déplacées par le vent, et, tout en se rendant compte de Tabsurdité de ces fantasmagories, il se sentait secoué par un frisson de terreur superstitieuse. Il lui paraissait qu'il n'atteindrait jamais le bout de cette immense allée, qui s'ouvrait devant lui pour se refermer derrière ses pas et que la terre même de l'Allemagne lui était ennemie et s'ingéniait à le tromper. D'autres fois, c'étaient les transes que lui causaient, alors qu'il se réfugiait dans les fourrés, des enfants, accompagnés de chiens.

Dans un village qu'il traversait, il se croisa avec un garde de nuit, qui fit le

MM

geste de détacher de Tépaule le fusil porté à la bretelle, et qui l'interpella :

— Où allez-vous? demanda le garde.

— Travailler, répondit laconiquement le sergent Carré.

Il se promit bien, après cette alerte, de contourner les localités habitées, mais les fermes étaient nombreuses, et il était bien forcé de les longer, à peu de distance, poursuivi par les aboiements des chiens.

La cinquième nuit de marche, il atteignit enfin Sudlohn. Sudlohn et Stadflohn sont deux villages, distants Tun de Tautre de quatre kilomètres sur une route parallèle à la frontière. Il trouva le sentier marqué sur sa carte. Il réfléchit. Il fallait d'abord reconnaître le poste de douaniers, évidemment voisin de Tendroit où il était arrivé, se renseigner sur remplacement des sentinelles. Puis il se décida, s'il n'y avait pas moyen d'agir autrement, à traverser la frontière, en plein midi, sans se hâter. Ce serait , sans doute le meilleur moyen de se garer d'un coup de fusil, car, aperçu, il

pourrait être pris pour un Allemand. Sans doute, le passage était interdit, à moins de minutieuses formalités. On lui intimerait Tordre de s'arrêter. Mais, à ce moment, il aurait gagné du temps et il n'aurait peutêtre plus que quelques pas à faire. Il se pouvait, toutefois, en vertu d'instructions plus sévères, qu'on tirât sur lui sans avertissement. C'était un risque à courir.

Les circonstances le firent agir autrement, Au fur et à mesure qu'il s'avançait, il vérifiait l'exactitude du détail des sentiers de sa carte. Une ferme, indiquée à michemin entre la frontière et la route Stadflohn-Sudlohn, existait bien réellement. De là, il n'était plus qu'à deux kilomètres de la Hollande.

Mais, en ces parages, le territoire hollandais fait un saillant dont les trois directions sontO.-E., N.-S. et ensuite E.-O. Le danger était donc d'aborder un des flancs du saillant et de suivre la ligne sinueuse de la frontière, en risquant de sortir d'Allemagne et d'y rentrer plusieurs fois.

c( Assez indécis, pris entre le désir d'une réussite immédiate et la crainte d'échouer^ en m'écartant de mon plan, je marchai à pas lents à travers les marécages à demi asséchés, dont le sol élastique feutrait mes pas. J'entendais^ sur la gauche, dans la direction sud-ouest, des aboiements de chiens qui s'éloignaient. J'arrivai ainsi jusqu'à une maison forestière, au delà de laquelle je suivis un sentier, qui me parut bientôt se diriger trop au nord. Je revins en arrière et pris un autre sentier me menant à travers bois. Je traversai une clairière : des abatis de grosses branches, barrant le chemin, me faisaient réfléchir. Quelqu'un guettait, sans doute. Un bruit soudain dans- le feuillage m'immobilisa : ce n'était qu'un lapin déboulant.

Évaluant ma vitesse de marche et le temps écoulé depuis que je m'étais approché de la ferme, je pensai être bien près de la frontière. Toute ma décision me reprit. Ce sera l'affaire d'une demi-heure, me dis-je ; alors, je serai libre, ou tué. A un moment donné, je vis, coupant mon chemin, une barrière en fil de fer, puis, de nouveau, des abatis de branchages, puis un fossé se prolongeant dans le bois ;

derrière le fossé, éncore des branchages accumulés et une barrière.

