EPILOGUE
lèvera une femme de cœur, de bravoure et de génie, qui sera pour le culte du beau ce que furent Napoléon pour la guerre et Victor Hugo pour la poésie, la grande et définitive révolutionnaire. Indignée et terrible, elle jettera à la boue du ruisseau les faux sourcils, les faux cils, les cheveux décolorés et colorés par les infâmes chimies, le bleu, le rose, le rouge, le blanc gras et le blanc maigre. Elle apparaîtra aussi bien lavée et pas plus fardée que Vénus jaillissant des flots amers, et celles qui voudront paraître et être des femmes, devront lui ressembler, sous peine de néant. Ah! croyez-le bien, le jour où elle viendra débarbouiller avec de l'ambroisie (c'est-à-dire avec de l'eau pure,) toute la race féminine, je compte bien modeler à son image la plus belle et la plus irréprochable de toutes mes poupées ! Mais quand viendra- t-elle, et qui sera-t-elle? Voilà ce que le grand Balzac eût pu seul deviner, avec son instinct génial, et voilà pourquoi, entre autres raisons, je regrette qu'il soit mort. Oui, qui sera cette exterminatrice, cette vengeresse, triomphant dans l'orgueil de son sang vermeil et de sa chevelure? Car, selon qu'elle sera une dame ou rien du tou neut, nous appartiendrons, en fin de compte, à la race d'Eve ou à la race de Lilith, et certes, cela vaut bien qu'on y
songe. Vous avez eu une chance inouïe, dit en terminant le vieux Chanderlos, car mes poupées, interrogées, vous ont conté de véridiques histoires, d'un incontestable modernisme; mais quand l'ignoble mode du maquillage sera abolie, vous n'aurez qu'à interroger, en vous promenant, les visages bien lavés des vraies femmes vivantes, et ils vous en raconteront bien d'autres !