‹ Les BelliniChapitre 15 sur 15 · GIOVANNI BELLIN1. — PALA DE SAN ZACCARIA · texte numérisé non relu

GIOVANNI BELLIN1. — PALA DE SAN ZACCARIA

(Église de San Zaccaria, à Venise.

Isabelle de Gonzague mettait ses portraits au niveau de ceux de Léonard.

Si l'on s'en tient à celui du doge Lorédan (National Gallery), le seul qui soit parvenu jusqu'à nous, ce jugement n'avait rien d'exagéré. Ici encore, comme devant le Mahomet de Gentile, on songe involontairement aux maîtres flamands; c'est le même fini d'exécution, la même pénétration psychologique.

Dans le Baptême du Christ (1500-1502), exécuté pour

l'église Santa Corona de Yicence, on découvre plusieurs

traits caractéristiques de cette dernière phase de l'activité de

Giovanni : les gradations des nuances de l'avant-plan, une

certaine affectation dans les draperies des anges, et l'influence

manifeste du Baptême que Cima peignit, quelques années

plus tôt, pour l'église de San Giovanni in Bragora, à Venise.

Seul, le paysage, un horizon de hautes montagnes dénudées,

est digne de la main du maître. Nous le retrouvons dans la

Sainte Conversation de San Francesco délia Yigna (1507) et

dans le retable de Saint-Jean-Chrysostome (1510). L'amour

de la nature avait soutenu les premiers essais de l'artiste : il

devait ennoblir aussi ses dernière œuvres, et contribuer

à masquer leurs faiblesses. C'est encore lui qui anime de

mille détails pittoresques sa dernière Madone isolée

(Milan, Brera, 1510), dont le type populaire contraste avec

le modèle des Frari (1).

(1) Quant à la Bacchanale, actuellement au château d'Alnwick, exéculée en 1514 pour Alphonse d'Esté, son authenticité peut être mise en doute pour les raisons psychologiques i mises plus haut et pour des raisons techniques, qui y font reconnaître la main du pseudo-Basaiti .

Giovanni consacra ses dernières forces à réaliser la pieuse pensée de son frère : la restauration de la décoration de la Scuola di San Marco. Il avait, on s'en souvient, achevé la Prédira/ion de saint Marc de Gentile. 11 commença lui-même, en 1515, une grande toile contant le martyre du saint à Alexandrie, mais il mourut, le 29 novembre J516, avant d'avoir pu mettre son projet à exécution, et le tableau, actuellement à l'Académie de Vienne, est presque entièrement de la main de son disciple Belliniano.

La mort frustra ainsi le maitre.de son dernier espoir. Elle ne lui laissa pas le temps d'élever, lui aussi, dans la Scuola di San 3farco, un monument impérissable à la gloire paternelle. Son œuvre entière n'était-elle pas un suffisant témoignage de l'enthousiasme et de la constance avec lesquels les Bellini surent mettre le culte de la Beauté au service de leur foi et de leur patrie?

Page 1