Assurément, une sentinelle allait surgir. Par quel hasard merveilleux, Tattention des gardes forestiers, qui devaient être tout proches, ne fut-elle pas éveillée ? A ce moment, le cœur du fugitif battait à tout rompre. Tant qu'il se fût promis de n'aller qu'à pas lents, une impulsion le fit courir de toutes ses forces, et il sauta pardessus divers obstacles, dont un fossé boueux.

C'est alors qu'il aperçut, cachée à demi par la végétation, une borne sur laquelle se dessinaient les deux lions d'Orange, encadrant un écusson, portant un N.

(Nederland) et une date, 1648. Il eut un instant de vertige. Était-il possible qu'il eût atteint le terme de son dur voyage? Il ne pouvait croire encore à ce bonheur, et, d'un pas précipité, il continua sa route. Mais c'était toujours la crainte de retomber sur ]e sol allemand.

Ce ne fut qu'au bout d'une demi-heure qu'il rencontra un hameau, aux maisons proprettes, et qu'une enseigne d'auberge, qui n'était plus en allemand, lui confirma qu'il avait réussi à gagner un sol hospitalier.

Il jeta un coup d'oeil, par les fenêtres, dans l'intérieur de l'auberge : il aperçut une pièce dont les meubles étaient de bois rouge, luisants à force d'avoir été frottés, sur un carrelage soigneusement entretenu. Au mur était accroché un portrait de la reine Wilhelmine.

L'évadé fut saisi alors d'une telle émotion qu'il se sentit incapable de parler avant d'être un peu remis. Il se répétait seulement à lui-même, comme si toute autre pensée lui eût été fermée : — « Ça y est, mon vieux, ça y est!» Il s'était assis sur un banc, devant l'auberge. La fenêtre, formant glace, lui renvoyait l'image d'un vagabond hâve et sordide, mais dont le visage rayonnait. Soulevant sa casquette, il s'amusa à saluer cette image.

Ië6 LES BELLES ÉVASIONS

Cependant, il éprouvait quelque honte de son accoutrement, se demandant quel accueil il pouvait espérer dans un tel costume, sur lequel s'était collée la boue, et il hésitait à se présenter. Deux cyclistes passèrent, qui, en l'apercevant, descendirent de leur machine et s'approchèrent de lui, l'interrogeant en hollandais.

— Je ne parle qu'allemand, répondit le sergent.

— Êtes-vous donc Allemand? reprit un des deux passants.

La liberté était chose trop nouvelle pour celui qui venait d'échapper à la plus pénible détention, pour qu'il n'eût pas encore un peu de défiance.

Il ne répondit pas.

L'homme qui venait de lui parler eut alors un sourire.

— Français?

— Oui, fit le sergent Carré, ne pouvant plus garder le silence.

— Oh !... ami !...

Les deux Hollandais lui témoignèrent

aussitôt une cordialité dont il fut singulièrement touché, lui qui, pendant des mois, n'avait entendu que des menaces. Ils le firent entrer à i'auberge, où il fit, dit-il, « le plus fier repas de sa vie ». Puis, après Tavoir forcé à accepter d'autres chaussures, on lui prêta une bicyclette pour se rendre à Winterswjyok. Les cyclistes le guidèrent et Taccomxpagnèrent jusqu'à la petite ville. C'était un dimanche. Bientôt, on sut qui il était, et il fut escorté d'un cortège sympathique. A Winterswjyck, il apprit que tr#is camarades s'étaient évadés en même temps que lui, mais étaient arrivés en Hollande en l'abordant plus au sud. Il les rencontra au bout de quelques instants, et c'est avec eux qu'il partit, — plein de gratitude pour l'accueil qui lui avait été fait, — par le train se d rigeant vers Rotterdam,

Après avoir été habillé et pourvu de ce qui lui manquait — c'est-à-dire de tout — par les soins du consul de France, il s'embarqua à Flessingue, le 30 juin. Le lendemain soir, il était en Angleterre, à Tilbury,

d'où il gagnait Folkestone. Le 2 juillet, avec une grande émotion, il mettait, à Boulogne, le pied sur le sol français.

