ÉPILOGUE
elles savaient parler, marcher, s'asseoir, traverser un salon et tout ce que ne savent pas les courtisanes, y compris l'orthographe, en même temps elles furent lavées, étuvées et baignées aussi bien que Florine, Esther et madame du Val-Noble.
— Allons, dis-je, voilà cette fois les hétaïres vaincues, à ne s'en relever jamais.
— En effet, il en eût été ainsi, dit Chanderlos, si, ayant dérobé le plus précieux des secrets à leurs fastueuses rivales, les personnes vertueuses avaient renoncé à leur parler jamais. Malheureusement, il n'en fut pas ainsi; les pourparlers continuèrent, et. mues par le désir de la vengeance, les diablesses qui avaient enseigné aux dames une profitable vertu, leur enseignèrent, en revanche, les plus détestables de tous les vices. Elles leur avaient naguère appris la réconfortante magie des eaux salutaires ; mais alors elles leur apprirent à se peindre, à se teindre, à se farder, à se maquiller, à se mettre des faux cheveux, des faux sourcils, des faux cils, et enfin toutes les horreurs! Puis, d'après leurs détestables modèles, les mères, les épouses, les femmes dignes de tous les respects, se couvrirent de bouts d'étoffe tourmentés, de rubans, de falbalas, de fanfreluches et, pour tout dire en un mot, de robes qui coûtent vingt
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fois îe prix d'une robe, et ruinent celle qui les port.1, avec son mari, ses enfants, son amant, si elle en a un, et même si elle en a trois. Phryné avait accompli cet admirable prodige de rendre Pénélope semblable à elle. Aussi lorsque passent dans la rue, toutes se dirigeant vers les mîmes Grands Magasins, des femmes appartenant aux classes sociales les plus diverses, on les reconnaît mal les unes des autres, et on pense involontairement à la célèbre phrase de Lucrèce Borgia : Si bien qu'en les voyant tous vêtus de rouge, galériens et cardinaux, on se demande si ce sont les galériens qui sont les cardinaux, et les cardinaux qui sont les galériens.
Oui, voilà ce qu'il y a de vraiment stupéfiant, délirant et grotesque. A présent, toutes les femmes se ressemblent, la bonne, la mauvaise, la sublime, la médiocre et la pire. Elles sont peintes, teintes, coiffées, tatouées et coloriées par les mêmes ignobles artifices, et comme on trouve toujours l'amour qu'on mérite, elles rencontrent toutes les mêmes amours, ceux que peuvent inspirer le fard, le rouge, les tignasses, les mastics, le crayon bleu et la pommade sur les lèvres! Certes, cet état de choses ne peut durer toujours, car tout s'use et finit, même ce qui est absurde. Un jour, se