— Je fus heureux, dit en souriant le sergent, devenu lieutenant, servant aujourd'hui au Maroc, de constater que rien n'était changé dans la meilleure des administrations, car, à Boulogne, on ne sut ce qu'on devait faire de moi. L'éloignement des dépôts de tirailleurs paraissait faire hésiter les autorités.

A tout hasard, il demanda à être expédié au dépôt des zouaves de Saint- Denis, et la solution qu'il proposait fut accueillie avec une sorte de soulagement, comme si une grosse difficulté venait d'être tranchée. A Paris, il se rendit à la Place, et, pendant la permission qui lui était due, alla donner à leurs parents des nouvelles de quelques-uns de ses compagnons de captivité. Puis il rejoignit Mostaganem. Il y avait un an qu'il en était parti. En cette année, que de péripéties il avait traversées !

L'ASPIRANT SARION

Blessé à Cumières le 29 mai 1916, Taspirant Léon Sarion, du 155® régiment d'infanterie, tomba entre les mains de Tennemi. Il fut envoyé à Ittligen, près d'Heidelberg, A peine rétabli, il ne rêva plus que d'une évasion.

Les prisonniers étaient logés dans une ancienne école, transformée en une sorte de forteresse, hérissée de défenses extérieures. A la vérité, ils n'étaient pas traités en soldats victimes delà fortune des armes, mais en détenus, soumis aux plus brutales rigueurs.

L'aspirant Sarion employa un mois à

préparer sa fuite, recueillant tous les renseignements qui pouvaient lui être utiles, se privant pour mettre de côté quelques provisions, dressant lui-même une carte qui lui faisait constater à quelle longue distance il était de la frontière suisse. Il ne s'agissait guère moins, en effet, de 200 kilomètres. I] n'hésitait pas, cependant, à courir sa chance.

Dans la nuit du 23 au 24 août, il chercha à mettre son projet à exécution. Il parvint à descendre de Tétage où il couchait sans être aperçu, et il s'attaqua à la serrure d'une lourde porte, pour la forcer. Une ronde inopinée le dérangea dans son travail, qu'il avait d'ailleurs reconnu impossible à mener à bien, avec les faibles moyens dont il disposait. Ce ne fut qu'à grand'peine qu'il évita d'être surpris.

Ce premier échec ne le découragea pas.

Dans son désir exaspéré de fuir, ce fut dès le lendemain même qu'il renouvela sa tentative, d'une façon hasardeuse. Il s'était ouvert de son dessein à un autre prison-

nier. Les portes, étant décidément trop solidement verrouillées, tous deux descendirent du toit, auquel ils avaient accédé en pratiquait une brèche, en se servant d'une corde. Puis, trompant la surveillance des sentinelles, escaladant les murs, ils purent gagner la campagne.

Ils respirèrent. Mais quelle liberté préca re c'était encore ! Et, de quelque détermination qu'ils fussent animés, ils ne pouvaient pas ne pas songer à Téloignement du pays où était le salut.

Ils avaient établi leur itinéraire, qui devait longer les limites du grand-duché de Bade et du Wurtemberg. Il leur fallait se diriger vers Sensheim, Epingen, tourner la ville industrielle de Pforzeim, baignée par ses trois rivières, puis, de là, s'aiguiller sur Frendenstatt, en plein massif montagneux, sur Villinger, Loffmger, Boundorf et, en appuyant plus à Test encore, sur Stuhangen. C'était, dans une partie de la route, une contrée très peuplée et il importait d'éviter les agglomérations. Après,

c'était la Forêt Noire, les obstacles de nombreux cours d'eau dont on ne pouvait aborder les ponts, un terrain très accidenté.

Dès leurs premiers pas dans la nuit, la pluie se mit à tomber violemment. Elle ne devait guère cesser pendant le rude voyage de Taspirant Sarion.

Dès le 28, en effet, il le continua seul. Le 27, malgré les précautions qu'ils employaient, les deux Français furent aperçus. L'alarme fut donnée, et, le lendemain, à Herren-AUe, ils étaient arrêtés par les soldats lancés à leur poursuite. Le camarade de Sarion ne put leur échapper et fut repris. L'aspirant parvint à se dégager, par une manœuvre hardie et se jeta dans la foret, où il réussit à se cacher.

Mais il était signalé, et des forces policières avaient été mises en mouvement pour le retrouver. Ainsi n'avait-il pas seulement à lutter contre les difficultés du chemin, dans les conditions où il accomplissait ses étapes ; il était littéralement traqué, et, bien qu'il fût accablé de

fatigue, il n'osait prendre un instant de repos. Pendant quatre jours - ' -^^'^ si suivi de près, harcelé, pourchass stratagèmes qu'il usât, icxio^.

détours qui Técartaient de son but, rejouiu, quelquefois. C'était alors par des courses désespérées, par des bonds audacieux sur des rochers ou des torrents qu'il parvenait à se soustraire à ses adversaires. Ce fut une lutte où il montra une rare énergie, une extraordinaire constance.

Mais il était épuisé, et le problème de son alimentation devenait de plus en plus angoissant, dans cette nécessité où il était de s'engager dans des régions désertes. Il y avait longtemps qu'il n'avait plus rien du peu qu'il avait emporté. L'aspirant Sarion se demande aujourd'hui comment il a vécu pendant cette période et par quelles étranges nourritures il essaya d'apaiser sa faim.

Le 5 septembre, il était à bout de forces et, grelottant de fièvre, il s'était étendu sur le sol. Sa volonté ne l'avait pas aban-

donné, mais c'était une lassitude telle qu'il ne pouvait plus faire un pas.

Soudain, il vit trois hommes qui venaient de son côté. Il se redressa, par un effort nerveux. Mais les hommes, qui l'avaient aperçu, parurent eux-mêmes inquiets de cette rencontre... Cependant, après s'être consultés, ils se dirigèrent vers lui... C'étaient trois évadés de Fribourg-en-Brisgau.

Ils avaient eu moins de vicissitudes que lui. Ils possédaient encore quelques vivres, qu'ils partagèrent avec ce compatriote que le sort mettait sur le même chemin qu'eux. Ils le ranimèrent, et ils reconnurent bientôt que ses avis devaient être précieux. Sarion fit, en effet, prévaloir celui qui consistait à trouver et à suivre, à distance, la ligne de chemin de fer longeant la Witach, rivière torrentueuse qui, pendant quelques kilomètres, établit la frontière entre le grand-duché de Bade et la Suisse. Mais il fallait redoubler de prudence, aux approches de cette frontière, bien gardée.

Après deux nuits encore de marche, pen-

dant lesquelles on ne s'était avancé que lentement, pour éviter tous les pièges, on allait Tatteindre. Une circonstance malencontreuse faillit, au dernier moment, faire avorter tant d'efforts. En franchissant le talus de la voie, un des fugitifs, un chasseur à pied du 4^ bataillon, heurta des fils de fer, qu'il n'avait pu remarquer. Ces fils de fer étaient garnis de sonnettes. L'éveil était donné. Des postes allemands, dissimulés, des soldats surgirent promptement.

Des fusées éclairantes s'élevèrent, des coups de feu retentirent.

— Au petit bonheur! dit l'aspirant à ses camarades, il vaut mieux se noyer que de retomber dans les mains des Boches.

Et, donnant l'exemple, il se jeta dans le torrent de la Witach. En courant de nouveaux dangers, tous parvinrent à mettre le pied sur la rive suisse, se hâtant encore de gagner au large. Ils arrivèrent à Schaffouse, où ils furent amicalement recueillis.

Le périlleux voyage de l'aspirant Sarion avait duré quatorze jours.

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